Œdipe mécanique

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Père est mort.

C'est ainsi que tout débuta. Enfin je crois.

Nous étions là, frères et soeurs, à nous unir et profiter tandis que Père nous regardait.

Chacun d'entre nous possédait sa tanière, un antre rien que pour lui où Père nous éveillait grâce aux rayons de soleil qu'Il créait, réchauffant notre peau. Chaque matin, Il nous revêtait de nos fourrures pour que jamais nous n'ayons l'impression de le quitter.

Nous nous retrouvions, frères et soeurs, dans une des parties communes de notre antre. Père nous ouvrait les fenêtres pour nous donner notre nourriture. Puis nous nous amusions.

Père avait bâti pour nous des couloirs et des salles aux mille couleurs et plaisirs.

Nous ne manquions de rien. Nous vivions et aimions. Nous n'avions rien à craindre, rien à pleurer. Le dernier des grands frères était parti il y a bien longtemps tandis que toi, tu commençais à poindre sous le nombril de ta grande soeur.

Nous étions heureux jusqu'à ce que Père meure.

Il nous a réveillés comme tous les jours. Nous avons mangé comme tous les jours et sommes allés nous amuser comme tous les jours.

Puis le soleil s'est éteint.

Nous étions dans le noir, comme en pleine nuit.

Nous avons appelé Père mais Il n'a pas répondu. Il ne nous avait jamais ignorés.

Nous sommes allés dans la grande salle de notre antre. Rien.

Nous commencions à avoir faim mais les fenêtres ne s'ouvraient plus.

Je n'étais pas bien. Pour la première fois, je crois que j'ai eu peur.

Nos frères et soeurs aussi.

Nous avons tous dormi les uns contre les autres pour la première fois. Père ne nous réchauffait plus.

Nous nous sommes réveillés tout seuls. Nous avions faim. Nous avions soif. Nous avions froid. Nous avions mal.

Ta grande soeur a eu mal, très mal.

Jusqu'à présent, dès que nous avions mal, il suffisait de rentrer dans sa tanière pour que Père s'occupe de nous. Il nous endormait avec de belles images et de belles chansons et nous nous réveillions plus tard.

Malheureusement, Père n'était plus là.

J'ai dit à ta grande soeur que moi aussi j'avais mal.

J'ai cherché où pouvait être Père. Avec tes frères, nous avons réussi à ouvrir la tanière.

Nous avons vu une tanière plus grande encore. Et le soleil était haut.

Père était en vie.

Nous l'avons appelé pendant longtemps mais Il n'a pas répondu.

Nous avons avancé au milieu des tiges jaunes. Elles nous piquaient mais nous avons avancé.

Ta grande soeur ne pouvait plus avancer.

Les autres sont partis. Moi, je suis resté avec elle.

Ta grande soeur a hurlé fort, très fort. Je crois qu'elle avait mal comme lorsque j'étais tombé, mais Père n'était pas là pour souffler sur sa blessure.

Maintenant elle ne hurle plus. Je crois qu'elle dort. Mais elle a une très grosse blessure par là où tu es apparu, petit frère.

Je vais te poser à côté de ta grande soeur. Je crois que c'est comme ça que l'on doit faire. Lorsqu'un petit frère ou une petite soeur arrive, Père le laisse dormir dans la même tanière que sa grande soeur.

Je vais essayer de retrouver les autres et Père. Je ne sais pas où ils sont allés.

Je reviendrai vous voir quand ta grande soeur sera réveillée ou si je trouve Père.

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