7- L'(in) oubliable mari Partie II

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 Je leur fais signe de prendre place et ils s'installent sur le canapé l'un à côté de l'autre, pendant que je rejoins un fauteuil en face d'eux en lâchant un soupir de profond soulagement.

     Ok : pas le premier type venu, merci ... je ne sais pas qui, mais merci ! Attendez, quoi ?

— Plusieurs semaines... répété-je abasourdie en scrutant la cachotière en chef. Bon... Vous vous connaissiez bien avant de vous passer la bague au doigt, ok.

     Ils se sourient jusqu'au plafond, les mains liées, Laura collée contre son épaule comme si elle voulait fusionner avec lui. Non seulement ils se connaissent, mais ils ont l'air très amoureux. Ils se dévorent du regard mais cela n'a rien de salace. C'est beau, avec des petits cœurs et le chant des oiseaux. Je suis heureuse pour elle. Cupidon a bien fait les choses, et mieux vaut pour lui s'il ne veut pas bouffer sa flèche, et pas forcément par la bouche, le joufflu !

     Laura détourne le regard de son mari et se lance :

— Nous nous sommes rencontrés il y a trois mois et demi Livy, et plus quittés depuis.

— Trois mois et demi ! lancé-je à deux doigts de m'étrangler.

De l'étrangler elle !

— Oui à peu près. Livy, je n'ai pas voulu te le cacher mais ...

— Mais tu l'as fait ! Tu n'es pas obligée de tout me raconter Laura. Je te l'ai déjà dit. Souvent. Très souvent. Mais là, une relation qui mène au mariage, je veux dire, une vraie relation, ça valait peut-être la peine que cette fois tu ne la gardes pas pour toi ! C'était peut-être la seule fois où il ne fallait pas me faire de la rétention d'infos !

Finalement, je vais peut-être avoir besoin d'un verre là ... ou deux, un truc fort. Je dessoulerai un autre jour. Plus tard.

Non, garde les idées claires.

     Nous ne serons jamais d'accord ?

— J'ai voulu t'en parler dès le début, se défend-elle. Mais d'un autre côté, c'était la première fois que je ressentais ça. C'était si fort que j'avais même du mal à me concentrer sur mon boulot. J'avais l'impression d'être une ado qui avait son premier béguin. Je voulais voir où ça allait nous mener. Puis plus les jours passaient, plus mes sentiments grandissaient. On a su très vite Scott et moi que ce n'était pas juste une histoire de cul ...

— Stop lui dis-je en me bouchant les oreilles ! Laura pitié je te jure que cette fois, je ne veux absolument.aucun.détail.ni.aucune.allusion.à.ta.vie.sexuelle ! la préviens-je fermement en détachant chaque syllabe. Je préfère d'ailleurs me dire que tu n'as plus aucune vie sexuelle ok ? Trois mois et demi Laura ! Tu te rends compte que même si tu ne m'as pas parlé spécifiquement de lui, le désigné-je, cela ne t'a pas empêché de me parler de ta vie intime ? Comme d'habitude ! Donc ces trois derniers mois, quand tu me racontais tes exploits l'acrobate, tu parlais de lui !

     Je me lève d'un bond avec l'idée de me javéliser les rétines puis ajoute en français en la pointant du doigt :

— Argh... punaise Laura, je vais avoir des images maintenant ! Tu fais chier sérieux !

     Mes yeux se détournent vers Scott qui est plié en deux sur le canapé, pris d'un fou rire monumental. Et moi, je réalise ce que je viens de dire. Je viens d'avouer à ce mec, une super star, que ma meilleure amie me raconte leur vie sexuelle et donc que je sais des trucs sur lui. Et je lui balance ça comme si je lui racontais une blague. Eh merde !

Double merde, même ma fille.

— Oh Pardon ! ça m'a échappé ... lui dis-je.

     Complètement morte de honte, je me laisse tomber dans mon fauteuil. Je dois être cramoisie à cet instant.

— Je suis vraiment désolée, je ne sais pas ce qui m'arrive, je suis bien plus sortable d'habitude.

Un trou de souris pour que j'aille me cacher de honte ?

Vite dit...

      Scott se redresse et tente de reprendre son sérieux :

— Livia, il n'y a aucun problème. Je sais que Laura te raconte tout. À toi, et personne d'autre. Et je préfère que ce soit à une seule personne plutôt qu'à toutes ses copines, m'avoue-t-il avec un clin d'œil. Mais je n'ai pas honte de mon corps ni de la manière dont je m'en sers. Je pense qu'on fait tous plus ou moins la même chose. Enfin je crois... on a tous des menottes et des joujoux dans pleins nos tiroirs non ?

     C'est une blague ?

J'aime trop ce type moi ! Il a un frère ? Renseigne-toi !

     Je l'observe les yeux grands ouverts en pleine partie de Ping-pong en allant de lui à Laura, me demandant s'il plaisante ou pas. Elle couve sur lui un regard amoureux en rigolant, mais vraiment, j'ai comme un doute là. La porte d'Aix, le doute ...

— Putain mais vous faites chier tous les deux ! leur balancé-je outrée, une main sur chaque oreille.

     And in french please !

— Même en français, je sais ce que tu viens de dire Livia ! Et ce n'est pas joli-joli tout ça ! se marre-t-il.

     Un placard pour m'y enfermer ?

— Bon s'il vous plaît, les allusions sexuelles on les laisse de côté pour le moment, ok ? Ça fait trop d'informations d'un coup pour moi, je sature !

     J'attends toujours mes explications.

Mais moi j'aime les allusions !

Ne fais pas ta prude sale rabat-joie !

     Je leur sers un verre d'eau en attendant que l'un d'eux continue sur la voie de l'information. Le champagne serait de circonstance, mais on va patienter. Un peu plus tard dans la soirée, si l'idée de reboire de l'alcool redevient physiologiquement supportable. Laura reprend donc son récit, sans que je ne l'interrompe cette fois.

     Elle et Scott se sont rencontrés au cabinet dont son père est l'un des principaux associés, l'ayant créé à la sueur de son travail. McAlleigh&Carter&Associés. C'était il y a un peu plus de quatorze semaines m'indique-t-elle. Il avait besoin d'un conseil juridique et plusieurs de ces amis avaient déjà fait appel à Doug McAlleigh, le père de Laura, et Laura elle-même. Apparemment, il a un avocat attitré d'habitude, mais il n'était pas disponible immédiatement car en déplacement. Un coup de chance pour eux ! Ça a été le coup de foudre. Un concept absolument inconnu pour moi qui décline toute relation autre qu'éphémère, mais s'ils le disent après tout ...

     Ils se sont revus le lendemain pour soi-disant parler du dossier de Scott, mais ce dernier voulait en fait la voir seul à seul. Il lui a proposé d'aller dîner, ce que Laura a accepté à condition qu'elle ne s'occupe plus de son affaire. Par la suite, ils ont passé la majorité de leur temps libre ensemble, jonglant avec leurs emplois du temps respectifs assez chargés, allant même jusqu'à se voir en coup de vent moins de dix minutes pour pouvoir se peloter en « séances express ». J'avais dit pas d'allusion mais bon ...

     Laura m'énonce qu'elle a su dès la première semaine qu'elle ne pourrait plus se passer de lui. Scott ne lui lâche pas la main, la lui caresse de son pouce, tourne régulièrement la tête vers elle en lui souriant. J'ai l'impression qu'il revit ces trois derniers mois en même temps qu'elle me les raconte. Il hoche la tête à certains moments, me fixe à d'autres afin de sûrement jauger mes réactions qu'il aurait certainement fallu filer pour la postérité. Ma meilleure amie, celle qui est plus présente que n'importe qui dans ma vie depuis onze ans, s'octroie une pause pour avaler une gorgée d'eau puis se redresse, les bras noué autour du cou de l'homme de sa vie -mieux vaut pour lui s'il y tient- pour lui voler un tendre baiser.

     C'est Scott qui poursuit :

— J'ai su aussi très vite que je ne voyais plus ma vie sans elle. Mais il a quand même fallu la convaincre que je suis un type sérieux, rit-il en lui embrassant les doigts. Enfin, je la comprends, je suis un plus âgé qu'elle et la plupart des gens pensent les célébrités ont une vie de dévergondés, à cause des torchons people et tout ce qui circule sur nous sur les réseaux sociaux. On m'a prêté des aventures scandaleuses, et je peux vous assurer que la plupart sont totalement fausses, inventées de toutes pièces.

— Je n'en doute pas, lui assuré-je. J'ai des appli people sur mon portable mais je ne prends pas tout pour argent comptant.

— Et tu fais bien. Le plus gros du problème c'est que dès qu'on nous voit avec une femme, ou homme pour mes homologues féminines, c'est forcément qu'on a une aventure avec. Nous inventer une vie farfelue est devenu un sport national, ajoute-t-il en se secouant la tête, désabusé. Les journalistes sortent de gros titres accrocheurs sur notre vie privée à tout va : coucheries, tromperies, fiançailles, mariages cachés, ruptures voire carrément enfants cachés, sans même savoir s'ils disent vrai ou faux. Ça fait vendre, ils sont satisfaits. Et les fans peuvent mettre du temps avant de douter de la véracité des infos.

— Pourquoi ne pas démentir ? demandé-je intéressée.

— On ne peut pas toujours. Il faut choisir nos batailles. Il faut éviter de leur donner de l'importance, au risque d'alimenter leur moulin. Très peu de pseudos-journalistes se posent des questions sur les répercutions que cela peut avoir sur notre véritable vie privée. Heureusement, il y en a qui sortent du lot, en qui ont peut avoir confiance.

— Certaines vedettes arrivent à conserver leur vie privée hors des magazines, déclare Laura.

— Oui. Beaucoup veulent qu'elle soit la moins médiatisée et exposée possible. Vivre une vie normale en dehors des plateaux et des projecteurs. C'est une question de tempérament je pense. Avant d'être des personnages publics, nous sommes des gens comme tout le monde. Bon, il ne faut pas se leurrer, certains aiment être sous le feu des projecteurs tout le temps, qu'on parle d'eux peu importe que ce soit vrai ou faux, bon ou mauvais. Mais c'est plutôt rare de nos jours. On n'est pas tous des Kardashian !

     Nous rigolons tous les trois à sa petite blague bien que sur l'ensemble de ses dires, il n'y ait rien de très réjouissant. Ce doit être horrible d'être dans cette situation. Moi, je ne pourrais pas. J'ai besoin de cette tranquillité que m'apporte ma petite vie entre la Provence et Paris. Mon petit train-train codifié est nécessaire. Vitale. L'imprévu n'a pas sa place sur ma ligne tracée.

     On voit ce que ça donne ...

— Ces Fake news conçues pour faire vendre peuvent faire beaucoup de mal à des couples. Surtout quand l'un des deux partenaires manque de confiance en lui ou se sent rabaissé fasse à celui qui est le plus connu. Il y a des stars qui cachent précieusement et le plus longtemps possible l'identité de leurs compagnes ou compagnons. Alors imaginez quand on tente de préserver l'identité de notre moitié le plus et que l'on se retrouve en couverture d'un site ou magazine jurant d'une relation avec une autre personne que celle qui partage notre vie ?

— Ils savent sous quel angle vous prendre pour laisser planer le doute, validé-je.

— Ça c'est sûr ! Plus on est connu, plus c'est difficile de garder sa vie privée. Et cela l'est d'autant plus qu'aujourd'hui, n'importe qui peut jouer au paparazzi et aller revendre des photos à la presse. Tout le monde a un smartphone. L'argent qui domine ce monde. Les journaux payent bien les bonnes photos, même si elles viennent de monsieur ou madame tout le monde. Du moment qu'ils peuvent broder et faire un article au titre racoleur, si ça peut faire vendre ou générer des Likes sur les réseaux, ils prennent sans se poser de question sur la véracité.

— C'est le revers de la médaille mais ça va avec la notoriété non ? m'informé-je.

— Oui, et on pourrait se dire qu'après tout, on a bien voulu être célèbres, qu'on n'a pas à se plaindre. Mais moi je veux être connu pour mon travail, exprime-t-il avec conviction.

— Et tu l'es mon chéri, le rassure Laure.

— Aussi, aujourd'hui. Mais soyons réalistes. Si je me suis d'abord fait connaître grâce mon travail, mes frasques en tout genre ont aussi beaucoup alimenté la presse à scandale et le web. Et même si une partie de ce qui est sorti n'est qu'invention, certains articles sont véridiques, je ne peux pas le nier. Et encore, mon manager a fait en sorte d'étouffer certains trucs pas très reluisants ! s'exclame-t-il rieur en repensant à ce qu'il a dû faire. Tout ça pour dire que je comprends Laura et les appréhensions qu'elle a eues quant à mon sérieux et à mon souhait d'engagement.

     Il s'arrête, dépose un baiser sur sa joue, termine son verre d'eau d'une traite. Nous sommes toutes les deux pendues à ses lèvres. Peut-être plus elle est son regard bleu béat.

— Mais je suis très sérieux. J'ai toujours su ce que je voulais dans la vie, et je suis un mec honnête. Mes coups d'un soir savaient à quoi s'en tenir, je n'ai jamais été malhonnête sur mes intentions, nous affirme-t-il en nous observant le sérieux d'un maître de conférences. J'ai certes été un coureur, j'ai même beaucoup couru jusqu'à être essoufflé, mais je refuse l'étiquette du connard. J'ai été en couple aussi mais cela n'a jamais été vraiment posé, pas comme maintenant. Non pas que c'est ce que ce que je voulais, j'ai été très bien avec certaines de mes ex, mais aucune de mes relations ne m'avait encore donné envie de plus. Or avec ta sœur, ce plus, il est apparu tout de suite. C'était une révélation pour moi. Alors hors de question que je la laisse partir et m'échapper tu comprends !?

Bah oui coco, on comprend mais ...

— Là c'est sûr, elle ne risque plus de s'enfuir ... formulé-je sur le ton de l'évidence en fixant une à deux leurs alliances habillant leurs annulaires.

     Scott se frotte l'arrière de la nuque comprenant où mon élan de sarcasme et moi nous voulons en venir. Laura tort ses lèvres et évite mon regard.

La marque de la culpabilité ...

— Ouais ... donc si tu es là ce week-end Livia, si Laura t'a demandé de traverser la moitié de la planète du jour au lendemain, c'est en grande partie à cause de moi. Je voulais l'épouser, tout de suite ! Impossible d'attendre des semaines, des mois ou même une année, je voulais qu'elle soit ma femme.

     Demander ? Non ! C'est un kidnapping à distance qu'elle a orchestré !

Toujours les grands-mots ...

     Je considère ma meilleure amie qui n'a pas pu retenir ses larmes d'émotion en écoutant son mari -mon Dieu, vais-je m'y faire ?- prononcer sa belle déclaration. Je les observe se serrer dans leurs bras tendrement, pouvant ressentir tout l'amour qu'ils se portent. C'est ... perturbant pour moi, bien que je sois sincèrement heureuse pour Laura. Son bonheur crée le mien, et je garde dans un coin de ma tête que finalement, tout cela, cette relation, son mariage, et ce que cela implique pour son futur est aussi positif pour moi. Avoir quelqu'un qui prendra soin d'elle me libère de quelque chose. C'est comme passer un flambeau. Après une douce caresse le long de son bras nu, il prend son visage en coupe et l'embrasse passionnément.

Heureusement qu'on n'a pas déjeuné hein !

     Apparemment, ils ont totalement occulté ma présence, perdus dans leur baisé langoureux et très enflammé.

     Je m'éclipse sans bruit décidant d'aller récupérer une nouvelle bouteille d'eau dans le réfrigérateur, ne voulant ni assister à leur échange de fluides plus longtemps ni tenir la chandelle. Et quelle chandelle ! Laura et Scott Hartley !

     Scott Harley !

Oui, il est canon hein ? Mieux que sur un écran.

     En revenant vers le canapé, je les surprends en pleine conversation animée, à voix basse. Ils gesticulent mais ne m'ont pas vue, absorbée par leur débat. Déjà des secrets de couple ?

     Je me rassieds. Laura nous ressert de l'eau, les yeux soudain accaparés par la déco de la pièce qui n'a pourtant pas changé d'un iota depuis hier. Scott boit plusieurs rasades puis s'éclaircit la gorge en enroulant les doigts de Laura aux siens. Une onde d'appréhension me saisit me collant un frisson désagréable. J'attends la suite, je sens que je ne suis pas au bout de mes surprises, et j'espère me tromper.

     Qu'est-ce qu'il y a encore ?

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