45 - La famille

18 minutes de lecture

Livia.

— Livia je suis désolé. Enfin non. Enfin je ne sais pas ! Tu n'as vraiment pas couché avec mon frère ?

     Mais il me prend pour une pute ou bien ?

— Noon ! insisté-je sans le quitter des yeux. Bien-sûr que non Jordan ! J'ai vraiment dormi sur le canapé, malgré ce que vous semblez tous croire. Tu me prends pour qui au juste ? Je ne suis pas une fille facile, c'est dingue que personne ne comprenne ça ! J'ai une tête d'escort, c'est ça ?

     Je retrouve la terre ferme une fois les portes de l'ascenseur menant à son étage refermées. Heureusement nous sommes seuls dans la cabine car mon euphorie retombée, je commence à me sentir un peu penaude si peu vêtue.

— Pourquoi Jordan ?

     Pas besoin d'en dire plus, il sait très bien de quoi je parle.

— Parce qu'il est mon frère et que ça le rendait dingue Livia ! Il sentait que quelque chose clochait mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Bon sang mais tu ne te rends pas compte du regard qu'il pose sur toi ? Moi je m'en suis rendu compte dès qu'il t'a vue entrer au lounge hier soir avec ta sœur. C'est évident que tu lui plais, et c'était cruel de lui faire croire que tu aimais les femmes et jouer les indifférentes devant lui !

     Je pique un fard, les lèvres pincées mais je ne réponds rien, que pourrais-je lui dire de toute façon?

— Non, bien entendu que tu n'as rien vu ! C'est désolant Livia. Désespérant ! Comment une jeune femme aussi séduisante que toi peut ne pas avoir conscience de l'effet qu'elle a sur les hommes ?

     Attendez mais je rêve ou il me fait la morale alors que c'est moi qui suis censée lui mettre la tête au carré !? Je le suis jusque dans sa suite, sans hurler, me félicitant intérieurement de cet élan de patience.

— Jordan, je ne suis pas dans une optique de séduction quand je sors uniquement pour m'amuser et me vider la tête. Le monde autour de moi ne m'intéresse pas, désolée si c'est vexant mais c'est ainsi.

— Livia, je suis persuadé que mon frère te regardait déjà à Paris !

     Comme la bête curieuse que je suis pour lui, oui.

— Peu importe. Tu avais compris que je voulais me tenir éloigner de lui mais tu lui as quand même révélé mon stratagème qui visait justement à ce que lui reste à distance en pensant que je préférais les femmes ! Qu'est-ce que ça change qu'il sache que je ne suis pas lesbienne et que j'aime aussi les hommes ? Saleté de fierté masculine, oui !

     Je me renfrogne, Jordan me regarde, consterné, la bouche entrouverte.

Non, il n'y a pas de licorne sur ta tête Livia.

—Livia, soupire la commère en se frottant l'arête nasale, tu n'as plus à faire semblant, cela vous a permis de discuter et j'espère de vous parler vraiment ! Personne ne te prend pour une femme facile, vénale, au tout ce qui t'es passé par la tête et mon frère est effectivement rassuré sur son charme légendaire, jacasse-t-il.

— Si tu veux mon avis, cela ne lui aurait pas fait de mal de redescendre un peu de son piédestal ! Ce type sait qu'il est beau, mais il devrait redescendre un peu sur Terre, il est trop sûr de lui!

     Oui, je viens ainsi de faire un compliment à Jordan sur son physique puisque les frères Miller se ressemblent.

— Oh Livia, quand tu le connaitras mieux tu te rendras compte qu'Hayden n'est pas un garçon superficiel qui ne se soucie que de sa plastique, qu'il tient de moi, d'ailleurs.

     Je roule des paupières.

—Peut-être mais c'est parce qu'il est présomptueux qu'il n'a pas supporté que la fille qu'il a épousée ivre à Vegas ne s'intéresse pas à sa petite personne, Jordan.

     De plus en plus éberlué, ses yeux vont bientôt quitter leurs orbites.

— Waouh, minute Livia ! s'exclame-t-il en me prenant par les épaules. Ne mélange pas tout ma belle s'il te plait... ou alors si au contraire mélange un peu. Je sais que votre situation est alambiquée et Hayden m'a bien expliqué que tu refuses la dénomination épouse ou femme, mais Livia, c'est toi qui plait à mon frère, ok ?

     Pour toute réponse, il reçoit coup de poing dans l'épaule puis une pichenette derrière la tête.

— Aïe mais tu es une petite chose violente en fait Miller ! me nargue-t-il en éclatant de rire.

— QUOI ??? TU LE FAIS EXPRÈS !?

     Je hurle de consternation en le poussant à la renverse sur son lit.

—Ma parole mais tu es sado-maso toi aussi ? C'est un signe caractéristique chez vous en plus d'être canons ?!

     Car oui, à fortiori, Jordan est canon aussi.

     Je saute sur lui à califourchon et lui balance le premier oreiller qui passe par là.

— Gay oui, SM non Livy je t'assure. Mais toi en revanche il faudrait t'attacher, tu as une sacrée poigne pour une nana ma belle !

Quelle idée ! À creuser...

— Bon faisons la paix tu veux bien ? Avec mon grand âge, je me fatigue vite, ironise-t-il.

— Quel âge as-tu Jordan ?

— Presque trois ans de plus qu'Hayden. Deux ans et neuf mois pour être précis. Donc puisque mon petit frère fêtera cette années ses trente-deux ans, moi j'aurai bientôt trente-cinq ans. Et Jamie, va sur ses trente-six. Moi, je suis la surprise, le retour de couche ! rit-t-il.

— Tu as l'air de bien le vivre.

— Eh bien l'avortement existait déjà à ma conception, donc je vois les choses du bon côté même si mes frères aiment me chambrer, je suis une excellente surprise ! ouvre-t-il les bras, plaisantin. Nous ne sommes que trois, mais cela doit être l'équivalent cinq ou six Hartley, si tu veux tout savoir. Nous sommes très proches mais très bagarreurs aussi, de vrais gosses, tu verras !

     Rien du tout ! Laura sera aux premières loges, pas moi. Je le libère de ma prise et m'assieds sur un fauteuil les jambes croisées sous moi, pour l'écouter :

— Nos parents n'auront jamais fini de nous séparer ! Jamais !

— Ouais, pas de sœur pour faire tampon.

     Il s'installe mieux à son tour.

— Au grand dam de mes parents, non ! Ils avaient bon espoir en tentant le troisième mais Hayden est arrivé, et c'était bel un bien un p'tit gars ! Heureusement pour eux, Jamie a rencontré sa femme Zoey lorsqu'il était très jeunes, quand ils étaient en Fac. Ils sont ensemble depuis près de quinze ans et ma famille l'a immédiatement considérée comme leur fille. Ce sont des personnes très ouvertes d'esprit heureusement malgré le fait qu'ils soient croyants. Mon homosexualité n'a jamais été un problème pour eux, m'explique-t-il, moi qui avais peur qu'ils aient honte du regard des autres, surtout qu'il y a encore quelques années, ils assistaient à la messe tous les dimanches !

— Ils n'y vont plus ? m'incite à demander ma curiosité légendaire.

— Si mais moins. Depuis cinq ans, ils ont un passe-temps bien plus important et agité : ma nièce, Emmy. Une vraie petite tornade blonde ! Mes parents vivent à L.A, et Jamie et Zoey une partie de l'année sur Londres. Alors ils viennent ici régulièrement.

— Tes parents travaillent toujours ?

— Mon père oui, il est actuellement Professeur des Universités en Pédiatrie à Stanford, mais œuvre toujours plusieurs heures dans un hôpital à L.A. Ma mère est à la retraite depuis quelques années mais est bénévole dans des associations. Elle était sage-femme.

— Ils ont eu de belles carrières, et doivent être très fiers des vôtres.

— Oui mais Jamie et Hayden sont les vedettes de la famille. Finalement c'est moi, l'avocat, le marginal de cette fratrie face aux artistes ! dit-il en se frottant la barbe naissante. Et aussi Zoey même si depuis la naissance d'Emmy elle a mis sa carrière en pause. Elle travaille de temps à autre avec Jamie, mais est surtout centrée sur leur fille.

     Oui, je sais. Tout le monde connait Jamie Miller non ? Auteur-compositeur de grand talent mais aussi encore interprète. Il a travaillé avec de grands labels ici au Royaume-Unis, en tant que compositeur et producteur, mais aussi aux USA -et pas que- ainsi qu'avec beaucoup d'artistes connus. Il a cessé la scène avant la naissance de sa fille et se concentre sur la composition cinématographique surtout depuis. Son épouse, Zoey Miller est violoniste concertiste.

— Finalement, je vais peut-être te laisser la vie sauve, lui dis-je avec un sourire attendri, tu es plutôt sympa pour un avocat !

— Pourquoi ta sœur ne l'est pas ? s'étonne-t-il.

—Pas touche à Laura, elle est géniale ! Mais je connais plusieurs amis et collègues de son père et eux ne sont pas aussi décontractés que toi.

— Je prends cela comme un compliment, merci !

— Et tes parents à toi que font-ils ?

     Mon estomac se serre, ma gorge se verrouille et je prends cent kilos en une seconde. Je sais que sa question est anodine, mais pour moi elle est malaisante au possible et il le sent.

—Livia excuse-moi, je ne voulais pas, pardon... Hayden a bien supposé qu'ils ... enfin ...

— Il...il n'y a pas de problème Jordan. Le père de Laura est avocat, il a un cabinet à Los Angeles dont il est l'associé principal, mais je ne saurais pas t'expliquer, ce n'est pas mon domaine de compétence. Il a également ouvert un cabinet sur Paris. Mais tu dois déjà savoir tout cela n'est-ce pas? supposé-je.

     Bien sûr puisque Laura ou Scott ont dû lui en parler. Ils me parlaient de mes parents.

— Oui ils m'en ont parlé. Lui aussi a une très belle carrière. Il est très réputé.

— Ava est pédiatre ...

— Livia stoppe, je ... pardon, j'aurais dû réfléchir plus avant de te poser cette question.

     Il s'avance sur le rebord du lit, en face de moi avant de reprendre :

— Laura n'a pas voulu nous parler de ton histoire à Hayden et moi, sache-le. Scott doit en savoir plus que nous en revanche... excuse-moi, parle-moi de toi, de ce que tu veux. Ton travail ? propose-t-il avec un sourire tendu.

     Mon attitude le met mal à l'aise et je m'en veux de réagir ainsi. Aller de l'avant...go...

     Je souffle un beau coup, me blinde alors que je sens les larmes me montent aux yeux, puis me lance d'une traite, comme si je récitais la vie de quelqu'un d'autre :

— Ma famille est décédée dans un accident de la route il y a bientôt dix ans. J'avais quinze ans, c'était pendant les vacances d'été, j'allais rentrer en première car j'ai sauté une classe au collège. Laura venait de rentrer aux États-Unis après avoir passé une année scolaire chez moi. Ils sont partis en voiture et ne sont jamais revenus.

— Livia, attends...

     Jordan pose une main sur les miennes tremblantes sur mes genoux pas plus calmes.

— J'ai d'abord été confiée à ma grand-mère paternelle, la seule famille qui me restait en France, ma mère étant américaine mais n'ayant plus eu aucun contact avec ses parents depuis ses dix-neuf ans. Mon grand-père paternel était décédé quatre mois plus tôt. Je n'avais plus que ma grand-mère. Une femme merveilleuse, extraordinaire, libre, qui a tout fait pour moi, lui raconté-je. Mais une femme endeuillée elle-même pas la mort de son fils unique et de l'amour de sa vie peu avant. Et moi, je n'allais pas bien. Elle a quand même trouvé la force de prévenir Doug et Ava du décès de ma famille. Ils se connaissaient déjà évidemment. Mona les a appelés et le lendemain, ils étaient tous là : Kate qui faisait pourtant ses études de médecine, Laura, Doug et Ava. Moi j'étais à l'hôpital...

— Livia ... ne t'oblige pas, ce n'est pas grave.

     Je lève la main pour qu'il comprenne que je n'ai pas fini, puis essuie mes larmes qui roulent avidement sur mes joues. Je ne dis pas tout, mais je me suis promis de m'ouvrir aux autres. Je le lui ai promis.

— Je n'allais pas bien. Mona a pensé qu'elle n'arriverait pas à me soutenir dans cette épreuve, même si les services sociaux l'avaient jugée apte à me garder auprès d'elle, mais un peu grâce à l'aide de Doug je pense. Laura ne voulait plus rentrer chez elle, et Mona, ma grand-mère, leur a expliqué ses craintes sur la suite. Alors Doug et Ava ont proposé à ma grand-mère de me ramener avec eux, pour m'éloigner de ce que je venais de perdre.

— Je suis désolé Livia.

     Et moi tellement plus ...

— Mona a consenti mais a passé les premiers mois avec nous à L.A, dans une petite maison que Doug et Ava avaient louée spécialement pour elle à moins de dix minutes de chez eux car elle n'aurait pas eu les moyens toute seule. Ils savaient qu'elle était un esprit libre et qu'elle avait besoin de son indépendance. Ce sont des gens merveilleux tu sais !

— Ils ont l'air et Laura m'en a dit beaucoup de bien aussi Livy.

—Pourtant la première année, je les ai énormément rejetés. Je n'ai jamais été odieuse, mais je n'acceptais personne, tu comprends ? Malgré cela, ils ont tout fait pour que je me sente bien. Ils m'ont payé un accompagnement psychologique, ont financé mes études, mes vêtements, tout.

     J'ai mal rien que de repenser à ma conduite déplorable envers eux.

— Je suis certain qu'ils savent que tu les aimes Livia.

— Je l'espère, je ne suis pas quelqu'un qui dit « je t'aime » tu sais.

— Si tu t'appelles McAlleigh en plus de Gardini, poursuit Jordan, c'est qu'ils t'ont adoptée n'est-ce pas? J'ai vu ton certificat de mariage mais pour le moment, je n'ai pas cherché plus loin, m'avoue-t-il pour m'apaiser.

— Oui... reniflé-je en tentant d'esquisser un sourire, ils m'ont adoptée. Apparemment entre les États-Unis et la France, cela n'a pas été très simple. Mais ma grand-mère était d'accord et les a beaucoup aidés. Bien entendu, ils ne l'ont pas fait dans mon dos, ils me l'ont proposé, nous en avons beaucoup discuté, j'ai dû voir un psychologue, et un nombre incalculable de personnes avant que cela n'aboutisse.

— Je peux te demander pourquoi tu as gardé ton nom initial ou c'est trop indiscret ?

     Je ferme les yeux et serre les dents.

— C'est mon lien avec mon identité en France. Je ne refuse pas le nom de Doug et Ava mais si je vis en France, c'est pour être dans ma bulle à moi. J'en ai besoin.

Il acquiesce. Je me contente de lui dire ce que je suis prête à verbaliser, ou ce qu'il a besoin de savoir. Le reste m'appartient à moi et moi seule :

— Je suis Livia Gardini la plupart du temps et quand je suis aux États-Unis, ou quand c'est nécessaire pour des raisons personnelles, je suis Livia McAlleigh. Je n'ai pas eu besoin d'être adoptée pour que Laura soit ma sœur tu sais, elle l'était déjà. Des signatures sur un papier, ce n'est pas cela qui fait un lien, une famille.

     Je marque une pause pour inspirer, manquant gravement d'oxygène, et de voix car la mienne se brise :

—Mais putain qu'est-ce que ça peut faire chier aussi une signature en bas d'une page ! pouffé -je pour détendre l'atmosphère devenue trop chargée en mélancolie.

     Jordan me tend des mouchoirs pour que je purifie mon visage et rit avec moi.

— Bien, je vois que tu le prends mieux aujourd'hui qu'il y a trois semaines.

La honte ! Je pique de nouveau un fard et cache ma tête dans mes mains.

— Hé ma belle, je trouve que tu as plutôt bien réagi moi d'après ce que m'a raconté Hayden. Il m'a expliqué pour tes angoisses tu sais, ne lui en veux pas.

— Je ne lui en veux pas, affirmé-je sincère.

— Tu m'as tout l'air d'une jeune femme débrouillarde et qui ne se laisse pas marcher sur les pieds Livia. Tu as un sacré tempérament ! Je ne connais pas beaucoup de femmes qui ont tenu tête à une star multimillionnaire et qui l'ont envoyé bouler comme tu l'as fait avec mon frère ! Je devrais me prosterner à tes pieds jeune fille !

— Mais j'ai fini par le suivre ce soir-là, lui rappelé-je.

— Pourquoi ?

— Parce que cette tête de mule ne voulait pas sortir de ma salle de bains, que je voulais me doucher puis dormir, vite et que l'idée de l'éventrer à coup de lime à ongles puis de le faire se vider de son sang dans cet hôtel ne m'a pas paru une idée de génie ! Contrairement à ma meilleure amie, moi, j'ai un peu de jugeote parfois ! Bon et puis je dois dire que Nick était dans le couloir, et je craignais que même en refusant de les suivre, je finisse hissée sur les épaules de King Kong de force et en sac à patates. Ce mec est immense ! dis-je en mimant sa taille de long en large.

— Mince Livia, tu es vraiment un numéro toi tu sais !

— Ah ça c'est sûr ! consent une voix rieuse et familière.

     Mais ils ont tous les clés les uns des autres ou quoi ?

— Oui, j'ai la clé, répond Hayden à ma question interne.

     Je le fixe, les yeux ébahis. Bouche Bée. Putain mais il est canon habillé comme ça ! Pantalon type chino noir retroussé au chevilles, Stan Smith blanches, polo moulant à manches courtes noires, avec embrasure en V donnant un aperçu de ton torse bronzé, cheveux en coiffés-décoiffés comme s'il sortait de la douche, ce qui est probablement le cas car je dois être ici depuis plus d'une demi-heure... ce type est incroyablement beau. Et j'ai encore incroyablement chaud.

— Eh oui, je sais ce que tu penses Livia. Et... merci, ajoute-t-il avec un clin d'œil.

— Eh bien, je vois que la communication passe mieux entre vous les Miller ! croit drôle de nous aviser Jordan relançant les hostilités.

— Oh mais toi tu es vraiment SM ! hurlé-je en lui sautant dessus. Je vais te faire la peau le crouton!

     Une fois de plus, il dégringole sur le lit et je tombe à califourchon sur ses cuisses. Je le bloque des miennes mais il me chavire sur le côté et c'est Hayden qui prend le relais en me soulevant du lit de son frère.

— Pose moi Cro-Magnon ! Ne fais pas ton rabat-joie! Promis je ne l'abimerai pas trop ton grand frère ! Laisse-moi lui refaire le portrait il me cherche il va me trouver ! HERO HAYDEN WILLIAM MILLER ! lâche-moi immédiatement !

— Hero ? répète Jordan surpris en dévisageant son frère. Oh mais c'est carrément explosif ! Je vais commander du pop-corn. Vous n'avez vraiment pas couché ensemble vous deux ? Nous réinterroge le casse-pieds de service.

— NOOOONNN Colombo ! braillé-je indignée.

— Va t'habiller Terreur, tu ne retournes pas jusqu'à la suite en petite tenue Livia ! gronde l'homme des cavernes en me posant au sol.

—Tu m'as apporté des fringues ? lui demandé-je troublée.

— Oui, me répond Hayden un grand sourire aux lèvres.

     Oh non...

     Je déglutis visualisant comment il s'est emparé de mes vêtements.

— Et avant que tu ne poses la question, oui, j'ai ouvert ta valise. Oui, j'ai pris un haut, un pantalon et même des sous-vêtements et si cela ne te convient pas tu pourras toujours te changer. Et encore oui, pour la question concernant la lingerie, j'ai eu un aperçu plutôt sympa. D'autres questions Livia ?

     Il parait fier de lui, les yeux pétillants de malice avec son sourire ravageur vissé sur sa tete et moi je suis rouge de honte.

— Tu... arghh ! Tu m'énerves !

     Je le pousse et récupère les affaires qu'il a posées sur un fauteuil. Une fois mes sous-vêtements passés -un soutien-gorge en dentelle noire frangée avec de larges bretelles et la petite culotte brésilienne assortie-, je m'empourpre toute seule en pensant qu'il a quand même fouillé pour accorder le haut et le bas. J'enfile le slim bleu et le chemisier blanc. Chaussures ?

— Les chaussures sont là.

     Punaise mais c'est quoi cette blague ? Il est connecté à mon cerveau ?

— J'aimerais bien Trésor, dit-il en rentrant dans la salle de bains.

SOS SOS !

     Oulala danger ! Son frère va vraiment se faire des idées avec ce surnom et le ton suave qu'il prend.

— Tu m'as dit que ta sœur voyait beaucoup de choses, c'est le cas pour Jordy aussi. S'il se passe quoi que ce soit entre nous, il le saura Livia, sans même que je le lui dise, m'informe Hayden à voix basse car il n'a pas fermé la porte. Tiens, enfile ça et on y va. Tout le monde nous attend pour le petit déjeuner au lounge.

— Mais je veux dormir moi ! Bon sang je suis prête à rentrer aux États-Unis rien que pour faire la peau à cette garce qui m'a réveillée !

— C'est une idée ça tiens Trésor ! rigole-t-il. Plus sérieusement, il va vraiment falloir que je fasse quelque chose, elle est allée trop loin.

— Plus loin que de s'attacher à ton lit dans un hôtel tu veux dire ? Elle a quand même de la suite dans les idées! Elle ne te plait vraiment pas ? Elle avait un corps d'enfer pourtant.

— Un corps façonné par de la chirurgie esthétique à outrance, cela ne m'attire pas Livia, ce n'est pas naturel. Et je suis certain que le tien est parfait, avec ou sans ta lingerie d'ailleurs, précise-t-il goguenard.

     Il m'embrasse le bout du nez, geste aussi intime selon moi qu'un baiser, puis me pousse vers la sortie de la salle de bains.

—Jordy, on repasse par la chambre et on vous rejoint en bas...

—Attends Hayden, j'ai un truc à te dire avant. Reste.

— Je pars devant, je peux avoir la clé s'il te plait ?

     Il me la tend en m'assurant qu'il me rejoint rapidement.

     Lorsque j'arrive devant la suite d'Hayden, ma meilleure amie m'attend, main manucurée sur les hanches, postée sur ses talons aiguilles, elle aussi dans un slim bleu et petit pull en laine noire.

— Ouvre cette porte Livy Baby.

— Je suis là Princesse. Ne défonce pas cette pauvre porte qui ne t'a rien fait.

— Livia ... commence Laura.

     Merde, on dirait Moms !

—Je n'ai PAS couché avec lui Laura. Fin de la discussion.

— Ok, mais encore ?

— Bin ce n'est pas assez clair ? J'ai dormi dans le canapé, et lui dans son lit.

— Menteuse, dit-elle lentement en me fixant.

— Bon ok, je me suis endormie dans son lit pendant qu'il prenait une douche, qu'il a prise seul, après que j'ai pris un bain, seule. J'ai répondu à des SMS de Mila, il était trois heures trente environ, et je me suis endormie SUR son lit. Quand je me suis réveillée vers sept heures, j'étais DANS les draps, Hayden a dû me couvrir en s'apercevant que je m'étais endormie et au lieu de me réveiller pour que j'aille sur le canapé que j'avais préparé avec une couette et un oreiller, il m'a laissé dormir et s'est installé à côté de moi. Donc à sept heures, je me suis levée et je suis allée finir ma nuit sur le canapé, jusqu'à ce que l'autre folle ne me casse mon dodo réparateur ! Cela te va ainsi ou tu veux un dessin maman ?

— Ok, et avant de dormir ? Comment t'es-tu retrouvée ici Baby ?

— Tu n'es qu'une peste tu le sais ça ? Je suis sûre que tu as déjà cuisiné Hayden et tu veux vérifier si nos versions concordent, madame l'avocate !

— Réponds.

—Il m'a kidnappée alors que j'attendais l'ascenseur et que j'allais me commander un Uber !

— Et ensuite ?

     Son sourire de peste fend son visage.

     Non ça il n'a pas dû lui dire, nous en avons parlé. Allez, je tente :

— Ensuite, miss détective, nous avons discuté de choses et d'autres et quand j'ai dit à Hayden qu'il fallait que je m'en aille sinon je ne trouverais plus de chambre il m'a laissé deux choix : m'en payer une ici ou dormir dans sa chambre. Et vu le prix d'une nuitée, il était hors de question qu'il m'en paie une !

— Livia, le prix d'une suite pour lui, c'est comme le prix d'une baguette de pain, il va falloir que tu intègres ça Baby !

     Ou pas.

— Peu importe, je ne lui demanderai pas non plus d'aller à la boulangerie pour moi Laura ! m'emporté-je.

— Okay ! capitule ma meilleure amie en levant les avant-bras en l'air. Je suis quand même fière de toi Livy tu sais ? Pour ta réaction hier au club, et parce que je vois bien que tu avances. Je suis certaine qu'Hayden et toi pouvez être amis, mais essayez de rester en vie quand même ! Je ne vous autorise que la mort par orgasmes multiples, dit-elle très très sérieusement.

     Elle réfléchit en posant un index sur sa bouche, puis lance :

— Il me semble qu'on dit « la petite mort »

—Laura je t'ai dit que ...

— Je sais ce que tu as dit. Tu n'as pas couché avec lui, mais ça arrivera peut-être un jour ou peut-être pas. Quoi qu'il en soit, je connais tes goûts, je sais que tu le trouves bien plus qu'à ton goût, et tu l'acceptes déjà dans ton cercle. Tu les acceptes tous Livy, tu te rends compte de l'avancée que c'est ? Je suis tellement fière de toi si tu savais Baby !

Tu es fière de toi miss Broadway ?

     Oui je fais un effort, et ils sont sympa, mais si elle connaissait ma motivation première, elle serait folle.

— Livia tu le vois autrement que comme Hayden Miller, tout comme tu vois Scott comme il est : un homme, mon mari. Tu comprends ?

— Je peux t'assurer que je vois toujours le mister Hollywood en Hayden, Princesse ! Ce type a une fierté aussi haute que la tour Montparnasse en train de se faire monter par la statue de la liberté !

— Tu vois, c'est ce que je dis. Tu ne bloques plus sur la star ! Allez vient, on les rejoint, j'ai faim.

     Moi aussi, et pas que de croissants au beurre.

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