19 - Attirance.

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Hayden.

Merde alors ! Je n'en reviens pas. Cette fille a un sacré tempérament. Elle vient d'envoyer chier Nick en beauté ou tout n'était qu'une hallucination de mon imagination dans une tentative ratée de me détourner de l' effet qu'elle a eu sur moi ? Ratée, car je n'ai pas une seconde perdu le fil conducteur de cette attraction qu'elle exerce sur moi.

Laura m'avait fait son topo et averti, hier encore, que sa sœur est « fragile et forte » à la fois. Qu'elle n'aime pas se faire marcher sur les pieds mais que de temps à autre, elle est capable de se mettre en danger à cause de son caractère intrépide. Mais avoir l'illustration sous les yeux de la définition, c'est quelque chose ! Ce petit bout de femme a osé tenir tête à Nick. La seule que j'ai jamais vu faire un truc aussi insensé, c'est Jessica. En plus, elle lui a tiré la langue ! Il ne va pas s'en remettre.

Cette langue ...

Hummmmm

Ne pas penser à sa langue, ne pas penser à sa bouche ... Je déraille complètement.

— Allez Nick, ne fais pas cette tête vieux, ce n'est pas la mer à boire. Ça n'est que pour une dizaine de minutes.

Scott lance sa bouée comme tentative d'apaisement de l'atmosphère. Nick, trop énervé pour conduire, monte à l'arrière avec nous en claquant la portière. Mon chef de la sécurité n'aime pas ne pas avoir le dernier mot. Donc, ce ballet verbale avec la petite française téméraire, ça ne passe pas.

— Putain mais c'est quoi cette nana ? Elles sont toutes comme ça les Françaises ? Écervelées et arrogantes ?

Je serre les poings, frustré de cette attaque.

— Livia n'est ni écervelée ni arrogante Nick, le rembarre Scott d'un ton mauvais. Et c'est toi qui as ouvert les hostilités je te signale. Tu aurais pu lui faire part de ton opposition sans lui hurler dessus comme un diable ! C'est à cause de toi qu'elle s'est braquée !

— À cause de moi ? Mais cette nana n'aurait jamais lâché l'affaire Scotty !

— Vous avez au moins un point commun tu vois, déclaré-je en le fixant un sourire narquois. C'est un bon début !

Nick me regarde, hébété. Scott continue :

— Ce qui te fait chier en fait, ce n'est pas juste qu'elle ait voulu être seule sans cette bagnole, c'est surtout qu'après lui avoir mugi dessus qu'il n'était pas question qu'elle reste sans garde du corps avec ma femme, elle t'a tenu tête. Aucun de tes gars n'ose te défier de cette manière si franche et ouverte ! Mais elle, elle l'a fait. Et devant tout le monde King Kong, s'esclaffe-t-il finalement.

— Et en beauté ! m'empresse-je d'ajouter hilare. Un grand moment, et pas de cinéma !

Scott me tape dans la main en signe d'accord, riant à tue-tête. Nick se renfrogne d'autant plus, offensé qu'aucun de nous ne soit de son avis.

— Putain elle va voir de quel bois je me chauffe celle-là en arrivant à l'hôtel !

Sa remarque coupe nette nos moquerie, la température ambiante baisse drastiquement. Ma poitrine se soulève plus vite, mon pouls est palpable sur la veine de mon front, à n'en pas douter. Je me contiens.

— N'y pense même pas ! le prévient Scott véhément. Tu oublies ! !

Nick s'enfonce dans son siège en face et dos à la route, de nous bras croisés, preuve qu'il fulmine et prépare déjà la suite.

— Oh ça va, je ne vais pas l'abimer la miss, juste lui faire comprendre que quand je dis un truc, quoi que ce soit, elle se tait et elle s'exécute sans broncher ! Je vais lui faire ma grosse voix et ...

— Tu ne t'approches pas d'elle Nick !

Mes deux amis se tournent vers moi tel un seul homme, surpris par mon inflexion, qui a au moins eu le mérite de faire taire notre King Kong international. Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais c'est sorti. Alors ne pouvant plus reprendre mes mots, je poursuis sur la pente :

— Je suis sérieux Nick, je t'interdis d'aller lui faire peur, ni même d'aller lui balancer tes remontrances à deux balles parce que tu ne sais encaisser qu'elle puisse rester droite quand tu t'emportes ! Elle n'a pas tué quelqu'un, elle t'a juste cloué au pilori devant tous les gars ! Tu es un grand garçon, tu vas t'en remettre! Scott lui parlera, mais toi, tu lâches l'affaire, c'est non négociable.

— Oui je vais lui parler. Mais toi mon vieux, tu la laisses tranquille s'il te plait, concorde mon meilleur pote. Elle n'a pas besoin de ça, ne l'oublie pas.

— Ok, je la laisse ... pour cette fois...

Il grommelle dans un murmure, attrapant sa tablette tactile. Ni Scott ni moi le relevons la menace, préférant laisser la tempête se calmer.

Le reste du trajet se déroule sans bruit, dans une quiétude reposante, bien que mes pensées soient en bordel. Scott me lance des petits regards soutenus lourds de sens, sans piper pas mot. Ce qui me permet de -trop- réfléchir à ce qu'il s'est passé tout à l'heure, en particulier à mon attirance indéniable pour cette fille.

Suite à une réflexion poussée, je tombe d'accord avec moi-même : si je suis autant captivé par cette jeune femme à la beauté naturelle magnétisante, c'est uniquement parce que je suis abstinent depuis trop longtemps. À mon retour de Vegas, Laura m'a interdit de faire quoi que ce soit qui pourrait être interprété par la presse comme une liaison ou un coup d'un soir durant ce mariage. Elle m'a même menacé de tout déballer à sa sœur dans la seconde si elle me voyait dans la presse dans une situation prêtant à confusion, ou en lisant un article me prêtant une relation.

J'ai donc suivi son ordre à la lettre : j'ai gardé ma queue au chaud dans mon pantalon. Privée de sortie.

Comme s'il avait fallu attendre ça pour le faire ...

Et puisqu'à Vegas, cela faisait déjà environ quatre mois que j'avais mis fin à ma précédente relation, voilà maintenant approximativement cinq mois que je suis plus chaste qu'un moine puceau. Et... ça commence à faire long. Autant les quatre mois après ma séparation ont été plutôt bien vécus par mon corps grâce à mes journées plus que bien remplies par les tournages, les réunions auxquelles j'ai dû assister avec Joey et les producteurs de mon futur show, ainsi que mes week-ends auprès de ma famille, autant depuis trois semaines, il vit plutôt très mal la situation. Probablement que mes journées n'étaient plus aussi éreintantes, et la frustration sexuelle a eu le temps de s'installer.

Tu n'y pensais pas jusqu'à il y a trois semaines.

Donc si cette fille me met dans tous mes états, c'est exclusivement parce mon corps est trop en pression. Et à défaut de pouvoir le faire de manière conventionnelle -je veux dire avec une femme, je vais devoir faire ça à l'ancienne. Manuellement j'entends, même si ce n'est pas ce que je préfère. Si je dois attendre encore plusieurs semaines pour la demande de divorce, sans compter le temps nécessaire pour une femme qui soit autre chose qu'une groupie ou une arriviste en quête de paillettes - je ne retomberai pas dans mes anciens travers même pour une nuit - je crois que d'ici là j'éjaculerai de la poudre, voire plus rien.

Le Dieu de la métaphore Hayden !

Ou alors j'aurai explosé avant, à la première gaule, dans mon boxer comme un ado face à ses premiers émois.

Ce n'est que quand la portière s'ouvre que je réalise que nous sommes arrivés à l'hôtel. Nick fait signe aux deux équipes de le rejoindre, les informant qu'il a privatisé une salle de réunion pour dans une heure. Débriefing journalier et préparation du planning du lendemain. Tous les hommes sans exception ont donc quartier libre pour aller se doucher, se changer ou se reposer un peu. Nous avons pris plusieurs suites triples pour loger tout le monde. Ils sont donc sur place et peuvent profiter de l'hôtel et ce qu'il propose en services ou gastronomie ,ou du quartier sur leur temps libre.

En accédant au grand hall principal, mon regard de pose immédiatement sur la silhouette de Livia. Le trajet des filles a dû plutôt bien se passer, Livia à l'air tendue bien que moins sur les nerfs. Scott s'empresse de rejoindre sa femme, l'embrasse à pleine bouche comme s'ils étaient seuls au monde, dans la trentaine de paires d'yeux curieux qui les ont reconnus. Une fois sa tache maritale effectuée, il s'approche de l'autre blondinette et la prend contre lui dans une accolade fraternel ...encore. Il pose un baiser sur son front puis lui murmure des mots qui la font sourire jusqu'au plafond.

Putain ce sourire ... Me calmer. J'ai dit que j'allais me calmer.

Resté en retrait, je me rapproche d'eux, sors la clé magnétique de ma chambre de mon portefeuille qu'il faut que je songe à changer. Je remarque que Livia s'éloigne de quelques pas, comme si ma présence l'incommodait, de nouveau.

Pour cette réaction là aussi j'étais prévenu que ma célébrité serait un frein, mais subsistait l'espoir que ça n'arrive pas. Enfin j'espère que c'est pour cela et que Laura n'a rien avoué pendant leur tête à tête. Sans moi.

—Bon, je vais vous laisser entre vous. Je rentre à mon hôtel, j'ai besoin de prendre un bain et de changer de vêtements...

Ne pas relever, ne pas relever.

Trop tard ...

Scott, Laura et moi nous regardons tour à tour. Laura attrape sa sœur sous l'épaule avec douceur pour la ramener vers nous.

— Tu peux te faire ça ici Livy, et je te prêterai une tenue pour ce soir.

Livia scrute sa sœur comme s'il venait de lui pousser des oreilles de chat et un gros nez rouge. Elle secoue la tête, se dégage de sa prise.

— Non, je vais rentrer. Je ne vais pas squatter votre salle de bains, et je suis sûre que vous avez des projets bien plus intéressants que de m'avoir sur le dos ! Non pas que je serais contre l'idée de te voir à moitié nu Scott, badine-t-elle en faisant un clin d'œil de connivence à Laura qui le lui renvoie en souriant, mais il faut vraiment que je change de vêtements.

— Baby...

— Et à moins que tu n'aies des joggings avec toi, je ne rentrerai pas dans tes fringues Laura.

Laura zieute Livia puis lève les yeux au plafond. Il est vrai que sa robe est large, mais puisqu'elle est cintrée sous la poitrine, je me rends bien compte qu'elle ne doit pas avoir besoin de porter six tailles de plus que Laura.

— Arrête avec ça Livy ! Tu dis n'importe quoi. J'ai plein de vêtements qui t'iraient très bien. Tous, en fait.

— Merci mais non merci, rétorque la française avec aplomb.

— Bon, les filles, il n'est que dix-huit heures, constate Scott en avisant sa montre. Livia, nous avons prévu de dîner dans notre chambre à vingt heures trente. Cela te laisse donc le temps de faire l'aller-retour il me semble.

Livia consulte son téléphone, et compte sur ses doigts. Scott comprend ce qu'elle fait :

— Ne pense même pas au métro, ça va te prendre une plombe ! Je vais demander à l'accueil de t'appeler un taxi.

Il se rue vers la réception, interpelle déjà une hôtesse. Livia le suit et tente de protester :

— Non mais ...

— Livy stop. Je commande un taxi, je paie le taxi. Tu montes dans le taxi. Le trajet ne prendra pas plus de quinze minutes je crois. Tu vas gagner du temps. Fin de la discussion.

— Ok mais je prends le métro pour revenir, réplique-t-elle assurée pour ne pas lui laisser le dernier mot.

Et sans savoir pourquoi, les mots vont plus vite que ma pensée :

Encore.

— Alors ça sûrement pas !

Les regards convergent vers moi. Même Livia se fige, ne devant pas comprendre pourquoi je me permets d'intervenir. Cependant, hors de question qu'elle se balade en métro toute seule à la nuit tombée ! Scott, une fois sorti de son état d' effarement avancé, m'aiguillonne d'un nouveau coup d'œil interrogateur ... et réprobateur. Je ne sais pas quoi répondre, je hausse les épaules, mes deux mains dans les poches de mon pantalon. C'est Laura qui nous sauve la mise en prenant gaiment sa sœur par le bras :

— Voilà c'est réglé. Tu ne peux pas avoir toujours le dernier mot Livy Baby. Tu as déjà gagné une bataille avec Nick tout à l'heure. Ne demande pas trop quand même !

— Nick ? s'enquiert hébétée la petite bombe. C'est qui Nick ?

— Nick, mon garde du corps. Le King Kong, j'en profite pour lui répondre avec un sourire taquin qui a pour but de la détendre, et de lui montrer que je ne suis pas moins une vraie personne que mon pote.

— Oh. D'accord. Eh bien à plus tard alors !

Livia accompagne ses mots par un geste de la main puis se faufile jusqu'à la sortie. Néanmoins, je ne rate rien de ses grondements dans sa langue.

Quel tempérament !

***

Il est dix-neuf heures quarante-cinq à en croire l'horloge analogique de ma chambre.

Après avoir mis Livia dans un taxi, nous avons rejoint nos suite respectives. J'ai essayé de ne pas repenser à elle sous l'eau chaude, à sa bouche, son décolleté, à l'idée d'elle dans son bain. Mais peine perdue. Merde pourtant je n'ai presque rien vu d'elle ! Ma douche s'est donc terminée sous le jet d'eau froide pour calmer mes ardeurs volcaniques.

— Il va vraiment falloir que je prenne les choses en main ! grogné-je désabusé en m'allongeant sur mon lit, avant de crier à blanc dans mon coussin pour évacuer ce que je peux dans un râle.

***

À vingt heures quinze, je reçois un texto de Scott qui m'avertit que Laura et lui passent me rejoindre avant que Livia n'arrive, des employés de l'hôtel étant en train de mettre en place le dîner dans leur suite.

J'ai déjà mis mon chino bleu foncé, mes chaussettes et mes chaussures. J'attrape une chemise blanche cintrée dans le dressing, la passe puis enfile mes boutons de manchette pour finalement abandonner l'idée, et ma montre. Je remonte les manches pour un style plus décontracté, alors qu'intérieurement, je suis tout sauf relax. Entre la tension sexuelle qui ne me quitte pas et l'appréhension de la réaction de Livia à ce qui va suivre, et encore plus la crainte qu'elle refuse d'attendre pour lancer une procédure de divorce, je suis tendu. Il me faut du temps. Il faut qu'elle accepte.

Quand des coups à la porte m'avertissent de leur arrivée, je me dépêche d'aller ouvrir , me retrouve nez à nez avec les mariés. Les autres. Me passer la corde au coup le même jour que mon meilleur ami, fallait vraiment le faire !

Laura est comme à chaque fois que je la vois, belle et apprêtée. Une petite robe noire très moulante à fines bretelles l'habille. Elle a agrémenté sa tenue d'un châle or qu'elle a posé sur ses épaules, sans oublier de gagner des centimètres sur ses escarpins. Sa tenue met ses formes en valeurs, mais sans rendu vulgaire.

— Est-ce que tout va bien ?

— Je pense oui, répond Laura.

— Laura est une véritable boule de nerfs depuis que nous sommes rentrés. Ni le jacuzzi ni mes dons n'ont réussi à la détendre ...

Je comprends évidemment de quoi il s'agit. Cela n'a même pas l'air de déranger Laura qu'il aborde leur vie intime devant moi. Je le bloque, néanmoins surpris qu'il ose me faire ce genre de confidences devant la principale intéressée. Si ni lui ni moi ne sommes pudiques et habitués à nous raconter nos expériences, nous ne l'avons jamais fait devant la femme qui partage notre lit. Sentant mon trouble, Laura me rassure :

— Ne fais pas cette tête Hayden, je n'ai pas vraiment de tabou tu sais. Personnellement, je raconte tout à ma sœur. À Livia je veux dire. Je suis plus réservée avec Kate qui n'aime pas trop avoir ce genre de papotage. Alors si Scott en parle avec toi, à condition que ça ne soit qu'avec toi, ça ne me dérange pas.

— Toi et Livia vous racontez votre vie sexuelle ?

Merde ne pas penser que Livia a une vie sexuelle ...

Ou alors y penser, et l'imaginer complètement nue ...

Laura rit et se laisse tomber sur le gros canapé en cuir blanc.

— Moi je raconte tout, j'aime avoir son avis et peut-être lui donner des idées.

Son clin d'œil m'atteint violemment. Oh Putain. Non ! Ne pas y penser, ne pas y penser...

— Mais elle, elle ne raconte pas grand-chose, elle continue. Elle n'est pas très expansive sur ce sujet. Ni sur aucun d'ailleurs. Mais elle a une grande capacité d'écoute. Livia est ma confidente, cet être privilégié qui sait tout. Et à propos de confidences et de vie sexuelle, j'aimerais te parler avant que nous ne nous retrouvions à quatre.

Son ton est plus grave. Je tends un verre de whisky à Scott, un martini blanc à Laura qu'elle avale avant même que je ne m'installe.

— Je t'écoute.

— Livia était en colère tout à l'heure.

— J'ai bien compris oui, je consens tout ouïe.

— Et Nick n'a pas arrangé les choses !

— Nous le lui avons dit, je lui assure.

Elle soupire et se redresse sur le sofa, inspire et se lance :

— J'ai peur de sa réaction, vous le savez. Devoir lui dire qu'elle t'a épousé toi Hayden, je veux dire toi avec ta partie personnage public et ce que cela implique, cela me stressait beaucoup. Mais depuis trois jours que je suis ici, Livia s'est plainte maintes fois de la présence des gardes du corps. Elle ne supporte pas d'être suivie. Si elle est allée voir les deux Terminators comme elle dit, pouffe-t-elle pleine de fierté, c'est certes pour se présenter et les menacer - je souris à cette idée, cette fille c'est quelque chose ! – mais également pour rendre tout cela plus humain pour elle.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

— Elle avait besoin d'aller briser la glace, de se rendre compte que derrière ces montagnes de muscles, il n'y avait pas que des machines. Quelle pouvait discuter avec eux, comme des personnes ...normales.

— Je vois, enfin je crois.

— Livia a besoin de normalité, Hayden, insiste Scott.

— Exactement. Mes parents ne sont pas à plaindre financièrement tu sais. Mais ce sont des gens plutôt simples, qui ne font pas étalage de leur richesse. Malgré cela Livia n'a jamais réellement réussi à s'adapter à L.A, aux gens riches autour de nous, surtout. À l'opulence, aux faux semblants.

— D'accord.

Je ne vois toujours le rapport avec moi.

— Elle a une aversion pour les prétentieux qui pensent que l'argent achète tout et donne tous les droits. Elle n'a vécu que quelques mois aux États-Unis avec nous, m'informe-t-elle. Elle ne se sentait pas à sa place dans ce monde.

— Sentait ? Les choses ont changé ?

— Oui et non. Aujourd'hui, elle supporte mieux les choses mais a besoin de rester connectée à sa réalité à elle. À son petit monde. Et clairement les gardes du corps c'est trop pour ma sœur Hayden. Alors je m'interroge.

— Sur quoi exactement ? Sois plus claire.

Elle opine, les jambes agitées et ses talons donnant un rythme plus accentué au temps.

— Comment cela va-t-il se passer une fois la demande de dissolution déposée ? Quand la presse va apprendre son nom, quand les paparazzi vont vouloir la suivre partout où elle ira, y compris à son boulot ...

Ah non ! Hors de question qu'elle se balade sans sécurité si cela doit arriver, si c'est sa question !

Non mais tu t'entends vieux ?

— Il faudra aviser au moment venu. Si c'est nécessaire, elle sera protégée, dis-je fermement.

— Ça risque d'être compliquée tu sais.

— Nous jugerons le moment venu. Je t'ai dit que je la protègerai, je le ferai. Autre chose ? Tu as évoqué la sexualité.

Venons-en à ce qui une utilité toute de suite, le reste attendra, on a le temps. J'espère vraiment qu'elle va accepter.

— Oui.

— Si tu parles de la mienne, y'a pas plus abstinent que moi dans toute la Californie ! Et ailleurs ! je m'exclame en levant les mains devant moi.

— Je sais et je t'en remercie. Tu seras bientôt libéré de cette obligation tacite Hayden.

Bientôt ? Pas trop tôt quand même ! Ce serait l'hécatombe

Elle semble lire en moi. Elle se mord les lèvres, la mine suspicieuse et intriguée.

— Hayden, c'était une conversation privée et je n'aime pas faire cela, mais encore une fois je vais devoir m'y coller et ça me rend malade, crois-moi.

— Quoi mon cœur ?

— Aujourd'hui en discutant avec Livia, elle m'a promis qu'elle ... voulait bien sortir et que je lui présente des amis. Vous...vous voyez où je veux en venir tous les deux ?

Je ne vois pas du tout où elle veut en venir, non. Et je ne suis pas certain d'avoir envie qu'elle aille plus loin, tant une pression rageuse couve en moi.

— Sois plus explicite ma chérie.

— Eh bien, Hayden, toi je t'ai demandé de ne plus t'afficher avec des femmes jusqu'au dépôt

— Effectivement, je marmonne en serrant mes poings.

— Je n'ai rien demandé à ma sœur, elle aurait pu me poser des questions. Elle s'est imaginée qu'elle avait épousé un pauvre type à Vegas, un anonyme, un mec lambda. Vous vous doutez bien que si je lui avais dit « Hey Livy Baby, surtout tu ne sors plus avec personne, tu ne couches plus avec personne et tu restes cloitrée chez toi pour ne pas être vue » ça lui aurait mis la puce à l'oreille.

— Ok.

Donc elle couche avec d'autres types alors que moi, je m'arrache les cheveux depuis trois semaines ?

— D'accord mais où tu veux en venir mon cœur ?

— Livia m'a dit qu'elle est partante pour des rencontres.

Oh.

Face à nos deux paires d'yeux surpris et investigateurs, elle reprend :

— Fiiiouuuu !!! Décidément vous ne verriez pas un éléphant rose fluo dans un couloir étroit vous non plus ! lance-t-elle excédée en levant les bras au ciel. Elle a mis sa vie entre parenthèse, toute seule, depuis trois semaines pour assumer son acte.

— Quoi ? Attends quoi Laura ?

Pas de sexe avec un autre, donc ?

Toux doux Sherlock.

— Je veux dire par là, que même sans savoir avec qui elle s'est mariée, et en attendant la demande de divorce, et alors que cette union n'a aucune valeur légale en France, elle a choisi d'honorer la fidélité. Vous comprenez ?

Ah ça oui je comprends ! Donc cette fille qui ne me connait pas, m'est fidèle depuis le jour de notre mariage ! Elle me plait de plus en plus. Bon point.

Comme s'il t'en fallait d'autres.

—Donc, il ne faut pas trainer et faire le nécessaire rapidement pour que chacun reprenne le cours de sa vie.

— Waow mon cœur, doucement, la tempère son mari.

Je suis paralysé, vissé au cuir.

— Comprenez bien, que Livia se projette dans une potentielle rencontre, c'est assez exceptionnel pour que je ne laisse pas passer cette occasion ! s'émerveille presque en tapant dans ses deux mains. J'attends ça depuis trop longtemps, et ça lui fera du bien !

Bordel mais ... quoi ? Ma salive fait une fausse route. Merde Merde Merde !

— N'allons pas plus que vite la musique mon amour, je comprends que...

— Non, je crois que tu ne comprends pas.

Un lueur indéchiffrable passe dans les iris azur de Laura, puis elle change soudain du tout au tout, revêtissant sa joie :

— Livia est enfin d'accord pour que je lui présente des amis et sa copine Mila a elle aussi deux ou trois personnes qui devraient bien s'entendre avec ma sœur. Des années que j'attends ce moment ! Des années ! répète la belle blonde en se tapant de plus belle dans les mains comme une gamine à qui on offre un chiot. Je ne peux pas vraiment pas laisser filer cette occasion, qui sait quand elle se représentera ? Elle vient d'avoir vingt-cinq ans. Il est grand temps que ma petite sœur trouve quelqu'un de sympa avec qui s'amuser et qui saura assurer au lit ! Les deux dernières personnes ont été incapables de la faire... Oh merde ! Oubliez ce que je viens de dire pitié ! Pitié ! Pitié !

De la faire jouir ? C'est ça qu'elle allait dire ?

Ne pas penser à la faire jouir, avec ma bouche, mes doigts, ma queue ... Ne pas penser aux cris de plaisirs qu'elle pourrait pousser, à mon prénom dans sa bouche quand elle jouirait ... Et Laura qui dit qu'elle va lui trouver un mec pour faire tout ça avec elle ... Putain !

Ça devient grave là !

Elle joint ses paumes en prière vraiment, fait la moue avec sa bouche pour m'attendrir.

— Je propose que l'on décide de cela avec elle, dis-je pour couper court à mon supplice, et pas que physique.

— Je suis d'accord avec Hayden, mon cœur.

Elle ne nous a pas parlés de son trajet en voiture, pensé-je.

— Au fait Laura, comment s'est passé votre retour ?

Perplexe, elle nous raconte tout de même :

— Elle m'en a voulu de ne pas l'avoir prévenue que tu étais à Vegas avec nous. De ne pas lui avoir dit que tu étais le témoin de Scott. Elle m'a également reproché de lui avoir caché ta présence ici. J'ai cru qu'elle allait faire une attaque quand tu es arrivé avec Scott chez Chanel !

— Oui elle a eu l'air ... troublée.

— Oui .Voir débarquer une star internationale, en plus de toi mon chéri je veux dire, dans cette boutique où elle était déjà super mal à l'aise, imagine son niveau d'étonnement.

— Pourquoi était-elle mal à l'aise là-bas ?

— Livia croit qu'elle fait tache dès qu'elle est dans un endroit qui sort de son ordinaire. Ce matin elle n'a même pas osé entrer dans le hall de l'hôtel ! s'exclame-t-elle atterrée. Et ces poufs de vendeuses ont pris un malin plaisir à la reluquer de haut en bas dans les boutiques où nous sommes allées, ça n'a fait que la conforter dans son mal-être. Elle, la petite française qui ne portait pas des milliers d'euros de vêtements ...

— Elle était très belle... lâché-je sans réfléchir.

Fait chier, c'est sorti tout seul. Laura bondit du canapé, et vient planter son ongle rouge à l'effigie de son ressenti sur mon sternum :

— Je t'avertis Hayden, ma sœur n'est pas une de tes groupies-pouffes qui sautent sur tout ce qui bouge, prêtes à écarter les cuisses pour ton bon plaisir juste parce que tu es une star, ou parce que tu as une belle gueule ! Livy n'est pas une pétasse qui cherche la célébrité, ni son moment de gloire dans la presse people. Alors un conseil, ma petite sœur, tu la respectes ou je t'étripe !

— Mon cœur.

— Non, laisse-moi finir. N'essaie pas de la mettre dans ton lit juste pour qu'elle soit un nom de plus sur la liste ! Ce serait la dernière erreur de ta courte vie ! Ce ne sont pas des paroles en l'air.

Elle me toise au-dessus moi, le regard sévère de la louve qui pourrait mugir et me croquer si un de mes orteils n'allait pas sur le bon chemin. Je ne suis pas un salaud, je ne fais pas de liste, et je n'ai pas de palmarès à remplir.

— Calme-toi Laura, je ne suis pas comme ça.

Non mais c'est quoi cette étiquette à la con ?

— Parfait, se radoucit-elle. Vous êtes deux adultes, si un jour vous vous envoyez en l'air sans lendemain, je n'ai pas mon mot à dire, c'est évident. Mais considère-toi prévenu, moi aussi, je mords ! Ne te sers pas d'elle. Tu le regretterais crois moi. Et tu n'imagines même pas ce que Kate serait capable de faire si elle apprenait qu'un type a fait souffrir notre Livy ! Ma petite sœur, je l'aime comme une dingue ... C'est bien clair ?

— Très.

On ne peut pas faire plus clair.

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