44 - L'intruse

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Livia.

     Lorsque j'ouvre les yeux pour ne trouver qu'une semi-pénombre angoissante, je remarque immédiatement un grand corps chaud tout près du mien. Je cesse de respirer puis me souviens que tout est normal, ou du moins, que je suis à Londres ; sous une couette alors que je m'étais simplement allongée sur le lit. À ma gauche Hayden dort profondément. Je cherche mon portable autour de moi puis sur la table de chevet : il est sept heures du matin. J'ai donc dormi plus de trois heures avec Hayden. J'ai dû m'assoupir en l'attendant.

     Pourquoi ne m'a-t-il pas réveillée ?

     Je m'extrais délicatement du lit pour ne pas le réveiller puis pars m'installer sur le canapé. Je m'engonce dans la couette que j'ai trouvée et ne tarde pas à me rendormir. Encore trois ou quatre heures et mes batteries seront à peu près rechargées.

     Je suis tirée du sommeil plus tard par un bruit de pas qui se rapprochent. Des talons il me semble. Hayden a fermé la porte qui sépare l'espace chambre-séjour du vestibule d'entrée, mais je suis certaine qu'il s'agissait bien de talons. Une femme de chambre ?

     Le cliquetis s'est tu, mais j'entends encore du mouvement derrière le battant, puis un léger bruit sourd de quelque chose qui tombe au sol. Je suis toujours sous ma couette, la chambre est plongée dans la quasi-obscurité mais de faibles rayons percent courageusement à travers les rideaux épais que j'ai entrouverts hier soir. Je guète l'intrus par-dessous ma cachette. Ok, donc il y a bien des talons ; vertigineux, rouges. C'est quoi cette blague encore ?

     Mes yeux remontent de longues jambes blanches moulées dans des bas tenus par des porte-jarretelles. Je n'en verrai pas plus en restant cloitrée ici, mais clairement, il y a un truc qui cloche. Non mais je rêve ! Je suis maintenant tout à fait réveillée. Mais bien sûr qu'il y a un truc qui cloche ! Comment elle est entrée cette nana ? Et puisque Hayden m'a demandé de rester ici, il est évident qu'il n'attendait personne ce matin.

     Doucement pour ne pas me faire repérer, je saisis rapidement mon portable et envoie un sms à Jess qui m'a donné son numéro de portable ainsi qu'à Laura et Scott.

     Il n'est même pas 8h15. La garce !

{Flash News : Il y a une intruse dans la chambre d'Hayden ... Et je ne parle pas de moi ! Je sens que ça va être drôle ... }

 Agacée de ne pas avoir ma grasse matinée, je décide qu'il est temps de faire connaissance et de faire savoir à la demoiselle qui s'approche toujours du lit d'Hayden que moi aussi, je suis là. Je sors lentement de ma maison douillette, la jeune femme ne m'ayant même pas remarquée, et m'avance par l'autre côté du lit. Grâce à la demi-cloison qui sépare les espaces et fait la largeur du lit -soit peu plus de deux mètres- l'intruse en lingerie ne peut plus me détecter durant quelques secondes. Je traverse le séjour, passe par le côté droit, tandis qu'elle a pris le côté gauche.

— Hayden ?

— Hummm.

     Le grognement guttural de Cro-Magnon, affalé sur son ventre, se répercute dans mon bas-ventre déjà bien réveillé. La faible luminosité éclaire les muscles saillants de son dos. Il a repoussé la couette en dormant et seul son drap le couvre à peine des pieds aux fesses. Une vraie pub pour la marque de son boxer, et un délice pour les yeux ! Les miens, mais pas que...

     L'intruse prend maintenant conscience qu'elle n'est pas seule et me fixe ,ou plutôt me toise, méchamment, mais ne fait pas demi-tour pour autant. OK ...

— Hayden réveille-toi, il y a une femme à moitié nue dans ta chambre et promis ce n'est pas moi.

— Mais t'es qui toi ?

     Elle lance avec hargne les hostilités, le visage durci par sa stupéfaction. Mauvaise idée quand je n'ai dormi que cinq heures et que j'ai mal au ventre.

—Quoi ? s'exclame Hayden qui comprend enfin que nous ne sommes plus deux ici.

Un homme et deux femmes, le fantasme de beaucoup de mâles.

     Il en un mouvement il se retourne, frotte ses paupières ensommeillées de ses paumes. Il me regarde, puis dévisage l'autre, écarquille les yeux mais ne semble d'abord pas tout saisir.

— Attendez, qui je suis MOI ? C'est une blague j'espère ?! Moi je suis celle qui a dormi ici, et j'ai beau cherché dans ma mémoire, vous, vous n'étiez pas là !

— PUTAIN DE MERDE JULIANNE QU EST-CE QUE TU FOUS ICI ! À LONDRES ET DANS MA CHAMBRE BORDEL ! COMMENT T'ES ENTRÉE ?

     Hayden se met à lui hurler dessus et me fait sursauter. Bien, au moins il la connait. Mais c'est qui cette fille ? Il n'a pas l'air ravi de la voir en tout cas. Et c'est un euphémisme.

— Mais Hayden je voulais qu'on soit ensemble !

Comment ça, ensemble ?

    Ok Ok Ok... C'est quoi encore ce putain de cauchemar sans queue ni tête ?

— Et c'est qui la pétasse là ? demande-t-elle en me pointant du doigt. Matthew m'a dit que tu étais venu avec Scott et sa femme, pas avec une femme Hayden !

Pas bon du tout.

— Woaw va se calmer tout de suite là, parce que dans deux secondes la pétasse elle va te faire passer par la fenêtre Barbie !

     J'entends une porte s'ouvrir mais Hayden, trop en colère, s'en prend à la dénommée Julianne, une grande blonde aux yeux chocolat dont la poitrine engoncée dans un micro-ensemble vulgaire m'a l'air d'être en souffrance.

— Qu'est-ce que toi tu fous ici Julianne ! Mais t'es complètement cinglée ma parole !

C'est bien qu'il s'en rende compte.

— Hayden calme-toi, lui demande lentement la folle en levant tendant les mains vers lui comme pour le toucher -surtout pour l'amadouer plus que pour l'apaiser à mon avis. Je suis sûre que c'est toi qui as demandé à Joey que je ne sois plus ton assistante, n'est-ce pas ?

     Tiens donc. Voilà un début d'explication.

     Un sourire lascif fleurit sur son visage et elle se déplace à pas de chat, se rapprochant ainsi un peu plus de sa proie.

— Mais Joey ne n'a rien dit sur notre relation, donc tu ne lui as rien raconté. Tu nous as protégés Hayden !

     Sur leur quoi ??? Bon là, j'ai eu ma dose. Je fais un pas en arrière et remarque que Nick, Jess, Laura et Scott sont arrivés, muets à l'entrée du séjour, en ligne et totalement ahuris par ce qu'ils découvrent. Laura m'examine un instant, jaugeant ma tenue. Elle est probablement en train de rassembler grossièrement les pièces d'un puzzle dans son esprit et je sais que je vais devoir m'expliquer sur ma présence dans cette chambre. D'où il est, Hayden ne peut pas les voir, quand à Barbitch, elle leur tourne le dos. De toute façon, elle est bien trop obnubilée par Hayden en boxer pour s'apercevoir que nous avons un public.

— Mais de quelle relation tu parles enfin ? l'interroge Hayden abasourdi. Je t'ai toujours dit qu'il n'y aurait rien entre nous et toi tu as persisté dans tes sous-entendus et tes avances déplacées.

— Hay...

— Et si ce n'était que ça ! Tu m'envoies des sms avec des propositions salaces, des photos de toi en dessous ou nue ! Tu te pointes à moitié à poils dans mes chambres d'hôtel la nuit dès que nous devons partir en déplacement ensemble, quand ce n'est pas en tenue d'Eve ! La dernière fois je t'ai carrément retrouvée menottée à mon lit Julianne, merde ! Tu essaies même de m'accompagner aux toilettes comme si j'allais accepter de te sauter, bordel ! Qu'est-ce que tu ne comprends pas au juste?

— Mais je ... essaie-t-elle d'en placer une, tremblante d'incompréhension.

— Tu ne m'intéresses pas Julianne ! Point ! Tu es femme agréable à regarder, mais tu ne m'intéresses pas, je ne vais pas m'en excuser ! Notre relation n'est que professionnelle, strictement professionnelle, exclusivement professionnelle. J'ai tout fait pour te repousser gentiment et sans dommage pour ta carrière, c'est uniquement pour cette raison que je n'ai rien dit à Joey et Clara ! Mais tu allais de plus en plus loin, on ne pouvait plus collaborer, condamne-t-il rudement. Ça devenait trop compliqué, alors oui, j'ai demandé à avoir quelqu'un d'autre, un homme, et Joey m'a attribué Matthew. Tu t'es fait des idées.

     Les choses sont posées, mais là où la logique voudrait que blondie ait saisi le message qui n'est en rien subliminal, elle persiste et signe dans son aliénation. À croire que nous n'avons pas entendu la même sentence de la bouche d'Hayden :

— Eh bien tu as gagné ! Et maintenant que nous ne travaillons plus tous les deux, nous pouvons enfin être ensemble Hayden ! Nous n'aurons plus à nous soucier de ma carrière à l'agence et des « qu'en dira-t-on' », affirme-elle en mimant les guillemets d'une voix suraiguë, de la star qui est en couple avec son assistante ! Ce n'est pas ce que tu voulais ?

     En couple ?

     Elle n'a pas compris quoi là ?

     Je regarde le groupe. Nick est en train de filmer la scène. Il ne doit voir que Julianne mais enregistre aussi ce que dit Hayden. Sans doute pour le couvrir au cas où. Hayden secoue la tête de gauche à droite et se frotte le visage des deux mains, discernant qu'elle est dans le déni, quoi qu'il dise.

— Julianne, tu te rhabilles s'il te plait et tu rentres chez toi.

— Mais Hayden ...

— ÇA SUFFIT JULIANNE ! s'emporte-t-il. Nos relations n'ont toujours été que purement pro.fe.ssio.nnelles ! Je n'ai jamais couché avec toi, je ne t'ai jamais touchée ni même embrassée. J'ai toujours été honnête et je ne t'ai à aucun moment laissé croire qu'il pourrait se passer quelque chose entre nous. Tu étais JUSTE mon assistante et rien de plus. Je n'ai jamais eu aucun geste déplacé envers toi et ce n'est pas faute de t'avoir répété maintes et maintes fois qu'il n'y aurait jamais rien de plus entre nous. Tu es une bonne assistante et ton boulot était bien fait, mais tu dépassais de plus en plus les limites. Tu devenais odieuse avec les femmes que je voyais ... Depuis trois ans, c'est l'escalade dans tes plans pour finir dans mon lit ! Regarde-toi aujourd'hui ! À...

— Laisse-moi par...

— ... moitié nue à plus de huit mille kilomètres de Los Angeles! s'égosille-t-il. Ça va beaucoup trop loin Julianne ! Tu es folle ! C'est un déplacement privé, tu n'avais rien à foutre ici ! Donc pour la dernière fois, tu prends tes affaires et tu rentres à LA, ou où tu veux mais loin de moi !

     Elle me regarde une nouvelle fois, me considère d'un regard qui suinte l'agressivité à tel point que je peux en sentir l'odeur, et je perçois également que ça va péter dans trois, deux ,un ...

— C'est à cause de la poufiasse là ? vocifère-t-elle en me balayant de l'index de haut en bas à plusieurs reprises avec un dédain qu'on verrait dans le noir. C'est parce qu'elle est là que tu dis ça ? Je suis certaine que tu n'en penses pas un mot, Hayden. Ce n'est qu'une petite pute, une pétasse de plus...

     Bon, j'aurais essayé, me dis-je en haussant mentalement les épaules.

— Livy non !

     Laura crie pour m'interpeller car elle qui sait exactement à quel moment je perds mon sang froid, à chaque fois. Je traverse la faible distance qui nous sépare et attrape Barbie Indésirable par les cheveux pour la tirer hors de la partie nuit. Elle hurle, se débat violement, mais je m'en fiche.

— Premier et dernier avertissement Barbie, lui lancé-je en lui faisant traverser la pièce sous ses hurlements de folle à lier en pleine crise d'hystérie.

     Nick et Jess s'écartent pour me laisser passer vers le hall, ne s'interposant pas sous la menace de mon regard assassin, et probablement en pleine séance de délectation, aussi.

— Mais lâche moi sale pute ! hurle Barbie Vulgaire qui a le cul à l'air.

— Aucun soucis Chérie !

     Je balance le paquet dans le couloir. Elle atterrit sur les fesses perdant une de ses chaussures dans la manœuvre. Je me baisse pour la ramasser et la lui envoie, en m'approchant d'elle les poings crispés. Mes ongles agressent ma peau, mais ce n'est rien en comparaison de ce que je pourrais faire à cette forcenée.

— Livia stop ! me somme Hayden qui me rejoint.

— Elle est folle celle fille Hayden ! brame la dingo.

— Ferme-la, l'invective Laura. Tu aggraves ton cas ! Livy, recule, s'adoucit ma meilleure amie

     L'intruse se relève, un sourire sardonique aux lèvres puis s'adresse à moi en me scrutant de nouveau de haut et de son air dédaigneux :

— Oui Livia, écoute Hayden, prend-elle une voix mielleuse qui me donne envie de lui arracher les cordes vocales. Il ne veut pas qu'il m'arrive quelque chose, tu sais ! Toi tu n'es rien qu'une petite pétasse même pas américaine en plus mais moi ...

     Toi, je vais te défigurer gratos, la grognasse...

— Écoute Julianne, je la coupe à deux doigts de lui mettre la tête dans un mur histoire qu'elle imprime bien la suite des évènements. Je ne suis peut-être personne moi mais dans moins de trente secondes toi Barbie-Trottoir, tu ne ressembleras plus à rien si tu n'as pas quitté cette chambre, et en la bouclant surtout. Ta voix nasillarde de bon matin, j'ai eu ma dose pour le restant de mes jours ! Tu es l'archétype du ridicule, heureusement pour toi qu'il ne tue pas !

     Elle se rue rapidement vers moi en bredouillant un truc inintelligible et je vois à sa main levée qu'elle s'apprête à me gifler. J'esquive en agrippant son poignet puis la pousse de toutes mes forces, son dos heurtant brutalement la double porte d'entrée.

     Oh ça fait du bien !

— Livia arrête ! m'ordonne ma meilleure amie dans mon dos ... Hayden fais ...

     Elle n'a pas à finir sa phrase que je décolle du sol comme si je n'étais qu'une plume alors que je m' organisais mentalement à m'amuser.

—Hayden lâche moi tout de suite ! Haydennnn ! hurlé-je en me débattant. Pose-moi ! Repose-moi Cro-Magnon !

     À mon tour de me débattre, en vain. Ses larges mains me retiennent sans me faire mal. En tant normal, je m'en serais pris à lui de m'avoir touchée sans autorisation, mais tout comme au club, je ne ressens aucune gêne ou entrave par son geste. Pas d'alarme de danger quand il crée un contact que je n'ai pas autorisé.

— Non Livia, riposte -il fermement, elle n'en vaut pas la peine, calme-toi.

     Nick nous contourne avec les affaires de Julianne à la main puis lui fait aussitôt quitter la suite alors qu'elle est toujours en sous-vêtements. Hayden me dépose doucement sur son lit, se saisit d'un jean et d'un t-shirt blanc dans le dressing avant de rejoindre les autres. King Kong revient dans la chambre, sans Barbie-Hystérique.

     Toujours allongée sur le lit en mode étoile de mer, je prends le temps nécessaire de faire descendre ma pression artérielle. Mon cœur bat à toute allure dans ma poitrine et une bouffée de chaleur m'a donné la migraine. Je dois me calmer sous peine de courir après la folle qui vient de me traiter de pétasse et de pute !

     C'est le monde à l'envers, je vous jure !

— Comment est-elle entrée ?

Hayden interroge Nick, mais c'est la voix de Jess qui se fait entendre :

— C'est fille est dingue ma parole !

J'aime bien cette fille, la vérité incarnée !

— Elle a leurré une femme de chambre et puisqu'elle était en sous-vêtements sous son manteau, elle lui a raconté qu'elle était descendue à sa voiture pour récupérer son sac à main mais qu'elle avait laissé la clé magnétique à l'intérieur, et que son mari ne l'entendait pas frapper à la porte à cause d'un sommeil lourds. La femme de chambre lui a ouvert croyant bien faire.

— Julianne t'a dit ça ? demande-t-il perplexe.

— Non, l'employée elle-même. Je l'ai croisé dans le couloir, c'est elle qui est venue vers nous quand elle a reconnu Julianne qui se faisait virer de ta suite. J'irai parler au directeur tout à l'heure.

— Putain Hayden, mais pourquoi tu n'as jamais rien dit à Joey ! l'interpelle Scott furieux.

— Parce qu'elle n'est pas une mauvaise personne au fond je crois, se défend-il. Elle bosse bien et les autres sont satisfaits d'elle, Joey et Clara aussi. Elle est efficace mais elle a fait une fixation sur moi. Au début c'était léger mais avec le temps sa drague est devenue plus agressive jusqu'à ce qu'elle commence à débouler à moitié nue les nuits quand nous descendions à l'hôtel. Jusqu'à me proposer de me ... heu ... hésite-t-il. Bref, vous voyez, dans les taxis, les jets !

— Ouais, entends-je Scott valider puisque je ne les vois pas d'où je suis.

— J'ai demandé à plusieurs reprises à Joey qu'il recrute quelqu'un d'autre mais je ne voulais pas qu'il la vire pour autant. Tu penses bien qu'il a cru que j'avais couché avec elle, ce parano ! Le mois dernier j'ai quand même fini par lui avouer que cela devenait laborieux car j'avais l'impression qu'elle attendait plus de moi et que je craignais qu'elle finisse par vriller et crier au harcèlement sexuel pour se venger. C'est comme ça que j'ai réussi à avoir Matthew.

      Woaw mais elle est complètement tarée cette nana ! J'en connais un avec qui elle s'entendrait ! aussi barje qu'elle ! Et c'est Les feux de l'amour sa vie à lui ! Un vrai soap-opera.

— Putain Hayden ! Tu n'avais jamais été aussi loin dans tes explications ! survient une voix que je n'avais pas entendue arriver. Pourquoi tu ne m'as jamais dit tout ça p'tit frère ?

     Toi, tu ne paies rien pour attendre mon grand ! Langue trop pendue...

— C'est vrai, soutient Nick. J'avais bien remarqué qu'elle te tournait autour vieux, mais ça c'est du harcèlement sexuel Hayden bon sang !

— D'accord, calmons-nous, s'immisce Laura. Nick a raison Hayden. Je ne suis pas ton avocate mais en en tant qu'amie, je te conseille de te couvrir dès maintenant. On ne sait pas comment elle va réagir et ce qu'elle va faire en rentrant à L.A. Heureusement, Nick a filmé l'échange dès que nous sommes arrivés. Puisque Jordan est ton avocat, il serait judicieux que ce soit lui qui la contacte afin de la prévenir des conséquences de ses actes et refroidisse ses ardeurs ainsi que sa crise de folie qui espérons-le n'est que passagère.

— Qui vous a prévenus ? l'interroge Hayden.

— Nous avons reçu un message groupé nous signalant une intruse en sous-vêtements dans ta chambre ! glousse Jessica. J'ai halluciné mais j'ai quand même réveillé Nick et puisqu'il a toujours le double de tes badges magnétiques nous avons pu entrer sans problème, nous.

— Nous avons reçu la même chose, adjoint Scott. Je ne mets jamais mon portable en silencieux au cas où et avec Livy qui devait rentrer en Uber...

— Je vois...

— Mais de qui ? demande Jordan étonné. Je n'ai rien reçu moi ! s'offusque-t-il. Qui vous a prévenus ?

     Voilà, enfin quelque chose qui va être drôle !

— Moi, Maître Miller, énoncé-je clairement en sortant de ma cachette, bras croisés sur ma poitrine, yeux mitrailleurs en action sur son visage qui se fige à ma vue.

— Livia ? Mais qu'est-ce que... ?

     Il nous scrute avec intérêt son frère et moi.

—Toi et moi nous allons avoir une petite conversation Maître, sur le principe de savoir tenir sa langue et de te mêler de ce qui te regarde !

     Mes yeux lui larguent des éclairs et dans un mouvement de défense, il fait un pas en arrière. Je continue, fière de ce que je lis sur son visage :

—Apparemment la discrétion n'est pas ton fort mais jouer les concierges, si. Remarque, il y a moins un poste pour ta reconversion dans lequel tu seras certain d'exceller !

     Je le gratifie de mon plus beau sourire narquois en papillonnant exagérément des paupières.

— En revanche Hayden, dis-je en me tournant vers lui, à ta place je ne préjugerais pas des capacités de ton frère à pouvoir te représenter dans les semaines à venir. Alors si tu as besoin de Maître Hartley pour t'épauler contre Julianne, je te la prête. Mais pour le divorce, elle est à moi !

     Il ne faut pas abuser.

— Baby de quoi parles- tu ? Qu'est-ce qu'il se passe avec Jordan ?

— Je viens de le dire, il n'a pas su tenir sa langue et j'espère qu'il n'y a que lui, sinon je vous assure qu'il ne sera pas le seul à me le payer, annoncé-je en regardant tout à tour King Kong et Scott.

— Livia je vous jure que je n'ai rien dit ! réfute Nick les mains levées.

     Scott lui me fait signe que non de la tête.

— Bon de quoi vous parlez ? s'énerve ma meilleure amie. Et puis toi Livy, qu'est-ce que tu fais ici d'abord ?

     Elle nous observe tour à tour, parcourt une nouvelle fois ma tenue, et punaise, je porte le t-shirt d'Hayden, c'est vrai !

— Oh non ne me dites pas que vous avez... ? nous pointe-t-elle du doigt. Livia vous... ?

     C'est bien la première fois qu'elle manque de vocabulaire celle-là !

— Hé oh, calme-toi Fantasia ! râlé-je en me tirant les cheveux. Hayden et moi avons discuté jusqu'à tard et j'ai dormi sur le canapé. Conservation qui n'aurait pas eu lieu si Jordan AVAIT TENU SA VILAINE LANGUE ! asséné-je au traître. Des bruits de talons dans le hall d'entrée m'ont réveillée, j'étais sous la couette et Julianne ne m'a pas vue, trop pressée d'aller se glisser dans le lit d'Hollywood ici présent ! dis-je en levant les yeux au ciel tout en le désignant du pouce.

— Oui, c'était son but, lâche Jess sarcastique.

— Punaise mais elles veulent toutes finir dans tes bras, je comprends pourquoi ta fierté supporte mal le refus !

Je m'esclaffe à ses dépens mais pense chaque mot.

—Non elles ne veulent pas toutes finir dans mon lit, il y en a bien qui disent non, m'oppose -il en me fixant les yeux dans les yeux et son sourire malicieux scotché sur ses lèvres humides.

—Hé bien P'tit Frère, c'est plus ce que c'était on dirait, tu perds la main Hayden...

— Toi tu la fermes et tu cours, vite ! lui ordonné-je en attrapant un coussin sur le canapé.

— Oh non Livia ne fais pas ...

     Et bam ! Direct dans sa tête le coussin volant !

— Livia mais enfin reviens ici ! me gronde Laura exaspérée.

     D'une impulsion, je saute sur le dos de Jordan alors qu'il prend la direction de la sortie. Je m'agrippe à lui, mes jambes autour de ses hanches et mes bras autour de son cou, à l'instar d'un parfait koala, alors qu'il quitte cavale dans la coursive. Je suis en t-shirt et shorty dans le couloir d'un hôtel de luxe, accroché à un type comme une moule à son rocher, mais curieusement je m'en moque complètement. Je n'ai pas honte alors qu'hier après-midi encore, alors que j'étais habillée correctement, je ne me sentais pas à ma place.  

     L'adrénaline, sûrement.

Ou autre chose.

***

Notes : 

Barbitch : Contraction de Barbie et Bitch, signifiant Salope en anglais.

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