Presque une décennie de silence...

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Tu m'as imposé ta violence. J'ai vécu dans le silence.


Lorsque tu me frappais, à la maison ou en public, tu affirmais que c'était taquin. Que c'était juste pour me chahuter. Tous les couples se chamaillent, après tout ! Tu te moquais des regards scandalisés, outrés, posés sur nous. Et lorsque je te demandais d'arrêter, tu devenais tout à coup froide et méprisante. Tu me traitais de ''petite nature'', ajoutant que je n'avais aucun humour, que j'étais barbante.


Lorsque tu m'incendiais de tes mots les plus violents, tu estimais cela légitime. Mon travail ? De la merde. Mes passions ? De la merde. Ma philosophie ? De la merde. Mes envies ? De la merde. En réalité, la moindre contrariété, le moindre refus de ma part suffisait à déclencher ces débordements. Tu y allais sans retenue, et honnêtement, c'était pire que les claques que tu me mettais dans la gueule. Mais selon toi, j'étais une mauvaise petite amie. Je méritais ces mots.


Lorsque tu prenais mon argent, parfois sans prévenir, tu répétais que je pouvais au moins te donner ça. Si j'osais refuser, les insultent pleuvaient, couplées au bruit des objets que tu cassais sur le sol. Je me rappelle de cette dispute, lorsque je refusais de te prêter 20 euros. Tu avais fracassé un cadre photo devant mes pieds, éparpillant clichés et morceaux de verre autour de nous. Radine. Egoïste. Bonne à rien. Voilà ce que j'étais.


Puis, il y a eu ces nuits, où tes mains se sont promenées sur mon corps, déjà meurtri de fatigue. Tu m'empêchais de dormir, déterminée à obtenir ce que tu désirais. Tu me montais dessus, glissais sournoisement ta main sous mon bas de pyjama, léchait goulument mon cou, le mordait, parfois jusqu'au sang, et palpais mes seins sans ménagement. Tu me retenais prisonnière de ton étreinte. De tes envies. Tu te plaignais que je ne te touchais jamais, que je ne remplissais pas mon devoir conjugal en tant que fiancée.


Il y a eu ce soir, où tu as une fois de plus souillé mon corps. Tu t'es endormie, satisfaite. Moi j'ai couru sous la douche, le visage innondé de larmes. Je me sentais sale, vidée de toute dignité. J'ai laissé couler l'eau, jusqu'à ce que ma peau rougisse, et que la buée efface mon reflet dans le miroir. Je savais que ma vie sexuelle ne serait plus jamais la même.


J'ai encaissé tout cela. En silence. Pendant presque 10 ans. Puis un jour, j'ai osé rompre le mutisme dans lequel je m'étranglais. C'était pour mettre fin à notre relation.


Je t'ai pardonnée. Non pour soulager ta conscience, mais pour me libérer de ton emprise, et apaiser les blessures que tu m'avais infligées.


Je n'écris pas ce texte pour toi, mais pour moi. Pour ne jamais oublier. Je n'ai pas honte d'avoir gardé le silence. Ces longues années où j'avais perdu ma voix m’ont appris que je n’avais pas à subir ces sévices au nom de l’amour.


Ni poésie, ni rimes, ni vers, juste la confession d'une femme qui s'est libérée du silence dans lequel on a voulu l'enfermer.

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