15- Annonces et Terminators

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Bonjour. Je fais juste une petite mise au point qui semble nécessaire : ce tome s'intitule <Te rencontrer>, alors oui, la moitié de celui-ci me permet de mettre les choses en place. Si cela vous parait trop long, je ne retiens personne. Tous les auteurs sont différents et moi, j'ai besoin de disposer les éléments. Chacun son rythme.

Et oui, il reste encore des coquilles, mais je fais au mieux.

Merci.

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mi- avril

Livia.

Trois semaines. Trois semaines que je suis rentrée de Vegas.

Donc trois semaines que j'ai épousé un type dont je ne me souviens toujours pas durant cette fin de soirée qui a terminé en apocalypse, imposant que le jour suivant ne soit rien d'autre qu'un long cauchemar. C'est le néant. J'ai laissé tomber. Après tout, ce n'est pas si important. Le résultat est là : je me suis mariée. Moi.

Laura va retrouver le pauvre bougre et nous allons divorcer. J'ai dit que j'allais assumer cette bêtise, et ce que je vais faire. J'ai avancé mon retour d'une journée car j'ai eu peur d'avoir une petite crise d'angoisse devant ma meilleure amie. Or pas la moindre vague à l'horizon. Au contraire, je suis plutôt flegmatique. Probablement parce que ce problème n'en est pas un ici, et qu'il va se régler par deux paperasses. Une formalité. Le plus dur étant de retrouver le type, selon moi.

Une formalité dont je me souviendrai, pensé-je sarcastique.

Et puis je ne voyais pas fêter une nouvelle fois le mariage de l'entremetteuse folle à lier là-bas. Dans cette ville. Je l'aime, mais j'ai mes limites.

Ce qui m'a tout de même intrigué, c'est de comprendre comment un officiant avait pu accepter de me marier alors que j'étais ivre. D'après Laura, je ne semblais pas à un ongle de m'évanouir à cause d'un coma éthylique, et mes rires ont dû passer pour un excès d'allégresse auprès du pasteur, qui, de toute évidence, en aurait vu d'autres. « Et puis tu sais, à Vegas, certains ne sont pas très regardants ! » dixit-elle. Vrai ou faux, il n'a pas cherché plus loin et a signé un certificat de mariage avec mon nom dessus.

Mon souvenir de Vegas n'aurait pas dû ressembler à ça...

Depuis, Laura et moi n'avons pas reparlé de cette mésaventure, elle sait que je ne veux pas. Elle ne dira rien aux parents : ni à Kate, c'est tout ce qui m'importe. De mon côté, j'ai gardé le silence. Personne n'a besoin de savoir quelle bourde j'ai fait. Et cet homme sans nom ni tête, il n'intéressera personne. À la rigueur, Mila pourrait en rire sur dix-huit générations, mais rien de plus.

Laura et moi continuons néanmoins de communiquer, beaucoup. Trop.

J'ai pu en profiter pour glisser l'idée que maintenant qu'elle a un mari, il serait peut-être temps que nous coupions le cordon transatlantique. Mais Laura ne veut pas en attendre parler affirmant qu'elle n'est pas prête. Et que « ma lubie est ridicule ».

Je t'en foutrais du ridicule moi ! Parce que demander à un homme que je ne connais ni d'Adam ni d'Eve de m'épouser, c'est l'allégorie de la sagesse, peut-être ?

Calme-toi Livia.

Anyway... Elle a pris son envol. Elle est mariée, et je suis heureuse de son bonheur. Il faut qu'elle vole dans un autre ciel que le mien à présent.

Son envol ... tu crois ?

Dorénavant, elle a Scott pour prendre soin d'elle. Nul doute qu'il le fera, j'ai fait une petite piqûre de rappel, à toute fins utiles. Ainsi mes craintes passent au second plan. Laura elle, a une vie à vivre et j'ai besoin qu'elle la vive, en plus. Intensément, à son image.

Il prend régulièrement de mes nouvelles, ce qui me touche alors que je ne devrais rien ressentir, et me pose des questions sur les goûts -de luxe- de sa femme pour lui faire des petits cadeaux. C'est mignon tout ça, mais il risque de se retrouver sur la paille et ils devront vivre dans une boîte à bijoux remplie. Elle n'a peut-être pas eu le mariage de princesse -pas encore- mais son mari a tout du prince charmant ! Il m'envoie également plein de photos de lieux sympas qu'il sait que je ne connais pas, pour me donner envie ressauter dans un avions afin qu'ils me les fassent visiter. Ce n'est pas demain la veille ! Mais je me passe bien de le leur dire.

Elle prend donc le temps de m'appeler chaque jour, et ce temps, je ne sais pas où elle le trouve. Les newlyweds sont submergés , ultra-sollicités depuis l'annonce de ce mariage hollywoodien made in Vegas. Ils évoluent dans un véritable ras de marrée médiatique, ont déjà fait plusieurs talk-shows. Leurs visages sont en une de presque tous les magazines people depuis plus de quinze jours. C'était prévisible, même Nostradamus n'aurait pu se tromper sur ça.

Si l'accueil de la nouvelle a été majoritairement positive, tout n'a pas été comme une ballade en Camargue un jour de grand soleil. En avant-première, ils ont d'abord appris la chose à l'agent de Scott Hartley. Apparemment, l'annonce du crash imminent d'une météorite sur Los Angeles aurait été mieux accueillie que celle de leur mariage surprise. Après ce choc qui aurait fait perdre des cheveux au manager, c'est surtout le prévenir qu'ils étaient sur le point de publier un communiqué via les réseaux sociaux qui aurait enragé la brute acariâtre qui lui sert d'agent.

D'après elle, mieux vaut éviter ce type quand il est en colère.

Mieux vaut elle que toi !

Pas faux, mais c'est elle qui s'est mise dans cette situation, pas moi ! Il aurait fallu plusieurs minutes au manager pour se calmer, et même les féliciter, non sans se priver de quelques qualificatifs peu reluisants avant. Cet homme est donc officiellement sur ma liste de noire de personnes à abattre, ayant osé mal parler à Laura. S'il croit qu'un océan m'arrête, il se trompe. Laura est ma limite. Je veux qu'elle vive sa vie, mais je veille.

Quoi qu'il en soit, ils ont fini par trouver un terrain d'entente. Scott et Laura se sont chargés de la mise à jour du statut sentimentale de monsieur La-Star, et les attachés de presse de l'après. Le manager a eu ce qu'il voulait, son service communication est criblé de demandes en tous genres.

En ce qui concerne Les Parents ils ont eu un peu de mal à avaler la -méga- pilule. Sans surprise, que leur petite Laura se soit mariée, sans eux, à Las Vegas, les a chamboulés sans douceur. Et le mot est faible. J'ai tout vu, par visioconférence. Ma meilleure amie avait au préalable demandé à Kate et son amoureux de longue date, Joshua, de les rejoindre chez leurs parents. Avec le décalage horaire, cela donne une réunion de famille à quatre heures du matin en France. Un.vrai.bonheur !

Une vraie galère oui !

Celle qui a le mieux pris la nouvelle bien-sûr c'est Kate. L'ainée des sœurs McAlleigh.

Tout comme sa cadette, cette femme est un pure diamant de trente-deux ans, aussi douée et intelligente que ses parents. À l'instar de Laura, Kate est blonde aux yeux bleus, traits qu'elles tiennent de leur mère, Ava. Une bouche fine, des pommettes saillantes et une longue chevelure ondulée digne de celle de Blake Lively. Sacré patrimoine génétique dans cette famille !

Enfant, elle rêvait de devenir Pédiatre, le métier d'Ava. Mais pendant ses études de médecine, lors d'un des stages de son cursus qui oblige les internes à s'immerger dans différents services de l'hôpital universitaire, Kate s'est découvert une passion pour la gynécologie et l'obstétrique. C'est donc dans cette voie qu'elle a continué. Depuis deux ans, elle travaille au Ronald Reagan UCLA Medical Center, l'un des trois meilleurs hôpitaux des États-Unis. Moi fière ? C'est tellement en dessous de la réalité ! Cette accro au cardio est un modèle, sur tellement de points. S'il est vrai que je suis plus proche de Laura, Kate n'est pas en reste.

Je l'adore et je sais que je pourrais compter sur elle si j'en avais besoin. Joshua, son compagnon depuis sept ans bientôt, a lui deux ans de plus et est infirmier. Ils se sont rencontrés pendant leurs études. Il nous vient d'Australie. Il a des airs Chris Hemsworth, je trouve. Comme lui, il est grand, blond, bien bâti, mais Josh a des iris gris acier. Leurs enfants seront dotés d'un ADN hors du commun !

Kate, elle, a donc reçu la nouvelle avec beaucoup d'enthousiasme. La célébrité de Scott ? Pas un problème. «Qui a dit que les stars devaient se marier entre elles ?»

Personne.

Que Laura se soit mariée si vite ? Pas un problème non plus. « Après tout c'est sa vie à elle, et on a qu'une seule vie, autant la vivre à fond » a-t-elle lancé en fixant à travers l'écran, sourcils froncés, en signe d'avertissement. Personne n'a rien raté du message à peine déguisé et pas du tout subliminal à mon attention.

Katy a toujours été très franche et directe; même avec moi. Elle met rarement des gants. Sa douceur, elle la réserve à ses patients. Kate, c'est mon bulldozer. Sa devise, « tomber sept fois, se relever huit ». Et à force de l'entendre me le répéter, c'est devenu un de mes mantras.

Je lui dois de me relever, toujours. Parce qu'il ne peut plus le faire.

Jusqu'au jour où ce sera trop dur.

Si l'aîné a sautillé de bonheur, Ava et Doug eux, se sont figés à l'annonce de la joyeuse ... Lorsque Laura les avait prévenus deux heures auparavant qu'elle devait absolument venir leur rendre visite le soir même, précisant que Kate et Joshua se joindraient à eux et qu'elle même serait accompagnée d'un homme, ils avaient naïvement spéculé sur le fait qu'elle allait juste leur présenter un petit ami officiel. Quel ne fut donc pas leur ahurissement total au moment où ma meilleure amie a déballé sans préliminaire aucune l'histoire, de leur rencontre dont avait été témoin Doug au cabinet, à leur relation en catimini, jusqu'au mariage, cinq jours auparavant.

Interdits un moment, ils n'ont pas pipé mot le temps que la grande aiguille de l'horloge puisse avancer un peu. Ce n'est pas tant le fait qu'elle ait convolé au bout de trois mois et demi qui les a surpris, mais plus particulièrement la manière dont tout cela s'est fait : une cérémonie à mille lieux de ce qu'elle avait toujours prévu. De l'idée qu'eux même s'en étaient toujours fait.

Son père a crié au scandale, justifiant qu'il rêvait de mener sa petite fille jusqu'à l'autel, la remerciant néanmoins d'avoir « pour une fois dans sa vie épargné son portefeuille ». Quant à sa mère, elle a pleuré, beaucoup. Elle avait attendu toute sa vie pour voir sa fille en robe de princesse et pouvoir l'assister dans toutes les étapes de cette unique préparation. Passé ce choc vint naturellement le moment des remontrances sur leur absence puis ... le questionnement de mon implication dans tout cela.

Personne n'est dupe .« Impossible que tu aies fait une telle chose sans Livia ! ».

Voilà comment je me suis retrouvée avec les regards inquisiteurs des Parents braqués sur moi à travers un écran d'ordinateur. Même à neuf mille kilomètres de distance, je sentais leurs yeux me brûler jusqu'à la moelle.

À ce moment-là, un questionnement s'était imposé à moi : et si j'avais dû leur annoncer que moi aussi je me suis mariée à Vegas ? Mais pour sortir des sentiers battus par Laura et innover un peu, que je me suis mariée à un total inconnu rencontré le soir-même alors que j'étais bourrée ?

Tu as l'art de résumer les choses toi !

Au secours !

Laura et Scott remarquant mon trouble et entendant certainement mon effroi intérieur, ont tout expliqué : ma présence à Vegas, mon ignorance jusqu'à notre arrivée à la chapelle, etc.

À la fin de leur récit et explications, Ava s'était remise à pleurer à chaudes larmes. Une fois calmée mais en reniflant, elle admit à regrets que quels que soient les choix de Laura, elle aurait aimé être présente pour la voir et l'entendre dire « oui ». Doug acquiesça par plusieurs hochements de tête entre deux coup d'œil circonspects au jeune couple. Et c'est ce moment que choisit Scott pour refaire sa demande à Laura ! Le mauvais recul de la webcam ne m'a pas permis de tout voir correctement, mais j'ai tout entendu :

— Laura mon amour, tu as fait de moi le plus heureux des hommes en acceptant de m'épouser, abandonnant tes rêves de grand mariage pour une cérémonie dans une petite chapelle à Vegas, entourée seulement de mon témoin et du tien. En t'épousant, j'ai promis de t'aimer, de te chérir, de te respecter et de t'honorer, mais aussi de faire chaque jour de mon mieux pour faire de ta vie un conte de fée. Alors aujourd'hui, permets-moi de pouvoir respecter mes vœux de mariage : accepte-tu de m'épouser de nouveau, devant nos familles et nos amis, vêtue d'une robe blanche, dans un domaine digne de ce que tu imaginais ?

On peut tomber amoureuse du mari de sa sœur ?

Non on ne peut pas, car les histoires d'amour, ça n'est pas pour nous et tu le sais !

Rabat-joie, dommage !

Son « OUIIIIIIIIIII !!! Oui oui oui oui !!! Cents milles fois oui !!! » a court-circuité mes tympans sensibles et résonne encore dans ma tête. Sur ces belles paroles, je les abandonnais à leur dîner pour aller terminer ma -courte- nuit.

Nous revoilà donc aujourd'hui, à Paris. Laura et moi. C'est ma quinzaine parisienne pour le boulot. Demain soir, je rentre dans mon autre chez-moi, dans le sud. Mon vrai chez-moi, mon cocon. Lorsque je suis ici, je séjourne en banlieue, dans un petit appartement que je loue. Pour la simplicité, quand Laura débarque, je dors sur Paris même. Elle est arrivée avant hier après-midi et restera une semaine. Des dossiers à gérer au cabinet apparemment qu'elle ne pouvait pas traiter à distance. Scott a également fait le déplacement mais je ne l'ai pas encore vu. Il avait ses propres rendez-vous.

Laura souffrant du décalage horaire, elle s'est couchée tôt tous les soirs pour récupérer, ce qui m'a permis de ne pas prendre de retard sur mon travail.

Hier, je l'ai rejointe au cabinet à l'heure du déjeuner. Elle avait réservé son après-midi pour que nous puissions aller nous balader toutes les deux, comme avant. Nous nous sommes rendues à pied jusqu'au Louvre, un de nos endroits favoris, puis avons erré un long moment dans les jardins du Luxembourg, nous remémorant tous les bons souvenirs que nous partageons ici. Nous avons passés un bon moment toutes les deux. Enfin, à un détail près que nous n'étions pas vraiment toutes les deux, deux colosses nous filant comme nos ombres.

La garde rapprochée de Madame Hartley. Son quotidien devenu norme. Dès qu'elle met de nez dehors, au moins agent l'escorte, le temps que la folie médiatique se calme. Ça n'a pas l'air de la déranger plus que cela, moi ça me rendrait dingue d'avoir un Terminator aux fesses du matin au soir, de me sentir fliquée toute la journée. Fatiguées de cette vadrouille épuisante dans les rues de la capitale, nous nous sommes quittées en début de soirée et chacune a rejoint son lit nommé Désiré.

D'habitude, nous faisons colocation dans une chambre d'hôtel. Mais pour cette fois, et tous les séjours à venir ici ou ailleurs que nous ferons accompagnés de son mari, nous avons pris des chambres séparées. Et pour la première fois, pas seulement séparées de quelques mètres ou d'un étage non. Dans des hôtels différents, budget oblige-le mien. Il était évidemment hors de question que je me fasse inviter, et impossible pour moi débourser une telle somme pour me loger, même dans la suite la plus simple du palace dans lequel ils séjournent. Un placard à balais doit valoir la moitié de mon loyer mensuel !

Scott a réservé la Suite Royale Parisienne. Deux cent mètres carrés de luxe à la française ! Vue sur la ville et vue sur les jardins, salle de bains avec spa et bain à remous, une insonorisation complète du sol au plafond, station d'accueil pour Ipod , et même des consoles de jeux pour petits et grands enfants. Une pure merveille. Mais une merveille qui me met mal à l'aise.

Ce n'est définitivement pas mon monde. J'ai l'impression que je fais tache dès que je passe le hall d'entrée, et qu'un agent de nettoyage va accourir pour rapidement me faire sortir du paysage d'un coup de serpillère. Emplie de ce sentiment de ne pas être où je devrais, je n'ose pas rejoindre Laura ce matin, et préfère lui envoyer un texto pour la prévenir que je l'attends à l'extérieur.

Aujourd'hui, nous avons prévu d'aller voir une expo photo dans une galérie, suivie d'une séance shopping pour Laura sur les Champs Élysées et alentours après le déjeuner. Elle souhaite commencer ses repérages pour sa robe de mariée, et veut absolument qu'elle vienne de France. Pour ne rien arranger, Scott lui offre littéralement tous ses achats. Elle a budget illimité. Le pauvre garçon, il va apprendre à ses dépens -et dans ses dépenses- que le terme budget illimité ne doit JAMAIS être prononcé devant Laura. Jamais. C'est une règle d'or, vérité universelle. J'espère que ce mec est au moins milliardaire !

Multimilliardaire, précise ma conscience.

Blague à part, son gestionnaire de fonds ou son banquier risquent de faire une syncope en découvrant combien sa femme est capable de dépenser. La dernière fois que Paps a eu une telle idée loufoque, pour ses vingt-cinq ans, elle avait à la fin de la journée, tickets de caisse mis bout à bout, dépensé une somme à cinq chiffres !

Tout en réfléchissant aux folies à venir de ma meilleure amie, je me demande si dans les attributions de ses deux Terminators il n'y aurait pas quelque chose qui ressemble à « portes-sacs » . Si ce n'est pas le cas, il va falloir louer un bus, c'est sûr, je la connais.

Me rappelant à leur bon souvenir, je regarde autour de moi pour voir si je les aperçois. Je ne mets pas longtemps à les repérer. Ils sont tous les deux à quelques mètres du péron du Palace sur la droite, adossés au mur clair et chacun un gobelet à la main. Même si leur présence est malaisante pour moi, je ne suis une fille -relativement- bien élevée. Je sais que ce n'est pas à cause d'eux . Je n'ai pas peur d'eux. Jusqu'à là, je n'avais pas eu l'occasion de tailler bavette. Je décide donc d'aller les saluer ... et leur faire un brin de conversation.

Voilà, c'est reparti.

Si je me sens gênée lorsqu'ils nous filent au train, je sais que ce n'est pas à cause d'eux . Je n'ai pas peur d'eux. Je me dirige dans leur direction et me plante devant les types-montagnes. À ma vue, ils interrompent leur conversation. Ils se tendent perceptiblement, me scrutent tous deux un air interrogateur au visage.

Quoi ? Personne ne leur parle jamais ou quoi ?

Je les lorgne à mon tour, histoire de ne pas être en reste. Vêtus d'un jean brut et d'une chemise blanche, comme les jours précédents, ils en imposent par leurs carrure. Celui à ma gauche, Montagne N°1, est un viking tout droit sorti d'une série. Très grand, très baraqué, peau dorée, yeux verts, cheveux blond polaire longs sur le dessus mais attachés man-bun et rasés sur les côtés, porte une légère veste en cuir noire. Montagne N°2 fait la même taille. Roux aux yeux gris, il doit sûrement soulever de la fonte très régulièrement vu sa silhouette carrée. À les observer de plus près, je me demande si lors des recrutements, la qualité physique ne serait pas aussi importante que les compétences professionnelles. Ils sont... vraiment très ... appétissants !

Pas un mot la petite voix !

... rabat-joie...

— Bonjour les Terminator, comment allez-vous ce matin ?

Mon ton espiègle et le surnom dont je les ai affublés les laisse bouche-bée.

Terminators ? répète mi-étranglé celui à ma gauche, un demi-sourire aux lèvres.

— Je ne connais pas vos prénoms messieurs, mais quand je vous regarde, c'est le mot qui me vient à l'esprit, leur confirmé-je avec un semblant d'aplomb

Le Viking lâche un d'un rire guttural et soudain, les Terminators me paraissent bien moins impressionnants. Reprenant une contenance et sa posture professionnelle dont il se pare depuis deux jours, il se présente en me tendant une main imposante :

— Je m'appelle Sven, mademoiselle, et lui c'est Aaron.

Aaron l'imite et je la lui serre avec plaisir. J'image qu'ils doivent pouvoir étrangler n'importe qui en un claquement de doigts, moi la première, mais leur poigne est légère et j'apprécie qu'il ne me broie pas les os.

— Enchantée, moi c'est Livia. Mais vous devez déjà le savoir.

Non, tu crois ?

— De même, répondent-ils tel un seul homme.

— Depuis combien de temps travaillez-vous pour monsieur Hartley ? demandé-je, désireuse de savoir à quel point Scott les connait pour leur confier la sécurité de ma meilleure amie.

— Nous sommes à son service depuis sept ans environ, me répond Aaron. Tous les deux.

Bon. Bien, même. Au bout de sept ans, il doit vraiment avoir confiance en ces types. Je hoche la tête, ravie du soulagement que je ressens.

— Parfait, et il n'y a que vous qui jouez les ombres pour Laura ?

— Depuis trois semaines nous sommes effectivement exclusivement attachés à la sécurité de madame Hartley. Pourquoi cet interrogatoire ? s'étonne le dénommé Sven.

Je suis sûre qu'il a de la famille en Norvège ! Et qu'ils me voient venir avec mes gros sabot de paysanne...

— Eh bien pour être honnête avec vous, je voulais en savoir un peu plus sur les hommes qui suivent Laura du matin au soir et juger si je peux vous faire confiance ...

La fin de ma phrase reste en suspens.

Je sais que je peux, mais je veux qu'ils soient bien conscients que s'il lui arrive quelque chose, ma vengeance sera terrible, et surtout qu'ils ne me font pas peur, enfin ... Je les regarde les yeux dans les yeux l'un après l'autre, mue de ma plus belle assurance, les bras croisés sur ma poitrine. Ils semblent étonnés par mon audace, mais amusés aussi.

— Vous avez l'air d'être des types sympas pour des Terminators, constaté-je en continuant de les toiser l'un et l'autre, et avec tout de tapage médiatique autour d'elle, je suis rassurée qu'elle soit protégée des fans hystériques et des curieux qui pourraient être tentés de l'approcher s'ils venaient à la reconnaître.

C'est que ca me ferait un paquet de monde à tuer, ça.

— Mais que ça soit clair entre vous et moi, les préviens-je l'index tendu, s'il lui arrive quoi que ce soit, y compris se casser un ongle en étant bousculée, je vous retrouverai. Et ce sera douloureux pour bien des parties de vos corps d'Adonis. Croyez-moi, ajouté-je en englobant leurs personnes d'un geste de la main. J'ai BEAUCOUP d'imagination.

Un large sourire lubrique passe sur le visage de Sven. Visiblement lui aussi a de l'imagination! Aaron a repéré le rictus en coin de son collègue et sourit à son tour. Il contrôle son amusement au bout de quelques secondes puis énonce sur son ton le plus sérieux et pro possible :

— Reçu cinq sur cinq, mademoiselle McAlleigh. Loin nous l'envie de découvrir ce qui se cache dans les méandres de votre imagination débordante.

Oh.

Mademoiselle McAlleigh ? D'où il tient ça, lui ? Ah, bin oui...

Saisissant mon malaise, il m'interroge :

— Un problème mademoiselle ?

Oui, deux !

Mademoiselle ? De mieux en mieux. Je vais commencer par lui. Une pince à épiler fera l'affaire. Je le corrige :

— Gardini.

— Pardon ?

— Livia Gardini. Je m'appelle Livia Gardini , répété-je en articulant prenant l'accent américain pour les aider à comprendre. Et je n'aime pas qu'on l'on m'appelle mademoiselle. C'est Livia, juste Livia. Ou Livy si vous préférez. Mais rien d'autre s'il vous plait.

Ils se jettent un regard précautionneux puis acquiescent d'un léger mouvement de nuque. Tout à coup, je les vois se redresser, droits comme des i majuscules, les mains croisées devant leur corps et guetter par-dessus mon épaule. Je n'ai pas le temps de me retourner tout à fait que je comprends l'objet de leur soudain changement de posture. Mode Terminators activé.

— Livy Baby ! Pourquoi tu n'es pas montée ? me questionne ma petite blonde préférée tout en me serrant fort dans ses bras.

Pour seule réponse, je contemple mes pieds et tors ma bouche dans un valse dont moi seule ai le secret. Elle comprend, bien entendu :

— Livia arrête ça ! On s'en moque de ce que pensent ces pince-sans-rire bouchés du cul !

— Mon Dieu ! m'écrié-je faussement horrifiée, les deux mains devant ma bouche telle une prude choquée. Qu'avez-vous fait de ma meilleure amie ?

— Ne l'appelle pas comment ça, tu vas le gêner enfin ! Il est fatigué, il a eu une nuit ...

Elle fait mine de réfléchir, un sourire concupiscent accroché à ses lèvres rouge cerise...

— Une nuit relativement courte mais ô combien agitée !

Je manque d'avaler ma langue avec ma salive. Elle n'est pas sortable et je pique un fard quand des passant nous dévisagent ahuris, n'osant même pas me tourner vers les Terminators.

Une prude, tu disais ?

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