Senet

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Paris, le 2 juin 2018

Marina est toute excitée. Elle arrive d'un pas enjoué devant la pyramide de verre aux premières lueurs de la journée. Paris se montre magnifique à cette heure-ci. Le calme et la lumière de l'aurore plongent chaque matin la jeune femme dans un état contemplatif. Les détails des architectures de la ville se révèlent avec une beauté saisissante dans le silence orangé de la fin de nuit.

Elle pénètre dans le musée, direction le département des antiquités égyptiennes. Ses talons résonnent dans les couloirs vides et sa robe à fleurs virevolte au rythme de ses pas joyeux. Le sourire aux lèvres, elle balance ses mèches brunes derrière ses oreilles et pense déjà à sa formidable journée. Aujourd'hui, elle reçoit une importante pièce d'un collectionneur privé. Ce dernier, un milliardaire souhaitant rester anonyme, a décidé de léguer une partie de ses collections à différents musées du monde.

Le Louvre fait évidemment partie de sa liste. L'homme posséderait des trésors inestimables et l'anonymat servirait surtout à protéger ses canaux d'acquisition, sûrement frauduleux. Peu importe, se dit Marina, l'important est que ces pièces ressortent aujourd'hui.

Elle n'a aucune idée de ce qu'elle va recevoir ,mais la femme qui lui avait téléphoné quelques jours plus tôt lui avait fait comprendre qu'il s'agissait sûrement de la pièce de la plus grande valeur que son employeur disposait. Et comme il adorait Paris, il avait choisi le Louvre pour l'exposer.

Le transporteur avait appelé le département des antiquités la veille pour signifier qu'il livrerait le colis tôt ce matin. Marina s'est donc levé aux aurores pour la récéption de ce chef d'oeuvre. Le département des antiquités égyptiennes est désert. Marina allume toutes les lumières, pose son sac à mains sur une chaise et passe dans la pièce du fond qui cache la machine à café.

Elle met en route la faiseuse de réveils et attend patiemment que le nectar passe.

L'interphone sonne. Le garde à l'entrée des livraisons l'informe qu'un colis à son nom vient d'arriver.

Elle raccroche euphorique et se précipite dans le dédale du musée jusqu'à l'aire des livraisons.

Le chauffeur l'attend, tablette en main, pour lui faire signer tout un tas de documents numériques. Les formalités passées, le type à la casquette jaune dévérouille la porte arrière de son camion et relève le volet métallique jusqu'en-haut. Le suspense est à son comble.

Mais la décéption s'avère à la hauteur des éspérances que Marina nourissait jusqu'ici. Le livreur ressort du fond de la remorque sombre avec un tout petit paquet entre les mains. Il lui tend, elle le remercie la mine triste et fait volteface.

Elle ne s'attendait pas à un sarcophage, mais la boîte est vraiment petite. Les plus grands trésors tiennent souvent dans le creux de la main se dit-elle pour se rassurer en pénétrant dans son bureau.

Elle déchire minutieusement l'emballage cartonné, retire les couches de papiers bulle une à une et dévoile enfin un écrin noir aux reflets rouges. Le bois est magnifique. Les veines pourpres strient l'ébène sombre sur chaque côté de la boite et Marina l'examine sous toutes les coutures. Elle dévérouille le fin loquet doré et ouvre doucement le battant .

Au creux d'une mousse foncée se trouve un rouleau beige enrubanné de rouge. Un papyrus.

La décéption vint encore une fois l'envelloper. Elle ne comprend pas. Les rouleaux de papyrus ne sont pas ce qui manquent dans les collections du musée, et elle sait pertinnement la valeur que cela a. A moins que celui-ci ne contienne l'histoire et la technique de construction de la Grande Pyramide, elle ne voit pas bien en quoi il se révelerait être un trèsor inestimable.

Elle attrape une paire de gants dans un tiroir, dénoue délicatement le ruban, approche sa lampe et déplie le rouleau sur son bureau.

A priori, rien d'exceptionnel. Le texte est très court et elle reconnait déjà certains hyéroglyphes. Aucun nom de pharaon n'est présent, aucune ville. Elle relève la tête, souffle et décide d'aller boire son café.

Une heure plus tard, le manuscrit est déchiffré. Marina ôte ses lunettes et bascule dans son fauteuil. Le papyrus ne révèle rien d'extraordinaire. Il y a bien le mot "Senet" sur le quel elle a bloqué un moment, ne se souvenant plus de ce jeu de plateau connu comme étant le plus ancien de l'histoire.

Elle relit encore une fois le texte :

Tout n’est qu’un Senet de nuit et de jour

Où le destin joue avec les

Hommes pour pièces

Çà et là, il les fait bouger et les écrase

Et les égorge

Et, un par un, les remet dans la boîte

Une bien belle allégorie qui ne recèle finalement rien de sensationnel. Marina ne sait vraiment pas quoi penser de tout ça. Elle reste un moment à fixer le plafond avant d'allumer son ordinateur. Elle ouvre sa boite mail, fait défiler les courriers sans intêret lorsqu'un nouveau message apparait. Adresse inconnue mais l'objet ne fait aucun doute : Bonne récéption. Elle clique dessus.

" Madame Luxia, j'espère que vous avez fait bonne réception de mon présent. Il doit vous paraître étrange et il se peut que vous vous interriogiez sur sa nature. Ce papyrus est un texte écrit de la main de la Reine de Saba en personne. Vous avez le droit de ne pas me croire sur parole mais je vous assure que je ne mens pas. Je pense que vous saisirez alors l'importance de ce manuscrit. Ce qu'il contient ne s'apparente pas à une quelconque poésie. Ces derniers siècles, beaucoup d'hommes sont morts par le simple pouvoir de ces quelques mots. Cette prophétie, j'ai passé les trente dernières années de ma vie à tenter d'en saisir le sens. Aujourd'hui, je fais appel à vous avant qu'il ne soit trop tard. Rejoignez-moi à l'hotêl Sheraton du Caire dès que vous le pourrez, le temps fait son oeuvre et la boite se referme déjà sur l'humanité.

Cordialement

Dimitri P. "


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Chapitre écrit par Florent

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