Chapitre 8 : Le cercle fermé

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(Léo)

Le néon clignotait au-dessus du distributeur de boissons qui grondait en crachant sa commande. Élise récupéra le gobelet de café noir et le pressa immédiatement contre sa tempe droite, les yeux mi-clos, cherchant la chaleur pour apaiser la douleur.

— Encore ce mal de crane ? demandai-je.

— Ce dossier aux assises est une vraie plaie. Ça va passer.

Je posai une main dans le bas de son dos. Avocate pénaliste, un métier qui vous ronge les nerfs. Je la voyais s'épuiser à ramasser la misère humaine que mes collègues et moi jetions devant les tribunaux. Elle travaillait trop, et prenait trop peu de temps pour elle.

Elle rouvrit les yeux, capta mon regard inquiet, et glissa ses doigts froids dans les miens.

— Relax ! T'es tout tendu. C'est Arthur qui devient père, pas toi.

Je hochai la tête, et nous remontâmes le couloir, le silence de l’étage seulement perturbé par le couinement de mes chaussures. Arthur qui s’était isolé du monde dix-huit mois plus tôt devenait papa aujourd’hui. Marion avait réussi à le cerner, à faire tomber l’armure.

Elise s’arrêta à la chambre 204, réajusta le ruban du paquet cadeau et m’adressa un sourire qui effaça la fatigue de son visage. Elle tapa, et on entra.

— Félicitations ! annonça-t-elle en se dirigeant vers le lit.

L’atmosphère était suffocante, les stores baissés filtraient la lumière du jour. Marion nous adressa un signe de tête, épuisée, le regard fixé sur la petite forme endormie. Élise déposa délicatement le cadeau sur la table de nuit avant de s’attarder sur le nouveau-né.

— Elle est magnifique, Marion, s’émerveilla Élise en se penchant sur le berceau. Regardez-moi ses toutes petites mains !

Son mal de tête semblait n’avoir jamais existé. Je m'approchai pour saluer Marion et regardai le visage minuscule de Chloé. Elle était si petite, si vulnérable. Un vertige me prit. Un petit être si dépendant et fragile dans ce monde d’une brutalité extrême. Je ne savais que faire de mes dix doigts alors je les enfonçai au fond de mes poches.

Arthur se tenait près de la fenêtre, le dos au mur, les bras croisés sur son col roulé noir. Il nous observait tel un chien de garde qui surveille sa meute.

— T'as une sacrée chance, vieux. Elle te ressemble pas, c'est déjà ça de gagné.

Je lançai une pique pour le détendre. Je m'attendais à une réaction mais rien ne vint. Seulement le silence qui s’intallait dans la pièce. Marion soupira, un son chargé de lassitude.

— Arthur, ouvre un peu les stores, s'il te plaît. On n’y voit rien ici.

Il eut un regard vers Marion, chargé d’un amour passionnel et inconditionnel avant de se décider à bouger. Le soleil perçait par la fenêtre et venait baigner Chloé de sa lumière. Elle se mit à gesticuler avant de pleurer. Arthur qui réagit le premier. En deux pas il était déjà à son chevet. La seconde suivante, Chloé était calée entre son bras et son torse, la berçant déjà. Il s'approcha lentement de nous, me contourna et se planta devant Élise.

— Chloé, je te présente ta marraine. annonça-t-il de but en blanc avant d'ajouter. Et voici ton crétin de parrain. Enfin, ils ne le savent pas encore alors il faudra que tu leur demandes s'ils sont d'accord.

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