Être libre

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Que suis-je donc en train d'imposer à cette pauvre lettre, messagère involontaire de mes tourments les plus profonds ? Un amour si lourd qu'il menace d'écraser ses fibres délicates. Elle ne mérite pas une enveloppe marquée d'une adresse et d'un destinataire. Je la veux libre, tout comme je le suis devenu, et perdue, comme je le suis également...

Dans ce périple qu'est la vie, en prenant conscience de l'éphémère de notre existence, en rejetant ce que je crois être l'illusion d'un paradis éternel et en acceptant la dure réalité du combat pour survivre, j'ai forgé cet amour, cette flamme belle et libre qui s'élève malgré tout, illuminant chaque recoin de mon être, mais aujourd'hui, je me retrouve seul dans l'obscurité glaciale de la nuit. Chaque étoile, jadis brillante, s'est éteinte l'une après l'autre, me laissant face à un ciel désert, sans lueur pour me guider. Jusqu'à ce que la mort nous sépare, que l'amour nous répare, voilà mon serment secret—mais ce qui la ravivait s'est éteint, ce doux zéphyr, m'a laissé à mon nadir.

Ainsi, le libertaire que je suis, tel un oiseau arraché à sa cage, s'est retrouvé face à l'immensité d'un ciel sans fin—libre, sans abri, sans repères. Cette liberté que j'ai tant chérie n'est plus qu'un vertige, une illusion immense où l'absence de refuge me laisse à nu, sans branches où reposer mon âme égarée.

Ta manière si délicate de m'annoncer cette nouvelle aurait pu me dévaster, mais paradoxalement, elle m'a plu. Il n'y avait rien de cruel dans tes mots, rien d'injuste dans ta décision. À présent, c'est à moi de prendre du recul, de t'accorder cette liberté que tu m'as offerte en retour, et d'accepter humblement de rester spectateur de ta belle existence, à distance.

Trahir cette promesse serait me trahir doublement :

  • D'abord, en reniant le vœu que je t'ai fait, celui de ne vouloir que le meilleur pour toi.
  • Ensuite, en niant cette vérité que je perçois en toi, cette clarté qui m'émerveille.

Car voilà la réalité : ta décision est sage—plus que tu ne le crois. Je l'avais admis dès le début de ma lettre : cet élan était égoïste, et je me suis proposé à toi avec la ferveur d'un homme croyant pouvoir changer sa destinée... sans même envisager la tienne.

N'aie ni crainte, ni tristesse, je ne m'abandonnerai pas aux ombres où l'homme triste s'égare. Ta considération, ta délicatesse, m'ont élevé, et pour cela, je te rends grâce. Désormais, même si mon image en tes yeux n'a pas d'avenir, je veux faire réfléchir, aimer, sourire—ne laisser aucun mirage, seulement de beaux souvenirs. Tel est mon serment envers toi.

Toutefois, toi qui sembles toujours tout deviner, toi qui n'as jamais besoin de rien—laisse-moi confesser une pensée négative, désormais, en ton absence, tout m'échappe, le silence me rattrape.

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