68- Mauvais Timing

13 minutes de lecture

Livia.

It's fun to stay at the YMCA

It's fun to stay at the YMCA

They have everything for you men to enjoy

You can hang out with all the boys

It's fun to stay at the YMCA

It's fun to stay at the YMCA

— Hayden ! je lui crie pour qu'il fasse cesser ce raffut qui m'a réveillée en sursaut, une main sur mon cœur qui bat à tout rompre.

Il grogne. Je repousse le drap pour offrir un peu d'air frais à mon épiderme en feu. C'est qu'il me tient chaud, mon compagnon de chambre !

— Putain je vais le tuer ce mec ! Allô ? fait-il en décrochant son téléphone.

C'est quoi cette sonnerie ? Un message subliminal ?

— ...

— On avait dit neuf heures Joey et il n'est que ... huit heures vingt-cinq, vocifère Hayden à son interlocuteur après m'avoir grimpé dessus pour regarder l'heure sur mon réveil.

Cette fois, il n'est pas rentré dans ma chambre pendant que je dormais. Non, plutôt quand je prenais mon bain après une trop longue journée.

Il me fallait du temps pour moi, pour remettre de l'ordre dans ma tête pendant qu'une bonne tartine de crème pour hématome posait sagement sur ma joue abimée. Un moment salvateur dans un bain moussant qu'Hayden a interrompu d'un regard aguicheur et insolent alors que je repensais à mon déjeuner avec son frère, et à comment m'y prendre pour accélérer le processus qui stagne.

Jordan Miller, la commère toujours dans les parages quand je relâche ma garde, comme hier matin dans la cuisine, alors que ma bouche était littéralement engluée à celle du propriétaire des lieux. Et la commère ne m'a posé aucune question sur ma liaison avec Hayden. Aucune, et c'est louche, un malvoyant l'aurait vu à mille bornes. La logique dit donc qu'il a dû cuisiner son frère lorsque je les ai laissés seuls pour aller télétravailler dans ma chambre, loin e se moment de gêne dont je me serais bien passé, mais surtout que ledit frère a eu tout intérêt à être capable de jouer les muets. Pour un acteur tel que lui, ce ne doit pas être bien compliqué.

Si toi tu peux le faire, un acteur doit pouvoir s'en sortir, valide ma conscience.

S'il n'a pas mené d'enquête indiscrète sur ma vie intime, Jordan m'a parlé de son travail et de lui. Si je savais qu'il était l'avocat de ses deux stars de frangins, il m'a appris qu'ils ont été ses premiers clients après qu'il eut passé l'examen du barreau. Cela démontre encore une fois à quel point ils sont liés, tous les trois, et m'empêche d'en vouloir trop à Hayden d'avoir délabré notre pacte parisien qui stipulait que rien ne devait sortir des murs de cette salle de réunion.

Ayant un avocat sous la main, j'en ai profité pour lui glisser que j'aimerais beaucoup que nous entamions les démarches de dissolution de mariage, histoire qu'il en touche deux mots à son client. On n'est jamais trop nombreux à aborder ce sujet autorisé, et après tout, si Jordan sait pour le mariage-divorce, c'est aussi et surtout parce qu'il est le frère du cosignataire de ce foutu certificat de mariage !

Je sais déjà par Laura que nous devons rédiger un MSA -Marital Settlement Agreement- et puisque nous n'avons absolument rien en commun, je me dis que ce sera une formalité rapide. Mais encore faut-il que les choses bougent. J'ai besoin que ça avance, toutefois je refuse que Doug fasse jouer ses relations pour cette belle connerie. Laura me l'a proposé, mais non.

Il faudrait d'abord qu'il ait vent de la « situation ».

Mis à part ce formulaire, il n'y aurait rien à remplir. Et puis je ne vois même pas ce que nous allons pouvoir mettre dans ce document qui rassemble les termes de notre divorce puisqu'encore une fois, nous n'avons rien en commun, en dehors de cette situation qui s'éternise.

Est-ce qu'il est de mon côté pour m'aider à secouer son frère ? Non, enfin je ne crois pas. Pour seule réponse à mes yeux de biche -regard que je ne sors qu'en cas d'extrême nécessité- j'ai eu droit à :

« Oui, mais je préfèrerais que tout ça passe d'avocat à avocat Livia. Je suis peut-être ton beau-frère, mais je ne suis pas ton avocat et seule Laura doit te conseiller, il ne doit pas y avoir de conflit d'intérêt. »

Quel intérêt en plus ? Bref, j'avais l'impression qu'il marchait sur des œufs tant il semblait mal à l'aise. Hormis cet intermède étrange qui m'a laissée dubitative dans mon bain, j'ai passé un très bon moment avec lui. Nous avons parlé de tout et de rien, de mes hobbies sur mon temps libre, de mon boulot qui m'en laisse peu, de ma seule véritable amie en France, ma précieuse Mila, puis des amours tumultueux du beau brun aux yeux clairs.

J'ai l'habitude d'écouter les péripéties sentimentales et sexuelles de Laura et Mila qui n'est pas non plus pas avare en mots à ce sujet, mais Jordan peut parfaitement intégrer leur groupe de déjantées, même s'il a un pénis. Il m'a fait rire et m'a même attendrie, alors que moi, l'amour, en dehors du familial, je n'y connais strictement rien. Quant aux relations de couple, plus ignorante que moi, ça ne doit pas exister.

Je pense que j'ai une certaine logique quand on me demande ce que je pense de telle ou telle situation, mais aucune expérience personnelle en la matière. Et je ne m'en plains pas bien au contraire, c'est moi qui ai voulu que les choses soient ainsi. Rien ne devait m'éloigner de mon but, me ralentir.

Lorsque l'on conclut un pacte, scelle une promesse, surtout enfant, on n'imagine pas le poids des mots, ou même qu'il faudra le tenir vraiment, ce fichu serment. J'imagine qu'à l'âge adulte, c'est un peu pareil, mais la valeur des mots n'est plus la même. La maturité apporte un regard qu'enfant, nous n'avons pas encore. Et moi il y a bien longtemps, je suis passé par là, par un pacte. Pas avec le Diable non, mais j'ai cacheté le déroulement d'une journée de ma vie, issue finale de plusieurs années à vivre uniquement pour cela.

Je ne pensais pas qu'un jour, ce serait à moi de l'honorer, cette promesse. Mais si j'en suis là aujourd'hui, c'est car je suis responsable d'être celle qui doit la tenir. Les termes étaient clairs, précis, pourtant tout me paraissait si abstrait alors qu'à présent, tout est tellement trop concret.

J'ai tenté de respecter au mieux chacun de mes engagements, néanmoins avec le recul, je me dis que j'aurais parfois pu mieux faire. Je crains même de ne pas avoir fait assez, alors je dois vivre plus fort et plus ardemment le reste, pour une balance à l'équilibre. Pour lui.

Alors j'ai vécu ma nuit avec Hayden intensément, mais je l'ai fait égoïstement cette fois. Pour moi, d'abord et surtout, juste pour cette fois. Pour mieux reprendre de l'élan.

Je l'ai laissé se glisser dans la baignoire derrière moi, faire grimper ma température corporelle par ses caresses et ses baisers de plus en plus appuyés, de moins en moins chastes, se frotter contre mes reins puis mes fesses, s'amuser de l'effet qu'il me faisait puis me déposer encore trempée sur le rebord du lavabo et me lécher jusqu'à ce que je hurle son nom sans aucune retenue.

Je lui ai permis de me baiser autant de fois que mon corps a pu le recevoir, jusqu'à ce que j'atteigne les limites de mon endurance et mon vagin les limites de ce qu'il pouvait supporter. Je risque d'avoir du mal à porter autre chose que des robes pendant plusieurs jours, mais ça valait le coup. Chaque coup de butoir profond valait les maux de ce matin. Vraiment. Et si je pensais qu'à Londres Hayden avait été endurant, j'étais encore très loin du compte. Je crois qu'il relève plus de la machine que de l'humain. J'appelle ses sbires de gardes du corps des Terminators, mais Hayden se pose là, en machine infatigable et robuste. Pire qu'un gladiateur...

Je n'ai pas dormi plus de deux heures, je peux sentir chacun des muscles de mon corps comme si je venais de faire huit heures de pilâtes consécutives et j'aurais pu dormir encore un peu si ce Tyran de Joey n'avait pas téléphoné. Je suis courbaturée, fatiguée, mais repue de sexe.

— Non je ne suis pas prêt Joey ! Neuf heures, ça veut dire neuf heures. Si c'était huit heures trente, t'avais qu'à le dire, merde ! crie-t-il en raccrochant avant de balancer son téléphone à l'autre bout du lit.

Bien fait !

— Bonjour Trésor, murmure-t-il contre mes lèvres avant de m'embrasser langoureusement.

Sa langue me caresse, sa main droite patine le long de mon flanc réveillant de longs frissons sur ma peau, les miennes s'agrippent à ses cheveux pour qu'il ne s'éloigne pas. Nous sommes tous les deux nus et son érection matinale s'appuie sur mon clitoris encore -trop- endolori. Il est en état pour un énième round, mais je ne suis plus bonne à rien.

— Désolée mais là, c'est en maintenance pendant plusieurs jours Hero, je lui souffle tandis qu'il s'empare déjà de mon téton gauche en remontant l'une de mes cuisses sur sa hanche.

— Je me contenterai de m'occuper de ta jolie bouche alors, répond-il pas le moins froissé maintenant que ma peau est en feu mais mon sexe non fonctionnel.

Il est dur contre moi, difficile à croire qu'il va pouvoir se contenter de si peu, d'autant plus quand je repense à son énorme libido qui ne semble jamais rassasiée.

— Tu sais que tu peux toujours ...

— Finis cette phrase Trésor et dès que tu seras de nouveau sur pied, je te ferai regretter chaque mot. Je ne toucherai aucune autre femme et aucune autre femme que toi ne me touchera Livia.

Puis il m'embrasse de plus belle avec une fougue qui me fait presque regretter de ne pas pouvoir remonter à cheval tout de suite. Nos gémissements se confondent, nos peaux se cherchent, nos mains se trouvent au-dessus de nos têtes et nos doigts s'entremêlent tandis que nos sueurs se mélangent. Le temps s'étire et l'on s'échauffe, de plus en plus pantelants, jusqu'à ce que nous soyons soudain... interrompus.

— J'aurais dû m'en douter ! vocifère une voix hargneuse trop près de nous.

Je me fige, indisposée par cette intrusion, serrant le draps sous moi pour me calmer.

— Hero qu'est-ce que...

— Putain mais dégage de là Joey !!!

RIP mes oreilles, je vous aimais bien.

Hayden hurle à pleins poumons mais ne bouge pas pour protéger ma nudité, exposant lui-même son postérieur nu à la vue de son agent, l'enfoiré malpoli qui est entré sans y être autorisé, ni invité. Je voudrais disparaître, fusionner avec le matelas, alors que ce n'est pas moi qui viens de violer l'intimidé de quelqu'un. Et mon intimité, j'y tiens. Interdite autant que brulante de colère, je ferme les yeux et serre

Moi aussi.

Hayden qu'est-ce que tu fous avec el...

— T'as trois secondes pour dégager avant d'aller pointer chez le dentiste espèce de malade ! Casse-toi !

C'est bien la première fois que je le vois sortir de ses gonds. Son manager ne dit rien de plus et quitte la pièce. Un vent froid me recouvre quand Hayden se lève prestement. Ahurie, je suis le mouvement et vais attraper de quoi me vêtir pour aller dire ma façon de penser à ce connard. S'il croit que je vais me laisser faire à chaque fois qu'il les a à l'envers, il se fout le doigt dans l'œil jusqu'à la prostate !

L'autre soir, je n'étais pas dans mon assiette et il y avait du vrai dans ses attaques, mais là, ce matin, se pointer ici comme s'il avait tous les droits y compris dans la chambre qu'Hayden me prête, c'est non. J'ai encore une once d'amour propre pour moi, suffisamment pour lui montrer que je ne suis pas une petite chose qu'il peut écraser au gré de ses humeurs.

— Hayden je te jure que cette fois, je vais me le faire ! Manager ou pas ! je l'avertis en enfilant une robe noire à la va-vite, sans prendre le temps de mettre des sous-vêtements.

Hayden se rapproche de moi en deux enjambées et prend tout doucement mon visage en coupe pour ne pas me blesser, puis plonge son regard tumultueux dans le mien tout aussi coléreux. Son bleu est plus foncé, ses traits tirés, et avant qu'il ne pose la question, j'ai déjà tout lu dans ses pupilles :

— Qu'est-ce qu'il t'a dit l'autre soir Livia ?

— Je te l'ai dit, rien que je ne savais déjà, dis-je doucement. Carpe Diem.

— Ça veut dire quoi ça ? souffle-t-il en retour.

— Simplement que les choses sont ce qu'elles sont Hayden.

J'imite ses gestes et passe mes paumes sur ses joues râpeuses, mon cœur cognant trop fort de la tempête que son manager a mis là. Il me scrute, m'explore, mais je ne dirai rien. Je suis de passage dans sa vie, notre mariage laissera suffisamment de traces dans la presse, peut-être même dans sa famille croyante en cette institution qui n'aurait jamais dû m'atteindre, pas la peine de le marquer d'avantage en lui racontant tout le bien que pense son agent de moi. Et puis je ne suis pas naïve, je vois d'ici ce qu'il va lui dire lorsqu'il apprendra pour notre divorce et donc, notre mariage. Cela ne fera que confirmer ce qu'il pense de moi. Ou alors...

Vous lui dites la vérité.

— Livia... pose-t-il sont front chaud contre le mien.

— Je ne te reprocherai jamais qui tu es, et je sais qu'il a raison, sur presque tout. Alors détends-toi, je ne t'en veux pas.

Je le contourne rapidement puis sors de ma chambre en trombe.

— Livia ! Livia reviens ici !

Je traverse le couloir aussi vite que mes muscles fatigués me le permettent, prenant un peu d'avance pendant qu'Hayden enfile son short. Lorsque j'arrive dans le séjour, son agent est tranquillement en train de se faire couler un café dans la cuisine, comme si de rien n'était. Je me plante devant lui, mains sur les hanches avant de lui cracher ma colère au visage en premier :

— Pour qui vous vous prenez !? Ma chambre n'est pas un moulin ! C'est un lieu privé putain ! Espèce de...

Putain ? me reluque-t-il avec dédain des pieds à la tête. Parlons-en de la putain et du moulin, oui ! C'est privé et réservé pour Hayden jusqu'à ce que tu écartes les cuisses pour le prochain type plein aux as qui croisera ta route et petit ton cul, non ? m'attaque-t-il. Avec un visage et un physique tel que le tien, nul doute que tu vas pouvoir jouer les putes de luxe avec toute l'élite des États-Unis, c'est certain et...

Limites atteintes. Le mot de trop. Il n'en faut pas plus à ma main qui a des oreilles pour lui coller une gifle magistrale à laquelle il ne s'attendait pas, au moment où Hayden hurle son prénom en l'entendant me parler ainsi. Le choc est rude, pour nous deux. Le courant remonte de mes doigts à ma nuque, sa tête fait un joli quart de tour et il vient rapidement frotter la zone rougie portant mon empreinte. Son regard noir me foudroie mais je ne lui laisse pas voir à quel point il m'a blessée, parce que je sais faire ça.

Les mots peuvent avoir autant d'impact que les gestes, et certains d'entre eux sont des retours dans un passé venimeux. Je me crispe et avale une flopée d'insultes qui menacent de passer mes lèvres.

— Comment oses tu venir chez moi, entrer dans sa chambre sans y être invité et lui parler de cette manière ! l'invective -t-il de toute ses forces en approchant de lui en mode bulldozer. Tu vas trop loin!

Rouge de colère, les mâchoires contractées, ses poings se serrent et se desserrant à plusieurs reprises à s'en faire blanchir les jointures. Dans ses yeux, je vois qu'il est prêt à utiliser notre mariage pour défendre mon honneur. Sauf que je ne veux pas, ça ne changerait rien, son Joey me prendrait tout de même pour celle que je ne suis pas, et l'effet pourrait être contraire.

Une boule de feu ravage mon estomac, tout ça, c'est trop, ça prend des proportions dont je ne veux pas avant même que l'on ait signé les papiers. Il faut qu'on arrête, que je sorte de son paysage. Je ne veux plus être un poids, pour personne ; jamais.

— Livia est...

— La sœur de Scott !

Je hurle à mon tour à m'en rompre les cordes vocales en portant ma main à la bouche d'Hayden qui allait lâcher la vérité, lui faisant un léger signe non de la tête, pour lui signifier que je ne veux rien qu'il dise. Pas là, pas comme ça, pas pour ça ; moi.

— Et je ne manquerai pas de lui faire part de votre opinion sur moi et du vocabulaire très poétique, fleuri et imagé que vous avez employé à mon égard monsieur Herrera, j'ajoute pour le faire chier. Sur ce, je me tire d'ici avant de péter un câble et de finir en garde à vue « pour coup et blessures volontaires sur sale connard mal élevé », annoncé-je à Hayden en me tournant vers lui. Je dois me trouver une robe pour samedi...

— Attends, Livi...

— ... et je dormirai chez Ava et Doug ce soir. À plus.

— Livia non ! Attends...

Trop tard, ma décision est prise. Je ne serai pas là ce soir.

Je ne veux plus être un poids.

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