41- Orgueil et vérités

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Hayden.

— Qu'est-ce que tu veux que je te réponde en fait Hayden ? Tu as vraiment un gros problème d'orgueil tu le sais ça ? Ta fierté en a pris un coup, tu ne supportes pas qu'une femme ne soit pas sous ton charme hein ?

     Elle joue les impertinentes, mais je vois clair dans son jeu maintenant. Elle ne répond pas à ma question pourtant très simple, mais continue au contraire sur sa lancé qui me fait gonfler contre elle:

— C'est trop dur à vivre hein Hayden ? C'est ça, Hollywood ? J'ai tapé dans le mille ! Ta petite fierté joue la boudeuse comme un enfant de cinq ans qui n'a pas eu son jouet favori à l'école. Pauvre chou! 

     J'ai peut-être une fierté, mais si elle croit que c'est le problème, elle est très loin du compte. Pourtant elle a bien senti le signe de mon désir, tout comme je sens sa poitrine monter et descendre au rythme de sa respiration hachée. Tout comme je vois la réaction de sa peau quand je murmure à son oreille, les nuées de frisson, son corps qui se tend plus vers moi sans qu'elle ne s'en rende compte pour accentuer notre contact.

     Elle peut dire ce qu'elle veut, son corps ne ment pas. Et le mien lui hurle quelque chose qu'elle n'entend pas. Laura et Scott ont raison, elle ne voit pas l'évidence : elle est sublime et elle m'attire comme un malade. Je ne suis pas loin de perdre ce qu'il me reste de self-control, mais jamais je  n'embrasserai une femme sans être certain que c'est ce qu'elle veut. Moi, je le veux.

— Tu n'as pas répondu Livia. Réponds à ma putain de question, même si tu sais Trésor, maintenant, je connais la réponse...

     Oh oui je l'ai ma réponse. Tout en elle le hurle au porte-voix. Je ne suis qu'à quelques millimètres de ses lèvres. Un peu plus et je pourrais la goûter vraiment.

— Dis-le moi Livia, dis-moi que ma femme, mon épouse, est Lesbienne. Dis-moi que tu n'es absolument pas attirée par moi, que mon corps contre le tient n'est pas responsable de ta chair de poule, ni de tes petits soupirs, et je jure que je te lâcherai. Dis-moi que j'ai tort de penser que tu me prends pour un con. Dis-moi que j'ai tort de croire que tu n'es pas insensible à ma bouche qui frôle la tienne. Moi je vais t'avouer quelque chose Trésor, tu as tort de croire qu'il ne s'agit que d'une histoire de fierté masculine surdimensionnée. Ce n'est pas ça... Alors Livia, vais-je devoir te punir, ou tu te décides à me dire la vérité ?Je retourne plonger mon regard dans son océan.

— Quoi que je dise Hayden, tu vas devoir me lâcher, c'est une certitude. Tu ne pourras pas rester dans cette position indéfiniment et je suis une fille têtue.

— Tu es une femme Livia, ma femme. Et oui, tu es têtue.

     Je sais qu'elle déteste entendre qu'elle est ma femme. Je pensais que ma réplique allait la mettre en rogne, mais non, elle sourit diaboliquement et je sens que je ne vais pas aimer ce qui va suivre :

— Je suis ressortissante de l'Union Européenne, je n'ai pas fait reconnaître mon erreur en France. De ce fait, je suis célibataire ici aussi, Hero, susurre la joueuse. Ici, je suis juste Livia Gardini. Ici, je ne suis pas mariée. Donc ici, je ne suis PAS ta femme.

     La peste !

     Elle m'affronte du regard, ne cille pas. C'est électrique entre nous. La tension qui emplit ce hall est palpable, visible à l'œil nu. Jordan a raison, soit nous allons nous entre-tuer, soit ça va finir à l'horizontale, voire les deux. Certainement les deux, et ce serait jouissif.

     Elle croit m'avoir ? Moi aussi je peux jouer à ce jeu-là :

— Ma belle, lui répliqué-je en lui caressant la joue du revers des doigts, nous nous sommes mariés dans une chapelle. De ce fait, reprends-je ses mots, devant Dieu nous sommes mari et femme ici, à Los Angeles, mais aussi à Paris et partout dans le monde. Tu n'échapperas nulle part à la vérité de cet état de fait : tu es ma femme Livia.

Echec et mat.

     Je souris ; visiblement ma remarque fait mouche. Livia vire livide, mi- horrifiée mi- stupéfaite, tendue comme un arc.

— Tu es croyant ?

— Ma famille est croyante effectivement. Échec et Mat, Trésor.

     J'affiche mon air le plus fier sans la quitter des yeux. Mon membre tendu prend tellement de place dans mon pantalon que j'ai mal, d'autant plus que je suis collé au petit corps de Livia. Je sens carrément mon pouls dans mon boxer et je suis certain que Livia  peut le sentir elle aussi.

— Et je suis très bien dans cette position tu sais. Mais il ne tient qu'à toi que je te libère.

     Elle secoue la tête, inspire :

—Ok, je suis aussi attirée par les femmes, tu es satisfait ?

     Voilà, nous y sommes ! Oui, mais ce n'est pas assez.

— Et ?

— Je t'ai effectivement laissé penser que je préférais les femmes, mais je ne vois pas où est le problème. Hommes ou femmes, cela n'a pas vraiment d'importance.

     Ça a au contraire toute son importante !

— Cela en a pour moi. Je n'ai rien contre le fait que tu aimes aussi les femmes Livia, c'est ce que tu es et je te respecte. Ensuite ?

—Ensuite ? C'est le moment où tu me rends ma liberté, non ?

     Elle tente de me faire reculer, en vain.

— Pas encore Trésor, pas encore.

Je l'entends grommeler un « fait chier » en français.

— Que veux-tu que je te dise ? Que même si la vue du sol en marbre n'était pas terrible tout à l'heure, il y avait autre chose à regarder ? Tu veux entendre quelque chose que tu sais déjà, Hayden. Tu as fait la couverture de plusieurs magazines qui t'ont présenté comme l'un des cinq hommes les plus sexy et influents d'Hollywood. Alors pourquoi veux-tu que moi, je confirme ou infime une info validée par la moitié de la planète ? ENCORE.TON.EGO ! conclue-t-elle.

     Je vois sa langue toute rose nager dans sa bouche.

— Livia, soufflé-je si près ses lèvres.

Elle glisse des longs doigts entre nos visages, seule manière de mettre une barrière entre nous. Ils viennent doucement se poser sur mes lèvres. Livia se décide enfin par avouer ce que j'attendais d'elle :

— Tu es un très bel homme Hero, très séduisant et tu le sais déjà. Maintenant que ta fierté est sauve, peux-tu me rendre ma liberté s'il te plait ?

     Je devrais oui, je le lui ai promis, mais je n'en ai pas encore fini avec elle. Elle a voulu jouer, après tout ...

— Qui dois-je écouter Livia ? Ce que me dit ta bouche, ou ce que me crie ton corps depuis plusieurs minutes ?

     Je me presse plus fort contre elle, si c'est possible. Ses yeux se ferment puis se rouvrent. Leur lueur est réponse, mais sa bouche lutte encore contre notre évidence, ce besoin viscérale de nous embrasser, je sais qu'elle le ressent autant que moi.

— Hayden, non ... supplie-t-elle dans un souffle.

     Elle ondule sa tête de droite à gauche. Je ne ferai rien qui la mette mal à l'aise, je ne suis pas ce genre de mec. Si elle m'avait repoussé vraiment, franchement, si j'avais senti que j'allais trop loin en la plaquant contre ce mur, je l'aurais lâchée depuis longtemps. Mais je vois bien qu'elle est en plein conflit intérieur.

— Je ne ferai rien que tu ne veuille pas Livia, jamais. Je te le jure. Dis-moi que tu n'en as pas envie, là, maintenant. Dis-moi que tu ne veux pas que je t'embrasse, et je ne le ferai pas. Dis-moi que je me trompe putain, que je suis le seul à avoir mal de cette attente, le seul à être en guerre pour ne pas me laisser aller...

—Je ne suis pas une de tes groupies en chaleur.

—Je le sais Livia, je n'en ai jamais douté, je riposte en lui caressant toujours la joue. Tu as fini c'est bon ? Pas de questions à me poser ?

     Elle m'interroge du regard, ne comprenant pas où je veux en venir. Alors c'est mon tour de jouer carte sur table.

— On va remettre les compteurs à zéro entre nous. Tu es toujours d'accord pour que nous soyons amis, n'est-ce pas ?

     Livia opine, je sens un poids me quitter. Je ne me savais pas capable d'un tel self-control, j'ai beaucoup trop envie d'elle, depuis trop longtemps. Tout mon corps est une fournaise, en souffrance et en besoin du sien. Mais je suis sincère je ne la toucherai pas si elle n'en a pas envie. J'attendrai son autorisation.

— Très bien. Tu me plais, et que tu sois ma femme n'a aucun impact sur mon jugement. Je ne sais pas pourquoi tu n'as pas conscience que tu es belle, mais tu es extraordinairement séduisante Trésor. Je te trouve sublime depuis que mes yeux se sont posés sur toi. Mon besoin de savoir si oui ou non il y avait une réciprocité dans mon attirance n'était pas que motivé par ma fierté. Je t'assure que je ne suis pas, plus, un coureur OK ? Tu n'es pas un numéro sur une liste imaginaire, pas une groupie. Les choses sont claires à ce sujet, énoncé-je fermement.

     Elle ne cille pas, se mord simplement la lèvre inférieure et écoute religieusement tout ce que j'ai à lui dire :

— La mise au point sur le vocabulaire étant faite, puis-je enfin t'embrasser ?

     Bien entendu cela aurait été trop facile qu'elle me réponde simplement « oui ».

— On va tout compliquer Hayden... et c'est déjà compliqué !

— Ça ne changera rien. On s'en tient à ce que nous avons décidé à Paris. Quoi qu'il se passe entre nous ou pas, on garde le cap, ça te convient ?

     Elle reste muette, emprise à son foutu dilemme intérieur qui me fait bouillir comme un dingue. Elle sonde intensément mes yeux, comme si elle y cherchait la preuve de ma bonne foi. Elle se frotte les paupières du pouce et de l'index de sa main gauche.

— Soyons clairs avant toute chose Hero, voici mes règles...

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