23 - Madame !

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Hayden.

Dans le petit hall étriqué, j'inspire profondément pour remplir mes poumons au maximum. J'avais l'impression d'être en semi-apnée, oxygéné uniquement par elle, mais suspendu à chacun de ses mots. C'est dingue l'effet que me fait cette fille. Et elle ne semble même pas s'en rendre compte. Ni de sa beauté, de la sensualité qu'elle dégage quoi qu'elle dise ou face. De son pouvoir de séduction sans frontière, même quand elle est en colère, quand elle irradie de ce petit plus.

SURTOUT quand elle est en colère!

Et quel tempérament ! Peu de femmes me tiennent tête à ce point, quitte à me pousser dans mes retranchements pour me faire abdiquer ! Et elle a raison, des femmes à mes pieds, il y en a à la pelle. Mais je doute toujours de leur sincérité, de leurs motivations à mon égard. Je ne sais pas si elles sont là pour moi, ou l'acteur. Je préfère les éconduire, par sécurité.

Mister Dominant, elle a osé m'appeler Mister Dominant ! Elle ne manque encore pas de répartie, bon sang ! Ça m'a encore plus excité. J'avais envie de me jeter sur elle, de la soulever et de la plaquer contre le mur le plus proche pour qu'elle comprenne l'effet de dingue qu'elle me fait. J'aurais voulu la prendre dans cette chambre, dans ce lit pour satisfaire mon corps qui la désire comme un damné veut sa délivrance, faute à cette impression constante qu'il est en manque de quelque chose que pourtant il ne connait pas. Pas avec elle. Mais j'ai contrôlé ma pulsion. Difficilement et dans une souffrance pénible pour mon membre bandé.

Elle m'a mis un coup en plein dans ma vanité. À l'inverse des célibataires que je rencontre d'habitude, Livia ne m'a fait de rentre dedans. À aucun moment depuis que je suis entré avec Scott dans cette boutique, jusqu'à il y a une minute en sortant de sa salle de bains, elle ne m'a laissé penser que je l'intéressais. Je lui suis complètement indifférent et je dois dire que je suis un peu frustré. Beaucoup. Et je comprends mieux pourquoi mes deux potes n'arrivaient pas à lâcher l'affaire à Vegas.

Cette bombe est un aimant, je veux me coller à elle. Mais je n'oublie pas que nous sommes surveillés comme le lait sur le feu. Laura m'a prévenu : je ne dois pas me servir de sa sœur. Je ne tiens pas particulièrement à subir une ablation regrettable de mes testicules. Je n'ai pas pour projet d'avoir des enfants, mais le concept de la castration ne m'attire pas du tout. Toujours pas...

Même si je suis persuadé que la faire mienne une fois me soulagerait, que cela mettrait fin à ce trouble obsessionnel qu'elle a fait naître en moi, je refuse de m'abaisser à cette attitude avec elle.

Durant le dîner, alors que j'avais une énième érection plus dure que de la roche juste parce que je la voyais esquisser un demi-sourire, me je suis requestionné sur son orientation sexuelle. Aucune femme n'est aussi indifférente à mon charme d'habitude. Alors qu'elle, en particulier, soit plus froide qu'un glaçon, ça me retourne.

Vanité ...

Puis je me suis souvenu des paroles de Laura un peu plus tôt dans la journée. « Si un jour vous êtes tous les deux d'accord pour vous envoyer en l'air sans lendemain, je n'ai pas mon mot à dire. Mais ne te sers pas d'elle ». Livia n'est donc pas gay. Ce qui me laisse l'espoir que peut-être, un jour ... Non, il faut que j'oublie. Je bous dès que mes yeux se posent sur elle, mais je dois virer toutes les pensées qui nous impliquent elle et moi, nus, les corps en sueurs et bercés par des râles d'extase.

Cela aurait quand même été beaucoup plus facile si elle avait été lesbienne. Pour mon désir pour elle, mais plus encore pour mon orgueil qui supporte mal de se faire mettre sur le banc de touche. Une fois ma queue calmée est assoupie dans mon pantalon, je sors dans le couloir rejoindre Nick. Adossé au mur en face de la porte de Livia, il pianote sur son téléphone, activité favorite quand il a deux minutes. C'est le milieu de la journée à L.A, il doit discuter avec Jess. Ou ses frères, peut-être. Mon entrevue avec Livia n'a pas duré plus d'une dizaine de minutes, mais cela a au moins laissé un peu de temps à Nick pour gérer ses affaires personnelles.

— Sacrée nana que tu nous as dégotés là Hayden ! lance-t-il moqueur en me donnant un coup d'épaule amicale. Et Hardie avec ça ! Pas le genre de nanas que tu nous ramènes d'habitude.

— Je ne l'ai pas vraiment choisie Nick !

Pas vraiment ... ?

— Ça ne va pas être simple avec elle, poursuit-il plus sérieux. Elle ne pas faire sagement que ce qu'on lui ordonnera de faire, sûrement par esprit de contradiction en plus ! Tu l'as regardée ? Elle a l'air têtue comme une mule fière !

Bien sûr que je l'ai regardée, je ne fais que ça !

Je me frotte le visage et revois la scène de leur dispute, et celle qu'elle vient juste de me faire. Interlude sous tension. Elle ne se laisse pas démonter.

— T'as raison, soupiré-je mon visage dans mes deux mains. Il faudra aviser le moment venu, j'ai déjà eu cette conversation avec Laura. Mais si elle est aussi têtue que toi Nick, ça va être explosif entre vous !

Nucléaire.

— Ouais, bon, grommelle-t-il, si on attend là comme deux cons, c'est que ton charme fou est quand même parvenu à la convaincre ? Ou tu monte un siège pour surveiller qu'elle ne se barre pas ailleurs?

Si seulement c'était mon charme fou ... Je masse énergiquement ma nuque, lance un regard en direction de sa porte. Mon silence vaut vérité, il énonce presque choqué :

— Nooon ! Elle t'a rembarré toi aussi la petite ? Elle n'a pas sauté sur l'occasion de se coller à Hayden Miller ? Putain de merde Hayden, c'est ... ce n'est pas la première fois de ta vie que tu te fais lourder comme ça ? À toi aussi elle t'a tenu tête !

— Moins de joie putain !

— Mais c'est qui, cette nana ?! s'exclame mon ami en frappant ses genoux. Elle sort d'où ? Ah bin merde alors!

Il se bidonne à s'en tenir les côtes, c'est presque s'il ne rit pas aux larmes de mon désarroi. Il ne paie rien pour attendre ! Je vais me le faire dès qu'on rentre à L.A ! Entre Scott et sa blague sur mon « mari » et lui, je vais avoir de quoi m'entraîner à la boxe.

— Arrête de te foutre de ma gueule, sifflé-je vexé entre mes dents. Et je n'ai pas besoin qu'elle me tombe dans les bras, j'ai juste besoin qu'elle accepte ce qu'on doit faire, mens-je à moitié.

Pas qu'à moitié. Elle m'attire, c'est un fait avéré, y'a plus à y revenir. Et je ne suis pas certain de pouvoir supporter la situation sur la durée.

Un bruit de porte qui s'ouvre nous signale que Livia arrive. Elle s'est de nouveau changée et a enfilé en pantalon de jogging ample gris clair, la paire de chaussures blanches qu'elle portait cet après-midi, un t-shirt ivoire lui aussi ample qu'elle a noué sur son bas ventre ainsi qu'un gilet gris clair en grosses mailles. Et là encore, elle belle à en crever, bon Dieu ... je vais devenir fou.

— C'est bon, je suis prête ! nous avertit-elle déjà en marche. Allons-y.

Nick la rattrape pour la soulager de sa valise mais se ravise vite quand elle le foudroie d'un véritable regard de killeuse, toujours pas apeurée par la bête Nick Vega :

— Pas touche King Kong ! À cette heure-là je mords, je vous préviens ! Et puis, avec vos pattes d'ours, je n'aimerais pas que ma valise s'ouvre sous vos yeux et que vos tombiez nez à nez avec mon vibro préféré, ça ferait mauvais genre et c'est privé !

— Votre quoi ? s'étrangle mon pote qui vire cramoisi en moins de temps qu'il faut pour le dire, malgré sa peau mate.

Livia éclate de rire face à la mine déconfite de papa ours en voyant sa tronche hébétée, qui pourtant n'est pas coincé pour sou d'ordinaire, mais n'a pas l'habitude, justement, qu'une femme lui parle ainsi, encore moins dans le cadre de son job. Moi... je crois qu'un tremblement de terre s'est fait sentir, non ?

— Olala si vous aviez vu votre tête ! Je plaisante TermiChef, je n'ai pas de vibro, en revanche prévenez les bébés Termi, Madame Harley elle, elle a toute une panoplie de joujoux bizarres dans ses bagages entre ses sacs de luxe ! Faudrait voir à ne pas les traumatiser... ou à augmenter la prime de risque !

Nick Véga, ce grand type capable d'étrangler un homme à mains nues, de gérer des situations complexes et la sécurité de plusieurs personnes à la fois, ancien militaire, se trouve complètement déstabilisé par ce petit bout de femme sans filtre passées vingt-trois heures trente. Personne n'ose trop de frotter à lui, hormis Jessica et ses amis très proches. Et elle, là, en deux phrases, elle lui déconnecte la moitié des neurones. Et moi, elle me refait gonfler...terr

—Allez messieurs, ne faites pas ces têts de puceaux ! glousse-t-elle fièrement. Ça ne vous va pas du tout !

Je t'en foutrais moi, des puceaux ! Ma queue se dresse un peu plus.

— La fatigue a les mêmes effets que l'alcool sur vous mademoiselle Gardini, lui dit Nick en appelant l'ascenseur.

Madame ! Bordel de merde ...

Hayden ... Hayden ... vieux...

Moi aussi il faut que j'aille me coucher. Je ne suis plus dans mon état normal ...

***

Les routes étant pour ainsi dire désertes, nous mettons moins de vingt minutes pour rallier notre hôtel. Livia s'est rapidement assoupie, blottie contre la portière, à l'arrière. Elle n'a pas subi comme Scott et Laura il y a trois jours, et moi ce matin, le décalage horaire, mais toutes les émotions de sa journée ont dû l'épuisée tout autant. Je n'imagine pas l'ampleur du choc quand elle a réalisé que son mari était sous son nez.

Et que sa sœur savait.

Sitôt stationnés sommairement sur un emplacement réservé à la clientèle, un valet s'avance pour récupérer notre voiture. Il est tard, Nick peut déléguer cette tâche à un employé du palace. Nous sortons du véhicule sans faire de bruit.

— Hayden, tu la réveilles la miss Dragonne ? me demande-t-il à voix basse.

King Kong aurait-il peur de se faire attaquer ?

— Quoi ? Elle te faire peur ? souris-je frondeur.

— Elle serait bien capable de me sauter à la gorge, oui ! Et puis elle a des ongles ! Regarde ! Je n'ai pas signé pour ça moi ! Manquerait plus que je rentre à la maison avec des griffures de femme, tu imagines Jess ?

C'est vrai, des ongles naturels à première vue, une jolie manucure rose poudré, chic mais discrète, et féminine. Comme elle.

— T'es prêt à prendre des coups pour me défendre s'il le faut, mais pas à te faire érafler par une femme ? T'es pas croyable toi ! Je vais le porter. Prends son bagage.

Nick m'examine comme si je venais de trouver la formule de la téléportation.

— Ferme la bouche avant de gober une mouche et va appeler l'ascenseur s'il te plait, je râle à son attention.

— Tu veux que je la prenne ?

Alors là, il rêve. Hors de question qu'il pose ses mains sur elle !

Ça commence ...

— Non !

— Ok Boss...

Je sais ce qu'il pense, il a son regard suspicieux et je vais avoir droit à l'interrogatoire pointilleux. Je détache sa ceinture de sécurité puis passe délicatement, précautionneusement une main sous les genoux de Livia et une autre derrière son dos. Une fois certain que mes mains sont bien positionnées et qu'elle ne risque pas de basculer, je la soulève. D'instinct, elle passe ses mains derrière ma nuque puis vient poser sa tête sur mon épaule. Si près, je sens les effluves de son parfum et de son shampoing à la noix de coco. Bien stable sur mes deux jambes, je fais signe au groom qu'il peut fermer la portière derrière nous.

Je me mets en marche. Une l'évidence me frappe : Livia n'est absolument pas lourde ! Elle qui a pourtant soutenu à Laura que jamais elle ne rentrerait dans ses fringues, sous-entendant qu'elle était en surpoids, elle ne doit peser plus d'une soixantaine de kilos. Sous ma main droite, je sens que ses cuisses sont fermes, et à cette simple pensée, mon érection se réveille de nouveau. De toute façon, je crois que même si cette fille pesait vingt kilos de plus, elle m'exciterait tout autant. J'étais dur depuis cet après-midi alors qu'elle était cachée sous sa longue robe et que je n'avais aperçu qu'un décolleté, à peine le galbe de sa poitrine et un bout de soutien-gorge.

Merde j'ai quel âge pour penser avec ce genre de trucs !?

Bonne question.

Nick monte avec nous dans l'ascenseur, me scrutant toujours en coin avec son rictus narquois.

— Quoi Nick ?

— Oh rien.

— Tant mieux.

La cabine entame sa montée, je sens Livia bouger sa tête et venir la caler un peu plus dans mon cou. Ma peau est en feu à tous les points de contact entre nous. Je ressens le moindre de ses mouvements, le moindre de ses souffles qui caresse ma nuque et galvanise mon entrejambe. Tout m'électrise. Je n'ai qu'une envie, enfouir un peu plus mon nez dans ses cheveux, pour m'enivrer de leur odeur fruitée. La humer encore et encore. Mais Nick est là, il nous observe, et pas discrètement. Il m'observe. Analyser les comportements, c'est ce qu'il sait faire de mieux, et ce qui fait de lui l'un des meilleurs dans son domaine.

Arrivés à l'étage de Laura et Scott, nous cheminons côte à côte jusqu'à la suite des tourtereaux. Nick tape trois coups secs et quelques secondes plus tard, Laura nous ouvre mais juge mal la situation.

— Oh mon Dieu qu'est-ce que ...

Nick lui fait signe de baisser le volume avant qu'elle ne réveille mon précieux paquet et je m'avance pour rentrer dans la suite.

Précieux ?

Oui précieux, pour Laura. Il ne faut pas qu'il arrive quoi que ce soit à sa sœur, j'ai retenu la leçon, en bon élève que je suis. Je n'ai pas changé d'avis par rapport à mes parties génitales, j'y tiens, moi.

— Elle va bien Laura, elle s'est simplement endormie sur le trajet, la rassuré-je. Je ne voulais pas la réveiller.

— Oh... oh... c'est... c'est adorable de ta part Hayden.

Elle scrute Livia, puis moi, d'une manière étrange, comme si elle cherchait quelque chose. Je la suis lentement vers la chambre qu'elle m'indique, pour prolonger l'instant, puis vais déposer Livia sur le lit, tout aussi délicatement que lorsque je l'ai prise dans mes bras. Je suis surpris de me faire la réflexion que j'aurais tout aussi bien pu la garder avec moi, dans ma suite.

— Je viendrai la déshabiller tout à l'heure, annonce Laura posément.

Sitôt la porte de la chambre de la porte fermée, Scott lance l'interrogatoire :

— Comment est-elle rentrée à l'hôtel si vite sans argent ? Elle n'a quand même pas fait du stop ?

— Ne dis pas n'importe quoi ! Livia n'aurait jamais fait du stop, c'est trop dangereux, surtout pour elle ! s'insurge sa femme.

— Elle a pris le métro et a demandé deux euros à une troupe. C'est en tout cas ce qu'elle m'a raconté.

Laura sourit.

— Ça ne m'étonne pas d'elle, elle a de la ressource quand elle a une idée en tête. Dans quel état était-elle quand vous l'avez trouvée ? Et pour qu'elle accepte de venir ici, ça n'a pas été trop dur?

Je m'esclaffe en me frottant la barbe d'une main, la nuque de l'autre.

— Mis à part le fait qu'elle était gelée jusqu'à ma moelle, elle allait bien tu sais. Tu t'inquiètes un peu trop pour elle si tu veux mon avis. Elle ne voulait pas me suivre mais je ne serais pas revenu sans elle, comme tu me l'avais demandé. Nous l'avons raccompagnée à sa chambre et...laissé-je ma phrase en suspens.

— Et ? m'incite Scott. Et quoi ?

— J'ai un peu forcé le passage pour rentrer avec elle. Livia ne voulait rien entendre. C'est vraiment une tête de mule ta sœur Laura, je me range de ton côté pour ça. Préférer rester dans moins de vingt mètres carrés alors qu'il y a toute la place et le confort nécessaire ici, cela me dépasse, m'étonné-je en secouant la tête.

— Je te l'ai dit Hayden, et je te le redis, Livia a besoin de se sentir à sa place. Ici, ce n'est pas le cas. Moi je n'ai pas de complexe d'infériorité face à la richesse, je sais en profiter. Livia se déprécie bien trop malheureusement, alors elle fuit les situations malaisantes pour elle. Ici, c'en est une. Pour autant, elle n'est pas du genre à se laisser dicter sa conduite, vous l'avez vu. Il n'y a qu'à moi qu'elle ne refuse rien, ou presque ...

— On n'avait pas remarqué ! intervient Nick ironique. Mademoiselle Gardini est un requin.

MADAME !

— Et donc Hayden, comment l'as-tu convaincue ? s'enquiert Scott avec un sourire espiègle, je suis assez curieux de savoir comment tu t'y es pris.

— Le principal c'est qu'elle soit là non ? éludé-je. Mais rassurez-vous, Nick et moi ne l'avons pas kidnappée.

— Comment, Hayden ? insiste-t-il les yeux plissés.

— J'ai d'abord tenté de lui imposer de rentrer avec moi. Vous vous doutez bien qu'elle m'a envoyé paître, ris-je, et en grande pompe en plus ! Elle était sur le point d'aller se doucher. Alors je l'ai suivi dans sa salle de bains et je lui ai annoncé que je ne partirais pas sans elle, et qu'elle pouvait bien se laver si ça lui chantait, je resterais dans la pièce avec elle.

Ils me regardent tous abasourdis. Laura se crispe, son regard inquiet s'évade vers la porte de la chambre où sort Livia, mais elle reste muette.

— Elle m'a ensuite traité de star à tendance dominateur en incisant sur le fait qu'elle n'est pas une groupie à mon service, me souvins-je un peu trop nostalgique à mon goût.

Cette fille c'est vraiment quelque chose, pensé-je sans oser le leur dire de peur de me faire fusiller du regard par mes amis.

— Et donc ? marmonne Scott pressé.

— Finalement j'aurais dû commencer par la fin, le lui demander gentiment en lui expliquant pourquoi toi, Laura, tu la voulais ici.

Ok, Laura, et pas que.

— Elle t'a envoyé sur les roses ? TOI ? s'étrangle-t-elle soudain. Alors celle-là je ne l'aurais pas parié ! Nick oui, nous avons bien vu qu'elle n'avait pas l'air impressionnée cet après-midi, bien que je pense que la colère lui ait donné des ailes, mais toi, je veux dire ... Hayden Miller ! Ma petite sœur t'a envoyé promener ?! C'est à peine si elle osait te regarder à Vegas, et ce soir...

Ouais, pas la peine qu'ils en fassent tous tout un fromage, j'ai compris, j'ai eu une exclu ce soir!

— Et j'ai raté ce mémorable moment ! crois bon d'ajouter Nick, hilare.

— Merde moi aussi, lui adjoint Scott dans le même état.

— Oh c'est bon les gars, arrêtez de vous foutre de moi ! Quoi que vous disiez le résultat est là : c'est moi qui ai eu le dernier mot avec Livia. Contrairement à Nick ...

— Tu rêves mon pote ! rétorque Scott, toi tu ne te serais pas gêné pour te foutre de ma gueule !

Laura met fin à notre joute d'ados en agissant, elle, en adulte :

— Bon, il est très tard et je dois encore aller déshabiller ma sœur avant de me mettre moi-même au lit. Rejoignons-nous ici vers dix heures pour le petit-déjeuner. Je dois être au cabinet à midi, j'ai un rendez-vous avec un client américain. Livia a son train pour Aix-en-Provence à seize-heures et va devoir repasser chez elle avant de rejoindre Mila la gare. Ça nous laissera le temps de mettre les choses à plat. Nick, dit-elle ne se tournant vers l'intéressé, je tiens à ce que vous vous joignez à nous si vous le voulez bien. Vous aurez peut-être un point de vue très utile sur la sécurité et des conseils à donner à ma sœur.

— Je serai là Madame Hartley, répond-il en reprenant sa stature professionnelle.

— Laura, s'il vous plait Nick ! lève-t-elle les mains au plafond. Pitié, je vous l'ai déjà dit !

— Bien, bonne nous à tous, acquiesce-t-il en nous saluant de deux doigts.

Voilà. Plus qu'à prier pour que tout se passe bien.

***

Sous les jets d'eau de la douche, malgré ma fatigue cuisante, une certaine partie de mon anatomie semble vouloir faire des heures supp. Je pense encore à elle, à son corps chaud contre le mieux lorsque je l'ai portée, à l'odeur de ses cheveux, de son cou. Aux fourmillements qui m'ont traversé, aux frissons bouillants sur ma peau et à la douce animation qui a envahi mon bas ventre et mes reins.

Je ne sais pas pourquoi cette fille me fait un tel effet, pourquoi elle m'attire autant. Elle est belle, mais il y a autre chose. Dès que mon corps est à proximité du sien, il s'embrase littéralement. Nick a raison, elle ne ressemble pas aux autres femmes qui ont fait un passage dans ma vie. Ni à celles que j'ai pu ramener dans mon pieu juste pour une nuit.

Des femmes sûres d'elles, de leur charme, toujours apprêtées quelle que soit la situation, qui ne quittent probablement jamais leurs domiciles sans maquillage, et me sortent le grand jeu que même un aveugle dans le noir verrait. Ou des femmes plus subtiles mais dont les intentions sont toujours très claires pour moi. Alors pourquoi cette fille, qui ne fait rien pour me séduire et garde ses distances, me fait-elle cet effet de malade ? Certainement parce que je suis vraiment trop en manque.

En manque d'elle.

Comment peut-on être en carence de quelque chose auquel on n'a jamais goûté ?

Une autre explication s'expose à moi : je suis marié avec elle et contrarié de ne pas pouvoir la toucher. Et attendant, ma queue est encore au garde à vous journée et si je veux pourvoir dormir cette nuit, il va falloir que je me libère de toute cette tension que je trimballe depuis des semaines.

Terminant de me savonner, j'empoigne fermement mon membre d'une main, m'appuie sur la paroi carrelée de l'autre et mon poignet entame une danse vigoureuse : pas de besoin d'y aller en douceur ou de faire durer le plaisir, de toute façon, je dois me rendre à l'évidence, je suis abstinent depuis bien trop longtemps pour avoir la prétention de croire en mon endurance ce soir.

L'image de Livia s'impose de force à moi. Son décolleté, son sourire radieux, son regard mystérieux, sa bouche ensorceleuse, sa voix. Putain sa bouche ! La saveur que doivent avoir ses lèvres. Une bouche que j'imagine se poser sur maintes parties de mon corps. Ses magnifiques petits doigts manucurés dont chaque caresse embrasserait toutes les cellules de mon épiderme.

J'imagine ma propre bouche embrasser ses tempes, sa joue, son menton puis sa nuque gracile, jusqu'à la naissance de ses seins ronds. Deux monts dont je titillerais les mamelons dressés de mes dents pour la rendre folle. Puis ma langue léchant sa peau avidement, descendant toujours plus bas vers son sud, trésor de mon exploration, m'attardant autour de son nombril, ainsi que sur la peau fine à l'intérieur de ses cuisses, pour enfin pouvoir savourer le fruit défendu.

Je pose mon front contre la faïence fraîche sentant que l'explosion est imminente. Je presse ma verge plus fort, accélère les va-et-vient. Je suis tout proche. J'imagine poser mes lèvres sur la zone la plus sensible de sa féminité, aspirer son clitoris gonflé de son excitation. Je la goûterais jusqu'à plus faim et lui ferais crier mon nom en français. Il ne m'en faut pas plus pour déclencher mon orgasme. Je jouis dans un long râle en de longues giclées et mets une minute à me remettre de ces émotions fortes, de cette petite mort démente.

De toutes les femmes sur lesquelles j'aurais pu fantasmer pour m'aider à atteindre ce point culminant en solitaire, toutes les femmes dont je connais parfaitement les corps en détails, c'est sur elle que mon esprit à jeter son dévolu. Elle dont je n'ai pratiquement rien vu.

Séché, j'enfile un boxer et me précipite sur mon lit qui m'accueille à bras ouverts. Ma libido assouvie, ma tête et mon corps vont pouvoir passer à autre chose. Finalement, j'avais juste besoin d'évacuer ma tension sexuelle. Comme quoi, la masturbation a doublement du bon. Je devrais être tranquille un moment.

Ou pas ...

À plat sur le ventre, je ferme les yeux mais de nouvelles images s'imposent à moi sans que je ne les aie convoquées. Des souvenirs qui remontent à la surface tout à coup. Un rire d'étonnement m'échappe, alors qu'en fin de compte, c'est plutôt logique me connaissant. C'est pas vrai ! Je viens de comprendre, ou du moins, de me rappeler. De comprendre, oui. Je me lève d'un bon, tourne et vire à creuser le sol.

Voilà, tu vas pouvoir avancer...

— Putain, mais pourquoi j'ai bu autant, après ?

Qu'est-ce qui m'a pris ?? Bon, j'ai besoin de réfléchir.

Comme si ce n'était pas déjà fait ...

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