3- Le départ ?

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Livia
La veille du grand soir.

 Je suis exténuée mais j'ai encore du boulot. Beaucoup de boulot. Alors pas le choix, je me fous un coup de pied mental au fesses pour me motiver. Fin de la pause.

Je déteste ne pas avoir le choix !

 Des mails à traiter, deux propositions de plans à finaliser, une propo commerciale à rédiger et plus encore. Sans compter ma devise personnelle que je refuse de balancer sous un oreiller même s'il a l'air aussi moelleux qu'un nuage : toujours boucler le boulot quarante-huit heures avant la date de rendu, pour parfaire si d'autres idées me viendraient avant de transmettre mon travail à mes clients pas toujours patients.

 J'ai du boulot.

 Malgré tout je suis bien là, à des milliers de kilomètres de mon bureau ; de chez moi. De la France... dans cette superbe chambre d'hôtel à Las Vegas. Enfin chambre, c'est quand même plus grand que mon petit chez-moi ! Laura est complètement folle d'avoir réservé ici. Je m'attendais évidemment à quelque chose de plutôt spacieux, moderne et un peu haut de gamme connaissant bien ma meilleure amie qui n'a pas dans son vocabulaire le terme « motel » ou « deux étoiles », mais ce resort, c'est du hors catégorie. Elle a mis le paquet. Il est grandiose. C'est un palace, littéralement !

 J'aurai au moins vécu ce luxe absolu une fois dans ma vie, moi qui suis contre ce type d'ambiance bien trop fabuleuse et totalement en décalage avec moi. Non pas que j'y aspirais, ce n'était même pas dans ma WishList, mais quand même, je mourrai avec cette petite pointe de satisfaction d'avoir dormi dans un tel endroit. Quand je vais raconter ça à Mila et lui montrer les photos que j'ai prises, elle va faire une syncope de jalousie ma super-collègue.

 Cette Suite Double est composée de deux chambres immenses dans lesquelles trônent un lit XXL. Des baies vitrées démesurées mènent à une jolie terrasse privée, d'où la vue est à couper le souffle. Une asphyxie justifiée. De là, je vois la piscine éclairée qui me fait de l'œil ainsi que les jardins de l'hôtel, et les grands parcs verdoyants qui l'entourent. C'est somptueux mais paisible. Il y a tant de petites lumières rouges, jaunes et bleues qui tutoient l'horizon au loin que j'ai l'impression d'observer la ville depuis le ciel. Mon regard se porte l'espace d'une seconde sur l'étendue bleue nuit bordée d'étoiles ce soir. Les coudes appuyés sur l'inox du garde-corps, je ferme les yeux en secouant la tête pour chasser des pensées qui m'empêcheraient d'avancer dans ma tâche si je leur laissais la moindre brèche pour m'assaillir, puis retourne à l'intérieur.

 Rien ne manque ici, même si on ne vient pas à Vegas pour rester cloitrer dans un hôtel, aussi luxueux soit-il. Quoi que, exception faites des salles de casino, des clubs...

 Le vaste salon-séjour, plus grand que le rez-de-chaussé de ma maisonnette, dispose d'une télé géante à écran plat incrustée dans le mur digne d'une salle de projection privée, d'un grand canapé en tissu gris clair entouré de plusieurs larges fauteuils pour lui tenir compagnie, une table basse en verre sur son tapis blanc à poils ras. De la place pour toute une équipe de basket.

 Dans chaque pièce, de grands tableaux style Art Déco, colorés et vivants. Au fond du séjour, un espace Bar&Détente avec quatre grandes méridiennes près de la baie ainsi que tout le nécessaire pour se préparer une boisson chaude ou froide tout en profitant de la vue presque panoramique.

 Tout ici respire la richesse mais sans donner cette impression dérangeante de lieu aseptisé ou sans vie que l'on voit parfois à la télévision dans des séries. Les éléments de décoration, les miroirs, les coussins et même la couleur des rideaux, rendent ce lieu accueillant. Mais pour moi, bien plus que l'immensité et le luxe de cette suite ou de la vue phénoménale qu'elle nous offre, c'est la salle de bains qui me comble de joie pure. Pour être plus précise : la baignoire. Oui, je suis une fille bizarre parfois. Donnez-moi une salle de bains digne de ce nom et je suis conquise. Je pourrais même dormir dans cette pièce.

 C'est THE baignoire ! Je voudrais la même chez moi. C'est la première fois que j'en vois une aussi grande, avec autant d'options : lecteur digital dans la faïence, remous, lumières colorées et tout le tralala. J'y suis restée un long moment dès mon arrivée à me prélasser en me disant que j'allais passer l'éternité ici. Dès que je l'ai vue, je n'ai pas pu résister à son chant de sirène. Je me suis déshabillée puis j'ai sauté à l'intérieur. Et qui dit hôtel de luxe, dit Sels de bain et toutes sortes de gels moussants à disponibilité. Et des laits pour le corps, aussi. Que de marques prestigieuses d'ailleurs. Oui, un petit coin de paradis dans ma sécurisante monotonie. Une parenthèse finalement bienvenue, bien qu'éreintante. Je ne vis pas la porte à côté, moi !

 Oui, dès que j'ai ouvert la porte de cette pièce aux allures d'Eden, mon cœur s'est emballé. Je suis tombée amoureuse de ce bassin à bulles enchanteur.

 Et non seulement j'ai rencontré la baignoire de ma vie ici, mais il y a aussi une extraordinaire douche à l'italienne avec pluie d'eau venant du plafond, divers jets massant et des enceintes intégrées pour écouter de la musique en se savonnant. Je me suis promis de la tester demain matin, pour qu'elle ne soit pas jalouse de sa copine aux pouvoirs relaxants.

 J'ai donc pris tout mon temps pour faire connaissance avec ma nouvelle meilleure amie la baignoire géante. J'ai allumé quelques bougies parfumées et me suis laissé porter par la sérénité du moment. Un moment rare. J'avais besoin de calme et de me ressourcer un peu avant de me remettre au travail sur mon PC portable. Car je viens de passer les dernières vingt-deux heures à faire le voyage depuis chez moi, pour uniquement rester trois jours avec Laura avant de refaire le trajet en sens inverse. Deux jours de voyage pour soixante-douze heures sur place, avec le décalage horaire qui va bien. Je suis aussi folle qu'elle en fait.

 Pourquoi j'ai fait ça déjà ??

Parce que je suis souvent incapable de lui dire non !?

 ...Et que j'avais besoin d'un break même si je ne l'avoue pas.

 C'est surtout que Laura est ma meilleure amie, qu'elle m'a supplié par appel Visio, textos, mails, WhatsApp, Messenger, mail etc. etc. -tenace hein ?- et tout cela non-stop pendant deux jours entiers pour que je réorganise tout mon emploi du temps à la dernière minute afin de la rejoindre à Las Vegas. Aujourd'hui, et pas un autre jour.

 Honnêtement, j'ai absolument tout essayé pour qu'elle renonce à son idée qui relève plus de la lubie, qu'elle reporte de quinze jours -enfin bien plus en réalité-, qu'elle vienne me rejoindre en France ou même à Londres, un de nos points de chute préféré.

 Mais non, elle voulait Vegas. Vegas et rien d'autre. VEGAS !

 Sous prétexte que cela fait plus de dix ans qu'on se promet d'y aller un jour et que là, elle avait vraiment envie de s'y rendre à ces dates-là. « Une super opportunité à ne pas rater » d'après elle...

 Mais pour moi, entendre ce nom, Vegas, c'était comme me prendre une gifle avec beaucoup d'élan. Un uppercut géant en plein plexus. Mon cœur a raté des battements et j'ai dû réfléchir à toute allure. J'ai donc évoqué mon boulot puis mon manque de temps pour la logistique afin d'organiser correctement ce voyage.

 Oui parce que comprenons-nous bien, Laura n'est qu'à une heure du Nevada en avion alors que moi, il me faut une journée entière de trajet pour traverser l'Océan Atlantique et les États-Unis. Et à peu près mille ans top chrono pour préparer une valise afin de partir sereine, sans angoisse ni pic de stress. J'ai besoin de tout appréhender. Le fait que deux jours de voyage pour trois jours sur place allaient me tuer et qu'il m'était impossible de rester plus longtemps n'a pas non plus aidé mon plaidoyer. Je l'ai même traitée de « tortionnaire capricieuse et psychopathe » d'ailleurs. Puis, mon arme ultime, mon coup de grâce...


* * *


 Elle est sérieuse ? Non, elle se moque de moi ! Elle ne peut pas être en train de me demander ça ! Si ?

— Princesse, ne m'en veux pas, mais je ne suis pas avocate moi. Et puis je n'habite pas à seulement à deux enjambées de Vegas. Tu sais un peu combien ça me coûterait ton petit caprice là ? À la dernière minute en plus ? Laura ?! Plus que ce que je me verse par mois ! J'ai des dépenses assez importantes qui arrivent pour l'entretien de la voiture entre autres. Et je t'appelle peut-être encore Princesse, mais moi je n'ai pas le compte en banque d'une reine !

— Fouuuuu Livia, trouve-toi un prince, ou un roi ! me répond-elle excédée mais fière de sa petite vanne pourrie.

— ...

— Livy ?

— ... humm ...

— Pardon Livia. C'est sorti tout seul, je suis désolée. Et tu sais qu'en plus, je ne suis pas le genre de femme à vouloir vivre au crochet d'un homme...

 Oui, je le sais. On peut dire ce qu'on veut, mais ma meilleure amie n'est pas l'archétype de la petite blonde écervelée et superficielle qui se cherche un bon parti pour l'entretenir, lui offrir une vie oisive pour passer son temps au bord d'une piscine en bikini à se peindre les ongles en rose Barbie. Ou dans des hammams à se faire masser du matin du soir entre deux séances de shopping. Elle est financièrement indépendante, même si elle ne dit pas non à un petit cadeau de son père de temps en temps. Elle est dingue, oui, a parfois des goûts exorbitants, mais elle a les moyens. Et je l'aime. Même quand j'ai envie de lui crêper le chignon... ou le brushing.

— Oui oui, Ok, c'est bon.

— Tu viens ? C'est vrai ? Je suis trop contente ! s'écrie-t-elle m'obligeant à tendre le bras pour éloigner le téléphone de mon oreille.

— Noon ! C'est bon pour ta vanne pourrie là.

— Livy Baby..., s'il te plaît, geint-elle. Fais-le pour moi. Je m'occupe de tout. Je me suis occupée de tout, se corrige-t-elle en allumant tous mes warnings qui se mettent à clignoter. De toute façon j'ai déjà réservé et payé l'hôtel, donc tu n'as plus vraiment le choix !

— Non mais...

— Et ne crie pas ! Et je sais pertinemment que pour ton boulot c'est toi qui te mets des barrières une fois de plus. Tu peux bosser durant le vol sur ton PC en hors-ligne ; d'ici aussi, ajoute-t-elle catégorique. Tu peux décaler tes rendus et tous tes rendez-vous, personne ne t'en tiendra jamais rigueur. Je sais que ça doit te paraître fou, mais j'ai besoin que tu me rejoignes. J'ai besoin de te voir Livy. Prends-le comme un service si tu veux. Mais j'ai déjà tout organisé comme je viens de te le dire et ... Livia ? Livy, tu es toujours là ?

Votre correspondant n'est pas disponible.

— Allô Livia ?

— Tu as fait QUOIIIIIIII ? hurlé-je comme une demeurée.

 Se faisant, je bondis de mon canapé, me prends les pieds dans mon plaid et renverse mon mug a demi-rempli de mon thé favori sur mon tapis. Fais chier !

— Tu as très bien entendu, réplique cette peste sans se départir de son calme qui a le don de me pousser dans mes retranchements. J'ai réservé les chambres. Dans un super hôtel tu verras et ...

— Laura, je ne doute pas que tu aies choisi un lieu super qui n'a rien d'une roulotte dans un pré ni d'un motel miteux au bord de la voie rapide où on risque plus de choper une MST et la myxomatose rien qu'en touchant une poignée que de dormir huit heures d'affilées. Je te connais, j'ai moi-même certains petits critères quand je dois aller dans un hôtel, et déjà ici Mila se fout de moi parce que je veux systématique une baignoire et une chambre de plus de quinze mètres carrés. La base selon moi, lui expliqué-je, mais ce n'est pas le sujet du truc. Mais toi Princesse, tu es carrément hors compétition par rapport à mes petites exigences !

 Je laisse passer deux secondes en reprenant mon souffle puis poursuis pour ne pas lui laisser le temps d'en placer une :

— Et je t'ai déjà dit que je ne veux pas que tu paies pour moi ! m'agacé-je perceptiblement.

— C'est parfait alors Livy, il n'y a aucun problème. Je n'ai pas payé ta note d'hôtel.

 Y'a une arnaque, je sens l'odeur d'ici. Elle est bien trop sûre d'elle et je perçois dans sa voix un fond de raillerie qui annonce qu'elle a fait une connerie.

— Tu as pris une seule chambre pour nous deux alors ? tenté-je sans vraiment y croire.

— Heu non, j'ai déjà réservé ta chambre, ton vol, ton transfert jusqu'à l'hôtel, énumère-t-elle alors que je l'imagine en train de se souffler sur la manucure plus fière qu'un paon en pleine parade nuptiale de ce coup qu'elle me fait. J'ai aussi prévu le transport depuis chez toi jusqu'à l'aéroport de Paris, des collations pendant le vol et aussi ...

— Punaise Laura ! C'est une blague ? T'a pas ?

— Livy... tu es en colère, là, je le sens. Pourquoi ma chérie ? Enfin je veux dire, ça ne peut pas être juste pour ça ! Ou tu as des problèmes en ce moment ?

— Non, bien sûr que non ! m'insurgé-je.

 Je ne veux pas qu'on aille sur cette voie.

— J'ai hâte de te revoir Livy, soupire-t-elle. Ça fait longtemps, tu me manques. Écoute, je sais que c'est un peu soudain et que je t'en demande beaucoup là, mais j'en ai besoin. S'il te plait, rejoins-moi à Vegas. Je voulais mettre toutes les chances de mon côté en organisant tout... mais il faut que ce soit à ces dates-là. Et puis nous sommes mi-mars passé, il fait plus chaud dans le désert que dans ton trou... Allez, tente-t-elle de me soudoyer en prenant sa voix triste et lascive, ne sois pas en colère. Je t'aime Livy.

 J'inspire. Non. Je vais tenir. Je ne peux pas. Elle n'est pas en train de me demander ça. Je vais me réveiller. Je me concentre, fais craquer ma nuque en attrapant une éponge dans la cuisine pour nettoyer les dégâts, le téléphone coincé entre mon menton et mon épaule :

— Pourquoi tu dis que je suis en colère ? Et je ne vis pas dans un trou Laura, tu le sais très bien !

— Tu habites à Paris la moitié du mois depuis des semaines mais ne sors quasiment pas Livy ! rétorque-t-elle sévèrement cette fois. Tu hibernes ! Le printemps est là, mets le nez dehors bon sang ! Et si, tu es en colère, affirme ma meilleure amie. Parce que ça fait quelques minutes déjà que tu ne parles qu'en français et non plus en anglais ! Donc, tu t'énerves. CQFD Baby.

Échec et mat.

 Je jurerais entendre un «toc» passer la barrière de ses lèvres. Je la déteste ! Non, c'est faux. Sauf maintenant !

— Ah oui ... pardon. Donc je reprends, In English ...

 Je suis faible face à elle. Ô désespoir...

 J'abdique donc en me maudissant intérieurement de cette faiblisse. J'espère que je ne vais pas le regretter. Je suis fatiguée d'avance. Il va falloir le dire à Mila.

 Il fallait que ça arrive un jour où l'autre ...

— C'est d'accord, je viens. Je n'ai plus vraiment le choix de toute manière hein ? Bien joué ! applaudis-je ironique une fois mon éponge jaune reposée sur le bord de l'évier. Mais Laura, ce coup-là, tu ne me le fais plus. Je déteste qu'on me mette au pied du mur et tu le sais très bien. Et puis Las Vegas Laura ! lâché-je instinctivement, ma bouche allant plus vite que ma pensée. Tu sais que j'aurais aimé que l'on ait une conversation sur cette... c'est... Je...

 Je sens une boule d'angoisse acide se loger dans ma gorge, et retiens un sanglot.

 Inspire
 Expire
 Inspire
 Expire

 Elle sait que c'est dur. Laura respecte mon silence et attend que je sois prête à continuer.

 Inspire
 Expire
 ...

 Je poursuis sentant l'urgence de mettre fin au débat :

— Et arrête de vouloir m'entretenir bon sang ! Je ne suis pas une gamine, merde !

— Oh Livy Baby ... pardon.

 Elle laisse passer quelques secondes supplémentaires. Je sais qu'elle réfléchit à si elle doit ou non aborder ce sujet par téléphone. Je l'entends évacuer l'air par la bouche tandis que c'est moi qui me sens prendre des kilos de lave dans l'estomac. Le tictac de ma grande pendule au mur cadence le temps, puis elle continue calmement d'une voix douce qui me fait penser à celle de sa mère, Ava. Si elle commence à me parler avec ce ton, je suis cuite moi...

— Je ne t'entretiens pas Livia ! Je respecte le train de vie que tu veux avoir même si parfois, ça me dépasse cet entêtement que tu as à refuser ce qui te reviens de droit à toi aussi. Tu préfères vivre en France, je n'ai pas mon mot à dire. Les parents comprennent aussi tes choix. Tu ne veux pas de leur agent, on l'accepte tous, mais...

— On a déjà parlé de ça, essayé-je de couper court.

— Pourtant en l'acceptant même un tout petit peu, tu pourrais avoir un meilleur niveau de vie. On pourrait se voir plus souvent Livy, geint-elle à présent, plus que deux jours par-ci par-là, et surtout ça me fait mal que tu sois loin et seule...

 La fin de sa phrase s'évanouit entre nos deux continents, cette distance nécessaire qui sépare nos corps mais pas nos cœurs. Oui, c'est indispensable.

— Princesse, on se voit tous les mois. Un week-end, je sais, c'est court. Mais on se parle tous les jours ou presque. Depuis plus de dix ans on fonctionne ainsi. Même quand tu étais ici à la fac, on se croisait parfois sans pouvoir se poser plusieurs semaines durant. Et pour le moment ... hésité-je, l'argent je ne veux pas OK ? Mais si un jour j'ai un problème, je sais qu'ils sont là et que je pourrai compter sur eux, et sur toi, ou même sur Kate. Mais je ne veux pas abuser.

—Tu es têtue.

— Je suis une grande fille Laura. J'ai vingt-cinq ans, je m'assume depuis des années. On m'a déjà beaucoup soutenue. C'est déjà énorme pour moi. Je vous dois tellement !

— Arrête...

— Je vis comme tout le monde, je lui réexplique pour la deux-centième fois au moins en tapotant mon tapis au sopalin, mes cheveux dans les yeux. Je travaille, je fais des économies pour mes voyages, et j'arrive toujours à m'en sortir pour te voir une fois par mois au moins. C'était le deal. Sans parler du fait que tu es venue plusieurs fois sur Paris ces derniers mois. Il y a des couples mariés qui se voient moins que nous Laura ! m'exclamé-je pour appuyer mes propos. Et même si j'avais un peu plus de moyens pour financer des allers-retours sur Londres, Dublin ou autre, je n'aurais pas plus de temps car comme toi, je travaille figure-toi !

— Bon on en reparlera, décide-t-elle tout à coup. Je t'envoie les billets par mail avant que tu ne changes d'avis. Fais tes valises, tu pars demain à...

 Pardon ?

Putain de arghhhhhh ! ragé-je serrant mes poings.

— Demain ? Demain ? Mais t'es complément folle ma parole ! Lauraaaa !

Je m'affole dans mon salon en tirant sur mes longueurs qui ne m'ont rien fait, heurtant mes genoux contre la table basse. Je me retiens de jurer un truc bien senti et totalement sudiste. Il est vingt heures et je rentre à peine du bureau...

— Non ! Merde... Non ! Tu ne peux...

— Bye Sis', See you Tomorrow! Love youuu !

— Laura ! grondé-je, trop tard.

 Seuls des « bip bip bip » répondent à mon total désarroi, mon portable toujours contre mon oreille.

 Et elle a raccroché. La petite &@#% ! ARGHHHH !

* * *


 Voilà comment je me retrouve ce soir à Las Vegas, fatiguée, dépitée par mon incapacité foutrement handicapante à dire « non » à ma casse-pieds de meilleure amie déjantée, mais impatiente de la voir pour comprendre ce qui lui est encore passé par la tête. Je n'avais jamais fait une valise aussi rapidement et pour une fois, je me dis que s'il me manque quelque chose, eh bien c'est Laura qui paiera mes courses ! Après vingt-deux heures de trajet, et même si elle a tout réglé, elle me doit bien ça, la traîtresse en talons !

 C'est la dernière fois ! je me répète tel un mantra.

 Je ne dirai plus « oui » à ses caprices, mais des « NON » hauts en couleurs. Fluorescents !

 Le Oui, c'est officiellement fini, éradiqué de mon vocabulaire en présence de cette entoulourpeuse professionnelle !

 Et c'est aussi pour son bien.

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