39- Amis et pot aux roses. Partie I

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Hayden.

     Heureusement que Nick, toujours aux aguets, a perçu ma détresse -et mon agacement grandissant- à tenter de me débarrasser poliment des trois sangsues et est venu me sortir de là. De manière moins civilisée que moi néanmoins, mais passons, chacun ses méthodes. Enfin le résultat est là : elles ont déguerpi ... sans moi.

     Je n'ai même pas pu compter sur ma femme ! Un comble qu'elle me laisse dans cette situation, non ? La diablesse m'a planté là au lieu de m'aider !

Parce qu'elle ne pensait pas que tu avais besoin.

     Elle semblait même croire que j'allais répondre positivement aux avances des trois pots de glue.

     Je vous laisse gérer votre agenda coïtal, m'a lancé la petite saleté avant de foutre le camp ! Qu'est-ce qu'elle n'intègre pas dans l'information « je suis marié » et avec elle ! En plus si Laura me voit avec une autre femme, Livia n'aura pas à mettre sa promesse à exécution, sa sœur se chargera de moi avant elle.

     Mon garde du corps m'escorte jusqu'à notre table. Je me laisse lourdement choir dans mon fauteuil. Une ébullition est déjà en cours dans le club. Ça ne prend jamais longtemps pour que Scott et moi soyons repérés. Je suppose que fouler la piste a grandement contribué à annoncer notre présence. Je tape sur l'épaule de Nick :

— Merci mon vieux. Je ne savais plus quoi faire sans sortir de mes gonds.

— À ton service. Comme quoi ce n'est pas ta femme qui a besoin d'un garde du corps.

— Ma femme qui m'a lâchement abandonné à mon sort tu veux dire ? Avec les trois nanas en chaleur ? C'est d'elle que tu me parles Nick ?

     Question rhétorique évidemment. Je ne suis pas polygame.

— Alors p'tit frère ! ta réputation te précède apparemment ... raille Jordan.

— Elle me prend vraiment pour un Serial Lover tu crois ?

— Lover je ne sais pas, mais Baiseur, c'est possible mon grand. Ou alors elle n'en a simplement strictement rien à faire de ce qu'il se passe dans ton lit !

     Nick se marre lui aussi et Scott, qui est arrivé il y a moins de trente secondes et prend la conversation en cours de route, comprend de quoi nous discutons.

— Mais il ne se passe rien dans mon lit ! m'emporté-je. Putain je suis marié ! On est mariés Jordy!

     En disant cela, je regarde Livia et Laura sur la piste, en plein slow sur un morceau qui n'en est pas. Laura caresse les cheveux de sa sœur. Personne ne peut nier que Laura aime Livia d'un amour profond, inébranlable, peut-être même plus maternel que fraternel.

— Vous allez divorcer Hayden, c'est surtout cela qu'il faut retenir et que Livia elle, garde en tête. Mais je comprends aussi ton point de vue. Tu ne peux pas risquer d'être traité de mari adultère par une conquête que tu aurais eu durant ton union quand tu annonceras ton divorce. Ça ferait les choux gras de la presse et vous auriez fait tout ça pour rien Livia et toi.

— Je ne l'oublie pas ! Qu'est-ce que tu crois ?

     Je n'ai juste pas que ça en tête.

— Je sais, attends. Laisser l'eau couler sous les ponts entre ton mariage et ton divorce pour préserver ta carrière et ton image est une excellente stratégie, mais si une femme vient à dire qu'elle a eu une aventure avec toi, ou que la presse ressort des clichés de toi pouvant mettre à mal ta fidélité, ta crédibilité entant qu'homme prendra un coup avec toutes les conséquences qui en découleront. Tu devrais encore le rappeler à Livia. Votre ruse ne doit pas être mise à mal à la première occasion. Vous devez un minimum vous soutenir l'un l'autre en public. On ne vous demande pas de vous rouler des pelles pour crédibiliser, mais gardez en tête que si vous ne simulez pas au moins un semblant de complicité public, vous passerez aux yeux de ceux que vous aurez croisés comme un couple libertin. Ou personne ne croira à votre histoire et le résultat sera sensiblement le même. Et les nanas qui te collaient tout à l'heure quand Livia t'a laissé à « leurs bons soins », dit-il en mimant les guillemets, en sont un bon exemple Hayden.

— Évidemment que nous n'allons pas nous embrasser en public ! C'est hors de question !

     La voix de Livia retentit derrière nous. Elle s'assied sur le canapé en face de nous, puis Laura sur Scott et Jess sur son King Kong.

— Je prends le train en marche mais tu as raison Jordan. Je veux bien mieux jouer la comédie et aider Hayden à se débarrasser des groupies encombrantes quand cela devient nécessaire si cela m'évite de passer pour une libertine ou une fille volage. Donc si une telle situation se reproduit Hayden, promis, je jouerai à la bodyguard pour vous, pouffe la peste en m'envoyant un clin d'œil.

     Putain mais elle le tutoie alors que moi elle continue de me vouvoyer ! Elle se fout de moi là ! Oui clairement là, de toute façon avec son idée de bodyguard, elle se fout ouvertement de moi la garce ! Et ça m'excite, c'est pitoyable ...

— Jordan a raison Baby. Vous devez paraître amis aux yeux de ceux qui ne sont pas dans la confidence. Pour toi Hayden, cela ne devrait pas être compliqué puisque tu es comédien, tu n'as qu'à user de tes talents et vu les enjeux, ma sœur devra faire un effort aussi, n'est-ce pas Livy ?

     C'est plus un ordre qu'une question tant Laura fronce les sourcils.

— Et puis même divorcés, vous serez amenés à vous revoir, additionne -t-elle à notre attention à tous les deux.

— Oui, j'ai bien compris. Je ne suis pas stupide non plus ! Mais après le divorce Hayden sera aux yeux du monde officiellement mon ex-mari. On va devoir s'étriper en public jusqu'à la fin de nos jours ? Non pas que cela me dérange ceci-dit, lance-t-elle croisant ses doigts un grand sourire aux lèvres.

     Non mais ... Elle ... je vais .... ARGHH, cette fille me rend complètement cinglé, elle aura ma peau putain !

C'est déjà le cas.

—Livy baby ne t'emballe pas trop vite, tu n'as le droit d'étriper personne ! Ce n'est pas dans le script.

— Fouuuu ... roule-t-elle excessivement des yeux en basculant la tête en arrière, les bras croisés. Mais j'ai pris perpétuité en fait ce soir-là et ce n'est même pas drôle !

     Elle tire la langue à sa sœur, termine un martini blanc et annonce qu'elle rentre.

— Je rentre avec toi ! Je suis crevée.

     Jess se lève. Laura suit le mouvement. Après concertation, nous sommes tous d'accord pour rentrer nous coucher.

     Je paie les consos à l'hôtesse. Nous nous levons, j'attends volontairement que Livia passe devant moi pour la retenir par le poignet. Elle se tend à mon contact, surprise, mais ne me rejette pas et m'interroge silencieusement du regard. Ma peau frémit, mon membre reprend du service sans sommation. C'en devient insupportable. Je suis sans doute encore bon pour un main à queue solitaire sous la douche tout à l'heure.

— Je n'ai pas envie de faire semblant d'être ton ami Livia, je veux que nous soyons amis. Nous sommes partis sur de mauvaises bases et même s'il semble que nous prenions plaisir à nous affronter, je sais que tu ne me hais pas. Peu importe notre situation maritale, notre mariage ou notre divorce, nous pouvons être amis. Et je ne te fais pas cette proposition parce que les autres nous le conseillent, ni parce que ta sœur a épousé mon meilleur ami, mais parce que j'en ai envie Livia. J'ai envie de te connaître et Laura a aussi raison, notre divorce ne sera pas la fin de nos relations.

     Mon regard toujours aimanté dans la beauté de ses yeux turquoise et or, je la sonde jusqu'à me perdre totalement dans ses iris. Je comprends les hommes qui la veulent, plains ceux qui détournent leurs yeux de cette femme divine et jalouse ces femmes qui elles, doivent pouvoir la toucher vraiment, sans concession. Sans qu'elle le sache, elle aura ma peau. Alors qu'elle ne fait rien d'autre que d'être là. Son parfum est une torture tant il me donne envie de la goûter. Ses lèvres sont un appel à un baiser tout sauf chaste, je résiste à la tentation qui me pousse à céder.

     Elle parait réfléchir un moment, puis opine. Je fonds, je voudrais l'embrasser, là, maintenant, et peu importe que nous soyons en public, peu importe que l'on nous voie. Je lui tends ma main droite.

— Amis ?

    Elle acquiesce un sourire timide sur sa bouche, en se mordant légèrement la lèvre inférieure. Bordel de merde, elle ne peut pas faire un truc pareil devant un hétéro ! Elle accepte ma poignée de main et scelle notre accord :

— Amis. Mais je n'oublie pas pour autant ma promesse Hayden, ce serait bien trop facile !

— Je n'en attends pas moi de toi, Livia.

     Je fais un pas vers elle, supprimant définitivement la distance qui nous sépare et lui dépose doucement un baiser sur le front espérant qu'elle ne me rejette pas. C'est tout ce que je m'autorise, mais c'est déjà tellement énorme pour mon corps.

     Je reçois une décharge de dix mille voltes rien qu'en humant profondément l'odeur de noix de coco dans ses cheveux. Sa peau est douce, chaude. Je veux plus, mais je n'aurai sûrement jamais plus. Alors je vais devoir me contenter de ce genre de baisers chastes et prier pour ne jamais la voir embrasser quelqu'un sous mon nez. Je ne le supporterai pas.

     Mon baiser dure quelques secondes et je suis surpris, agréablement, lorsque les mains de Livia viennent se poser sur mon torse. C'est fugace, mais une seconde absolument magique pour mes sens. Ma peau est en feu à l'endroit où elle m'a touché, alors que le tissu de ma chemise sépare sa peau de la mienne. Elle retire rapidement ses paumes comme si elle pensait avoir fait quelque chose de déplacé. Je la libère à contrecœur ne pouvant la garder contre moi indéfiniment.

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