Le Nocher
Pour qui travailles-tu, nocher ? Quel est ton maître ?
Qui peut ainsi t’enjoindre à charger des enfants
À bord de cette barque où tu les as vus naître ?
N’as-tu donc pas assez de vieillards sur tes bancs ?
Nous te voyons souvent dans ces fleuves de larmes
Planter ta perche comme on plante dans le cœur
Un pieu, pointe d’un traître impavide et moqueur
Qui larde sans tuer des familles sans armes.
Combien de nourrissons dois-tu mener là-bas
Pour que Sa volonté soit faite, au ciel et sous nos terres ?
Dansons, chantons pour Lui, faisons mille prières,
Et dans le doute, hélas, ajoutons nos sabbats.
Dis-le ! Qui des Deux pousse à de pareils méfaits ?
Qui rêve ton aussière aux plus blancs des chevets ?
Confesse-le, avoue avant de disparaître !
Pour qui travailles-tu, nocher ? Quel est ton maître ?

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