7- L'(in) oubliable mari Partie I

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Livia

C'est le moment de vérité.

Sans que je ne sois anxieuse à me ronger mes ongles que j'ai pris le temps de vernir durant le vol, une aura étrange me suis néanmoins depuis que j'ai posé les pieds au sol après l'appel de Laura. Or, je devrais me sentir plus sereine. Ce n'est pas le cas. Mon estomac fait des tours comme si j'allais passer l'oral du BAC sans avoir rien révisé.

On frappe à la porte, mais je ne précipite pas pour l'ouvrir, n'ayant toujours pas choisi comment je dois me comporter avec ma meilleure amie. En mode « Très en colère et je vais te tuer, j'espère au moins que ta nuit de noces était bien ! » ou « Je t'aime, je te pardonne, mais je vais te torturer quand même un peu ».

Sitôt le battant ouvert, Laura se précipite dans mes bras. Ne m'y attendant pas, je manque de tomber à la renverse.

Hey ! Moi j'ai voté pour la solution N°1 ! Lâche-la tout de suite !

Je la garde contre moi quelques secondes, inspirant l'odeur orientale de son champoing. Laura resserre son éteinte, puis je fais deux pas en arrière pour la regarder de la tête aux pieds, suspicieuse sur ses motivations, cherchant des indices sur elle. Elle ne me cache jamais rien, bon sang ! Pourquoi avoir choisi le pire moment pour se greffer une pudeur inutile ?

J'ai beau fouiller chaque centimètre carré de son faciès, la seule réponse que j'y trouve est la suivante : même avec seulement quelques heures de sommeil, cette femme est magnifique. Injustice quand tu nous tiens...

Nous faisons la même taille : un petit mètre soixante-six. Ses cheveux blond polaire encadrent ses épaules depuis qu'elle les a récemment coupés « pour faire plus mature ». Elle qui avait depuis que je la connais, assidûment dorloté sa longue crinière qu'elle entretenait chaque jour à coups de fortifiants et compléments alimentaire, elle m'a surprise le jour où elle s'est séparée d'une bonne quarantaine de centimètres de sa masse dans laquelle j'aime plonger mes doigts. C'est comme une boule anti-stress pour moi. Fraîchement lavés et sans brushing, ils sont légèrement ondulés ce matin.

Laura est une poupée grandeur nature : de grands yeux bleus espiègles, un visage ovale et fin, un sourire malicieux et franc à faire de l'ombre au soleil. Une peau joliment halée grâce à notre séance détente d'hier au soleil. Quelques tâches de rousseurs pointent gaiement sur ses pommettes et parsèment son petit nez droit. Avec dix centimètres de plus, elle aurait pu être mannequin et vendre des jarretelles à un unijambiste.

Vêtue d'une petite robe bleu marine évasée à bretelles dont le décolleté bateau révèle juste ce qu'il faut de sa poitrine ronde, elle est parfaite dans sa simplicité. Son corps me fait penser à celui de l'actrice Jenna Dewan ; fin mais élancé. Nouvelle inégalité notable dans la liste de nos différences : ma meilleure amie mange ce qu'elle veut sans prendre un gramme, ce qui fait que, par principe, toutes les femmes de la planète pourraient avoir une raison de la détester.

Pour une fois et c'est assez rare pour être souligné, elle ne s'est pas hissée sur ses talons fétiches de douze centimètres à la semelle rouge. De simples sandales beiges terminent sa tenue. Elle est vraiment magnifique et porte son bonheur sur elle.

Bon sang, elle m'agace ! Comment je vais pouvoir m'en prendre à elle si elle me regarde avec ses yeux-là ?

Perdue dans ma contemplation, c'est Laura qui prend la parole en premier. Sa gestuelle et sa voix mal assurée crient qu'elle n'est pas à l'aise avec la situation. Ça lui arrive peu à Miss Éloquence. Je pourrais me satisfaire de ce fâcheux embarras qu'elle a elle-même crée en utilisant un art de manipulation que je ne lui connaissais pas, pourtant ça me blesse plus que le reste. De notre duo déséquilibré, je suis madame Laconique, me contentant de dévoiler ce qui est purement nécessaire, là où Laura ne filtre rien, me laissant pénétrer la moindre parcelle de ses pensées, faits et gestes.

Jusqu'à hier.

— Livia, je ... Je...je ne sais pas par où commencer. J'aurais dû te le dire, je ne sais même plus moi-même pourquoi je ne t'ai rien dit en réalité ! Jusqu'à hier ça me paraissait la meilleure chose à faire. Pour toi, insiste-t-elle. Mais maintenant, ça à l'air complètement ridicule...

Par le début ?

C'est ridicule.

Sa voix s'effrite sur les derniers mots trahissant qu'elle est à un doigt de craquer. Moi aussi car je ne supporte pas qu'elle soit triste. Mais hors de question qu'on pleure le lendemain de son mariage !

— Laura, stop s'il te plait. Pas comme ça, lui dis-je d'une voix que je veux douce pour camoufler ma contrariété non-éteinte.

Ma meilleure amie relève le menton. Son regard chagriné s'accroche au mien et je lui prends les mains, ce qui la surprend. Moi aussi. Mais ce simple contact me fait du bien, me recentre sur ce qui est important à mes yeux : elle. Celle chieuse souriante, exubérante, mais qui m'aime bien plus que je ne m'apprécie. Je ne la mérite pas, mais elle est là. Toujours, alors qu'il ne faudrait pas...

— C'est moi qui suis désolée d'accord ? Je n'aurais pas dû m'emporter au téléphone. Tu es adulte Laura, tu fais tes choix, tu vis ta vie comme tu l'entends. Et c'est ainsi que ça doit être. Même si j'ai du mal à comprendre le pourquoi du comment là, tout de suite. Tu vas m'expliquer où ça a foiré en beauté dans ton esprit, on va aller s'asseoir sur le canapé mais ...

— Mais ?

— Mais je m'excuse, dis-je le ton émaillée. Si n'as rien osé me dire, c'est forcément que j'ai failli quelque part en tant qu'amie. Je m'en veux, lui avoué-je, ce que je n'avais pas prévu. Est-ce que je t'ai déjà laissé croire que j'avais mon mot à dire ?

Bon, son mec aurait du passer le test règlementaire sous mon œil de linx pour approbation, mais je me garde de le lui dire.

— Hein ? Quoi ? Oh non Livy !

Elle me niche de nouveau contre elle caressant mon dos puis ma joue, comme à chaque fois que j'ai un coup de bleues en sa présence. Je fais en sorte que ce soit le moins souvent possible, évidemment...

Évidemment ...Et après c'est Laura la corrompue...

— Tu n'y es pas du tout Baby. Je t'assure ! Viens, allons au salon avec ...

Elle n'a pas besoin d'en dire plus, j'ai compris. Depuis que j'ai ouvert la porte de ma suite, nous sommes dans le hall qui sépare le séjour du couloir de l'hôtel, et je n'ai regardé que vers elle. Pas une seule fois mon regard ne s'est posé sur la porte d'entrée où se trouve toujours celui que je devine être son mari. Appuyé sur le chambranle en bois sombre, il est resté silencieux, nous observant les bras croisés sur son torse.

Il est grand, moins d'un mètre quatre-vingt-dix à mon avis, bien bâti. De prime abord, je remarque surtout ses vêtements et ne fais pas cas de son visage. Un jean brut avec une ceinture Camel, une chemise gris clair dont il a retroussé les manches. On devine aisément qu'il entretient sa forme grâce au tissu que suggère une musculature ciselée là-dessous. Jusqu'à là, l'inspection visuelle est plutôt positive, bien que ce ne soit pas le plus important. Je suis certaine qu'il s'aperçoit que je l'examine, mais il ne m'interrompt pas. Laura non plus d'ailleurs. En même temps, s'il sait dans quel état j'étais avant même d'aller se marier à la sauvette avec ma meilleure amie, il doit bien se rendre compte que pour moi les vraies présentations, c'est maintenant !

Enfin, j'ai quand même dû le mater un peu hier soir parce que ... ce que je vois n'est pas mal du tout. Elle a toujours eu bon goût, alors rien d'étonnant. Laura l'a épousé et s'ils se connaissent comme je le suppose, -pitié !- elle lui a forcément dressé le topo de mon côté louve. Genre agressive, la louve. Avec de très longs crocs toujours bien limés.

Oui oui oui mais reluquons ! Reluquons !

Sale perverse !

Je ne sais pas pourquoi mais mon angoisse en enclume de plomb prend de l'ampleur au fur et à mesure que mes yeux naviguent vers le haut de son corps, comprimant mon buste. Au moment où ils se plantent dans les siens, que nos regards se confrontent finalement, j'ai l'impression que la foudre s'abat sur moi. Pas du tout façon coup de foudre amoureux comme on en voit régulièrement à la télévision. Non. C'est violent, choquant. J'en perds l'usage de mes poumons qui déraillent, avalant ma salive de travers dans la manœuvre, de confusion . D'une certaine manière, je savais déjà. Mon trouble venait donc de l'appréhension de cette redécouverte du « qui ».

Ou pas ...

— Oh Merde ! ne puis-je m'empêcher de lâcher, les mains croisées sur ma bouche.

Statufiée comme un bonhomme de cire au Musée Grévin, je reste là, dans cette position, pendant environ une éternité, mais ce n'est peut-être que quelques secondes après-tout. Je reste là, à essayer d'encaisser l'information difficilement déglutissable, me demandant si je ne rêve pas ces deux derniers jours, cherchant comment j'ai pu oublier ce « détail ». Mais non. C'est bien la réalité, il est là, lui. C'était lui hier soir. C'est comme si le brouillard dans mon esprit se dissipait d'un coup. Le voile se lève un peu. Le visage de l'homme qui a épousé ma meilleure amie mais dont j'avais oublié les traits -et le nom- jusqu'à maintenant se révèle à moi.

Scott Hartley.

LE Scott Hartley. L'acteur. La star de cinéma. Il est là, devant ma porte, nonchalamment en train de tenir le mur, l'air décontracté et le regard doux-amusé. Marié à ma meilleure amie. Il est là, face à moi, et je suis incapable de bouger un orteil.

Laisse-moi remettre les infos en place et je suis à toi ...

Je me gifle mentalement pour reprendre une contenance potable, me décale et lui signant d'entrer. Main dans la main devant les sofas, ils ne me quittent pas des yeux. Laura esquisse un sourire qui ne masque pas totalement ses traits soucieux, tandis que Scott Hartley me dévisage avec attention. Ce n'est que justice, après tout.

Scott Hartley bon sang !

— Bonjour. Je sais que l'on s'est rencontrés hier soir, mais je suppose que vous avez compris que lorsque vous êtes arrivé, j'étais déjà un peu éméchée et plus vraiment dans un état normal, si tant est que je le sois maintenant ...débité-je à toute allure, contrite.

Laura me coupe en riant, son mari l'imite.

Quoi, j'ai une corne rose sur le front ce matin ?

— Livy, tu peux la refaire en anglais s'il te plait ? Scott parle un peu français, mais après la soirée que nous venons de passer il vaudrait mieux que tu lui parles en anglais.

Mais elle, elle s'exprime en français. Son mari semble conquis vu le sourire béat qui est vissé sur son visage.

— Oh oui pardon !

Je répète ma précédente tirade en anglais, en ajoutant que je suis ravie de le rencontrer mais qu'ils me doivent tous les deux des explications. Sourire aux lèvres, ils acquiescent.

— Avant tout, félicitations ! Je vous souhaite beaucoup de bonheur. J'espère vous l'avoir déjà dit hier soir, et de manière appropriée. Sans sauter dans tous les sens quoi... J'ai dû vous paraître complètement aliénée d'ailleurs, m'excusé-je penaude en ordonnant à mes souvenirs de rappliquer en vain. Vraiment, je suis ....

Scott s'approche de moi puis m'enlace sans préavis. D'abord surprise et gênée de cette proximité inattendue, je lui rends sommairement son étreinte. Après tout, maintenant, il est aussi un peu ma famille non ?

Non tu crois ?

— Merci Livia. Pour tout. Je t'assure que tu ne m'as pas parue folle. Ni hier, ni ce maintenant. Mais j'ai hâte de découvrir ce petit côté de ta personnalité dont Laura m'a fait l'éloge ces dernières semaines.

La honte.

Note à moi-même : penser à la tuer pour ça aussi.

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