27- La voix du secret

6 minutes de lecture

Livia.

Ai-je bien fait d'accepter ?

Un peu tard pour cette question, non ?

J'ai ruminé cette question tout le long du trajet en RER pour rallier l'appartement que me loue le boulot. À force de trop y penser, je ne suis plus sûre de rien. Si, je ne sais plus comment m'en sortir. Tout est confus.

Avant Vegas, c'était simple. Il me suffisait d'avancer pas à pas, comme je le fais depuis des années. Une routine bien huilée pour un plan de vie millimétré ne laissant que très peu d'espace au dangereux hasard. À peine une tête d'aiguille. Une seule erreur et voilà où j'en suis ! Le grain de sable est devenu falaise en un temps record. Le divorce s'est éloigné à la vitesse de la lumière. Je le rattraperai, c'est l'histoire de trois ou quatre semaines, tout au plus. Qu'il ne croit pas que je vais l'oublier, je vais surtout compter les jours sur un calendrier.

Après ... bon sang non, c'est la plus grosse énormité de la Terre. Il vaudrait mieux tout arrêter de cette supercherie dès maintenant. Finalement, nous n'assumons rien du tout. On se cache derrière un plan tout ce qu'il y a de plus foireux. Je suis convaincue que ça ne va pas se passer comme prévu. Nous cherchons un moyen de nous protéger quitte à mentir à nos familles. Je comprends qu'Hayden veuille ménager sa carrière, qu'il ait travailler d'arracher pied pour se faire une place dans cette industrie, mais pour autant doit-on en arriver au mensonge de toute une vie ?

C'est l'hôpital qui se fout de la charité, encore.

Fais-moi grâce de tes remarques, soupiré-je à ma conscience.

Ne dit-on pas « faute avouée à moitié pardonnée » ?

Je suis certaine qu'il en faut tout un plat. Si nous divorçons aujourd'hui, il y aura inévitablement des retombées médiatiques, mais cela lui éviterait de truquer la vérité durant le restant de ses jours. J'en aurais bien discuté avec ma meilleure amie, mais le temps est venu de songer à notre relation. Pas immédiatement, ce soir, au calme.

Maintenant que je suis chez-moi, je me pose cinq minutes. Un thé vert Moroccan -aux épices et à la menthe- dans une main, mon compte en banque ouvert sur le PC, je scrute une à une mes dépenses, puis corrige un plan de villa, puis un autre... tous mes dossiers y passent.

Tout pour me sortir un peu cette fichue histoire de la tête.

Et ne plus penser à Hayden ...

***

Quinze heure trente-cinq. Mon train est à seize heures huit, je suis donc en avance, et connaissant Mila, elle ne doit pas être bien loin.

{ Je suis arrivée. Je vais au Hall 2 }

La réponse ne se fait pas attendre.

{J'y suis. Je t'ai pris un thé vert et un muffin à la myrtille

Mais ramène tes fesses, tu sais que je suis gourmande ?}

Oh oui elle est gourmande la Mila ! Mais elle, elle ne prend pas un gramme quoi qu'elle avale. Moi, je n'ai pas cette chance. Je traverse rapidement les halls et aperçois ma copine.

— Livia !

Elle me saute dessus, sans oublier mes trois bises aixoises. Elle me voit l'observer des pieds au buste, affiche une moue d'enfant prise la main dans le sac. Je lève les yeux au ciel, je l'aurais parié. Quand nous voyageons, elle porte toujours à peu de choses près la même tenue : un top noir épaules dénudées, son slim assorti, un blazer rouge et ses escarpins Nude. On la voit de loin, et pas qu'à cause de son veston. Mila est sublime, et solaire. Elle est le soleil de Provence, l'accent chantant du sud, la joie de vivre, la gentillesse ... et l'exubérance. Oui, une Laura, mais en brune méditerranéenne ! Rien de l'avoir à côté de moi, je me sens déjà chez-moi. Et ça me fait un bien fou.

— Allez ! Tu vas tout me raconter, décide-t-elle sans préambule. On a quatre heures pour discuter, je veux absolument tout savoir Livy ! Je suis trop excitée si tu savais bichette !

Excitée ? C'est le mot oui, c'est tout juste si elle ne fait pas de bonds. Elle a fumé un joint avec Antho ou quoi ?

C'est pourtant son état naturel ...

Presque. Mais il y a un « plus » que je n'identifie pas.

— Bin oui, oui ... enfin je ne comprends pas tout mais ok.

— Hey Livia ! Quelle bonne surprise de te retrouver ici !

Qui a dit que Paris est une grande ville déjà ? J'ai deux mots à lui dire ...

Je me retourne en direction de la voix accueillante et tombe à nez avec ... Ghost, Matt et Louis, les musiciens ambulants du métro qui m'ont dépannée hier soir.

— Oh Salut vous !

— Alors tu as pu rentrer à ton hôtel et échapper à ta sœur ? demande Matt.

Oups.

— C'est quoi cette histoire Livy ? Tu t'es disputée avec ta Laura ?

Mince Mince Mince ! Moi qui ne voulais tout passer sous silence... je peux balancer l'idée aux oubliettes. À ma mine déconfite, Matt comprend qu'il a gaffé.

— Désolé Livia.

Il s'avance vers Mila et se présente :

— Salut, moi c'est Matt, le beau gosse là c'est Louis et notre mannequin tout de blanc vêtu c'est Ghost, rit-il.

Mila hoche la tête, un maxi sourire appréciateur que je lui reconnais. Seigneur, c'est plus fort qu'elle !

Mais ça en dure pas. Elle pivote sur ses talons, les poings sur les hanches -une Laura, j'ai dit...

— Toi, tu me dois des explications jeune fille !

Je choisis de ne pas relever tout de suite, repoussant à plus tard l'interrogatoire du Commissaire Monténégro, et questionne la joyeuse et très talentueuse troupe :

— Qu'est-ce que vous faites ici ?

— Ma mère vient me voir tous les week-ends, nous explique Louis. Une vraie mère poule. Nous l'avons accompagnée jusqu'à son quai. On allait jouer quelque chose, tu te joins à nous ? Il y a le piano là-bas. Ce serait super sympa !

MERDE

MERDE

RE MERDE

De mieux en mieux ...

— Non mais Livia, mais de quoi il parle !?

Ses grands yeux noisette ne me quittent pas, exigeant une réponse.

— Ok, décidément, on a vraiment mis les pieds dans le plat visiblement. Pardon, s'excuse Ghost. Mais il n'y a rien de grave Livia non ? Allez viens, comme ça tu montres tes prouesses à ta copine! Vous avez le temps au moins ?

Non !

— Oh oui on a le temps ! Et je suis prête à rater mon train et rentrer à la nage pour comprendre de quoi vous parlez tous les quatre, et ce que celle-là me cache !

Ce n'est pas que je cache, c'est tout simplement que le karaoké, c'est notre truc à Laura et moi. Et Kate, qui également un beau brin de voix. Mais je n'en ai jamais fait avec Mila. Nous, on a nos soirées billards et bowling. Et puis je dois avouer qu'avec Kate et Laura, je n'ai pas honte, ni même devant des inconnus. Mila va me harceler si j'essaie de noyer le poisson géant. Alors ... autant qu'elle comprenne et qu'on passe à autre chose.

— Bon, c'est d'accord. Vous avez une idée ?

— Oui, un truc qu'on peut essayer en duet, propose Matt en lançant un clin d'œil à Mila. Nos timbres s'accordent, ça va le faire.

Il me chuchote un titre à l'oreille. Ah oui, quand même ! Il n'y va pas de mainmorte !

— Je pense qu'avec ta voix et la mienne, ça doit le faire. Tu la connais ?

— Parfaitement, j'ai une amie qui l'adore, mais le piano, c'est moi ! le devancé-je pour m'accaparer le tabouret laissant ma valise à ma copine.

— T'es sérieuse ? s'enquiert Louis les yeux mode « j'ai vu une licorne en or massif ».

Pour toute réponse, je positionne mes doigts sur les touches, mon pied gauche au-dessus de la pédale Forte.

— Minute ma coccinelle, tu vas faire ce que je pense que tu vas faire ?

— On va vite le savoir !

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