Chapitre II - Partie III - La capitale de Bréonne

8 minutes de lecture

Alors que le convoi du hérault royal et du fils du baron de la maison Brzezno, accompagnés de leur escorte massive et hétéroclite, continue sa route après deux semaines de voyage plus compliqué qu'on puisse le penser. Le troisième jour, une famille d'ourscarabée est resté au milieu de la route plusieurs heures durant, ce qui mis les soldats sous tension. Le neuvième jour, un groupe conséquent de bandits attaque le convoi, les chevaliers du hérault et les soldats du baron ferons le gros du nettoyage, bien que l'on dénombre quelques pertes dans les rangs des défenseurs aussi. Il est apparu que Maerin n'avait pas bougé de son cheval, prétextant que son rôle est de protéger le fils du baron, et que le reste ne la concernait pas. D'un côté, elle se paiera une sale réputation auprès de tout le monde, mais les soldats et les mercenaires qui pillent les cadavres des attaquants remarquerons qu'elle ne participe pas non plus à cette basse besogne, ce qui la fera remonter un minimum dans leur estime, en général ceux qui ne combattent pas ne pillent pas, c'est une sorte de règle tacite.

C'est au seizième jour, peu de temps avant que le convoi n'arrive à la capitale, qu'une troisième rencontre inopinée a lieu. Un chariot marchand bâché est arrêté sur le côté de la route. Bien que cela ne soit pas forcément une curiosité en soit, ce sont les cadavres humains et de chevaux autour à moitié dévorés qui vont attirer l'attention. Le cheval de la balafrée arrive en tête de convoi avec les autres mercenaires sur ses talons.

— Lieutenant, c'est normal d'avoir ce genre de chose si proche de la capitale ?

Le chef de l'escorte royal regarde la scène, pensif, tandis que le convoi s'arrête à proximité.

— Non. Jamais aussi proche. Nous ne sommes qu'à cinq heures de route de la capitale, il devrait y avoir des patrouilles.

Maerin descend de sa jument, le capitaine la suivant avec quelques gardes royaux et les mercenaires. Ils se dirigent vers le chariot pour l'inspecter.

— Oh oooh. Il s'agit d'une bête sauvage. Dit Maerin en se faufilant à l'arrière du chariot.

— Et comment vous pouvez en être aussi sûre ?

Elle réapparaît avec un coffret rempli de bijoux dans les mains.

— Je ne connais pas un bandit qui aurait laissé ce genre de chose après avoir attaqué un chariot.

Les autres mercenaires se jettent déjà dans le chariot pour le piller, dans l'espoir de trouver d'autres trésors comme le coffret. Le capitaine lui, prend un bijou au hasard et l'examine.

— En effet... Ça doit être une bête sauvage. Ça expliquerait pourquoi les chevaux ont été tués aussi.

Ses yeux se porteront vers le chariot, il paraît vieux d'un coup.

— Nous attendrons que vous... fassiez ce que vous savez faire de mieux, mercenaire.

Sans un mot de plus, lui et ses hommes repartent vers le convoi, tandis que Maerin, elle, retourne à l'intérieur du chariot. Une des habitudes des mercenaires, c'est de ne jamais laisser passer un moyen de se faire de l'argent. La scène qu'elle voit est presque comique, et témoigne de la complicité du groupe de mercenaire ; L'elfe de la troupe, et seule présence féminine de la compagnie, se bat avec le nain, pour savoir qui des deux recevra le tonneau d'hydromel, en poussant l'elfe, cette dernière s'agrippe à la longue barbe du nain pour se retenir, mais il basculent tous les deux dehors, envelopper dans une partie de la bâche, à se mettre des coups de poings en guise d'argument. L'halfelin jette son dévolu sur une trousse d'alchimie pleine d'on ne sait quoi. Les deux humains se partagent un coffre rempli de pièce d'argent. Et le plus jeune humain dont le nom Lucius, qui sera dit par l'halfelin, trahi une origine rhémanienne, et dernier arrivé de la troupe, s'occupe de réaccorder une mandoline avec un petit sourire satisfait. Maerin ira proche de l'endroit où elle a trouvé le coffret de bijoux, et soulève le plancher.

— Tiens, tiens, tiens. Mais qu'est-ce qu'on a là ?

En tirant le contenu par le col, elle fait apparaître un jeune homme, les deux humains et le halfelin détournent les yeux vers elle dans un certain silence, tandis que les insultes elfiques et naines rugissent à l'extérieur. L'homme fait mine de se protéger le visage avec ses bras, tout tremblant.

— Pitié, ne me faites pas de mal ! Je n'ai rien ! Prenez toutes les marchandises !

La balafrée le relâche, et il tombe trop fort sur le sol pour se rattraper sans avoir mal.

— Qu'est-ce que tu racontes ? On a l'air d'une bande de bandits ?

Le jeune homme les regarde en se frottant l'arrière de la tête... Puis la baisse presque gêné.

— Eh bien... C'est que...

Le halfelin explose de rire face à son hésitation. Le chef de la troupe de mercenaires, Marco, se lève et prend le relais. Maerin, feignant d'être vexée, sort de la charrette.

— Allons, ne t'en fais pas gamin, on ne va pas te tuer. Qui es-tu ?

— Je m'appelle Gregory monsieur, j'étais un apprenti comptable au service de Maëgor, le marchand de ce chariot.

— Hm, je vois.

Il semble réfléchir en le regardant, puis pose une main sur son épaule.

— Ça te dirait de rejoindre notre groupe ? On a justement besoin de quelqu'un qui sache organiser la distribution du butin, ça évitera à certains de se battre à chaque fois.

Gregory regarde vers l'endroit où le mercenaire pointe son pouce, le nain et l'elfe ont tiré leur poignard pour se battre, retenant l'arme de l'autre avec leur main libre, ils font un duel de force, le perdant recevra à priori un poignard dans la gorge. Le rescapé regarde de nouveaux Marco en face de lui.

— Je serais obligé de me battre ?

— Non.

— Je serais payé ?

— Oui.

— Combien ?

— Ça dépend du contrat.

— Je serais nourri ?

— Évidemment.

Le jeune homme réfléchi sérieusement à la question. Il regarde les deux en train de se battre au couteau, le halfelin et l'autre humain parié en rigolant qui poignardera l'autre en premier, et le plus jeune humain sortir du chariot, satisfait de sa trouvaille.

— Très bien, j'accepte.

Marco semble soulager, et remet à sa ceinture le poignard qu'il cachait dans son dos, sous les yeux grandissant de Gregory.

— Tant mieux, je m'en serais voulu autrement. Bien Gregory, moi, c'est Marco, lui, c'est Arnoult, l'halfelin Ellan, le nain Durhan, la jolie elfe, c'est Iserill et le jeune qui est parti avec la mandoline, c'est Lucius. Je te souhaite la bienvenue dans la compagnie du bouc !

Il dit cela fièrement, comme si tout le monde savait qui ils étaient.

— Ah... D'accord, merci ? Je crois.

Le sourire de Marco disparaît et se change en un visage décomposé, sous les moqueries d'Ellan.

De son côté, Maerin était remonté son cheval gris cendre tachetée, le coffret de bijoux avait mystérieusement disparu de ses bras après un simple mouvement vers son destrier. Marco descend du chariot en même temps, avec le rescapé et le reste de sa troupe, ainsi que leur butin, pour retourner à leur chariot, ... Enfin pas tous ; l'elfe et le nain se battent encore, maintenant, directement au sol, en s'insultant de tous les noms possibles.

— Vache à lait !

— Crâne d'œuf !

— Oreilles pointues !

— Court sur pattes !

— T'as d'jà mangé autre chose qu'du gazon ?

— Tes ancêtres ont perdu une guerre contre l'alphabétisation !

— Tu n'sais même pas tirer à l'arc !

— Tu ne connais même pas le savon !

Pendant ce temps, le convoi les dépasse sans aucune considération pour eux. Le halfelin, depuis l'arrière du convoi, cris.

— N'arrêtez surtout pas de vous battre ! On pourra boire l'hydromel à votre place !

Les coups se stoppent net. Les deux visages défigurés et couverts de sangs se tournent vers le chariot arrière, et comme s'ils avaient eu une communication par télépathie, l'elfe et le nain courent comme un seul homme vers le chariot.

Maerin souffle, amusée par la situation à l'arrière à quelques mètres derrière elle.

***

Plusieurs heures plus tard, la capitale montre enfin le bout de son nez. Des hauts murs d'enceinte, dix-sept mètres de hauteur, sur quatre enceintes célèbres à travers le monde, symbole de puissance, de paranoïa et de longévité du royaume. La première enceinte est celle du peuple, des étrangers et des criminels, elle est moins protégée que les autres et possède un faubourg. La deuxième est celle des bourgeois. On y trouve le quartier marchand et le quartier des artisans, les auberges ainsi que diverses boutiques. C'est là que la compagnie du bouc s'arrête, le contrat étant rempli, et ne pouvant de toute façon pas aller au-delà. La troisième enceinte est celle de la noblesse secondaire riche, mais sans terres, de l'administration et du clergé. Enfin, la dernière enceinte protège le palais royal, la Cathédrale majestueuse et immense à proximité ferait pâlir de jalousies les plus riches des marquis. On y trouve aussi les jardins royaux, où, sous l'initiative de l'ancien roi, des légumes, et même des porcs, des chèvres et des poules, y sont cultivés dans la partie arrière. L'excuse principale de feu le roi était que cela rendait la pénurie de vivres moins importante en temps de siège, mais tout le monde savait qu'il préférait s'occuper lui-même du jardin et des bêtes plutôt que de prendre son rôle de roi au sérieux, ce qui lui aura valu le surnom de "roi fermier" au plus grand désespoir de la reine.

Le palais grouillait de monde, bien plus qu'à l'accoutumé, un signe clair que le bal puis la cérémonie du choix du fiancé de la dernière princesse approchait de plus en plus. Tout les royaumes humains sont représentés par plusieurs nobles de hauts rangs, des princes, des enfants de duc, de marquis voir de comte. Dans tout cet attroupement, il y a même quelques membres, adultes, de la noblesse impériale ; un seigneur-chevalier, un seigneur-gouverneur et un archonte, tous avec leurs serviteurs et escortes respectifs. Maerin ricane en se penchant vers le fils du baron qui descend de son carrosse simple.

— On dirait qu'ils ont un truc à compenser.

Cela arrache un sourire au jeune homme, malgré l'inconfort évident qu'il ressent face à toutes ces personnes bien plus riche et influent que lui. S'il avait pu, il serait déjà en train de faire demi-tour. Un majordome se présente à eux, bien habillé et élégant comme on l'attend d'un tel poste, il guide rapidement le fils du baron et sa suite vers les appartements que la princesse a fait réserver pour lui, qui normalement aurait dû revenir à du gratin de la noblesse.

La chambre de Gavriel est bien plus grande et luxueuse que tout ce qu'il a pu voir dans sa courte existence, de la soie, du bois noble, des meubles en bois massifs et travaillés, un espace aussi large que sa salle à manger, et deux portes, une annexe pour sa servante, et une salle de bain privative. Son escorte, elle, sera logée dans l'une des nombreuses casernes royales, comme toutes les autres escortes de la noblesse.

Maerin quant à elle, reçoit une chambre de bonne proche de celle de son protégé, sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi. Le majordome prétexte simplement que ce sont les ordres qu'il a reçus.

Peu de temps plus tard, des pas claudicants, appuyés par une canne, approche des appartements.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Bubullee ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0