Chapitre I

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Sur le dos de sa monture la femme au visage balafré traverse le chemin de terre, le va-et-vient de sa jument est une douce berceuse silencieuse dans laquelle elle se perd volontier, une main distraite balayant la robe grise tacheté de noir du coursier. Un petit sifflement accompagne le duo au fur et à mesure que les arbres défilent, un air habituel que Maerin aime siffler quand elle le peut. Autour, les arbres l'entoure, les branches recouvrant la terre de cette couverture sombre, malgré le grand soleil de printemps qui scintille haut dans le ciel. Le vent bruisse au travers des feuilles, amenant une fraîcheur bienvenue pour l'une comme pour l'autre.

Tandis qu'elle se saisit de la flasque attachée à sa ceinture, à côté de ce tissu rouge qui pend sur sa hanche gauche, et qu'elle le porte à ses lèvres, déversant le liquide ambré qui brûle sa gorge, une odeur particulier attire son attention, celui d'un bûcher. L'odeur caractéristique de chair humaine entrain de brûler ne s'oublie jamais vraiment. En se rapprochant de l'origine de ce parfum peu attrayant, un bourg se découpe au détour d'un carrefour, les palissades hautes de trois mètres entourent la petite agglomération rurale. Après une dernière rasade, la flasque reprend sa place originel tandis que la jument passe l'arche en bois fin.

Après une courte déambulation, la place centrale apparaît. Une foule de badauds s'exaltent devant trois bûcher tandis qu'un homme de foi aux yeux injecté de sang prêche sur une estrade devant des yeux attentifs de tout âge sous les hurlements des deux hommes et de la jeune fille entrain de mourir sous l'indiférence générale. Maerin constate le triste spectacle qui se déroule devant elle, perchée sur sa monture, les deux mains reposant sur la corne de sa selle. Ce qu'elle voit à travers ses quatres sens, elle ne l'apprécie que très peu, mais elle sait aussi qu'elle ne peut rien y faire de toute façon. Une fois que les cris des pauvres âmes se turent enfin, ses talons donnent le signal à sa jument de continuer son chemin jusqu'à une écurie de halte, située à proximité.

Une fois arrivée à destination, elle descendit de son coursier avant de le guider à l'intérieur où un homme richement habillé pour l'endroit l'acceuillit avec un sourire.

— Bonjour madame, comment puis-je vous servir ?

Sa voix était mielleuse, ses mains se frotte l'une dans l'autre. La femme en armure de cuir et de maille lui tandit les rênes de sa jument.

— J'aimerais la laisser ici jusqu'à demain, avec de l'eau claire et du foin frais.

— Bien-sûr madame, bien-sûr. Puis-je vous proposez de lui changer ses fers et de faire brossé votre cheval ?

Maerin pris une seconde de réflexion, jusqu'à ce que ce soit sa propre jument qui lui mette un coup de museau dans l'épaule, ce qui lui arrache un sourire.

— Oui, faîtes donc ça.

Le marchand souris à son tour, ses mains se frottant de contentement, il se tournera vers l'un des palefreniers, un jeune homme qui, dès qu'il s'approchera, fît un pas de recul quand il regardera le visage de la femme. Le marchand lui mettra une tape du dos de la main sur son torse.

— Arrête donc de regarder notre très chère cliente ainsi, et va t'occuper de son cheval.

Il accentuera le "très chère" volontairement en lui faisant des gros yeux. Le jeune homme se ressaisit et pris les rênes avant de s'éloigner.

— Excusez le très chère cliente, il n'a pas l'habitude des étrangers.

— C'est plutôt la réaction normale des gens quand ils me voient. C'est la vôtre qui sort de l'ordinaire.

Le marchand se frotte les mains en faisant un petit ricanement.

— Oh vous savez très chère cliente, vous n'êtes pas la première excentricité que je rencontre dans ma vie. Même si certaine sont vouées à disparaîtres.

Ses yeux se déplace vers la fumée noire des bûchers. Son interlocutrice penche légèrement la tête en répondant.

— Et qu'ont-ils fait pour mériter un tel châtiment ?

Le marchand se permet un souffle navré, devenant tout penaud.

— L'un d'eux était alchimiste et l'autre juste un guérisseur.

— Et la jeune fille ?

Il balaya l'air devant son visage.

— Juste l'apprentie du guérisseur. Pauvre enfant, si jeune et pleine de vie... Le fanatisme est l'une des choses les plus dangereuses que j'ai eu à voir, surtout au royaume de Bréonne.

— Pire que la guerre ?

— Bien pire, car c'est souvent par le fanatisme que naît la guerre.

— L'être humain trouvera toujours un moyen pour s'entretuer.

L'homme hochera la tête silencieusement.

— J'ai des choses à faire, à demain.

— Passez une agréable et profitable journée très chère cliente, que la fortune vous accompagne.

Après un hochement de tête silencieux, Maerin tournera les talons et se rendra dans l'artère marchande principale qui était grouillante de monde à cette heure-ci. Les odeurs des étals où se cuisine maintes et maintes plats au fumet varié, elle prendra une brochette de viande de mouton et de poivron vert et rouge caramélisé par une sauce brune au safran avant qu'elle ne fasse quelques autres amplettes à consommer, elle ne loupait jamais une occasion de ravir ses papilles avec de la bonne nourriture, surtout quand il s'agit d'autre chose que de la viande séchée ou de fromage et du pain dur.

Au-dessus du bourg trône un manoir encerclé d'une enceinte en pierre, qu'on lui indique comme étant la demeure du seigneur, le baron Olek de la maison Brzezno, au détour d'une énième brochette de viande toujours aussi savoureuse. C'est avec un sourire affiché au grand jour qu'elle se dirigera vers ladite résidence le bras encombré par un cornet en parchemin léger de basse qualité contenant des torsades de pâte frite saupoudrer de sucre fin. C'est donc pleine de cette poudre cristaline autour de la bouche et avec cet espèce de bouquet de friandise qu'elle se présentera devant la grille du manoir, où des gardes l'attende en la voyant arriver de loin avec cet air presque enfantin figé sur son visage balafré.

— Halte là ! Décline ton identité et ce que tu viens faire chez le baron ?

Bien qu'il est sa main serré sur le pommeau de son épée, ses deux compagnons eux, sont un peu plus nerveux, l'un serrant fermement ses mains sur son arbalète, l'autre est prêt à se servir de sa lance. Maerin lève la main en geste d'apaisement.

— Oulah ! Messieurs, du calme voyons.

Mais elle n'avait pas du tout l'air effrayée, elle ose même un petit sourire narquois, en même temps, comment le pourrait-elle, elle est aveugle. Mais le chef du trio n'a pas l'air convaincu.

— Ton nom. et ce que tu fais ici.

— Je m'appelle Maerin, et je viens de la part du sénéchal de Lalande, il m'a confié une mission auprès de votre baron.

Dit-elle en avalant une autre bouchée de sa pâtisserie frite, devant les yeux des trois gardes qui se jettent du regard et des murmures.

— Elle... mais elle est aveugle, qu'est-ce qu'elle pourrait bien faire ?

— Et bien ce visage... le baron ne voudra jamais qu'elle approch-

— Fermez donc un peu vos gueules vous deux.

Les deux se raidirent aussitôt en se mettant droit comme des piquets.

— Oui, Sergent !

Ce dernier soufflera du nez en regardant cette femme à priori complètement insouciante de la situation.

— Si c'est lui qui vous envoie, alors vous pouvez entrer. Mais pas de bêtises, c'est clair ? Si vous créez des problèmes on s'occupera de vous.

— Évidemment Sergent, je serais sage comme le cul d'un curré.

D'un grognement mécontent, le sergent la laisse passé. Le long jardin est parfaitement entretenu, le soleil et le gazouillement des oiseaux donnant une impression de petit paradis sur terre. Quelques soldats patrouillent çà et là autour du manoir. Parterres de fleurs et arbres en tout genres sont disséminés sur le domaine, parfois même, un petit animal apparaît un instant avant de disparaître.

Une fois arrivée devant la porte massive, et d'avoir froisé puis jeter le cornet vide avant de le jeter dans le buisson bordant la demeure, elle frappera un poing trois gros coups sur le bois massif et décoré. Quelques instants plus tard, alors qu'elle se balançait d'un pied à l'autre, la porte s'ouvrit sur un homme vieux mais élégant.

— Monsieur le baron n'attend pas de visite aujourd'hui. Qui êtes-vous ?

Bien qu'il ne montre qu'une façade de marbre en guise de visage, son regard fixe intensément la balafre barrant les yeux de Maerin, qui répond.

— Maerin, mercenaire et chasseuse de prime. Le sénéchal de Lalande m'envoie. Le baron aurait un travail pour quelqu'un de discret. Je suis là.

Le majordome semble décontenancé une seconde, et il ne cache pas sa surprise.

— V-vous ? Mais enfin. Vous êtes-

— Aveugle. Oui, je m'en suis rendue compte. Et vous avez l'air d'un cadavre rachitique. Je peux voir le baron maintenant, ou on continue de se lancer des fions toute l'après-midi ?

Le majordome se tut une seconde bien trop longue, comme pour garder contenance. Puis il répondit.

— Certainement. Monsieur le baron est dans le jardin arrière.

Il lui fit signe d'entrée, et referme la porte derrière lui, alors qu'un sifflement impressionné retentit.

— Et bien, on ne manque de rien ici.

Elle se place devant un tableau et bouge le menton pour lever la tête, comme si elle voyait.

— C'est très moche.

— Il s'agit d'une œuvre du célèbre peintre Otto Von Falkenrath. Ses tableaux valent plusieurs centaines de pièces d'or.

Dit-il avec un ton dur. De son côté la femme en armure et avec l'épée dans le dos penche la tête sur le côté.

— Ça n'en reste pas moins très moche.

Le majordome ferme les yeux et se permet une respiration plus lourde.

— Je vais vous conduire auprès du baron, veuillez me suivre madame.

Plus qu'une indication, c'est un ordre. Ils traverseront rapidement l'intérieur en ligne droite, en croisant un rideau, elle s'en servira de serviette pour retirer le sucre collant de ses mains et de sa bouche, avant de resortir sur l'exterieur. Le jardin y est encore plus beau ici, les odeurs plus fortes aussi. Outre les domestiques qui vont et viennent, il y a le baron assis au milieu d'une gloriette avec deux autres personnes entrain de déjeuner. Le majordome arrive devant l'entrée de cette petite bâtisse en bois pour s'incliner.

— Monsieur le baron, le sénéchal de Lalande vous à envoyez son mercenaire.

Le Baron, un homme dans la soixantaine bien assumée avec cette allure de grand-père bien conservé, s'essuie rapidement la bouche de la sauce riche avec une serviette avant de la poser en boule sur la table. C'est un sourire qui illumine son visage, même si son élan perd en intensité quand il regarde le visage dudit mercenaire. Mais il n'ai pas homme à juger un livre à sa couverture au premier regard. Il prend la main de la mercenaire des siennes et la secoue vigoureusement.

— Bienvenue mercenaire. Bienvenue. Je suis ravi de vous rencontrez. Prenez place je vous en prie. Avez-vous manger ?

Il fait signe vers la table, puis, comme si il voulais bien faire, il guide l'aveugle, qui se laissera faire, jusqu'à la place libre pour l'installer.

— Sabast, allez donc lui préparer une assisette.

— Bien, monsieur le Baron.

Puis le majordome s'incline et se retire rapidement. Le Baron reprendra sa propre place et mangera distraitement.

— Barnabas vous à expliquer en quoi consiste le contrat ?

— Non, pas en détail. Il m'a juste dit que je devais accompagner quelque chose d'ici jusqu'à la capitale.

— Ce quelque chose est le fils du Baron.

Le visage de la mercenaire ne quitte pas sa position fixé droit devant elle, pourtant tout son attention est tourné vers l'homme à la droite du baron. Son accoutrement très riche et soigné suggère un poste de haut rang à la capitale.

— Hm, c'est pas un petit paquet ça. Un mariage j'imagine ?

— Pas vraiment... Du moins, je n'en suis pas certain moi-même.

— Un Baron ne sait pas si son fils va se marié ? Dit-elle tandis que l'assiette arrive et se pose devant elle.

Le baron semble confus.

— Eh bien, Son Altesse Royale n'a rien dit d'explicite... Mais d'après la lettre qu'elle m'a fait parvenir, elle désire ardemment que mon fils soit présent lors du bal de cet été.

L'homme n'ayant pas encore parler, daigne enfin adresser la parole à l'auditoire.

— Il s'agit du bal où la reine choisira le futur fiancé pour la princesse parmi les prétendants venants de tout les royaumes du continent. Même de l'Empire de Rhémanie.

— Il paraît qu'il y aura même un membre du Saint Siège pour valider cette union devant les Dieux.

Maerin se contente d'écouter en silence tout en mangeant activement son assiette.

— C'est une chance pour ma famille. Ce genre d'opportunité n'arrive presque jamais dans une vie de petit noble rurale comme nous. Mais j'ai bien peur que mon fils n'ai aucune chance..

Maerin laisse tomber un os de caille décharné sur son assiette en suçant son pouce.

— Pourquoi ? Il est du genre bande mou ?

— Il n'a que 11 ans.

— Ça change pas ma question.

Le baron souffle un petit rire en mettant sa main sur le bras de l'homme à sa droite.

— Non, le problème c'est que notre famille n'a pas beaucoup d'importance aux yeux du royaume. Et encore moins aux yeux de Sa Majesté. Mais la princesse et mon fils s'apprécient énormement, ils entretiennent d'ailleurs une relation épistolaire depuis quelques années maintenant. L'invitation viens d'ailleurs de la princesse en personne.

Maerin prend une des coupes sans hésitation, ce qui surprend le trio d'hommes, et bois avec un plaisir le vin qu'elle contient.

— Tout ça c'est bien joli, Baron. Mais qu'est-ce que je dois faire concrètement ?

Le baron essuie sa bouche avec sa serviette, comme pour rassembler ses idées, puis lui répond.

— Vous devez veiller à ce qu'il atteigne sain et sauf la capitale. Et vous le ramenerait entier ici après la fin du bal.

— Et dans le cas peu probable où le fils du baron est choisi comme fiancé, vous devrait veiller sur lui à la capitale, jusqu'au mariage.

— C'est faisable. Si le prix en vaut la peine.

— Deux cents couronnes d'or. Cinq cents si vous restez jusqu'au mariage. Si vous acceptez.

Maerin recrache son vin sur le côté, elle qui était si détendue, semblait trembler de... plaisir ?

— D-d-deux cents !? Oh putain de merde...

Elle se tortille sur sa chaise, beaucoup trop heureuse de cette information pour que ce soit saint.

— Évidemment que j'accepte ! On part quand ?

— Dès que poss-

— Demain c'est possible !

La mercenaire sérieuse et un peu trop détendue est devenue une enfant pressée et impatiente. Le vieux baron lui, sourit face à cette réaction, là où les deux autres n'apprécient guère.

— Nous allons devoir prendre quelques jours pour organiser le voyage. Trois jours, ça vous semble convenable ?

— Évidemment ! Tout ce que vous voulez Monseigneur !

L'entrevue s'achève sur une poignée de main franche, l'une souriante à pleine dents, l'autre satisfait.

Mais c'est peut-être trop beau pour être vrai...

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