10 - Mariée à un anonyme inconnu. Partie II

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Livia.

— Je vais être très claire. Et ce que je vais dire n'est pas soumis à discussion, ni à réflexion, je pense que tu comprends ma position. Que vous comprenez tous les deux, accentué-je directive en les toiser.

Ils hochent tous les deux la tête, mais aucun d'eux ne parle. Parfait

Parfait ? T'es sérieuse Gardini ?

— Bien. Je suis très heureuse pour vous, vraiment. Et je veux que vous gardiez de ce séjour un souvenir positif. Même si ce petit dérapage a sûrement entaché votre moment privilégié. Je vous souhaite vraiment beaucoup de bonheur. Vous formez un très beau couple et si vous êtes heureux, je le suis. Scott ?

— Humm ?

— Je vous ai à l'œil. Comme tu vous l'avez constaté, un vol et je suis Là, vous voyez où je veux en venir ?

Il traduit sans mal mon avertissement non voilé et acquiescent.

Ils se regardent amoureusement et se sourient avant de s'embrasser furtivement, mais guettent la suite des événements.

— Évidemment, je suis en colère. Contre vous deux d'abord, c'était absolument stupide et inconscient comme idée ! Si vous avez envie de créer des couples, je vous suggère d'ouvrir une agence matrimoniale bordel de ... me reprends-je au dernier moment. Mais mon statut marital, c'est la goutte d'eau !

— Livy...

— Laura tu avais déjà essayé de me caser avec un mec avec Cameron ,je lui dis en la regardant méchamment, et il me semblait avoir été très claire à l'époque. Tu sais que je ne veux pas d'une vie de couple. Donc à fortiori je ne veux plus que tu essaies de me caser avec qui que ce soit !

— Je...

— Pas un mot ! la préviens-je avec un regard inébranlable. Mais je suis aussi et surtout en colère contre moi, avoué-je. Je n'aurais jamais du boire autant, ni dans ce bar ni dans ce club, ni ailleurs. Après tout, c'est quand même moi qui ai dit « oui » à ce type ! Je...

Humm, mieux vaut vérifier, valide pour une fois ma conscience.

— D'ailleurs juste pour info, j'ai préjugé que tu avais choisi un homme, mais c'est le cas où je suis mariée à une femme ? Non pas que cela me dérange, l'un ou l'autre peu importe ici...

— Un homme, m'assure Scott.

— Bon bref, j'ai fait n'importe quoi, mais j'assumerai les conséquences de mes actes. Comme une adulte. En adulte. On va gérer ça. J'espère au moins que je n'ai pas gâché la vie de ce type !

— ...

Laura va pour prendre la parole mais je la coupe dans son élan en levant la main entre nous. Je fais une petite pause, et même si je connais déjà la réponse -sinon le sujet aurait été abordé depuis longtemps et elle n'aurait pas perdu tout ce temps avant de me l'annoncer-, je veux en avoir le cœur net :

Ou ce qu'il me reste de cœur.

— Laura, j'imagine que puisque tu ne me l'as pas proposé, c'est qu'on ne peut pas faire annuler ce mariage en un claquement de doigts n'est-ce pas ?

Elle acquiesce d'un signe de la tête. Merde !

— Très bien ... enfin façon de parler, grincé-je amère. Je ne sais pas pourquoi, mais sur ce coup-là je te fais confiance. Je n'ai pas trop le choix de toute façon hein ? Et je sais que sur le plan professionnel, tu vas te démener. Donc bravo, tu viens d'être engagée pour mon divorce Maître McAlleigh !

Nouvelle tentative de prise de parole, étouffée dans l'œuf par ma main qui se lève plu haut.

— Je ne veux rien entendre. Je n'ai pas fini. Et même quand j'aurai fini, je ne veux rien entendre qui ait un lien proche ou lointain avec ce que j'ai fait. On passera à un autre sujet.

« Ok » jaillit à travers ses lèvres pincées.

— Je veux que tu t'occupes de ce divorce. Je ne te laisse pas le choix en réalité, puisque l'annulation n'est pas possible. J'imagine que vous n'avez pas les coordonnées du type ou qu'il ne vous répond pas. Ou autre. Et en fait, je m'en fiche ! Peu importe la raison, je m'en fiche. Royalement ! j'ajoute sèchement.

— Att...

— Non, Scott. Là, maintenant, je ne veux plus rien savoir. C'est juste ... trop ! englobé-je la pièce d'un mouvement circulaire de la main. Je ne veux rien savoir de plus sur ce mariage. C'est fait c'est fait. Quoi qu'on dise, je me suis mariée, ça ne sert plus à rien de tergiverser. Je vis en France, et évidemment je ne ferai pas reconnaître cette union en là-bas. Elle n'existe qu'ici. Légalement, je ne suis donc mariée qu'aux États-Unis.

— Mais Baby...

Baby en a sa claque !

— Je vais rentrer chez moi, continué-je sans prêter attention à son envie perpétuelle de parler. Et si cela est nécessaire, je reviendrai pour le divorce. Laura, fais le nécessaire, et vite s'il te plaît. Je dis s'il te plaît par politesse, parce que tu dois bien te douter que là, je contrôle mon vocabulaire!

Je serre les poings, mes ongles brutalisent ma peau.

— Retrouve ce type et charge toi de toutes les démarches. Et j'ose espérer que tu me feras des honoraires réduis, je pense que tu me dois au moins ça ! Même si tu as payé pour mon ...

Bon sang... tout s'éclaire. Quelle idiote...

Je la regarde, et elle observe Scott qui lui, mime un «non» de la tête. Punaise c'est lui qui a payé mon voyage ! Penser quand même à le remercier ...

— Je n'ai pas de biens personnels ici aux États-Unis, tout ce que j'ai d'important est en France, énoncé-je la boule au ventre en visualisant ce que je pourrais perdre. Y'a-t-il un risque que je perde ma maison ou que je doive-je donner de l'arge...?

— Non ! me coupent-t-ils à l'unisson tel un seul homme, me faisant sursauter.

— Ça n'arrivera pas complète ma meilleure amie. Ne te fais aucune inquiétude à ce propos.

— Au moins un point positif. Donc fais le nécessaire. Pour le moment, je ne veux rien savoir sur ce type. Enfin si c'est un serial killer, tu me le dis OK ? Les sociopathes, c'est bon...

— Rien savoir ? répète-elle surprise les yeux ronds, mais ... mais Livy ...

— Non, rien. Sauf si c'est un sérial killer ou un criminel. Après tout, qu'est-ce que cela m'apporterait de le savoir ? Je veux qu'il reste ce qu'il est : un inconnu. Un anonyme. Ça me convient très bien ainsi. C'est juste une erreur de parcours, je veux qu'elle soit archivée au plus vite pour l'oublier, ok ?

Punaise quelle enfer !

— Humm... bredouille Scott le nez en l'air.

— Je ne vais pas aller checker son Facebook ou je ne sais quoi, ce n'est pas du tout mon genre ! Mon cerveau a occulté, je veux y avoir un signe du peu d'importance que cet évènement doit avoir dans ma vie. C'est un grain de sable.

— Un grain de sable, me fait écho la voix de Scott qui semble ahuri.

— C'est ça. Une épine à lever qui n'aura aucune incidence sur ma vie. Laura va gérer. Et je ne ressens pas le besoin de combler cette case noire dans ma tête pour le moment. Je ne veux pas voir l'alliance non plus, leur dis-je avec aplomb en désignant sa poche du menton. Gardez-la avec vous pour le moment s'il vous plaît, mais ne la perdez pas. Nous la lui rendrons lors du divorce... Je veux qu'on règle la situation rapidement et pouvoir passer à autre chose tout aussi rapidement. Juste un chose Laura.

— Livy ? sourcille-t-elle à peine, amorphe tel un pantin.

— Quand tu l'auras retrouvé, dis-lui que je suis sincèrement désolée, même si je compte bien lui dire de vive voix à un moment donné. Et ... Quand tu auras pris contact avec lui pour ces formalités, et j'espère que ça ne prendra pas des semaines aux détectives qui travaillent pour le cabinet parce qu'avec trois cent vingt-huit millions d'habitants aux États-Unis, ce type a peut-être des homonymes... réalisé-je doublement désenchantée, peut être que je serai prête à connaître son nom. Mais là, ça ne me sert à rien. Ah oui et bien sûr, tu te débrouilles comme tu veux, mais hors de question que les parents soient mis au courant pour ce mariage ! Voilà j'ai fini. Je ne veux plus en entendre parler. Next !

Je m'approche d'eux, prends Laura dans mes bras. Je lui dis que je l'aime parce que c'est quand même le cas bien que j'ai des centaines d'idées à la seconde mettant en scène des tortures parfaitement atroces, puis m' avance vers Scott et l'enlace à son tour, comme il l'a fait plus tôt avec moi. Il se laisse faire et embrasse le sommet de mon front. Sa tendresse à mon égard me surprend, mais ne me dérange outre mesure, étrangement.

Tu es déréglée.

— Scott, merci pour le séjour, c'est vous qui avez payé pour moi n'est-ce pas ?

Il me sourit et dépose un nouveau baisé sur mon crâne.

— Oui, Laura a accepté de m'épouser à condition que tu sois à ses côtés. Même s'il y en aura d'autres, ton séjour est mon premier cadeau de mariage pour ta sœur. Et sans toi, je n'aurais pas pu me marier puisqu'elle aurait refusé. Je dois donc moi aussi te remercier. Je n'ai pas de sœur, alors j'espère que Kate et toi, vous m'accepterez un peu comme votre frère.

Je suis émue et un baluchon épineux se forme dans ma gorge. Cela-dit, je comprends pourquoi elle l'a choisi ! Ce mec est canon et carrément adorable.

— Vous dites ça aujourd'hui, mais quand vous me connaîtrez mieux, vous regretterez vos paroles croyez-moi !

— Je ne crois pas, mais je prends ce risque.

On rit tous les trois et toutes les tensions qui survolaient la pièce jusqu'à là s'effacent peu à peu. Je m'en veux un peu de ce que je vais dire, mais j'ai une dernière requête :

— J'espère que vous ne m'en voudrez pas, mais j'aimerais prendre le prochain vol pour rentrer chez moi. Vous pensez que c'est possible ?

Laura me câline, et me murmure à l'oreille :

—Tout ce que tu voudras Livy. Je t'aime. Hier, aujourd'hui, demain and Till Death do us part, me chuchote-t-elle notre mantra.

Sur ces derniers mots, elle m'accompagne jusqu'à ma chambre afin de rassembler mes affaires pendant que Scott se charge de faire modifier mon billet retour.

Adieu ma baignoire ! Adieu Paradis !

Bonjour l'enfer !

Oh ça va la voix, je n'ai pas épousé Lucifer non plus ! Trois papiers à signer et ce sera fini, réglé, oublié. Enterré. Incinéré.

Voilà comment moins de vingt-quatre heures après m'être mariée, je me retrouve à devoir divorcer. Et comme suis une fille plutôt réaliste, je ne me leurre pas : si je me suis fait passer la bague au doigt en quelques minutes, je ne serai pas divorcée dès demain en posant les pieds dans ma Provence. Il va falloir retrouver ce pauvre homme, qui doit lui aussi cuver quelque part dans la ville du pécher. Ce sera le plus gros du problème. Après ça, on signe le divorce et Bastà !

Je devrais être inquiétée, effrayée, troublée, mais pas autant que je l'aurais parié. C'est la merde, vraiment, mais savoir que cet embuche sera quand même rapidement colmatée m'apaise. Ça ne va sûrement pas durer, je ne me fais pas d'illusion, j'aurai tôt ou tard l'habituel rouleau compresseur à mes trousse pour m'écraser de son poids, nourrir mon tourment, mais pour le moment, tout va bien.

Car c'est plutôt simple non ? Un plan sans accroc. Laura le retrouve et on divorce !

Les détectives du cabinet sont des traqueurs infaillibles, j'ai foi en eux. Comme dit ma meilleure amie -bon sang je veux la détester, tout serait plus facile-, «simple comme bonjour» !

Bien sûr, simple comme bonjour...


***


26.06.2021

Bonjour !

Une Promesse de Tropn est à jour jusqu'à ce chapitre.

La suite bientot

Line

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