58- Back to L.A

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10 mai.

Livia.


Organisation. C'était le mot d'ordre de ces dernières heures.

 Je pourrais presque remercier ce sale type qui mérite amplement son sort trop doucereux selon moi, même s'il a tout fait pour me faire culpabiliser -et réussi- jusqu'à ce que je comprenne que je n'étais pas la -seule- fautive. Je porte ma croix, à lui de porter la sienne. Et s'il pouvait s'étouffer avec, je reverrais certainement mon positionnement quant à l'existence d'une puissance divine.

 Mila refusant que je reste seule chez moi -alors que je dispose d'un système d'alarme qui me coûte un bras et demi en abonnement tous les mois- et ne voulant pas non-plus dormir à la maison, c'est chez elle que j'ai échoué, avant de passer notre samedi à courir sans avoir eu besoin de nous inscrire à un Marathon. Nous avons joué à une course contre la montre, et gagné.

 Avec l'aide de Mila, une bonne dose d'organisation mentale de ma part pour ne dire que ce que je voulais qu'elle sache en gardant toujours ce fil en main pour ne rien lâcher par mégarde ou me griller, ainsi que la complicité d'Alicia qui a bien voulu me -nous- recevoir samedi après-midi bien qu'elle ne travaille habituellement pas, tout en feintant elle-même de ne rien savoir de plus alors qu'elle m'accompagne dans ce « projet » depuis des semaines, tout s'est bien goupillé.

 Alicia est une pro et plus encore.

 Un mail rapide en dehors du champ de vision de ma brunette lui expliquant le changement inopinée de situation a suffi pour qu'elle rentre dans son rôle et se contente de suivre mes directives à la lettre. Elle sait dans quelles mesures je fais appel à ses services, mais je ne lui ai jamais donné de raison précises. En même temps, je doute qu'elle en demande à ses clients. Elle est là pour effectuer son travail, pas de la psychologie invasive. Et elle a été parfaite, ne laissant jamais paraître qu'elle était déjà au fait de cette décision devant Mila. Elle a simplement eu l'air sincèrement surprise en comprenant qu'elle commencerait sa mission dès lundi et non le mois prochain, comme convenu auparavant.

 Un peu de paperasse pour que Mila n'ait pas à courir de partout à cause de moi en mon absence et c'était réglé comme du papier à musique après être passé entre les mains d'un certain Mozart.

 Ou du moins, j'espère que cette fois, rien de plus ne me tombera dessus. Ce n'est pas comme si le temps s'allongeait pour mes beaux-yeux.

 Alicia a donc été parfaite et n'a fait aucune allusion aux autres tâches que je lui ai confiées. Normalement, cette besogne ne devrait pas être compliquée et j'en serai vite débarrassée. Je croise les doigts, même si cela me fait un petit pincement au cœur en y repensant. Ça allait arriver, mais je pensais avoir encore le temps de m'y faire. Preuve encore que l'attachement est douloureux.

 La voix dans le haut-parleur me ramène à la réalité, déclinant son message en français, puis en anglais :

— Madame, Monsieur, en vue de notre proche atterrissage nous vous invitons à regagner vos sièges et à attacher votre ceinture de sécurité. Assurez-vous que vos bagages à mains sont situés sous le siège devant vous ou dans les coffres à bagages prévus à cet effet et que vos tablettes sont correctement remontées. Les portes et issues doivent rester dégagées de toute entrave.
Il est midi quarante-cinq, le ciel à Los Angeles est dégagé et la température est de soixante-quinze degrés Fahrenheit, soit vingt-quatre degrés Celsius .
Si vous changez d'aéroport avec une correspondance sur un vol Air France, veuillez-vous présenter aux comptoirs du hall 1C et récupérer ensuite vos bagages enregistrés. Toute l'équipe de bord vous souhaite un agréable séjour et espère vous revoir prochainement sur notre compagnie.

 Voilà, nous sommes dimanche et dans moins de quinze minutes, je serai de nouveau sur le sol américain, après plus de onze heures de vol entre Paris Charles de Gaulles et LAX, sans compter le trajet Marignane-Paris. Mon périple fou a débuté à six heures du matin heure française, quand je suis arrivée à l'aéroport Marseille-Provence accompagnée par une Mila soulagée que je mette les voiles par les airs. Il est bientôt vingt-deux heures chez moi, je n'ai pas dormi la nuit dernière car beaucoup trop de choses à faire et à penser -cogiter. Plus de trente-neuf heures sans sommeil mais avec des douleurs bien réveillées et une belle hypoglycémie pour me tenir compagnie.

 J'ai averti Laura et Scott vendredi soir que je serai présente au dîner de samedi soir, et j'ai même eu la folie de leur dire que j'arriverais dans la journée aujourd'hui. Les cris de ma meilleurs amis sont encore gravés sur mes tympans sensibles.

 En revanche, je leur ai demandé de ne rien dire aux Parents ni à Kate, prétextant vouloir leur faire la surprise moi-même lundi ou mardi, selon quand je me réveillerai de mon sommeil prolongé. J'avais déjà compris que je n'aurais certainement pas le temps de dormir convenablement avant mon départ, et qu'il me faudrait faire une sieste de deux jours ensuite à mon arrivée. Seule. Sans personne pour me solliciter dès aujourd'hui. J'avais raison : je me vois déjà m'endormir dès que j'aurai mis un orteil dans ma chambre d'hôtel.

 Aucun rapport avec une quelconque envie de participer aux réjouissances non, mais une nécessité de m'éloigner quelques jours. Mila et moi nous sommes organisées pour le boulot et les quelques rendez-vous que j'avais de prévus. Elle va réaménager son agenda pour les assurer à ma place, aidée par Naïs qui est au top, une vraie perle. Quant à moi, je m'occuperai en télétravail de toute la gestion administrative ainsi que des plans et suivis des dossiers. Une team cent pour cent féminine qui tient la route ! Girl power !

 Ma copine survoltée a beau être un vrai moulin à parole, exubérante, mue de l'idée fixe de me faire rencontrer l'amour après lequel elle court sans relâche, il n'y a pas plus attachiante qu'elle. J'ai une chance inouïe qu'elle m'ait acceptée avec mes lacunes tenaces et mon tempérament solitaire, et je compte bien qu'elle sache un jour à quel point sa présence a été d'un grand soutien. Une petite idée s'infiltre dans mon crâne.

 Pourquoi pas !


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