Texte - Brin de vie.

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Jeanne, elle était fille, femme, épouse, amie, voisine, connaissance, mère, grand-mère et arrière-grand-mère. Elle souriait, riait, pensait, s’intéressait, apprenait, racontait, lisait, écrivait, chantait, marchait et jouait. Elle vivait aussi simplement qu’intensément.

Au-delà d’un regard perçu derrière les rideaux, je souhaite m’approcher délicatement d’elle : de son existence parsemée d’infimes subtilités aussi massives qu’un saut en parachute ou d’un voyage à l’autre bout du monde.

Jeanne c’était cette femme fermant son portillon en bois pour avancer droit devant elle, sans regarder en arrière, ou du moins uniquement dans certaines circonstances. Elle marchait pour elle, pour son bien-être. Possiblement, pour ne pas se morfondre dans de multiples noeuds difficilement saisissable. Il s’agissait de garder la forme, afin de préserver au mieux sa présence dans ses différents plaisirs du quotidien. Elle saisissait sa vie à bras le corps, avant, pendant et après avoir été créatrice, éducatrice et mère de seize enfants. Elle construisait son chemin, tout en semant des principes et des valeurs à la cadence de ses pas.

En outre, l’aspect corporel, elle souhaitait par-dessus tout, garder la forme des mots, lui permettant de maintenir le cap et continuer à s’aventurer dans des endroits inconnus. Les lettres la passionnaient, du roman au Scrabble, jusqu’au moindre petit paragraphe d’un magazine qu’elle découpait, collait et collectionnait. Malgré une vue presque enfuie, elle s’accrochait aux lettres jusqu’à la pointe de son stylo. Elle écrivait assidûment sur des carnets de voyage, du papier libre et à chaque anniversaire de ses enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants, sans oublis, ni retards.

Elle avait cette soif d’apprentissage, qu’elle pratiquait par la lecture et au travers de ses enfants. Leurs univers devenaient son terrain de découverte : d’activités sportives, culturelles, aux lieux de vies de chacun qu’elle a pu expérimenter et découvrir, dispersés dans les recoins du monde. Quant aux difficultés rencontrées par certains, ce sont devenus également des combats explorés en long, en large et en travers.

C’était aussi cette femme qui ne parle pas pour ne rien dire. Elle ne mâchait pas ses mots, elle les déposaient dans leur état brut et sublime. À l’image de ces anciens meubles en bois polis et vernis pour en adoucir les contours. C’est tout à fait Jeanne, elle sait adoucir les moeurs par ses paroles, après mesure et nécessité. Elle ne s’exprimera ni pour faire plaisir et ni pour attirer les faveurs d’autrui. Hormis, pour partager ses souvenirs venant bercer nos nuits d’enfants d’un nuage de bonheur.

Jeanne savait briller par sa présence silencieuse. Sans le dire, elle faisait pour autrui et pour elle-même. Elle préparait elle seule, des plateaux entiers de desserts : crèmes vanille, chocolat, flan vanille-coco et poires belle-hélène que nous dégustions après six heures de route. Installés autour de cette grande table en bois, ses assiettes en verres et ses tasses en porcelaines présentaient une odeur singulière, familière et réconfortante.

Désormais, sa matière n’est plus, mais elle occupe nos espaces et nos pensées d’un appui aussi puissant qu’imperceptible. Elle est devenue un souvenir pour déverrouiller de temps à autre, ce portillon en bois qui nous plonge au coeur de ces lueurs, ces senteurs, ces bruits et ces matières auparavant invisibles et qui à présent nous traversent d’un sentiment indicible.

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