Chapitre 32 - manger et manger encore

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Erkay observait les dossiers devant lui. La pile était de plus en plus réduite. Les transferts avançaient bien et deux alphas supplémentaires avaient rejoint des omégas. Pour la première fois depuis longtemps, il se sentait véritablement fier face au travail accompli. Seulement dans le même temps, il se demandait, encore et encore, s’il n’était pas venu le moment de se choisir un alpha. Il y avait là des dossiers difficiles. Il pourrait gérer l’un de ces alphas. Ou alors, simplement sortir l’un de ses vieux alphas de sa propre zone. Certains avaient un mérite indéniable. Ce n’était pas une décision facile et il n’avait pas non plus à la prendre aujourd’hui. D’ailleurs, il n’allait pas manquer d’occupation.

Il se leva de son bureau, enfila sa plus jolie veste, et sortie. Il essaya de ne penser à rien durant tout le trajet, puis il s’arrêta devant le petit portillon d’une jolie maison et l’ouvrit. Cardian n’aimait pas les formalités, alors il entra tout simplement.

Sandro se trouvait dans une partie un peu reculée du jardin. Il était à genoux et il désherbait tranquillement. Il ne semblait pas l’avoir entendu arriver. Erkay resta immobile, à l’observer. Ses muscles puissants roulaient sous ses vêtements. Il était concentré sur sa tâche. Ses traits étaient détendus, ce qui le rendait plus beau que les dernières fois qu’il l’avait vu. C’était étrange de le voir aussi serein.

— Qu’est-ce que tu en penses ?

Erkay sursauta. Son ami était arrivé tranquillement à côté de lui et il observait tendrement l’alpha. Erkay émit un petit rire nerveux.

— … que tu dois être un magicien ?
— Il n’y a rien de magique. Je crois qu’il aime les plantes…

Ce n’étaient pas les plantes, Erkay en était persuadé, mais elles avaient peut-être eu un rôle, elles aussi. Minutieusement, Sandro continuait de désherber. Au bout d’un long, d’un très long moment même, il remarqua la présence de l’autre oméga et se figea. Il hésita, observa Cardian et attendit de voir un signe inquiétant, mais il n’y en avait pas. Allait-il être renvoyé ? Il ne voulait pas partir. Il se battrait pour rester. Mais c’était quoi, se battre, pour des omégas ? Il allait devoir parler, argumenter, chercher des compromis quelconques, négocier… Il n’avait aucune de ces compétences.

Cardian s’avança vers lui, d’un pas souple et avec l’air amical, mais ça ne le rassura pas vraiment jusqu’à ce que l’oméga ne lui parle.

— Mon cœur ? Tout va bien. Erkay est un ami. Il est venu manger avec nous.
— Juste manger ? grommela l’alpha doucement.
— Oui, juste manger. Tu ne risques rien. Je ne te rendrais pas, tu le sais, n’est-ce pas ?

L’alpha hésita. Non, il ne le savait pas, pas encore en tout cas. Cardian posa un baiser sur son front avec une douceur terrible.

— Je te promets qu’un jour, tu le sauras. Je ne rendrais jamais. Et si tu venais manger maintenant ?

Durant toute leur conversation, Erkay les avait observés. Il ne se sentait pas très à l’aise d’être là et d’assister à leur tendresse. Ça lui amener à se poser des questions sur ses propres choix et sur sa solitude. Il fut surpris de se sentir un peu jaloux. Jaloux de cette relation dans laquelle il n’avait pourtant jamais cru. Que penser maintenant qu’il voyait un tel résultat ?

***

Installer dans le parc, sur une jolie couverture rouge vif, Lidseï profitait du soleil. Il frappait sa peau et la réchauffait agréablement. À côté de lui, Kavri semblait détendu, mais il ne l’était pas. Il avait de l’herbe sous la couverture et ça faisait des bosses. Il y avait des odeurs étranges qui flottaient un peu de partout et qui changeaient régulièrement. Il y avait des enfants qui jouaient plus loin. C’étaient de jeunes omégas. Ils riaient. Il y avait le vent, qui soulevait les cheveux de Lidseï si joliment tout en dévoilant un peu plus de sa peau. Le vent caressait Kavri avec une douceur qui ne lui était plus inhabituelle : c’était ainsi que Lidseï le touchait et l’aimait. Malgré tout, même si chacune de ses sensations prises à part était bonne, l’ensemble était de trop.

En réponse, son cœur battait trop fort. Le sang circulait trop vite dans ses veines, bouillonnant sous sa peau. Le son de propre organisme arrivait presque à éclipser celui des enfants tout proches.

Lorsque des doigts se posèrent sur lui, il montra les dents, avant de comprendre que c’était juste Lidseï et il eut honte. Honte d’avoir menacé l’alpha qu’il aimait une fois encore. À l’extérieur, ils n’étaient pas censés se montrer proches, mais il se blottit néanmoins dans son giron. Les étreintes de Lidseï parvenaient toujours à le calmer.

— Tout va bien. Ferme les yeux.

Kavri obéit et il se détendit presque aussitôt. Ce n’était pas parfait, il y avait toujours trop de sollicitation, mais c’était déjà mieux. Lidseï le serra un peu plus fort. Sa poigne était presque dure sur son corps, mais ça lui fit du bien.

À côté d’eux, Nath restait silencieux. Le panier-repas était ouvert et il offrait plein de bonnes choses. Cependant, Kavri n’arriverait rien à avaler. Lidseï mangerait peut-être un peu de son côté ? Mais peut-être pas. Normalement, cela devrait placer leur sortie comme étant un échec et même un échec cuisant. Pourtant, ce n’était pas le cas.

Ils étaient tous les trois dehors. Ils respiraient un air pur et agréable qui devait faire du bien aux poumons de ses alphas. Kavri apprenait à gérer l’extérieur et s’il voulait un jour pouvoir se balader réellement, il fallait bien commencer par quelque chose ! Cette première sortie n’était peut-être pas parfaite, mais c’était une promesse. Un jour, ils marcheraient le long des grandes roseraies et compareraient le parfum des fleurs. Un jour, ils pourraient aller ensemble n’importe où et ça ne poserait aucun souci.

Alors Nath prit l’un des petits sandwichs et croqua dedans avec une joie sincère. Ils n’étaient pas loin de la zone, mais il adorait cet endroit. De plus en plus d’alphas allaient pouvoir venir ici. Une petite zone de musculation allait bientôt être installée pour eux. Le quartier leur faisait un bon accueil, ce qui faisait vraiment plaisir à Nath.

Au bout d’une petite demi-heure, Lidseï avait à peine grignoté, néanmoins, Nath préféra leur proposer de rentrer. La sortie devenait vraiment dure pour Kavri et il fallait le ménager afin que cela reste une bonne expérience.

***

Erkay repartit de chez Cardian, le ventre agréablement lourd d’un repas copieux. Il avait discuté durant des heures avec son ami. Ils avaient parlé des alphas qui devaient être encore placés, des travaux dans les zones, de ses enfants et même de son célibat. C’était la première fois depuis longtemps qu’il en parlait avec Cardian.

La vérité, c’était qu’il se sentait perdu. Néanmoins, il retourna dans sa propre zone, cette zone qui faisait le pire de ce que l’on pouvait trouver. Il descendit dans les étages, passa devant les cellules les plus horribles et s’arrêta quelque part entre deux couloirs.

S’il le voulait, il pourrait se mettre en couple avec n’importe lequel d’entre eux. Il pourrait le sortir de là, le monter dans les étages et lui offrir un espace personnel digne de ce nom. Il pourrait apprendre à le connaître, comme Cardian l’avait fait avec Sandro. Il pourrait devenir proche de lui. Il pourrait peut-être même apprendre à l’aimer. C’était un drôle de pouvoir tout de même ? Erkay s’assit et se demanda à quoi aller ressembler son avenir. Prendre une décision consciente n’était pas la chose la plus évidente qui soit et pourtant, il essayait.

Il passa un long moment à peser les pour et les contre. Puis il essaya de s’imaginer avec les uns ou les autres. Seulement, il ne les connaissait pas intimement, alors c’était dur d’envisager les différences que cela allait entraîner. Et puis, la vérité, c’était qu’il n’était pas sûr de vouloir essayer.

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