Chapitre 8

7 minutes de lecture

(〃 ̄︶ ̄)/ 1985 by Bo Burnham \( ̄︶ ̄〃)

 Ce matin, en ouvrant les volets, j'observe un ciel d'un bleu perçant et le soleil haut, comme tous les matins ici en fait. Je me suis renseigner et il pleut autant de fois part An que j'ai de doigts. Ca change de là d'où je viens... J'imagine que je ne peux même pas espérer voir de la neige à Noël cette année... Tant pis, je vais devoir m'y résigner. 

 Bon, deuxième jour. Etant donner que j'ai une volonté énorme, d'environ une heure et demi, je décide d'abandonner mon look pseudo "hétéro" et tant pis si j'en fait fuir plus d'un. Je n'espère qu'une chose, c'est que Luc ne fasses pas partie de leur équipe mais vu les phrases qu'il me sort, je dirai que ce n'est pas son cas. Malgré ça, j'angoisse quand même un peu, il ne m'a jamais vu avec tout la tiraille. Quand il m'a aidé pour les cartons, je ne portais rien non plus hormis une boucle d'oreille. Alors ce matin, mon piercing fait son retour sur ma lèvre inférieur, mon bracelet de cuir renait à mon poignet et je trace un léger trait de crayon sous mes yeux. Je laisse tomber les mitaines mais je ne vais pas jusqu'à mettre un de mes T-shirts à phrases gay quand même. J'opte pour mon cargo favori, celui qui est large et noir, je l'accompagne d'un haut blanc près du corps. J'ai fait mieux mais bon, ça ira, je fouille dans les cartons histoire de trouver la boite à chaussure où j'ai ranger le reste de mes bijoux quand je tombe sur une petite caisse en bois sculpté. Qu'est ce que c'est ? Je ne me souviens pas l'avoir déjà vu... 

 Je me laisse tomber sur mon matelas et l'ouvre. Des dizaines de souvenirs m'éclatent à la figure, si bien que j'en oublie un instant Lucifer. Je suis bien incapable de me détacher des clichés sous mes yeux. Il y a des photos de lui et de maman jeunes, de moi bébé, de nous trois, de moi un peu plus vieux, de son anniversaire, de leurs mariage, de lui... Je sens les larmes brûler mes yeux... Non, c'est pas le moment ! Pourtant, peu importe ce que j'en pense, elles glissent sur mes joues sans que je ne les essuis. J'attrape une photo au milieu des autres, faisant cliqueter sa bague de fiançailles sur ses autres effet personnels. Il est là, allongé sur un lit, un bébé qui doit être moi à ses cotés, il est assoupi. C'est surement maman qui a pris ce cliché. Je suis sûr que depuis sa mort, elle n'a plus regarder une seule de ces images. Elle doit même en avoir peur... 

 Mon père était un sapeur pompier professionnel, il est mort à l'âge de 38 ans, brûlé par les flammes alors qu'il essayer d'éteindre l'incendie. J'avais 12 ans, et pendant de longs mois, ma mère n'a pas su se relever, elle est resté dépressive un long moment jusqu'à ce que je m'ouvre le crâne sur la table alors que j'était seul dans la cuisine. Un si petit évènement l'a fait cogiter et elle a réussi à s'en sortir. Je referme brusquement la caisse en gardant la photo, et la range. 

 Je n'ai pas envie de penser à ça toute la journée, mon père me manque énormément mais je ne peux rien y faire. J'attrape mon sac et descend les escaliers en courant presque. On ne reprend pas les mauvaises habitudes et on arrive à l'heure Camille ! Lorsque j'ouvre la porte principal, Lucy m'y attend, il parait surpris et je me rends compte que mes larmes coulent toujours sur mes joues. Je les essuis brièvement, même si je suis sûr qu'il reste des traces noirs sur mes paumettes, avant de le saluer :

- Salut ! Je m'attendais pas à te voir ici. Tu te souviens de mon adresse. 

 Il me détaille en silence, je vois ses yeux s'attardaient sur mes lèvres et mes mains, lorsqu'il croise mon regard, je crois le voir rougir discrètement :

- Désolé. Salut, je me suis dit qu'on pourrait peut être faire le chemin ensemble, si ça n ete dérange pas bien sûr. Mais tout va bien ?

 J'acquiesce, je l'aime beaucoup mais il n'a pas besoin de savoir ça, du moins ce n'est pas le moment. Il acquiesce et essuis certainement les restes de maquillage ayant couler sous mes yeux du bout des doigts

- Allons y, d'ailleurs tu as de la chance, je suis plutôt du genre à être en retard tous les jours ! J'ai pris de nouvelles résolutions ! 

- Au beau milieu de l'année ? 

- Bien sûr ! 

 Il m'offre un sourire et nous discutons tout en marchant vers le lycée. 

******* 

 La sonnerie raisonne enfin, elle annonce la fin du dernier cours qui, entre nous, à été foutrement long. Je range mes affaires, c'est le jour où maman rentre tard et je n'ai pas envie d'être seul à l'appart ce soir. Je pense que je vais continuer ma visite de la ville ou alors voir la plage, il parait qu'elle n'est pas loin... Luc me rattrape dans le couloir, mince, j'ai oublié de l'attendre alors que je suis incapable de ne pas penser à lui...

- Tu es obligé de rentrer directement après les cours ? me demande Luc.

- Non, ma mère n'est pas là ce soir.

- Tu veux... qu'on sorte ? Je veux dire qu'on aille faire un tour tous les deux ?

 J'ai l'impression que mon cœur vient de faire un triple saltos arrière dans ma poitrine. Pourquoi est-ce que je refuserai ? Déjà, c'est la seule personne que je connais ici, qui est gentille avec moi depuis des années et en plus, c'est un très beau garçon qui trotte dans ma tête depuis que je l'ai vue. Je n'ai rien à faire et il connait la ville mieux que moi. Alors bien sûr, j'accepte et nous sortons. La température est haute et il n'y a pas un brin de vent. Les lycéens sortent tours à tours des cours. Je dépose mes affaires chez moi et en profite pour refaire mon trait de crayon avant de redescendre.

- Qu'est ce que tu veux faire en premier ?

- Ma mère m'a dit qu'il y avait une plage à une vingtaine de minutes à pieds, j'aimerai y faire un tour si ça te va ? 

- Oui c'est parfait, il faudra que je te parle d'un truc en plus...

 De quoi est -ce qu'il pourrait bien vouloir me parler ? C'est vrai que je ne sais pas grand chose de lui, la plupart de nos conversations tournent autours des cours, de la météo, de la situation politique ou de ma vie mais très rarement de la sienne. Je sais simplement qu'il a un gros chien qu'il adore et qu'il vit avec son père et son frère. Je le suis, j'observe ses boucles noir de jais danser sur son front au rythme de sa marche. Il est d'une beauté à couper le souffle, je ne comprends pas, comment ne peut-il pas avoir de petite amie ? Nous discutons un petit quart d'heure jusqu'à ce qu'un petit coin de plage s'offre à mes yeux. Ca devait bien faire une dizaine d'années que je n'y étais pas allé... Ca sent bon l'eau de mer et les souvenirs... Ici, il n'y a personne et la mer s'étend jusqu'à l'horizon, j'enlève mes converses et profitent du sable chaud sur mes pieds. Luc me regarde faire, assis sur un gros rocher, un petit sourire aux lèvres :

- De quoi est ce que tu voulais me parler ?

 Il soupire et redevient sérieux, je massois en face de lui, dans le sable :

- Est-ce que tu es croyant ?

- Pas plus que ça non. Ma mère l'était avant mais je crois qu'elle a perdu la foi depuis... enfin bref, pourquoi cette question ?

- Parce qu'il va falloir que tu le sois un peu.

-Quoi ? Tu vas me dire que t'es le diable finalement ? 

Je rigole mais m'arrête bien vite en voyant que lui, ne rit pas du tout :

- Eh bien... Peut-être bien oui... Mais ce n'est pas le plus important, c'est un détail. 

 Je suis incapable de me retenir d'exploser de rire, ça alors quel acteur ! J'y croirais presque :

- Ce n'est pas drôle, c'est la vérité. Je sais que-

- Non, je t'arrêtes tout de suite, je goberais pas ces conneries. 

- Pourtant c'est la vérité et tu n'as pas le choix d'y croire, il va t'arriver des bricoles sinon et je n'en ai pas envie. 

Je soupire, moi qui croyait qu'il s'agissait d'une bonne personne. Voilà que je me retrouve face à un mythomane de première. Je me lève et rattrape mes chaussures :

- Qu'est-ce que tu fais ? 

- Je m'en vais. J'aime pas trop qu'on me prenne pour un débile. 

 Il ouvre la bouche avant de froncer les sourcils, voyant qu'il n'a rien à ajouter, je me retourne et à peine ai-je eu le temps de faire deux pas que mon visage rencontre un torse sortie de nul part. 

- Camille... 

 Mais... Il était derrière moi à l'instant, je veux bien ne pas être rapide mais quand même, c'est impossible. 

- Camille, il faut que tu m'écoute et que tu me crois. Fais moi confiance... S'il te plait. 

Ces trois derniers mots semblent lui irriter la gorge mais je mets ça de coté en reculant : 

- Seulement si tu me dis la vérité.

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