22 - Fuite Inutile.

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Livia. 

— C'est bon elle est là. Elle vient d'arriver.

     Je ne perçois pas la réponse de l'interlocuteur, comprends qu'il s'agit d'une conversation téléphonique, puis me fige sous le coup de la surprise. Ce n'est pas la voix de Scott. Il ne faut pas que je me retourne, je dois rejoindre ma chambre, ou appeler Mila. Peu importe. Vite.

     Sans un regard pour la voix qui n'avait apparemment rien de mieux à faire que de me pister jusqu'ici en pleine nuit, je parcours à la hâte les derniers pas qui me séparent des portes battantes. Je m'apprête à entrer à l'intérieur du sas quand une main me retient, s'agrippant à mon bras gelé que je ne frictionne plus. Une chaleur fulgurante s'empare de moi à son contact, m'embrase instantanément. Comme si je venais de m'approcher trop prêt du feu, du soleil ... à m'en bruler les ailes.

Livia, reprends-toi ! je me crie.

— Livia tu es frigorifiée ! me reproche la voix d'un ton ferme.

      Une veste chaude rejoint mes épaules. L'odeur musquée prenante pénètre mes narines. Je pivote, fixe la main maintenant posée sur mon épaule gauche, puis son propriétaire, lui ordonnant silencieusement de me lâcher d'un regard agacé. Ce qu'il ne fait pas. Ça aurait été trop facile !

Profitons de sa chaleur Livia !

— Lâchez-moi Hayden, s'il vous plait.

— Seulement si tu promets de ne pas partir en courant cette fois.

      Pourquoi, il y a une loi contre ça ?

     Je hoche la tête, me mords la lèvre inférieure en réfléchissant à comment lui fausser compagnie quand même, sans heurt. Il me rend ma liberté et le froid revient, plus glaçant qu'avant ; polaire. Ma peau réclame la sienne comme une âme en peine. Pourquoi réagis-je comme ça ? Je me recrée une contenance.

— Que faites-vous ici Hayden ? demandé-je sèchement.

      Il faut qu'il intègre qu'à l'instar de son King Kong, il n'aura pas l'ascendant sur moi.

Comprendre ? T'en as de bonne toi ! C'est un homme !

      Il me fixe avec insistance, son regard est envoûtant mais je tiens bon pour ne pas m'y noyer comme une cruche. Il n'est qu'un homme comme un autre. C'est cela que je dois garder en tête pour la garder bien en place. Je dois garder le contrôle absolu de mes réactions, et si mes yeux se posent trop longtemps sur lui, je risque de m'embraser ... et de me faire griller au passage. Et puis ...je ne suis pas une adulatrice prête à dire amen à toutes ses paroles ou à obéir dès qu'il sourit. Il a beau être une star mondiale, dans le métro j'ai irrémédiablement décidé à l'unanimité avec moi-même que je devais tout faire pour ne le voir que comme ce qu'il est avant tout : un homme dans la masse de ceux qui foule cette planète.

Un homme CANONISIME !

     Tu m'enquiquines, la voix ! Ne rends pas les choses plus compliquées.

     Je romps le contact visuel pour qu'il ne remarque pas mon trouble. S'il est vrai qu'il est vraiment beau, il n'a pas à savoir qu'il a un quelconque effet sur ma petit personne insignifiante. Je veux qu'il s'en aille, qu'on règle notre problème de paperasse, et que chacun reprenne sa route comme si de rien n'était.

     Moi, utopiste ? Laissez-moi rêver... je mérite bien dix minutes où tout se passerait bien, pour une fois.

— Va chercher tes affaires.

     À oreilles sa voix profonde mais autoritaire sonne comme un ordre. Je me redresse, la nuque haute.

— Je vous demande pardon ?

— Va chercher tes affaires Livia, toutes tes affaires, articule-t-il. Tu rentres à l'hôtel avec moi.

     Bah voyons, et la marmotte elle glisse gentiment le chocolat dans le papier alu, aussi ? Puis elle m'apporte un mars et un coca ? Sérieux, ça marche vraiment ce genre d'attitude avec les filles d'habitude ?

À en croire l'état de ton entrecuisse, tu n'es pas indifférente à son ton, hypocrite.

     Il n'y a pas que son regard qui est captivant, le timbre suave de sa voix grave l'est tout autant. Quand il me parle, une nuée de frissons intérieurs prend son envol. Je mets cela sur le compte de la fatigue, d'un élan de libido très récemment réapparue après avoir été portée disparue longtemps, et de cette fin de soirée chaotique qui m'embrouille.

— Vous n'êtes pas sérieux Hayden ? dis-je un grand sourire sardonique accroché à mes lèvres.

     Il me considère gravement un bref instant, puis je crois voir ses yeux se poser sur ma bouche. J'ai perdu la tête, il faut que j'aille me coucher, que je m'éloigne de ce type !

     Il ne dit rien de plus mais ne détourne pas les yeux. Ma respiration s'accélère, une chaleur étrange s'impose à moi, alors qu'il y a deux minutes à peine, j'étais gelée comme une eskimo dans un congélateur. Tentant de conserver un air détaché, je hausse les épaules puis lui tourne le dos et entre dans l'hôtel. Il ne semble pas me suivre, alléluia. Il n'est pas aussi têtu que Terminator en chef au moins ! Je m'arrête à la réception, où une dame aux longs cheveux ébènes d'une quarantaine d'années au visage bienveillant me demande en Français :

— Bonsoir Mademoiselle, en quoi puis-je vous aider ?

— Bonsoir. Je suis Livia Gardini, chambre 318. Je suis arrivée il y a deux jours, je lui explique rapidement comme si j'avais le diable aux trousses, vérifiant que je n'ai pas été suivie.

     Le diable non, ou alors il est super sexy et je veux bien être damnée pour l'éternité !

— J'ai passé la soirée chez une amie et ... réfléchis-je, suite à une heu ... je suis partie précipitamment de chez elle. J'ai laissé mon sac à main ainsi que mon téléphone chez elle, et donc ma clé magnétique. Pourriez-vous m'en refaire une de secours s'il vous plait ?

     Nouveau coup d'œil dans le hall. Tout va bien. Ma jambe droite s'agite frénétiquement, les secondes me paraissent des minutes. Elle semble étonnée par mes paroles, mais ne se moque pas de moi contrairement à ce que je craignais.

— Vous n'avez rien sur vous qui prouve votre identité ?

     Non, mais ...

— Sur moi non, je lui réponds avec une moue contrite, mais dans ma chambre, il y a mon ordinateur portable sur lequel j'ai la copie de tous mes papiers d'identité. Si vous me l'ouvriez juste...

     Elle parait d'accord pour me donner le graal mais n'a pas de faire un geste qu'une grosse de gorille voix se fait entendre, en anglais, mais plus affable que cet après-midi :

— Mademoiselle Gardini, votre sœur m'a chargé de venir vous rapporter vos affaires. Elles pourraient vous être utiles.

     Non, tu crois ? je grince dans ma tête fatiguée.

     King Kong. En chair et en os ... et surtout en muscles, beaucoup de muscles, partout. Plus de cent-dix kilos de muscles à priori. La réceptionniste, surprise dans tous les sens du terme, le reluque comme un chien affamé reluquerait une belle grosse saucisse juteuse.

Saucisse ? Tu penses à sa saucisse ?

      Absolument pas, oh mon Dieu ! J'en peux plus d'elle. 

— Hmmm merci Nick, lui dis-je sincèrement soulagée de le voir, cette fois.

— Elle m'a aussi mandaté pour m'assurer que vous rejoigniez bien votre chambre en toute sécurité.

     Il me fait quoi là, le King Kong ? Il va venir me border, aussi ?

— Bien, problème réglé alors mademoiselle, conclue la réceptionniste avec un grand sourire qui ne m'est pas destiné. Mademoiselle, Monsieur, je vous souhaite une bonne fin de soirée.

     Après m'être gentiment faite congédier, je marche donc vers l'ascenseur, King Kong sur les talons. Il croit vraiment qu'il va me suivre jusqu'à ma chambre ?

Soit gentille Livia !

— Ça ira Nick, je ne vais pas me perdre. C'est bien Nick votre vrai prénom King-Kong ?

— Oui, grogne-t-il pour toute réponse.

— Super, merci pour mon sac, mais il n'est pas nécessaire de m'escorter jusqu'à ma chambre, je vous assure. Je suis une grande fille, je n'ai pas besoin de baby-sitter vous savez !

      Le tilt de l'ascenseur retendit et les portes s'ouvrent ... sur Hayden Miller, posté dans le fond de la cabine, appuyé contre le grand miroir. Les bras croisés sur le torse, casquette vissée sur le crâne et tête baissée vers le sol, il arrive encore à être beau comme un dieu- Ça aurait été trop facile ! lancé-je plus que moi-même que pour les deux casse-pieds de service.

— Quel étage ? m'interroge King-Kong.

— Troisième.

     Il ne perd rien de mon irritation, disparue ma gratitude. Plus vite je serai devant ma porte, plus vite ils partiront.

Tu crois vraiment ce que tu viens de penser ?

     Je reste près de l'entrée de la cabine, le plus loin possible d'Hayden. Pourtant, je sens son parfum d'ici, une myriade frissons me traversent une fois de plus. Dès l'ouverture des portes de ma prison, je me précipite dans le couloir et marche à grandes enjambées vers la porte de ma chambre. La clé magnétique déjà en main, je la glisse dans la fente et ouvre le battant de bois. Avant d'aller m'enfermer, je me tourne vers eux pour mettre fin à ce moment des plus gênants : deux hommes qui m'escortent jusqu'à ma cellule tels des parents comme si j'étais une enfant de dix ans punie.

— Il n'était vraiment pas indispensable de me suivre messieurs. J'ai traversé Paris sans papier, sans téléphone et sans problème, de nuit, alors que vouliez-vous qu'il m'arrive entre le hall et ici? Question purement rhétorique bien sûr, dis-je. Bon, sur ce, bonne nuit messieurs. Dites s'il vous plait à Maître Hartley que je prendrai contact avec elle demain. Bonne fin de soirée.

     Je n'ajoute rien, je ne sais pas de quoi King Kong est au courant, mais s'il est toujours collé à Hayden Miller, il est inévitablement au courant de notre problème matrimonial. Un de plus ! Tout le monde savait donc sauf moi, en fait ?

     Les deux hommes se regardent en se souriant. Hayden bouge sa tête de droite à gauche, pince l'arrête de son nez en aspirant sa lèvre inférieure, comme s'il essayait de se retenir de rire. Qu'est-ce qu'ils ont, eux ? À cette heure-ci moi je n'ai plus du tout la tête à m'amuser !

Devine !

     Ce n'est plus l'heure des devinettes non plus. Je tranche pour les laisser en tête à tête et entre dans ma chambre. Au moment où je m'apprête à refermer la porte, un pied s'interpose. Je tente toute de même de fermer cette fichue porte en y mettant tout mon poids, vainement. Je suis trop crevée, je n'ai plus de force pour batailler. Une résistance bien plus importante que la mienne donc -ce qui n'est pas bien difficile à l'instant T- pousse l'ouverture en m'entrainant avec cette dernière. Le propriétaire du pied entre dans ma chambre. Il nous isole laissant son Termi en chef seul dans le couloir. Je me retrouve seule avec Hayden Miller, dans ce petit hall de quatre mètres carrés à peine, desservant la salle de bains et les toilettes. Coincée entre la porte d'entrée ... et lui. Bien trop près de lui. Prise au piège.

     Je cligne rapidement des paupières tout en prenant une grande inspiration le plus discrètement possible. Le seul moyen de cacher mon trouble, c'est de jouer la comédie. De mettre un masque. Et cela, je l'ai fait pendant des années auprès des parents, de Laura, de Kate ; de tous. Avec une bonne dose de concentration, cela devait marcher aussi avec lui. Je me faxe entre le mur et son grand corps, afin de m'exiler mais mon cœur, ce traitre, décide d'accélérer ses battements lorsque je frôle Hayden.

      Fichues hormones !

      C'est lui qui lance les hostilités. King Kong sors de ce -magnifique- corps !

— Qu'est-ce que tu n'as pas compris dans «tu vas chercher tes affaires et tu rentres avec moi à l'hôtel ?»

       Merde mais il est sérieux ? C'est moi qui ne pige rien ?

— J'ai très bien compris chaque mot merci, mon anglais n'est pas rouillé. Qu'est-ce que vous, vous ne comprenez pas dans « non » ? contre-attaqué-je en le toisant de ma minuscule hauteur.

— Livia je ne t'ai pas proposé de prendre tes affaires, je ne t'ai pas posé une question, je n'attendais donc AUCUNE réponse de ta part, m'assène-t-il en s'asseyant nonchalamment sur le fauteuil gris entre mon lit et l'accès au balcon.

     Alors s'il veut jouer à cela, il ne va pas être déçu du voyage ! J'enlève mes chaussures, retire les oreillers superflus de mon lit et sors ma nuisette de la petite penderie, histoire qu'il saisisse que je n'irai nulle part.

— Tu fais quoi là ?

— Ça ne se voit pas ? Il vous faut des lunettes ? Je sais que vous avez quelques années de plus que moi mais tout de même, vous devriez consulter si vous avez déjà des problèmes de vue. Et puis les ophtalmologues à L.A ce ne doit pas manquer ...

— Livia ...

     Oh my God que c'est sexy ce grondement qui me fait trembler. Mais c'est une manie chez eux, les grognements à la Cro-Magnon ? Je récupère mes affaires et me rue vers la salle de bains, loin de lui, enfin, autant que faire se peut dans une chambre de moins de vingt mètres carrés. Il finira bien par partir de lui-même. Je m'apprête à fermer la porte et une fois n'est pas coutume, devinez qui s'y oppose ? je vous le donne dans le mille : Hayden Miller !

— Bon c'est quoi votre problème ? m'agacé-je les bras croisés.

— Je n'ai aucun problème, je te l'ai dit, tu prends tes affaires et TU RENTRES AVEC MOI LIVIA !

     Alors là, il voulait la guerre, il va l'avoir ! Je pointe un doigt vers son visage et rage :

— Mais je ne vais aller nulle part avec vous Hayden ! Pour qui est-ce que vous vous prenez à la fin? Et surtout pour qui ME prenez ? Je ne suis pas une groupie qui va vous obéir au doigt et à l'œil c'est clair ? Alors peut-être que votre petit numéro de Mister Dominant marche avec les autres filles, mais avec moi, il ne fonctionne pas, c'est compris ? Je fais ce que je veux ! Il me semblait que c'était plutôt limpide cet après-midi quand je me suis pris la tête avec King Kong !

— Eh bien, pour une femme qui était mal à l'aise en ma présence il y a encore deux heures, tu as vite repris du poil de la bête ! Laura qui s'inquiétait que tu sois trop impressionnée par ma personne et panique en te trouvant seule avec moi, elle aurait dû être là pour voir ça !

      Bien, elle ne sait pas tenir sa langue, mais ce ne sera bientôt plus un problème.

— Bien sûr que vous m'impressionnez ! avoué-je sidérée de le faire. Mais là j'essaie de passer outre votre statut monsieur La-Super-Star ! osé-je sans avoir le temps de bloquer ses paroles. À cette heure-ci vous n'êtes ni plus ni moins qu'un mec hyper casse-pieds qui joue les dominants-autoritaires sans raison valable façon Fifty-Shades version Miller et m'empêche d'aller me coucher ! C'est clair ? Donc maintenant si vous permettez, je vais me doucher et me mettre en tenue de nuit. Du vent !!

     Je crois, il ne bouge pas.

— Mister Dominant ? s'esclaffe l'insolent. J'aime assez l'image !

     Je vais craquer ! Retenez-moi de l'étrangler !

Moi j'adore cette vision de lui en Christian Grey ! Encore plus sexy et hot !

— DEHORS HAYDEN !

— Non, répond-il calmement -trop calmement. Tu veux te doucher ? Aucun problème, vas-y. Mais je ne bouge pas de là. Je t'ai dit que tu allais venir avec moi, et c'est ce qu'il va se passer, ce n'est qu'une question de minutes.

— Ou sinon quoi ?

— Mauvaise question Livia. Tu ne veux pas savoir.

— Pour qui vous vous prenez bon sang ?

Pour.ton.mari ! rétorque-t-il avec insistance en s'asseyant sur le rebord de la baignoire, me coupant les jambes au passage.

     Mon quoi ?? Alors celle-là je ne m'y attendais pas ! Je bloque de longues secondes, ahurie, pour ne pas dire sur le cul, sûre d'avoir mal entendu, puis me reprends :

— Nous sommes malheureusement unis par un bout de papier mais cela ne vous donne aucun droit sur ma personne. Et en France, nous ne sommes rien l'un pour l'autre. Et quand bien même nous serions aux États-Unis, je ne suis pas votre propriété ! Vous appréhendez ce que cela veut dire ou je répète Einstein ?

— Tu as raison, je m'excuse.

      Il se dresse, l'air terriblement sincère c'en est presque émouvant, et les yeux brillants d'une leur que je ne déchiffre pas. Il passe une main dans ses cheveux bruns, inspire avant de continuer :

— Livia je ne voulais ni t'offusquer ni te manquer de respect, je t'assure. Ce que je voulais dire, c'est que quoi que nous en disions ou pensions, nous nous sommes mariés il y a trois semaines et j'aimerais que nous en discutions calmement, avec Laura et Scott. Nous te devons des explications, tu ne peux pas le nier. Et même si tu souhaites mettre de côté ma notoriété comme tu viens de le faire, ce qui me ne pose pas de problème, précise-t-il en accrochant mon regard, il faut que tu comprennes que c'est justement à cause d'elle que nous avons pris notre temps pour te révéler mon identité.

      Je ne comprends pas. De quoi il parle ?

— Je ne comprends pas, énoncé-je tout bas, perdant mon aplomb.

— Oui je me doute bien. C'est bien la raison pour laquelle il faut que nous ayons une discussion sur la suite.

La suite ? Le divorce, quoi. Le mot lui brûle la langue ?

— Nous pourrons en parler demain, j'y compte bien, lui assuré-je en détournant les yeux ... enfin tout à l'heure.

— Très bien.

— Je vous rejoindrai tous en milieu de matinée.

     Ma colère s'exfiltre dans un soupire las, je suis de plus en plus troublée par sa présence qui prend toute la place dans la petite pièce.

— Il serait préférable que tu sois sur place demain matin. Je ne vais pas te supplier, ce n'est pas mon genre. Mais sache que je ne partirai d'ici pas sans toi.

      Donc si je veux dormir, je vais devoir céder à son caprice ? J'ai quand même ma fierté moi ! Fierté de sudiste en plus, c'est dire !

— Je veux des boules Quies.

— Pardon ?

     Sceptique, les yeux grands ouverts comme s'il venait de croiser une licorne rose fluo dans cette salle de bains, il attend ma réponse. Sa réaction laisse à penser qu'effectivement, il n'a pas l'habitude qu'on lui objecte quoi que ce soit.

— J'accepte de vous suivre à condition que vous me trouviez des boules Quies. Et d'une bonne marque ! Je veux bien m'installer dans la chambre d'amis de Laura et Scott pour cette nuit, mais il est HORS DE QUESTION que je sois le témoin auditif de leurs ébats amoureux toute la nuit ! C'est une Castafiore bien trop bruyante, et je tiens à mon sommeil !

Pense un peu à moi égoïste !

     Il rit de bon cœur. Un courant électrique s'amuse avec moi, longe ma colonne et pose ses valises dans mon tanga.

— J'ai aussi une deuxième chambre si tu veux. Je ne ronfle pas, tu n'auras pas besoin de protections auditives.

     Un très court instant, je crois détecter un petit air lubrique sur son visage.

— N'y pensez même pas Hayden ! C'est non, j'irai chez Laura, puisque je n'ai pas le choix visiblement, si je veux me débarrasser de vous.

— Tu as peur que Laura ne te pose des questions au petit déjeuner ? m'interroge-t-il le plus sérieusement du monde.

— Oh non, elle ne m'en posera aucune, il n'y a pas de risque ! Elle aura trop peur que je ne la morde demain au réveil !

    Et elle fait bien.

     Stupéfait, il se fige alors que mon cœur ne cesse d'augmenter sa course et que mes mains se font moites, me dévisage les sourcils froncés, puis poursuit :

— Je peux aussi te réserver une chambre, l'hôtel n'est pas complet à cette période.

— Alors là encore moins ! Des boules Quies ou je reste ici, c'est mon dernier mot !

— Ok obtempère-t-il les paumes levées entre nous. Je vais te trouver ça. Rassemble toutes tes affaires, je t'attends dans le couloir avec Nick.

— Hummm, dis-je en attrapant tous les produits d'hygiène à ma portée pour me soustraire à ses yeux bleus.

— Comment as-tu fais pour payer le métro sans ton portefeuille et ton smartphone ?

      Pourquoi cela l'intéresse-t-il ? S'il essaie de meubler la conversation, c'est inutile, je veux qu'il me laisse seule.

Pas moi.

— Il y avait une petite troupe de musiciens dans le métro. Il ne me fallait que deux euros. Je leur ai simplement demander de m'aider.

     C'est une vérité légèrement circoncise, mais il n'a pas besoin de savoir que j'ai chanté avec eux.

— Peut-être que ta sœur s'inquiète un peu trop pour toi, marmonne-t-il pour lui.

     C'est bien pour cela qu'il faut qu'elle s'occupe d'elle, de sa carrière, et à présent, de son mari. Elle a tout pour être heureuse, et il n'y a rien que je souhaite plus que son bonheur. Elle doit se consacrer à Scott, à cette vie à deux qu'ils vont bâtir, plus à moi. Il est tant que les choses prennent leur place.

— Laura est ma meilleure amie. Je m'inquiéterai toujours pour elle, même si elle est surveillée par des Terminator. Elle a du mal à ne pas s'en faire pour moi.

     Il acquiesce d'un mouvement de tête, me tourne le dos, quitte la pièce en silence. Puis j'entends la porte principale de ma chambre se refermer. J'évacue un très long soupire de soulagement, ma tension revient à la normale. Je prends appui sur la double vasque, pose mon front chaud sur le miroir froid.

     Ce type me fait enrager, mais ce n'est pas le plus grand danger. Ma tête s'en remettra, mon corps, en revanche, c'est une autre histoire ...

— Tu peux le faire Livia ! m'encouragé-je en parlant fermement à mon reflet. Tu peux donner le change. Jouer la comédie. C'est bientôt fini...Tu gommes ta connerie et ...putain, c'est un enfer. Je vais le faire !

     Une de plus, ça ne changera rien. Je sais faire ça. J'aurais dû être comédienne tout compte fait. J'ai des années d'expérience. Ce mec me met dans tous mes états. J'ai des idées absolument indécentes quand il est là, que je le sens, et pas que l'odeur de l'attraction masculine qu'il exerce sur moi.

     Tout ça, c'est à cause de Laura et de ces récits érotiques ! Je la retiens elle, pour tout ! Pour le moment, il faut que je reste loin de lui le temps que mes hormones se calment, et qu'on signe ces papiers demain ! Après, ça ira mieux.

     Oui, ça ira mieux après.

     Sur cette pensée positive, je me mets à la tâche pour remplir ma petite valise.

     Demain, ce sera derrière moi, je reprendrai le cours de ma vie tranquille mais millimétrée, celle tracée depuis longtemps, marchant sur mon fil pour ne jamais me perdre.

     Demain, je range cette ahurissante parenthèse dans un placard, sous clé, pour ne plus y penser.

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