34 - Confusion

20 minutes de lecture

Livia.

      Il fallait que je m'éloigne de lui.

     Me montrer impassible face à lui quand il est -trop- près de moi est possible mais demande une concentration de tous les instants, pour contrôler chacun de mes gestes et ce traitre de corps à la dérive. Mais si en plus de m'allumer visuellement par son unique présence il embrase mes sens de ses mots dans des sensations grisantes, je suis foutue, moi ...

     Je ne suis pas une groupie.

     Je ne nourrirai pas son égo chagriné.

Mais on a faim !

     À quoi joue-t-il ? Je n'ai pas la réponse, mais je sais que sur son plateau de jeu, ses prunelles arrimées au miennes attisaient un désir incendiaire qui n'a pas sa place ici. Une chaleur irradiant l'intégralité de mon être, plus particulièrement mon bas ventre et l'intérieur de mes cuisses que je serrais pour me soulager. Mon excitation déplacée a grimpé à son paroxysme lorsqu'il m'a frôlée, puis touchée. Le simple contact entre sa main et mon poignet m'a provoquée une décharge capable d'alimenter en électricité dix villages congolais pendant un mois. De quoi faire concurrence à ENEDIS.

     Je deviens folle, mais Hayden est bien trop sexy pour que je reste de marbre, je ne peux pas lutter contre mes goûts, ni contre les collisions intimes que créent les pulsations de ma féminité quand il parle. Il ne devrait pas être là. Il ne devait pas être là.

     Il me faut un exorciste, peut-être plusieurs. Ou de me vider de toute mon énergie -de ce qu'il m'en reste là- ; de mon stress. De tout. Ce que j'ai fait hier m'avait paru suffisant pour me booster plusieurs jours, mais c'était avant que je ne décrète de venir à Londres. J'ai besoin d'évacuer cette tension qu'il a ravivé en moi, la frustration qui a pris possession de chacune de mes cellules. Vider entièrement mes batteries pour repartir à zéro.

     N'ayant aucun de mes défouloirs habituels sous la main, je vais devoir trouver autre chose. Je ne m'inquiète pas, il doit bien y avoir une salle de sport haut de gamme quelque part ici. D'abord, une douche, et j'ai aussi besoin d'un verre d'eau, et de sucre. N'importe quoi qui contient une dose massive de sucre.

      Je pars en quête d'un réfrigérateur quand j'entends une porte s'ouvrir suivi de la voix de Laura :

— Livy ?

— Mini-bar.

      Haut perchée sur ses talons, elle tient son manteau noir identique au mien sur un bras avec son sac à main Chanel qui contient sa maison, et sûrement celle de tous les clients de l'hôtel vu la taille de ce sac.

     Elle stagne à l'entrée de la pièce, n'osant pas s'avancer plus comme si j'allais la mordre d'une seconde à l'autre. Je ne peux pas lui en vouloir, deux semaines que je filtre ses appels, et ses messages. Qu'elle n'a comme réponse que mon silence rancunier. Si j'avais su avant être capable d'ignorer ma meilleure amie à ce point et de pouvoir lui dire non par-dessus le marché, je ne serais pas allée à Las Vegas ; pas dans la mouise.

— Bonjour Princesse.

     Deux mots et un sourire timide. Elle comprend que je ne la mordrai pas, ou pas tout de suite. Elle s'approche doucement, retire ses escarpins beiges à la semelle rouge puis me prend dans ses bras, dans un mouvement au ralenti. Trois secondes plus tard, les sanglots s'invitent à la fête.

— Tu m'as tellement manqué Livy ! souffle-t-elle dans mon cou. Je suis désolée, pardon pardon ...

     Bon, la discussion « Stop culpabilité » c'est pour tout de suite. Autant se débarrasser du bagage qui fâche.

— Tu m'as manquée aussi, et même si je rêve d'une douche, il faut que nous discutions. Après, on passe à autre chose, je ne veux plus m'attarder sur ce qui ne peut être changé.

— Bien sûr Honey.

— Mais d'abord, trouve-moi un truc sucré, je suis au bord de l'hypoglycémie.

— Tu es toujours fatiguée ? Mila nous a dit qu'elle te trouvait parfois abattue.

Elle me dévisage et m'examine de son regard soucieux des cheveux aux chevilles, inquiète. Ça commence ...

     Mila, je vais te ciseler la langue comme de la ciboulette ... je me note mentalement.

     Laura me tend une barre de céréales et un jus de fruits frais. Parfait !

— Mon traitement me fatigue à chaque fois, tu le sais. Rien de nouveau sous les tropiques.

— Tu en es où ? demande-t-elle en se servant un soda, faussement détachée.

— Presque au deux-tiers. Il me reste cinq semaines, ça devrait aller mieux ensuite. C'est juste un mauvais moment à passer.

— Tu devrais faire un bilan sanguin.

     Elle pose une paume sur mon front.

— Tu es chaude, Livy.

Oui, ça, c'est l'effet Hayden Miller.

— J'ai fait une prise de sang il y a quatre jours. Mon taux de fer et ma glycémie étaient un peu bas. Je prends des compléments alimentaires et des vitamines. Ça ira vite mieux, ne t'inquiète pas Princesse.

— Alors il faut que tu lèves le pied !

— Et j'ai peut-être besoin d'un tout petit peu plus de repos, dis-je en roulant des yeux. Je crois que l'adage « je n'ai plus vingt ans » s'adapte parfaitement à moi. Je vais m'en remettre.

     Nous nous asseyons côte à côte sur un sofa. Laura prend ma main dans la sienne.

— Livia, je ne t'en veux pas de ton silence tu sais, ce que j'ai...

— Arrête, tu m'as soufflé une idée stupide mais à ce que je sache, personne ne m'a kidnappée pour aller me marier de force, un couteau sous la carotide.

— Un peu quand même.

— Laura, je ne te le dirai qu'une seule fois : tu arrêtes de culpabiliser, OK ? J'ai plongé seule. J'ai dit oui. J'ai signé. Je ne savais pas ce que je faisais, mais je l'ai fait.

— J'ai tout fait pour ! s'insurge-t-elle. Je savais qu'avec Hayden, ce serait plus facile, avoue-t-elle. On parle depuis lui depuis des anné...

— Peu importe, je ne veux plus entendre d'excuses, c'est bien clair ? Je n'avais pas conscience de ce que je faisais, ni avec qui. Tu as pris une décision qui n'était pas la bonne, mais tu étais déjà sous l'emprise d'alcool ...

— J'étais moins ivre que toi Livy !

— Mais je m'en fiche Laura bon sang ! Tu as pris une mauvaise décision, ou du moins tu as un peu trop exploré une idée de merde, allons-y franchement et gaiment ! Quoi qu'il en soit, J'AI dit oui Laura, insisté-je.

— Je t'ai demandé de le faire ! J'ai profité que toi sois malléable !

— Mon corps allait suffisamment bien pour me porter jusqu'à là-bas. Ma raison a juste choisi le pire moment pour se mettre en veille.

— Tu n'as rien choisi, ta tête non-plus enfin Livia ! Je t'ai donné un anxiolytique ! Tu as oublié ?

— J'ai compris, oui ! Tu l'as écrit noir sur blanc, et j'ai failli faire une crise cardiaque, qu'est-ce que tu crois ?

— Alors pourquoi ...

— Je refuse que tu vives avec une culpabilité qui ne t'incombe pas, voilà tout, expliqué-je. JE suis venue à Vegas de mon plein gré alors que j'avais du boulot par-dessus la tête. J'aurais pu dire non. J'AI bu de l'alcool de mon plein gré, et JE n'ai pas respecté mes propres limites, quelle qu'en soit là aussi la raison. Et la cerise sur le fromage qui pue, JE me suis mariée avec un inconnu malheureusement pas si inconnu que ça.

— Baby...

J'AI fait tout cela Laura ! me levé-je en haussant le ton. MOI ! J'ai vingt-cinq ans, pas dix-sept ! Alors tu arrêtes de t'imputer cette responsabilité et de me materner comme tu le fais parce que c'est étouffant ! Ça ne changera clairement rien au problème.

— Mais je t'ai caché ... essaie-t-elle de s'enfoncer dans les entrailles d'une dispute que j'entends éviter.

     Elle m'énerve quand elle fait ça ! Elle me harcèle pour qu'on se voie et quand c'est le cas, au lieu de prendre ce que je lui offre, elle recule !?

— Tu m'as caché des faits dont j'aurais dû avoir connaissance plus tôt. Tu l'as fait à cause de ma pathologie. Mais encore une fois, ce sont mes peurs, à moi. Tu ne peux pas me demander de vivre et en même temps m'empêcher d'affronter la vie par moi-même Laura, punaise ! Sois cohérente un peu ! Tu manques de bon sens !

— Je le suis, cohérente.

— Non, déclaré-je la voix haut perché. Non Laura ! Tu me pousses et me retiens à la fois ! Tu me rabâches tout le temps que je ne vis pas alors c'est faux. Je fais simplement comme tout le monde, des choix de vie. Je fais certaines choses et refuse d'en faire d'autres, je ne vois pas où est le mal. J'ai un boulot, j'ai Mila, je t'ai toi. Je fais de mon mieux mais rien de ce que je fais n'est suffisant pour te prouver que ça va !

— La faute à qui ? Qui s'est expatriée pour que j'aille à Harvard ? Qui a menti en disant qu'elle allait mieux alors que les battements de son cœur se réduisaient jour après jour ? énumère-t-elle émue lançant ses mots comme des poignards de la voix de l'évidence. Qui me disait qu'elle allait bien alors que c'est tout juste si elle n'avait pas besoin d'un masque à oxygène pour ne pas s'évanouir ? Qui Livia ? Toi ! Comment veux-tu que je ne m'inquiète pas après tout ce qu'il t'est arrivé ! Et tu es tombée encore, j'ai cru que tu ne te relèverais pas ! Alors je t'interdis de me faire la morale parce que je t'aime et que je m'inquiète pour toi ! Tu as le droit de m'en vouloir pour Vegas, pour mes mensonges, y'a pas de problème, j'assumerai, je te l'ai dit, mais merde Livia, me reprocher de t'aimer et de vouloir m'assurer que jamais tu ne replonges dans tes spirales, c'est juste un immense non, tu as compris ?

    Elle finit à bout de souffle, retire un mouchoir du distributeur sur la table basse. Je prends bien conscience que les choses ne vont encore pas être aussi simples que je le voudrais. Elle vient d'appuyer sur l'interrupteur d'une pièce sombre dans ma tête et elle le sait. Son regard tourmenté ne me quitte pas. J'ai déjà cessé de respirer sous le poids de l'horreur à laquelle elle pense en même temps que moi.

     Je balaye mentalement le blizzard gelé qui venait s'enfouir en moi, mais aussi sa tirade d'un mouvement de main. Il sera toujours temps de régler mes comptes avec ma bonne conscience plus tard, quand je devrais m'avouer que je n'ai peut-être pas pensé à tout, en fin de compte, ou que j'ai vraiment merdé en étant si proche d'elle :

— Je suis là, aujourd'hui. J'ai eu mon BAC. J'ai fait des études. J'ai un boulot, une voiture, une vie. J'ai un toit sur la tête et même un crédit immo ! J'ai eu des hauts et des bas abyssaux, j'en conviens, mais je suis là, Laura. Je ne suis pas différente du reste de ce monde ! Alors en quoi tout cela n'est pas une vie ? Qu'est-ce qu'il te faut-il de plus ?

— Tu le sais très bien, me regarde-t-elle les yeux grands ouverts.

— À part que je vive aux États-Unis !!

     Je vois une lueur malicieuse dans ses yeux, je sais ce qu'elle va me dire et me blinde pour encaisser la sentence :

— Que tu vives pour toi, Livia.

Mes larmes refont couler les siennes. Mon cœur se tort des images du passé qui refont soudain surface et mes lèvres tremblent d'elles-mêmes. Je m'autorise une longue inspiration pour pouvoir lui répondre :

— Je vis ce que je veux vivre, point, dis-je fermement. J'aimerais que tu cesses de juger mes choix, Laura. J'aurais peut-être dû moins me brider parfois, mais après tout, il faut bien faire des choix, tu sais de quoi je parle. C'est à moi de vivre cette vie, pas à toi. Toi, tu as la tienne, tu la traces jour après jour en fonction de tes victoires, de tes peines, de tes échecs et de tes rêves. Chaque jour forge un peu le suivant, ainsi va la vie Laura ! Nos expériences nous moulent, c'est ainsi. Je n'oublierai jamais, ne me le demande pas... ne me demande pas d'oublier. C'est impossible. Laisse-moi mener ma barque à ma manière.

     J'essuie mes larmes de revers de mes mains et continue, la gorge grippée :

— C'est comme un tatouage ineffaçable, c'est en moi, comme inscrit dans mon ADN. JE ne VEUX pas lutter et TU ne PEUX pas lutter non plus contre le passé. Je n'ai pas besoin de regarder en arrière pour me souvenir. Je n'ai pas à avoir envie de me souvenir. Les souvenirs sont dans chaque chanson qui a une signification, chaque odeur qui rétablit une lumière en moi, chaque situation qui s'approche de trop près de mon histoire. Mon cœur se souvient, Laura, autant que ma tête.

— Livy, arrête.

— Mon corps se souvient. Et ce qu'il reste de mon âme se souvient, se souviendra. Ce sont MES blessures, MON histoire, MA vie, insisté-je pour que mes mots soient plus percutants que ma douleur.

— Je le sais...

— ...et malgré les déchirures sur les pages du triste roman de ma vie, je suis toujours là, et j'aimerais que tu respectes la manière dont je choisis de vivre le temps qu'il me reste. Cela dit, ton mail m'a permis de m'interroger et tu as raison sur quelque chose.

— Laquelle ? relève-t-elle les yeux vers moi.

— Je dois profiter du calme avant qu'il s'en aille et profiter ! Carpe Diem.

— ALLELUIA SEIGNEUR ! crie-t-elle en levant les bras vers le ciel.

     Elle me saute dessus, toute tristesse dissoute.

— Et ça commence ce soir. Tu vas voir que je sais aussi vivre selon tes critères. Tu seras moins sur mon dos après, on est bien d'accord ?

Ça, c'était de trop...

     Elle fronce les sourcils, suspicieuse, la bouche pincée. Merde. C'était un peu trop facile, non ?

— Hop hop hop, attends attends Livy Baby, comment ça je serai moins sur ton dos ? C'est quoi ton projet là ?

     J'ai peut-être sous-estimé son intelligence cette fois ...

— Non mais rien, essayé-je de rattraper de dérapage, tu avais raison je vais me lâcher un peu plus. Je veux simplement dire que tu arrêteras de t'inquiéter à tout bout de champ et de me traiter comme une enfant de huit ans incapable de s'occuper d'elle ! Et ce n'est pas une idée dans ma tête ou une demande Laura, c'est un ordre absolu : tu vas vivre ta vie avec ton mari et m'oubl...

— Humm humm, marmonne ma meilleure amie en croisant les bras sur sa poitrine et secouant vivement sa tête.

— Laura, nous sommes peut-être un peu trop ... comment dire ... fusionnelles.

     Je marche sur des œufs, danger.

Tu vas faire une belle omelette pleine de coquilles.

— Olala minute papillon ! Livia non ! Non et non ! Ne t'aventure pas sur ce sentier Baby, c'est non! fait-elle de son index. Mais bien essayé Baby, admet-elle.

— Si ! Tu vas un peu plus te consacrer à ton mari et un peu mois à ta meill...

Cinq, quatre, trois, deux, un...

— À MA SŒUR ! LIVIA MERDE ! TU ES MA SŒUR ! MA SŒUR BIEN TETUE ET BIEN CHIANTE ! LACHE L'AFFAIRE !

     Elle hurle en gesticulant comme un épileptique en pleine crise. Je ne l'avais jamais vue se mettre dans un état pareil ; enfin à cause de moi ...

— Kate aussi et je ne crois pas pas que tu te sois mis en tête de lui trouver un mari ! rétorqué-je moi aussi en levant la voix.

     Voilà, c'est dit ! Ça fait du bien. Quoi, que, autant en profiter pour vider mon sac :

— Et merci pour le mari au passage, putain Laura !

— Je croyais qu'on avait dépassé ça ? réplique-t-elle ahurie.

— C'est le cas, je voulais juste que ça sorte ! je grogne en me rasseyant sur le canapé, ma tête entre mes mains.

— Qu'est-ce que tu as contre Hayden au juste ? Je ne comprends pas. Tu es une de ses fans, tu aimes ce qu'il fait, alors honnêtement, je ne comprends pas. Et ne me parle pas de physique ou de votre différence d'âge ! me prévient-elle. C'est dans ta tête !

      Non mais dites-moi que je rêve ! Ce type traverse la moitié du globe pour me filer au train, me pousse dans mes retranchements, agit limite comme s'il avait un droit quelconque sur ma personne. Et elle me pose la question ?

— Mais qu'est-ce que vous avez tous à penser que j'ai un problème avec lui ?

     Je n'ai pas de problème spécifique ! Si ce n'est que c'est ... heu ... lui ?

Arrête ton cirque !

     Hormis qu'il est beaucoup trop beau et magnétique pour être humain quoi. Un tombeur de petites culottes au regard de braise !

     Qui te redonne des envies de baises, Livia.

— Punaise Laura, ne joue pas les idiotes ! m'indigné-je.

— Qui joue ici Livy ?

— Stop, tu as très bien compris ! Un type normal, inconnu, sans penchant dominateur, sans une équipe de Terminators à son service avec un King Kong comme Général des troupes ! Un homme sans au moins la moitié des femmes de la planète, et probablement des hommes aussi d'ailleurs puisqu'on y est, qui fantasment sur lui et aspirent à passer dans son lit ou de lui tailler une pipe magistrale sur simple demande ou claquement de doigts de sa part, voire un petit sifflement, c'était trop demander ? Tu n'avais pas ça en stock à Vegas ? Sérieux ? À quel putain de moment plein de licornes roses fluos tu t'es dit qu'il était mon genre de mec même pour une semaine ? À moi ? Tu es devenue aveugle ou quoi ?! Ah vraiment, merci ! terminé-je ma tirade en fulminant dans un coussin jaune.

     Non, je ne fais pas partie de cette partie de la population ...

    Chute la voix, ne dis rien.

     Ses yeux clignotent « menteuse ». Ouais, bah j'ai tenté ... mais je ne mens pas sur toute la ligne non plus ! Je suis discrète, il est célèbre !

—Tu veux dire le type d'homme canon à se damner, sexy, riche, talentueux et adulé par des millions de personnes ? C'est de ce genre d'homme que tu me reproches d'avoir choisi pour toi Livy ?

— Voilà -seigneur elle a compris ! Exactement ! Pourquoi tu as fait ça ? Je ne suis pas toi Princesse ! Je ne sors avec personne, alors me marier avec un acteur !? Tu as l'impression que je vis un conte de fée comme dans une romance à l'eau de rose, là ? J'ai l'air heureuse d'être bloquée avec lui et de devoir affronter un divorce, public en plus ?!

— Je ...

— ...regarde-moi ! Et puis j'aurais même été moins emmerdée avec une nana ! Pourquoi tu l'as choisi lui !?

— Mais c'est ton ido...

— Une nana ? résonnent deux voix masculines en chœur.

     Non d'un nain de jardin psychopathe, ce bien ma veine, manquaient plus que Laurel et Hardy dans mon cauchemar !

     C'est bien eux, Scott et Hayden ... mais pas que. King-Kong est accompagné par une jeune femme radieuse qui doit avoir une petite trentaine, pas plus. TerminaChef la tient par les épaules, amoureusement -et posséssivement. Ainsi Nick a un cœur caché sous la masse de muscles et de grognements. Il retient un fou rire de passer la barrière de sa bouche. Sa compagne semble tout aussi abasourdie que Scott et Hayden.

     Fait chier !

     Bon en même temps, pas de quoi avoir honte de ce que je viens de dire, non ? Je suis ce que je suis.

— Pourquoi vous la regardez comme ça ? questionne Laura nos deux éberlués en chef. C'est quoi votre problème ?

     Les yeux surpris d'Hayden me scrutent, s'écarquillent. Il vient de comprendre quelque chose, et je viens moi-même de découvrir comment je vais pouvoir le tenir plus facilement à distance ! Chouette!

Ou pas.

— À moi, rien du tout, se défend Scott en levant les mains en signe d'apaisement.

— Et toi Hayden ? assène ma meilleure amie en mode bulldog hargneux.

     J'ai l'impression de voir une ampoule s'allumer en lui. Je lui offre un sourire endiablé, lui confirmant que ce qu'il pense à cet instant précis est une possibilité quasi-certaine. Je me mords l'intérieur de la joue pour ne pas éclater de rire, ma crédibilité exploserait comme un ballon sur un cactus. Bon sang, sa tête vaut vraiment le détour ! C'est excellent ... et il va stopper son petit jeu !

Vilaine Livia !

— Non, non aucun.

     Bah voyons ... sa vanité doit être en pleine hémorragie, rampant vers le tombeau de ses espérances orgueilleuses. Mon regard se reporte sur la jeune femme brune pour ne pas oxygéner la combustion dans on tanga. Là je réalise tout à coup que la madame King Kong n'est sûrement pas au courant de notre situation. Enfin mieux vaut pour Miller qu'il n'ait pas répandu l'info autour de lui. Nous étions d'accord à Paris : ne rien ébruiter, c'est même lui qui me l'a rappelé !

     Il risquerait d'avoir des problèmes d'érection plut tôt que prévu, et sans implication de sa prostate...

— Livia, je vous présente ma compagne, Jessica Alvez, énonce Nick pour briser ce moment merveilleux à marquer d'une pierre blanche.

Parle pour toi !

     J'aurais dû prendre une photo souvenir d'Hayden ! Son visage est totalement figé d'étonnement.

     Jessica s'approche de moi, sourire expressif aux lèvres. Nous faisons presque la même taille, elle doit peut-être faire deux ou trois centimètres de plus que moi. Une peau halée, de très longs cheveux châtains et de grands yeux noisette. Je dirais qu'elle a sans doute des origines cubaines ou mexicaine. Habillée d'un jean slim bleu clair, d'un top noir, un long manteau blanc et des escarpins assortis, King Kong n'est pas aussi sophistiqué !

— Enchantée Livia, dit-elle en me tendant la main, vous avez l'air d'avoir un sacré tempérament d'après ce que Nick m'a raconté. Et ce que je viens de voir, je suis sûre que nous allons très bien nous entendre !

     Elle a l'air vraiment sincère et son sourire franc inspire la confiance, identique à celui de Mila.

— Ravie aussi Jessica. Et qu'est-ce que Nick vous a raconté au juste ? questionné-je en sondant l'intéressé.

— Que de gentilles choses, ne vous inquiétez pas ma belle. Mon King King est caractériel mais pas méchant vous savez, ajoute-t-elle en me faisant un clin d'œil.

— Cariña...

— Oh c'est bon ! Pour une fois qu'une autre nana vous tient tête les machos, vous n'allez pas jouer les rabat-joie quand même ! Vous êtes donc vous aussi une McAlleigh, ajoute-t-elle. J'ai rencontré Kate la semaine dernière chez Scotty et Laura. Une femme très sympathique et extrêmement intelligente. Vous êtes aussi belles les unes que les autres dans cette famille ! C'est hallucinant !

— C'est très gentil Jess, la remercie Laura. Livia est ma sœur, mais en Europe son nom d'usage est Gardini, pas McAlleigh.

     Ma double identité entre la France et les USA l'a toujours amusée, et c'est encore le cas maintenant, alors qu'elle me donne un coup de coude attendant ma réaction qui ne vient pas.

— Mais cela ne te gêne pas Honey qu'on t'appelle McAlleigh ici, n'est-pas ?

     Non y'a pire maintenant, c'est sûr, j'ai de quoi relativiser pour des siècles.

Jamais contente.

— Non. Livia McAlleigh me convient aussi, surtout si nous sommes amenées à nous revoir à Los Angeles.

— Super ! Alors, dites-moi tout, quémande-elle en nous scrutant les uns après les autres -son méga-homme compris. Je sais bien qu'il se passe quelque chose ici. Non pas que je ne sois pas hyper contente d'être à Londres, je suis excitée comme une puce un jour de buffet, mais il se passe quelque chose et je veux savoir ce que c'est. Tout de suite. Les casse-pieds n'ont rien voulu me dire, mais ça sent le gros secret à plein nez. Qu'est-ce que je ne sais pas ?

     Ouf. Donc, elle ne sait pas. Vite, trouver un truc.

     Laura, soudainement devenue réservée et penaude, a arrêté de respirer. Scott me fixe en se pinçant les lèvres, sûrement pour éviter de se trahir en ouvrant la bouche qui laisserait sortir une énormité plus grosse que ce mariage ridicule. Nick se gratte les joues et Hayden me guigne encore avec un intérêt non dissimulé, et un amusement dans son rictus. Mais personne ne parle. Ils sont là depuis quand au fait ?

      Jessica semble entendre ma question silencieuse :

— Nous sommes tous là depuis votre laïus sur un certain type d'homme que vous aurait, si j'ai compris, choisi Laura à Las Vegas. Magique l'image de la star à qui la moitié de la planète veut tailler une pipe au passage, rit-elle j'ai beaucoup aimé. Je la garde celle-là si vous voulez bien. Enfin, ce n'est pas une pratique qui a l'air de vous intéresser alor ...

       Oh punaise, ça y est. Elle me regarde, se tourne vers Hayden, puis Nick, à plusieurs reprises. Elle ouvre sa bouche carmin puis la referme, mais aucun son ne sort. Voilà, nous sommes grillés...

— Oh Dios mios ! Hayden ... Tu ? Vous deux ? Oui ? Nonnn !! lâche-elle hilare en se tapant dans les mains. Ne me dites pas que ? Mais si ! Vous deux ? Oh merde Hayden ! C'est énorme ! Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Cariño ? Toi avec elle ? Madre de Dios ! C'est fantastique ! Comment ? Attends ... Oh mais oui, Vegas ? pense-t-elle comprendre.

     Elle s'anime sans se départir de son rire chantant.

Lui et moi, Enorme, oui !

     Je fais un léger signe de non de la tête à l'attention d'Hayden pour qu'il ne confirme pas et trouve autre chose à dire à son amie, mais vous pensez bien que cette sale tête de mule qui a l'esprit de contradiction aussi grand que la porte d'Aix et La Place de la concorde réunies n'en tient pas compte. C'est qu'il a tout l'air d'aimer me mettre en colère, lui !

—Jessica Alvez, Livia Miller, ma femme, est tout ce qu'il trouve opportun de lui répliquer, comme pour nous présenter de nouveau.

     JE.VAIS.LE BUTER, c'est ce que je pense et exactement ce que mes yeux lui expriment pendant qu'ils le mitraillent. Il est sado-maso ou suicidaire ?

— Je ne suis pas votre femme ! Faut vous faire soigner ! maugrée-je en retour.

     Jessica nous considère plus ahurie encore. C'est à peu près la tête que ferait Mila si elle m'entendait parler comme ça à Hayden Miller.

— C'est ... woaw Hayden ! Mais vous n'êtes même pas ensemble pourtant apparemment !

— Alors là sûrement pas ! m'exclamé-je en en me raidissant. On peut dire que sur cet exercice, ma meilleure amie n'a pas compris l'énoncé ! Zéro pointé !

— Quoi mais ...mince, vous auriez fait un beau couple pourtant, vous allez vraiment bien ensemble tous les deux ! Vous êtes certains que ...

     Elle se fout de moi ? Achevez-moi SVP. Indisposée, je secoue ma tête de droite à gauche et me frotte les yeux des paumes de mes mains. J'ai faim, j'ai mal au ventre, je veux partir. Mais elle m'a en quelque sorte tendu une perche que je saisis au vol :

— Eh bien promis Jessica, la coupé-je pour ne pas subir la suite de ses opinions qui fusent, si un jour je me découvre un sosie, je la présenterai à Hayden.

— Livia ... grogne Hayden qui va bientôt se transformer en Hulk vu comme il n'est pas content de ma repartie.

      Grognement qui se répercute directement entre mes jambes.

      Partir. Maintenant. Mais lui clouer le bec avant. 

— Bon, je vous laisse expliquer « la bonne blague » à Jessica dans les grandes lignes, moi, je vais me doucher !

      Quitter cette pièce, plus vite...

     Scott m'attrape au passage et me ramène contre lui, dans ses bras pour un câlin...qui me fait un bien fou, c'est dingue. Il dépose deux baisers sur crâne avant de me chuchoter, railleur :

— Tu es une vilaine fille Livy ... je sais ce que tu fais. Mais je ne m'en mêlerai pas même si je pense sincèrement que Jess n'est pas dans le faux. Tu as ma parole

      Je me libère de notre étreinte et pour toute réponse, lui lance un clin d'œil et baiser avec mon index et mon majeur. Quant à Hayden, mes yeux lui adressent des éclairs, promesse d'une vengeance cinglante, tandis que ces deux mêmes doigts miment une paire de ciseaux.

      Oh oui, une vilaine fille ...

Très très vilaine ...

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