PYRRHOCORES
Que de vie et de paix dans ce grand cimetière
Où tombes et chemins nous content leurs récits,
De paisibles oiseaux chantonnent sur la pierre,
Et même les humains renoncent à leurs bruits.
Au détour d’une allée où le chagrin se voûte,
Voilà que me saluent les peuples de rampants,
D’humeur à savourer l’exsudat et la croûte
D’un malade incurable aux rêves de trépans.
Ténébreuse tribu, spinelles de ces arbres,
Mystique souvenir de la première fois
Où l'on put contempler sur la froideur des marbres
Les murmures de ceux qui n’ont aucune voix.
Les songes s’en allaient parmi ces autochtones,
Portés comme des dieux sur leur dos rouge et noir,
Les secondes passaient en longs rangs monotones
Comme passent les jours des crânes sans espoir.
Aujourd'hui, ces chamans se nourrissent de larmes
Et du putride esprit de l’enfant qu’on était,
Ô spectres vagabonds errant parmi les charmes,
Que reste-t-il d'un cœur privé de son étai ?

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