1 - PANIQUE

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Merci de lire l'avant-propos.

Line

***

22 mars.

Laura

Normalement, d'après tous les catalogues féminins que j'ai pu lire dans ma vie sur le sujet, et les nombreuses anecdotes racontées par mes amies qui sont déjà passées par là, ça devrait être le plus beau jour de ma vie, non ?

C'est le plus beau jour de ma vie si l'on exclut deux ou trois détails.

Ce n'est pas du tout ainsi que je me l'étais imaginé quand j'étais petite fille. Je rêvais de devenir une princesse dans une magnifique robe blanche à la traine plus longue que celle de Lady-Di. Bon, pour être tout à fait honnête, je pensais vraiment que j'étais une princesse, jusqu'à mes onze ans environ. Que le monde c'était Disney World, la vie comme dans un dessin animé : des amoureux qui finissent par se marier dans un grand château féerique. Un « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants », non pas titre de l'épilogue de mon histoire d'amour mais d'un nouveau tome à écrire à quatre mains. Ce moment est enfin arrivé pour moi.

Toute ma vie, j'avais littéralement idolâtré cette journée ; presque déjà tout planifié ajoutant des éléments à ma liste déjà bien fournie au fil du temps, dès lors qu'une nouvelle idée jaillissait de mon esprit pétillant d'impatience.

Je savais où, à quelle période de l'année, qui de ma famille et de mes amis seraient à mes côtés. Le thème du mariage. Jusqu'à ma robe sur mesure que je pouvais visualiser rien qu'en fermant les yeux. Je n'avais alors que cinquante pour-cent des ingrédients nécessaires à ce gigantesque bonheur -c'est-à-dire moi mais toujours pas d'homme avec lequel faire ce grand saut-, mais peu importe, rien n'entachait mon euphorie. Je m'étais convaincue que mon futur époux, l'homme de ma vie, serait d'accord avec la moindre de mes folies ou lubies. Les futurs maris font tous ça pour leur promise, non ?

J'étais prête.

Depuis des années j'avais le fil directeur de ce moment magique. Ne manquait que mon Charming. Mon prince charmant. Sans même l'avoir rencontré j'avais une idée assez arrêtée sur la relation que j'aurai avec lui. Et en cela, je n'étais pas une Cendrillon ou une Aurore. Non, je n'épouserais jamais un homme que je n'aurais vu que trois fois dans ma vie.

Avec l'âge, je suis devenue plus pragmatique, un poil plus réfléchie. Je fantasmais une belle romance, oui. Une à l'image de celle de mes parents. Ils ont eu le coup de foudre l'un pour l'autre mais ont pris le temps d'apprendre à se connaître, de faire évoluer lentement leur relation pour en bâtir les fondations aussi solides que du béton armé. « Sans précipitation » comme dit maman. La recette du bonheur puisque rien ne les a fait s'éloigner depuis plus de trente-cinq ans.

Ils ont attendu près de trois ans avant de s'installer ensemble, autant avant de se fiancer. Mon histoire, je la voyais un peu comme la leur : puissante mais posée ; maturée. Pourtant, plus le temps défilait sur le calendrier plus je doutais que je pourrais attendre autant qu'eux avant de me faire passer la bague au doigt. Les aiguilles dans l'horloge tournaient inlassablement les pages des saisons, mais toujours pas de Charming en vue. Ce n'est pas faute d'avoir cherché. Beaucoup cherché. Peut-être trop, rétrospectivement. Aucun homme n'avait fait chavirer mon cœur au point de me faire enfiler la robe blanche.

Jusqu'à lui. Mais cela ne s'est pas exactement passé comme je l'avais prévu.

Exit le mariage dans un château.

Exit les six ans de relation avant de sauter le pas.

Exit les deux cent cinquante invités. Comité réduit. Très réduit.

Des noces tout ce qu'il y avait de plus intimiste. Une cérémonie absolument pas préparée de surcroît, un comble pour moi ! Un mode express... très express. L'amour fait faire des folies...bien qu'une folie sur deux finisse en divorce aux Etats-Unis. Quarante-sept pour cent pour être exacte. Et je sais de quoi je parle, je suis avocate. Mais je n'en ferai pas partie. Ce mariage, j'y crois. J'ai foi en lui, en nous. Même si je ne connais mon mari que depuis quelques semaines, même si ma famille n'était pas là pour mon union, sauf elle. Même si mon clan ne le connaît pas mais après tout, une petite recherche sur le net après l'annonce de La Joyeuse et ils pourront en apprendre déjà pas mal. Enfin vous avez compris l'idée, quoi !

Je n'ai donc pas eu le grand mariage de princesse avec la robe qui va avec mais c'était parfait, parce qu'on s'aime plus que tout. Et c'est tout ce qui compte. Je suis une fille plutôt optimiste en plus. Non je suis une optimiste doublée d'une romantique invétérée. Alors ce mariage à Las Vegas à la va vite, j'y crois. Je le sais. Je le sens. Je l'aime et il m'aime. Ça a été le véritable coup de foudre dès l'instant où nos regards se sont croisés à mon cabinet le seul endroit où je ne m'y attendais pas. C'était puissant dès le premier rendez-vous. Tellement que cela nous a fait peur et nous avons préféré garder pour nous notre relation naissante. Le germe de cet amour qui s'est très rapidement épanoui comme une fleur au soleil dans une jardinière remplie d'engrais... et nous a tous réunis ici.

Non. Il n'y aura pas de divorce dans mon conte de fée moderne Made in Vegas, Nevada, USA. Et ça j'en suis certaine. Vous savez pourquoi ? C'est simple. Quand elle va apprendre ou se souvenir de- ce qu'il s'est passé hier soir, ce que j'ai fait, elle va me tuer. Par conséquent, pas divorce pour moi ! C'est une promesse. Une vraie. Une vraie de vraie. Aucun doute raisonnable possible dans ce tribunal Votre Honneur. Je suis coupable et je ne pourrai certainement pas compter sur des circonstances atténuantes. Il n'y en a pas. Aggravante, en revanche, je ne peux le nier. Je pourrais tenter de plaider la folie éventuellement ? Non, non, pour moi, c'est condamnation. Coupable avec préméditations. Perpétuité assurée.

Sans exagération ? Je.Suis.Foutue. Un pied dans la tombe.

Et je ne parle pas que du fait de m'être mariée, de l'avoir embrigadée là-dedans sans lui en avoir parlé au préalable. Sans lui avoir vraiment présenté l'homme de ma vie non plus ...ni de l'avoir rendue complice de cette alliance à la sauvette. De l'avoir hydratée aux cocktails pour qu'elle se détende puis menée dans une jolie chapelle pour qu'elle soit mon témoin. Punaise, déjà rien que pour tout ça, elle va me tuer avec une tronçonneuse rouillée ! Alors le reste ... je ne sais même plus comment je vais m'en sortir. Je dois plaider la folie, il n'y a pas d'autres solution. Une crise d'aliénation momentanée. Oui, c'est bien ça...

Je n'aurais pas dû lui cacher ma situation. C'est pourtant la seule à qui ne je dissimule rien d'habitude. Elle connait tout de moi. Je lui raconte absolument tout parce qu'elle peut tout entendre. Sans tabou ni langue de bois, comme le plus formidable des journaux intimes. Je ne mets jamais de filtre et elle ne me juge pas.

Enfin, ce jour est peut-être finalement arrivé ma fille.

Saleté de conscience qui se réveille !

Bien que vivant à des milliers de kilomètres de moi pratiquement toute l'année, elle est toujours là à m'écouter lui raconter mes journées bonnes ou mauvaises, mes problèmes de cœur ou de fesses qui la font beaucoup rire d'ailleurs même si elle prétend souvent être choquée. Elle répond présente à mes messages, appels, quelle que soit l'heure malgré le décalage horaire qui nous sépare. C'est La femme de ma vie. Et non, je ne parle pas ma maman ! Elle est un soutien indéfectible quoi que j'entreprenne y compris lorsque nos avis divergent. La fameuse «je te l'avais dit » n'est pas dans son vocabulaire même quand j'essuie un échec me morfondant des heures au téléphone car j'ai fait le mauvais choix.

C'est ma lumière.

 ...mais ma lumière est aveugle. Elle ne se rend pas compte à quel point elle est étincelante ; le phare qu'elle représente pour moi. Mais un phare qu'il nous faut entretenir pour que sa flamme ne faiblisse pas lorsque les ténèbres veulent l'attirer dans leurs fonds les jours d'épais brouillard. Nous avons tous nos jours avec et sans. Mon rôle est de m'assurer que le fragile équilibre en elle ne bascule plus jamais vers les abysses de sa douleur.

La vie est une belle Connasse. Madame La Connasse, pour la citer. Pourtant, malgré les épreuves mises sur son passage par cette entité fourbe, elle met un pied devant l'autre chaque jour pour tous ceux qui ne peuvent plus le faire aujourd'hui. Elle leur rend hommage en restant debout le plus longtemps possible, malgré les tempêtes imprévisibles et imprévues. Je le sais, même si elle ne le dit pas. J'entends ses silences. Je les comprends.

Livy Baby, c'est ma meilleure amie. Ma sœur. La moitié de mon âme et de mon cœur. Je sais bien que contrairement à moi, elle a son jardin secret. Très secret. Un grand parc, immense. De plusieurs hectares. Pudique sur ses émotions, elle tente de les camoufler la plupart du temps, pour se protéger. Pour nous protéger. Pour me protéger.

Livy est ma cadette, c'est mon devoir de la protéger. Mais elle aussi veille sur moi, surtout quand il s'agit de ma protection rapprochée. En soirées. Quand elle devient ma Rocky, mieux vaut ne pas se retrouver sur son chemin. Certains ont tenté et en ont fait les frais. C'est une femme forte mais fragile. Lumineuse mais tourmentée. Douce mais sauvage. Intelligente. Oui, la vie est une Connasse. Les routes que l'existence lui a déjà fait emprunter, je ne les souhaite à personne, pas même à mon meilleur Némésis. Elle reste mon soutien, même les périodes où ses jambes sont bancales.

Ma Rocky.

Ma meilleure amie.

Ma sœur.

Mais je crois que cette fois j'ai totalement dépassé les bornes et les limites. Les bornes des limites. Pourtant, sincèrement, sur le moment, ça m'a paru être une merveilleuse idée. Une véritable idée de Génie digne d'Einstein. J'étais fière de moi en pensant avoir trouvé la solution.

Belle idée de merde !

T'as que des idées de merde après vingt-trois heures et quatre verres d'alcool.

Cette fois, ça dépasse carrément les limites de l'entendement.

Si tu survis, c'est Les Parents qui vont de faire la peau ! Profite de la vue, tu risques d'humer les pissenlits par les racines dans peu de temps.

 Seigneur, Je suis en pleine dispute avec ma têt...

— Meeeerrrrrrddddeeeeee les parents ! pesté-je pour moi-même complètement affolée.

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