Chance
Sous la peau se dessine un énième captif
Qui, dans l’ombre liquide, attend l’instant de gloire,
Une proie ingénue avec, pour objectif,
D’échapper au tranchant de la Voleuse noire.
Depuis la profondeur du corps désenchanté,
Fendu, l’enfant perçoit de son âme encor pure
Un cirque par le ciel et le gouffre vanté
Où la beauté se mêle à la déconfiture.
Et lorsque s’ouvriront ses yeux doux, innocents,
Ils ne seront pas prêts à voir ce que l’Homme recèle ;
Ils ne comprendront pas ces mélanges de sangs
Sous une volonté pourtant universelle.
Et sans avoir voulu naître en ce trou nocif,
L’enfant quittera l’eau pour s’échouer sur terre,
Tel un canot contraint de heurter le récif,
Emporté par l’amour d’un père et d’une mère.
La tête émerge enfin, comme d’un œil crevé,
Un œil qui le regarde arriver dans ce monde.
Qui sera-t-il alors, une fois relevé ?
Archange salvateur, hybride ou bouc immonde ?
La belle, et magnifique, et gravide « maman »
Se met à feuler, à glapir, cuisses ouvertes,
Chimère entre agonie et seuil du firmament
Que couvrent les couleurs de ses multiples pertes.
Voilà l’enfant bleuâtre hors du ventre coulant,
Parfaitement damné, fragile et sans défense…
À lui, jeune pendu qu'on décroche en élan,
De comprendre ici-bas que vivre est une chance.

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