10- Mariée à un anonyme inconnu. Partie

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Livia

— Livia, je ne suis pas la seule à m'être mariée hier soir. Tu t'es mariée, toi aussi. Tu es mariée Livy. Je suis désolée. Tellement désolée... La... la situation m'a... échappée ...

 Echappée ? C'est tout ?

C'est un euphémisme ça !

     Je les regarde l'un après l'autre. Une fois, deux fois. Encore et Encore. Ma tête balance d'un visage défait féminin que je reconnaitrais même dans le noir à celui de l'homme qui a épousé ma meilleure amie, complètement sonnée par ce qu'elle vient de m'avouer. C'est une plaisanterie, pas vrai?

     Elle pleure, les pupilles suppliantes clamant un « pardon », mais il lui a peut-être donné un cours de théâtre en accéléré...

— C'est une blague ? l'interrogé-je figée.

— Tu parles encore en français...

— Mais je peux même parler en Mandarin si ça me chante ! hurlé-je en cherchant mon air. Vous plaisantez n'est-ce pas ? Si c'est une plaisanterie elle n'est vraiment pas bonne et carrément de mauvais goût Laura ! Si tu cherchais un moyen de me faire rire, tu aurais pu trouver autre chose ! Mais ça, la pointé-je du doigt, ce n'est pas le sujet d'un canular Laura !

     Elle ne bouge pas. Oh mon Dieu, elle n'a pas l'air de plaisanter. Pas un centimètre de sa peau ne se déride. Et lui me regarde avec un air tout aussi désolé qu'elle.

     Ce n'est pas possible.

     C'est un cauchemar, il faut que je me réveille. Vite... Non. Tout de suite !

     Elle avance vers moi, mais à chaque pas qu'elle fait en avant, j'en fait un en arrière. Hors de question qu'elle s'approche de moi tant qu'elle ne m'aura pas dit que c'est une mauvaise blague, ou une caméra cachée ! Je suis même prête à accepter une caméra cachée en Live dans un talk-show en prime time !

— Livia, je suis désolée, c'est très sérieux je t'assure.

— Oh putain de bordel de merde ! soufflé-je au bord du malaise, dans ma langue.

     Je ne crie pas, je ne pleure pas, je suis juste ... blasée, anesthésiée. Quasi-statufiée. Même ma petite voix est ... sans voix pour le coup. Je regarde ma main gauche, mais n'y vois pas d'alliance. Je fixe cette main synonyme de l'horreur, un long moment, jusqu'à ce que le timbre de Scott me sorte de ma stupeur :

— Quand on t'a ramenée et aidé à te mettre au lit, on a récupéré ton alliance. On ne voulait pas que te réveilles et que tu paniques seule en la voyant à ton doigt. Qu'on ne soit pas là pour t'expliquer...

Quelle sollicitude ...

— Merci.

     C'est moi qui ai dit ça ?

     Bon... c'est tout ce que j'arrive à articuler pour le moment.

     Il sort un anneau de sa poche droite, me la tend. D'un geste brusque, je déploie mon bras en avant vers lui pour le stopper dans son élan et secoue ma tête vivement pour lui faire comprendre que je n'en veux pas. Non, je ne veux pas la voir ! Ce n'est pas réel tout ça.

     J'essaie de faire le tri dans mes pensées, dans mes souvenirs, mais rien ne vient. C'est le néant total. Pourtant contre tout pronostic, l'angoisse s'est tue. Pas de crise en vue, je ne comprends pas. Je suis anesthésiée des pieds à la tête, comme si je regardais la scène de l'extérieur de mon corps, en simple spectatrice des évènements qui jamais n'auraient dû arriver. M'arriver. Comme si ce n'était pas à moi qui cela tombait sur le coin de la bouche.

— Comment ?

     Laura sait ce que je veux savoir. Et je sais qu'elle a peur que je fasse une crise.

— Après la cérémonie, nous nous sommes rendus dans un club privé. Scott avait réservé un espace VIP là-bas pour que nous soyons au calme pour fêter notre mariage sans risquer de nous faire prendre en photo par n'importe qui. C'est un club vraiment très sélect dans lequel vont les célébrités et les grosses fortunes qui veulent s'amuser sans être dérangées. Et l'anonymat est garanti là-bas. On a bu du champagne...

— Oui ça je m'en souviens, la coupé-je. Va à l'essentiel.

— OK accepte-t-elle simplement. Donc, on a bu quelques coupes en discutant pour faire connaissance. Au début, tout allait parfaitement bien. Puis, l'alcool et la fatigue aidant... on est partis dans des trucs sans queue ni tête. Chacun a parlé des pires conneries qu'on avait entendues dans notre boulot. Nos « perles », dit-elle en mimant les guillemets. On ne faisait plus que rigoler, c'était bon enfant. Nous sommes allées danser toutes les deux pour évacuer le stress de la soirée Scott nous a rejointes et...

— Laura ...

     Je rouspète en me massant les tempes sentant qu'on va y passer des heures, je la connais.

— Quand nous sommes retournées nous asseoir, tu étais plutôt sereine, danser t'avait fatiguée. C'est là que tu m'as demandé où j'allais vivre à mon retour à L.A. Et quand je t'ai dit que j'allais emménager chez Scott parce que sa maison est démente et bien plus grande que la mienne, amorce-t-elle à s'évader de nouveau, preuve à l'appui avec des photos sur nos portables, ta réflexion sur notre installation a été comme une illumination pour moi !

     Je ne le sens pas du tout. Mais alors pas.du.tout ! J'ai l'impression qu'elle revit la scène quand j'ai envie de m'enterrer. Son extase est déroutante, mon aberration assommante.

— Ah bon ? Mais je t'ai dit quoi ? Je ne me souviens pas de cette conversation.

     Scott sourit, ses lèvres avalées par sa bouche ne laissant plus qu'une ligne fine sur son visage embarrassé :

— Tu étais déjà bien éméchée en fait. Mais rassure-toi, tu n'as rien fait de déplacé, tu riais beaucoup mais paradoxalement, tu n'étais ni surexcitée, ni dans un état déplorable ou pathétique malgré ton taux d'alcoolémie qui devrait crever le plafond.

     Et toute la stratosphère, surtout.

J'accuse ses mots, mais je peux m'empêcher de répliquer :

— Ravie d'apprendre que je n'ai pas fini à poils devant tout le monde ou à quatre pattes sous une table, c'est rassurant dis-je sarcastique. En revanche de là à dire que je n'ai rien fait de déplacé ? Je me suis quand même mariée à un total inconnu ! Donc la suite ? Je t'ai dit quoi exactement pour que ça te vaille une illumination Princesse ?

     Laura reprend avec un air étrange sur le visage avec un coup d'œil vers son mari.

— Tu m'as dit mot pour mot « en fait ma question est totalement stupide Laura ! Évidemment que vous allez emménager ensemble, quand on est marié, on vit avec son conjoint, près de lui, dans la même ville, la même maison, c'est logique y'a pas à tortiller du ...»

     Très poétique tout ça, mais complètement stupide.

Oui, je suis toujours là !

— C'est bon j'ai compris l'idée ! J'étais bien bourrée oui parce que ça ne reflète pas ce que je pense en réalité et tu le sais !

     Je suis très ouverte d'esprit et rien n'oblige les couples mariés à vivre sous le même toit ni dans la même ville ! Plein de célébrités ont ce mode de vie d'ailleurs, des sportifs aussi.

— Oui oui j'ai compris. Mais à ce moment-là, j'avais aussi un peu bu, et j'ai cru trouver la solution à mon dilemme de toujours. C'était une idée géniale à ce moment-là !

— Je ne comprends pas, désolée, soit plus explicite s'il te plaît, plissé-je les yeux sachant que la suite va me révéler l'étendue de sa connerie.

— Mais voyons Livia ! Ça fait tellement longtemps que je veux que tu reviennes t'installer près de moi, aux États-Unis. Tu ne comprends pas où je veux en venir ?

     À vrai dire, j'ai surtout peur de comprendre où elle veut en venir, et de le dire à haute voix. Je connais Laura. Et j'ai peur de ce qui va suivre. Cette fille est folle alors...

 Cameron Beckett ?

— Tu venais te dire que deux personnes mariées devaient vivre ensemble. Que c'est logique et indiscutable. Donc je me suis dit que si tu te mariais, alors tu resterais. Voilà c'est dit ! lance-t-elle.

     Punaise. J'y crois pas. Elle a recommencé.

— Et Scott a adoré l'idée ! Pas vrai mon chéri ?

— Et ça te rend fière sérieusement !? Vous aviez bu ! Punaise Laura ! Tu ... tu... j'en ai marre!!

     Voyant qu'elle s'est un peu trop emballée, je la vois prononcer à demi-mot un « désolée » . Bah oui tu peux là ma vieille !

     Je vais lui couper la langue !

     Me réveiller, je dois me réveiller.

— Donc tu m'as dégotté un mec, un mec d'accord pour m'épouser ! Je n'y crois pas, c'est un cauchemar... tuez-moi, prié-je emprise à une lame de détresse. Et j'ai accepté l'idée sans rien dire ? Juste comme ça ?

— En fait, modère Scott, au départ tu as évidemment refusé catégoriquement. Il faut croire que même sous l'effet de l'alcool, tu es capable d'avoir une réflexion plutôt censée.

— Pas suffisamment visiblement puisque j'ai fini par accepter, merde ! Comment c'est arrivé ?

— Je t'ai resservi des cocktails de jus de fruits... Enfin je t'ai dit que c'était du jus de fruits, marmonne Laura à voix si basse que je peine à percevoir ce qu'elle baragouine dans sa mèche de cheveux prise dans ses dents.

     Là, je n'ai plus les mots. Je suis vidée. Je frotte mon visage, mes yeux, me pince même le dos de ma main juste au cas où je serais en plein trip hallucinogène, ce qui serait mieux que ça. Et quoi que je dise, finalement, ça ne changera rien à ma situation marita...de merde !

     J'accuse une nouvelle fois ce que cette traîtresse a fait, et leur fais signe d'un mouvement de tête de continuer. Il poursuit cet abominable conte de l'horreur, voyant que Laura ne reprend pas la parole :

— Donc oui... Face à ton refus, on a laissé tomber l'idée et nous Nous sommes passés à autre chose. Mais tu connais ta sœur, quand elle a une idée en tête, difficile de la faire abandonner, relate-t-il en la regardant en tendrement comme si ce n'était pas le comble de l'horreur ici- il faut que je respire. Elle est donc revenue à la charge et t'as refait le discours avec toutes les raisons pour lesquelles il serait bien que tu viennes vivre ici. Et elle n'y est pas allée de main morte, tu peux me croire. Cette femme n'est pas avocate pour rien ! Elle était tellement animée dans sa plaidoirie, que personne dans ce club à part nous n'aurait pu dire qu'elle avait bu autant. C'était incroyable !

     Il fait son éloge ? J'hallucine. Je crois que si la situation n'était pas ce qu'elle est, je pourrais être fière d'elle. Mais là, je n'y arrive pas. Pourquoi ça m'arrive ? Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant?

— Et donc ? J'ai fini par accepter, conclue-je mortifiée. Et ... vous avez réussi à convaincre un type que c'était une bonne soirée pour se marier. Avec moi en prime, c'est bien ça ?

Tu crois que tu as épousé Casper ?

     La ferme !

     Il hoche la tête -il a eu le rôle de Oui-Oui ou bien ?- tandis qu'un large sourire fend son visage et réplique :

— Pour la personne que tu as épousée, ça a été plus facile de la convaincre que toi.

     C'est censé m'amadouer ?

— Ravie de le savoir Scott... soufflé-je dépitée les yeux clos. La suite ?

— Nous sommes retournés à la chapelle, et tu t'es mariée. Ça a pris un peu de temps pour la licence à cause de tes papiers d'identité Français, mais une fois les formalités passées, tout a été très vite. Puis nous sommes retournés au Very Private LV, où nous avons fini la soirée. Mais rassure-toi, pas de nuit de noces pour toi. Tu es rentrée seule, nous t'avons nous-même couchée.

— Génial ! Eh bien me voilà bien rassurée effectivement ! ironisé-je en applaudissant. Il y a quand même une petite chose que j'ai encore du mal à comprendre.

— Laquelle ? s'empresse de me demander Laura qui a retrouvé son aplomb et semble prête à accepter toutes mes questions ... et mes attaques sans broncher.

— Si je suis ton raisonnement, tu voulais que je me marie pour rester aux États-Unis avec toi.

— Oui c'est ça.

— Et à un moment donné, tu t'es réellement dit que j'allais vivre avec un parfait inconnu que je ne connais ni d'Adam ni d'Ève, dont je ne sais absolument rien, et que ce serait pareil pour lui ?

— Non. Sur le moment comme tu dis, j'ai vu la solution pour que tu restes ici. Et j'avais bu, j'ai simplement rebondi sur ta réflexion. Et puis ... heu ... plus tard , éloigne-t-elle l'idée qu'elle avait d'un geste de la main. Bref. Si toi aussi tu te mariais, alors tu resterais. Ça me paraissait simple comme bonjour !

     Bon là c'est bon j'en ai assez attendu. Il faut que je parte d'ici et très vite. Toujours pas de crise, mais il faut que je rentre à la maison, loin de tout ça. Mais avant ...

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