Chapitre 1 : Al-Khaznet

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Je suis à la fois heureuse, émue et ébahie face à ce qui se trouve devant moi.

Depuis le temps que j’en rêvais ! J’ai vu tant de photos, de reportages qui m’ont fait tomber sous le charme de ce lieu. Et cela est enfin devenu possible. Je n’ai qu’à tendre la main pour parvenir à toucher cette pierre si caractéristique, ce grés de couleur rose orangé si typique. Sans compter qu’à cette heure-là, les rayons du soleil paraissent effleurer la façade, et la baignent dans cette lumière qui accentue le rose.

La porte du trésor est vraiment immense et majestueuse, creusée à même la pierre. Grâce à son emplacement assez protégé, le temps qui passe, les effets du climat, de la pluie, qui peuvent parfois être ravageurs, sont ici peu visibles, même si les aigles en pierre qui sont tout en haut de l’édifice sont érodées, toutefois cela n’ôte rien à la magie de cet endroit. Cette architecture est à la fois typique et intrigante. Et je peux distinguer cette urne qui a véhiculé tellement de légendes et qui a donné ce surnom à ce lieu.

Nous avons emprunté le Siq et même si un kilomètre à pied, cela peut être long, l’enthousiasme est également un bon vecteur de motivation. Avant que celle-ci n’apparaisse, au bout de ce raidillon surmonté de parois vertigineuses où il est encore possible de déceler des traces de l’antique système hydraulique, je retenais mon souffle, et là encore je n’en reviens pas. Je profite du spectacle avant de poursuivre mon activité. Je ne peux encore une fois que remercier Lisa de sa proposition. Comme le photographe qui travaillait avec les archéologues avait fait une mauvaise chute et se retrouvait bloqué pour une certaine période, il avait fallu trouver un remplaçant très rapidement avant que l’été, saison trop chaude, n’arrive, et même si je n’avais jamais eu l’occasion de faire cela, Lisa m’avait appelée, et je n’avais pas tergiversé longtemps pour prendre une décision. La préparation de mon exposition sur de vieilles pierres de mon département était suffisamment lointaine pour que je puisse avoir du temps. Il y avait aussi les travaux dans ma maison à avancer, mais dans l’immédiat cela pouvait attendre, sans compter que cela serait une rentrée d’argent assez intéressante pour acheter des matériaux divers. De plus, une aubaine pareille, cela ne se refusait pas ! Le plus difficile fut de trouver un vol. Par chance, j’avais eu l’occasion de faire un passeport, il y a deux ans, même si le voyage au Maroc avait été annulé au dernier moment, et j’étais donc en mesure de partir sur-le-champ. Après, une fois là-bas, on était venu me chercher à l’aéroport, mais étant donné que j’étais arrivée tard, j’avais passé une nuit à l’hôtel, puis très tôt nous nous étions rendus dans le campement où pour un mois je serai logée et nourrie. Lisa m’avait prévenue des conditions de vie, sachant que nous étions au plus près du site archéologique pour que le travail avance vite, mais je ne boude pas mon plaisir ! Nous sommes au pied des montagnes, protégés des vents, mais pas de la chaleur.

Et là, face à cette splendeur, l’émotion me gagne. Honnêtement, s’il n’y avait pas du monde autour de moi, j’en pleurerai ! Je me prends un instant pour Harrison Ford dans La dernière croisade !

Depuis que je suis arrivée ici, malgré la chaleur, la vie sous la tente souvent assez spartiate, le sable, les longues journées, je me réjouis d’être en ce lieu. J’ai eu de la chance, et j’en suis consciente. Je saisis mon appareil pour photographier sous différents angles de ce chef d’œuvre humain de près de deux mille ans. Je remplis deux pellicules, avec déjà en tête le fait que choisir les bons clichés sera compliqué, car depuis mon arrivée, face aux paysages si enchanteurs, si dépaysants, si pittoresques que j’ai pu observer jusqu’à maintenant, un projet d’une exposition sur ce sujet a germé dans mon esprit, voire un recueil. Je serais surtout dans l’obligation de trier les clichés qui montrent quelque chose de particulier et que je me documente dessus. Mais pour cela, il serait nécessaire que j’aie plus de temps ! Je pourrais également y ajouter des représentations sous forme d’aquarelle, un de mes hobbys. J’ai tout ce qu’il faut avec moi.

Grâce à mon objectif, je peux observer l’ouvrage précis des Nabatéens sur cette fabuleuse façade assez hellénistique d’inspiration, et j’adapte mon regard à celui-ci, saisissant le moindre détail, la besogne qui a été effectuée, et la manière dont cela a été fait.

Prévoyante, j’ai apporté des tenues confortables et estivales, avec une veste et un pull à cause des nuits fraîches en plein désert, mon équipement, suffisamment de pellicules pour mes photographies plus personnelles, car je travaillais surtout avec de l’argentique pour mes clichés artistiques, et mon appareil numérique et mon ordinateur qui me permettaient d’être plus réactive pour les prises de vues du travail des archéologues, des découvertes. Tout le reste m’avait été fourni sur place. Cependant, j’étais plus à l’aise avec mon matériel que je connaissais par cœur. En outre, à la suite de l’absence du photographe, j’avais été contrainte de mettre les bouchées doubles pour récupérer ce retard accumulé, et je n’avais pas vu le temps s’écouler.

Et je ne le regrette pas.

Ce matin, il avait fallu se lever tôt pour profiter de ce lieu, mais au bout d’une semaine en Jordanie, je piaffais d’impatience, surtout en étant à proximité ! Nous étions arrivés juste avant le lever du soleil pour ne pas être gênés par les touristes qui ne tarderaient pas à se présenter. Nous avons le temps d’y pénétrer et en cette occasion, il m’est possible de remarquer que l’intérieur se résume à une salle carrée sans décoration avec une petite pièce à l’arrière. Mais le moment que je préfère, c’est lorsque je sors et que juchée sur les marches du Trésor, je suis en mesure d’observer tout ce qui se passe devant moi. En voyant l’expression des touristes qui arrivent, il m’est possible de me dire que j’ai probablement eu la même expression ravie. Il est aussi intéressant d’apercevoir les premières carrioles à cheval arriver, typiques de cet endroit.

C’est quand même avec regret que je suis obligée de revenir sur le chantier, où une fois là je peux directement enchaîner sur le travail. J’espère seulement avoir la possibilité d’en découvrir davantage une autre fois avant de partir, car je suis un tantinet frustrée de ne pas disposer d’assez de temps pour me rendre au théâtre ou au tombeau de l’Urne. En effet, depuis mon arrivée, j’ai pris l’habitude de faire suivre mon matériel partout. J’ai juste à attraper le bon appareil, le régler, et je suis prête. Et je m’aperçois que j’adore cela ! Et puis, je retrouve le fourmillement familier de ce lieu où malgré la chaleur, il y a un rythme soutenu.

Pour moi, venir travailler dans ce lieu a été une découverte. Certes, j’avais eu l’occasion de voir des reportages sur ce sujet, mais là, être au mitan des événements, c’est vraiment intéressant à vivre, et même enrichissant comme expérience. Voir la minutie avec laquelle les archéologues travaillent, et surtout les positions souvent plus qu’inconfortables dans lesquelles ils l’effectuent est très instructif. Afin de mieux comprendre, j’ai eu l’occasion de le faire, et j’ai trouvé cela plus que significatif. En revanche, il faut que je sois présente toute la journée à dessein d’être prête pour pouvoir photographier toute découverte, toute nouveauté : poterie, tessons de mosaïque, traces humaines quelconques ou même de bâtisse… C’était réellement très divers. J’ai l’impression de participer à une chasse au trésor continuelle.

Lorsque l’heure du repas arrive, je préfère prendre un sandwich au poulet et de la salade que je déguste derrière un rocher, à l’ombre. J’ai besoin d’un moment de solitude où je peux me remémorer ce que j’ai vu ce matin. J’aime assez la vie dans le campement. Les archéologues passent les nuits dans une maison à Ma’an où ils peuvent entreposer les découvertes pour travailler dessus, avant qu’elles ne soient amenées dans le musée de la Capitale. Mais nous, nous vivons sur le bivouac afin de toujours être prêts. Et si la vie sous la tente est bien la nuit, grâce à la fraîcheur ambiante nocturne, la journée, c’est un peu plus ardu, la chaleur étant la plupart du temps étouffante. Par chance, la nourriture est excellente : le cuisinier alterne entre repas traditionnel et occidental. C’est varié, et la gourmande que je suis apprécie. Les générateurs et le photovoltaïque permettent un certain confort.

La suite de la journée, je la passe à trier les photographies sur l’ordinateur, à les classer pour les transmettre aux archéologues afin que ceux-ci puissent avoir une idée de la zone de fouille à poursuivre. Puis, après un repas en commun hâtivement avalé, la fatigue me tombe dessus brutalement. Dans ma tente, je ne tarde pas longtemps à me mettre au lit. Malgré la couche spartiate, avec un lit pliant et la chaleur encore présente, je suis certaine que je vais rondement m’assoupir, car ma nuit va probablement être vite envahie des superbes images de ce lieu enchanteur. En outre, je dois poursuivre la mission pour les trois semaines que je désire aussi enrichissantes, et ainsi avoir encore plus de beautés qu’elles soient naturelles ou archéologiques à découvrir, et surtout en apercevoir un peu plus de cette cité troglodytique.

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