76 - S.O.S

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Livia


     Lorsque je remonte pour rejoindre la fête plus de trois quarts d'heure après m'être éclipsée en douce, recoiffée et remaquillée, je suis non seulement sur les rotules, a un cheveu de la crise d'hypoglycémie, mais rien de très étonnant finalement au regard de l'énergie que j'ai dépensé, et morte de trouille à l'idée qu'Ava et Doug se doutent de quelque chose. Pas de mon mariage non, mais de mon absence en même temps d'Hayden, sachant que j'habite normalement chez lui. Pour corroborer au mieux mon évasion pour cause de coup de fil, j'envoie un message SOS à Mila juste avant de rentrer dans la salle de réception.

{Mila, STP, besoin d'aide. Appelle-moi une première fois, je ne répondrai pas. Mais recommence jusqu'à ce que je décroche. Plusieurs fois. Besoin d'un alibi.}

     Mila me fait souvent ce plan-là quand elle veut échapper à un date qui ne lui convient pas. C'est elle qui a mis en place le procédé, alors pour une fois où je m'en sers, j'espère qu'elle va m'aider. Je croise les doigts pour qu'elle soit debout avant dix heures. À peine ai-je eu le temps d'arriver à hauteur d'Ava et Doug et de déposer mon téléphone portable bien visible sous les yeux de Mams, que Mila m'appelle.      Mer.ci !

— Eh bien ma fille, où étais-tu passée ? s'enquiert Doug qui termine sa coupe de champagne.

— Excuse-moi Paps, j'avais un coup de fil que je ne pouvais pas manquer.

     Mais j'avais surtout « un coup » que je ne voulais pas manquer.

     Et ça valait le coup.

— Je comprends ma chérie ne t'inquiète pas. Tu ne décroches pas à Mila ?

     Le téléphone vibre sur la table. Le visage de ma copine s'affiche sur l'écran. Elle me rappelle une deuxième fois, puis une troisième.

— Elle doit vouloir savoir comment s'est passé le rendez-vous. Je lui explique rapidement et je reviens. Excusez-moi, encore.

     Je reprends mon téléphone et pars m'isoler au fond de la pièce mais sans quitter le champ de vision des parents.

— Mila ! Merci, ma sauveuse !

— De rien bichette, j'avais fini par croire que ce jour n'arriverait jamais, plaisante-t-elle. Homme ou femme ?

— Homme.

— Ça ne se passait pas bien ?

     Si.

Plus que bien même

— Oh mais attends, Livia Gardini ! C'est le soir du diner de Laura !? hurle-t-elle. Tu avais besoin d'un alibi pour t'échapper d'un type collant ou... autre ?

— Ok Mila, je n'ai pas beaucoup de temps. C'est un homme, je n'ai pas cherché à m'en débarrasser mais j'ai dû m'éclipser quelques minutes et un ami m'a couvert en disant que j'avais pris un appel de la France, il fallait donc que je sois sûre qu'Ava et Doug n'aient eu aucun doute sur le truc, tu piges ?

— Oh Livy ! Tu me raconteras hein ?

— Mila...

— Rho, tu ne peux pas être un peu plus comme moi ? se plaint-elle. Bon pendant que je t'ai, regarde tes mails, Alicia a dû t'envoyer la date prévisionnelle. Pour ta voiture c'est bon, c'est géré aussi, il ne pourra plus te trouver par la carte grise s'il avait des contacts, on ne sait jamais. J'ai les clés de la nouvelle. Tu rentres quand?

— Je pense prendre un vol lundi.

— Super ! Tu me donneras l'heure d'arrivée, je m'organiserai.

— Merci Mila, tu ne peux pas savoir à quel point tu m'aides tu sais, lui dis soudain émotive.

— Mais ma bichette, je t'aime, je suis là pour toi, ok ? Oh attends !

— Quoi ?

— Il est là n'est-ce pas ?

— Qui ?

— Hayden ! Qui d'autre ? Tu as bu ?

     Je suis ivre d'endorphines et de douleurs, surtout. Hayden, évidemment...

— Oui. C'est le témoin de Scott, Mila.

— Il est canon ? Je suis sûre qu'il doit être canon Livy !

     Et elle est encore loin du compte ...

— Mila... soupiré-je exaspérée par son obsession pour lui -comme si j'en étais étonnée, il est canonissime ! (Ça n'existe pas ? on s'en fout ! pour lui, on peut bien inventer un mot pour lui). Il est séduisant. Tu t'en doutes, et il est mieux qu'à la télévision ou sur grand écran.

Sexy, hot, désirable, attirant, incroyablement et spectaculairement beau etc.

— Allez Livy !

— Quoi ?

     La tête me tourne, mon ventre se crispe. Il faut que je m'assieds. Quoi que, mauvaise idée.

— Juste UNE photo, me supplie-t-elle tandis que j'inspecte la pièce pour le repérer.

     Et je l'ai en ligne de mire. Ça ne s'arrête jamais ?

— Punaise c'est pas vrai ! soufflé-je pour moi-même. Ok, Mila ! Je vais en prendre une tout de suite, attends, ne quitte pas surtout, ne raccroche pas. Reste en ligne.

     Je traverse la pièce jusqu'à lui. Il est entouré de mes cousines Hailey et Ashley, de tante Phoebe, la sœur ainée de Doug, mais aussi de Zoey qui fusille Kirsten du regard car elle s'agrippe à Hayden comme une moule à son rocher. Lui tente encore de virer sa main de son épaule droite pour la deuxième fois en vingt secondes qu'il m'a fallu pour rallier le groupe. Les autres sont tellement dans la conversation qu'elles ne semblent pas remarquer qu'il essaie de s'en débarrasser, du parasite.

—Vous formiez un très joli couple, leur sourit Hailey.

     Ferme-là Hailey ! Et ouvre les yeux !

— Oh merci c'est tellement vrai, tu entends Hayden chéri ?

Hayden Chéri ? Sérieusement ?

     Mais elle n'a pas fini avec ses « chéri » ? Elle ne voit pas qu'il n'en a rien à foutre d'elle ? Elle est pathétique.

— Peut-être mais la page est tournée depuis longtemps Kirsten, tu finiras par trouver ton homme idéal, ne t'en fais pas, nous avons tous chaussures à notre pied. Le tout et de savoir être patient, lui dit-il presque gentiment.

     Mes ses yeux lui ordonnent de se barrer, moi, je le vois.

— Oh quelle belle philosophie ! Vous avez raison jeune homme, acquiesce Tante Phoebe. Cela ne sert à rien d'être pressé et de courir après l'amour coûte que coûte. Il arrive toujours quand on s'y attend le moins, et souvent là où on ne l'y attend pas. Et c'est là qu'il est le plus beau. L'important, c'est de savoir le reconnaître et le garder quand il est en face de nous.

     Et devinez qui dévore encore Hayden du regard, pleine d'espoir pendant que Zoey elle, m'observe de manière approfondie, un léger sourire aux lèvres ? Quoi ? Ça la fait rire de voir Hayden dans cette situation ou bien elle attend que je le sauve de la sangsue et s'en réjouit d'avance ?

Bon sang Livia !

— Pardon d'interrompre votre discussion philosophique sur l'amour, m'annoncé-je, mais je dois vous emprunter monsieur quelques instants. Hero, dis-je volontairement pour faire rager son ex en posant mes mains sur son biceps gauche, Mila demande une faveur, je peux t'arracher à ces dames?

     Traduisez « à cette folle ».

— Livia ma chérie, me dit ma tante faisant fi de ce que je viens de dire -comme d'habitude quand elle a une idée en tête. Quand comptes-tu nous présenter quelqu'un ? Tes deux sœurs sont casées, il ne manque plus que toi ma beauté !

— Rien ne presse, lui souris-je exagérément.

     Compte là-dessus et bois de l'eau fraîche, pensé-je.

— Une jeune femme aussi séduisante et intelligente que toi ne doit pas manquer de prétendants en France. Et si besoin Cameron est tout disposé à...

—Tu sais très bien que je joue à cache-cache avec Cupidon Tante Phoebe, et c'est toujours moi qui gagne ! déclaré-je de manière théâtrale et humoristique. Vingt-cinq ans de pratique, il a fini par comprendre à qui il avait affaire, le gros joufflu flèche. Hero, tu viens ou pas ?

     Je ne lui accorde pas réellement le temps de répondre quoi que ce soit et je le tire vers moi sous les yeux médusés -et hargneux - du pot de super glue et abasourdis de mes cousines de me voir interpeller Monsieur-La-Star ainsi. Mes pas deviennent douloureux, les ligaments entre mes jambes me tirent anormalement et la migraine revient. Mila est toujours en ligne. Je crois. J'espère.

— Mila ?

— Oui, je suis toujours là, mais je n'ai pas tout compris, vous parliez trop vite !

— Pas de problème, c'était sans importance leur jérémiades de toute façon. Bon j'ai réussi à tirer Hayden des griffes de la sangsue qui l'avait pris pour une poche de sang fraîche, tu es bien consciente qu'il sera habillé sur la photo n'est-ce pas ? demandé-je pour plaisanter.

— Livia Gardini Dieu du ciel, tu as osé !!!

     Hayden me prend mon portable des mains et enclenche le haut-parleur :

— Bonsoir Mila, tu veux une photo c'est ça ? l'interroge-t-il en français.

     Son accent fait fondre un iceberg, quelque part dans le monde. Moi, je bouillonne. Littéralement. Quelqu'un a éteint la climatisation ?

—Heu... heu... Bonsoir Hayden...baragouine la copine d'une toute petite voix que je ne lui connaissais pas.

— Pas de problème, je vais te faire ça.

     Il ouvre l'appli de mon téléphone, se prend deux fois en photo en selfie, une marrante et une plus stricte, puis part en courant vers Scotty et réitère avec lui. Je le vois défaire mon stylet de loin, signer et passer l'objet à son meilleur ami. Il prend même une photo de King Kong et Jess. J'envoie le tout à Mila.

— Ohhhh merciii !!! C'est trop gentil ! Merci ! glousse-t-elle.

— Je t'en prie, ce fût un plaisir de vous faire plaisir mesdames, dit-il solennellement en me gratifiant d'un clin d'œil goguenard.

     Le roi du double sens ce type !

— Mila je te laisse ma belle, je suis à deux doigts du malaise, je dois manger et prendre mes cachets. Je t'appelle demain, Bye !

     Elle ne répond pas, trop occupée à lorgner les images qu'elle vient de recevoir. Pas de doute, au remariage de Laura et Scott, elle va le coller comme son ombre et elle pourra puisque nous aurons divorcé d'ici-là. Et mieux vaut elle que la dinde qui n'a pas l'air de saisir qu'il n'ira plus en exploration dans sa petite culotte. Je ne sais pas pourquoi ils se sont séparés, mais il est clair qu'il ne veut plus d'elle.

***

     Il est deux heures moins dix du matin lorsque je rejoins la salle après une énième pause toilettes, ma vessie se remplissant de plus en plus vite. Les grands parents des deux côtés du couple Hartley nous ont laissés pour aller se coucher, séjournant tous sur place. Plusieurs invités se sont également retirés et nous ne sommes plus qu'une petite vingtaine. J'ai repris quelques forces tout à l'heure en avalant une deuxième part du cake aux fruits rouges et au glaçage vanillé, et deux jus d'agrumes. J'aurai pris cinq kilos à mon retour en France, minimum. J'ai bien dansé quelques minutes avec Nick, mais rien qui a pu faire fondre les calories si rapidement.

     Une troisième vague de fatigue s'empare de moi à présent mais vu l'heure, ça n'est pas anormal. Plus que la fatigue, ce sont mes maux de ventre qui ne font pas de sieste qui deviennent insupportables. Il me faut de la codéine.

     Scott, Hayden, Doug et Jordan discutent boulot, Jordan étant ravi de faire la connaissance de Maître McAlleigh , avocat réputé dans l'État et au-delà. J'avale tranquillement mon comprimé blanc au moment où Ava s'assied à ma gauche après avoir longuement dansé elle aussi.

— Livia tu as mal ? me demande-t-elle en attrapant ma boîte de comprimés dans mes mains.

—Ce n'est rien Mams, je pense que je vais avoir mes règles un peu en avance. Ça me tire, grimacé-je, mais arrête de t'inquiéter. Des millions de femmes sont indisposées et on y survit.

     Ok, la petite boutade ne passe pas. Trop tard, ou tôt, question de point de vue.

— Livia je suis médecin, ne me prends pas pour une idiote. Tu as mal, personne ne prend un antalgique aussi fort pour deux tiraillements avant d'avoir ses règles !

     Où est le secret médical ?

     Elle s'exclame sans aucune pudeur, ce qui fait tilter Doug qui interrompt sa conversation. Tous les regards se déportent vers moi.

— Parfait ! Vraiment, c'est top la discrétion dans cette famille, je vous jure ! me renfrogné-je en croisant les bras sur ma poitrine, vexée.

     Et crevée.

Non pas que les menstruations soient un sujet tabou pour moi, mais tout de même, ce n'est ni le lieu ni le moment d'aborder ce sujet.

     Bon sang, j'ai mal.

— Qu'est ce qui t'arrive Livy Baby ? s'en mêle Laura qui arrive avec Kate et Joshua.

— Votre sœur a mal et me prend pour la dernière des cruches ! relate Ava à ses filles. Kate, elle vient de prendre de la codéine. Et ce n'est pas la première fois, elle en a déjà pris en début de soirée.

     Mais ... ? Comment elle le sait ?

— Mais c'est Katy qui me l'a prescrite bon sang Ava !

— Livia McAlleigh ! s'écrie-t-elle ce qui fait sursauter Doug.

     Ava ... ok, elle n'a pas apprécié. Elle devrait savoir qu'après minuit, je suis un gremlins.

— Ava ma chérie, laisse ma fille tranquille s'il te plait ! gronde Paps pour me défendre. Toi et tes fichues déformations professionnelles, ça suffit ! Ce n'est ni le lieu ni le moment. C'est une adulte et c'est Kate son médecin.

     Merci !

— Je lui ai prescrit maman. Mais Livia a une tension trop faible c'est vrai qu'elle n'aurait pas dû...

—Je suis juste fatiguée, Katy. Je ne tiens plus debout.

— Mais tu avais ...

— Kate qu'est-ce que je viens de dire ! résonne de nouveau la voix de Doug. Allez en discuter en privé ! Est-ce que vous voulez que j'étale vos problèmes médicaux devant tout le monde moi !? prévient-il en pointant Kate et Ava. Livia, va te coucher ma chérie si tu te sens mal, il est déjà tard.

      Hayden se lève et enlace Laura.

— Je me lève à sept heures tout à l'heure, je dois être à l'aéroport à huit heures, je vais rentrer dormir un peu.

— Je vais aussi aller me coucher, annonce Scott. Sven passe me prendre ici à sept heures trente.

—Pareil pour moi, annonce Nick. Hayden je passe te prendre à quelle heure ?

— C'est moi qui passerai. Sept heures quarante.

     Puis il se tourne vers moi :

— Livia, tu dors ici où tu veux que je te ramène ?

— Je rentre avec toi si ça ne te dérange pas, je dois finir ma valise demain matin.

     Il plisse les paupières mais opine.

     Je me lève, réprime un vertige, mes yeux ne voulant plus rester ouverts. J'ai l'impression de ne jamais avoir été aussi fatiguée tout à coup. Nous saluons tous les survivants de la soirée, ma meilleure amie m'enlace -trop- longuement, et me répète à quel point elle est contente que je sois venue, à tel point que Doug est encore obligé d'intervenir :

— Laura laisse ta sœur respirer un peu bon sang ! Vous allez la tuer à force !

— Tu n'es qu'un rabat-joie Papa !

— Dors bien ma chérie, me dit-il en embrassant ma joue. Et passe nous voir avant ton départ lundi.

     Je dépose à mon tour un baiser sur sa joue.

— Bien sur Paps.

— Lundi dix heures au cabinet de Stacy, Livia McAlleigh me rappelle Kate ! Sinon j'envoie Joshua te chercher et je te préviens, il est de repos demain et lundi ... et moi de garde demain et lundi, se plaint elle au passage. J'ai juste débloqué une heure pour ma petite sœur. Mais il le fera, sois en sûre Darling !

— Oui Docteur ! imité-je un salut militaire.

***

— Je vais t'aider.

— Merci...

     En arrivant chez Hayden, je tiens à peine sur mes jambes et il doit m'aider à me trainer jusqu'à ma chambre. La codéine commence à faire son effet, même si je me sens vaseuse. Je me suis endormie dans la voiture et ce réveil est de trop. Ma tête tourne, mes paupières sont lourdes, mon estomac est en mode essoreuse. Le réveil fera mal demain matin. Enfin, ce matin.

     Je n'ai bu qu'un verre et demi, mais je n'aurais pas dû. Je rêve de me mettre en position fœtale et j'aurais adoré avec ma bouillotte pour le ventre avec moi. Mes règles ne sont pas encore là, mais je sais que les jours à venir s'annoncent douloureux, en plus de fatiguants, et pas qu'à cause du décalage horaire qui risque bien de me tuer. Le combo est meurtrier.

— Livia, tu es certaine que tu vas bien ?

— Oui, je suis crevée Hayden, et la codéine me fait somnoler, tout le temps. Et l'alcool... aussi... Merci de m'avoir aidée.

— Pas de quoi bébé.

     Il embrasse le creux de ma nuque. Je peine à me déshabiller, un éclair vif me perce mais je retiens un gémissement.

     Hayden me vient en renfort pour la fermeture éclair de ma robe puis je me retrouve nue devant lui avant d'enfiler une culotte en coton et mon pyjama en soie rose bonbon qui m'attendait sur l'ilot du dressing.

— Livia, tu seras à Paris dans quinze jours ? Tu pars toujours lundi après-midi ?

     Pas le moment de discuter. Dodo.

— Oui. Et Je ne sais pas H, mais je te tiendrai au courant... promis, chuchoté-je en me glissant sous les draps que je remonte jusqu'à mon menton.

     Il dépose un doux baiser sur mes lèvres, puis mon front, encore mes lèvres. Je sais qu'il ne restera pas ici cette nuit, et alors que je me dis qu'il aurait pu me servir de bouillotte humaine et que je n'aurais rien trouver à y redire, je me sens partir, à bout de forces, sans pouvoir lutter. Je veux juste dormir. 

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