2 - Panique. Acte II

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Laura.

Toujours prostrée dans la salle de bains démesurée du Palace et l'estomac en charpie, j'inspecte ce qui m'entoure : du marbre blanc et gris perle du sol au plafond, des dizaines de spots encastrés donnant l'impression d'un ciel étoilé. Mon regard s'immobilise sur le miroir géant. J'aperçois ma mine déconfite de jeune mariée encore sous l'effet des vapeurs d'alcool. Mes yeux bleus sont encore rougis de fatigue et des larmes de joie que j'ai versées. Heureusement que nous avons pris une douche - coquine et très hot- cette nuit, au moins mes cheveux propres m'évitent de ressembler à un panda délavé à cause d'un maquillage à la dérive sous cinquante degrés Celsius. Quoi qu'il en soit, je suis quand même une jeune mariée qui va devoir tout déballer à sa sœur, telle une enfant de huit ans sur le point d'avouer à ses parents qu'elle a tondu le chat et teint le chiot en jaune poussin après lui avoir fait une manucure rouge dans les règles de l'art. Je marche, non je cours- vers la potence.

Avec de l'élan en plus.

— Oh non non non non non Les Parents !

Alerté par ma plainte de désespoir, j'entends Scott se ruer vers la porte de la pièce que j'avais fermée à clé.

— Laura ! Laura ! Ouvre cette porte mon cœur ! Tout va bien ? Laura ! Pourquoi tu cries comme ça ?

Elle vient d'entrevoir le châtiment qu'elle va subir Captain Sexy...

Je m'avance sans vitesse comme un condamné à mort qui vit ses derniers instants, déverrouille le loquet. Scott se tient là, sur le chambranle, beau comme un dieu malgré la soirée -et la nuit- très alcoolisée et exaltée que nous venons de passer. Vêtu simplement de son caleçon blanc qui laisse très peu de place à l'imagination, ses cheveux blond foncé ébouriffés et les yeux encore ensommeillés, il coule sur moi son regard amoureux au voile luxurieux qui ferait fondre un bloc de glace sur la banquise.

C'est aussi pour cela que j'ai accepté sa demande en mariage express il y a moins de quarante-huit heures ... Et que nous sommes déjà mariés à l'heure qu'il est.

Et là, moi, je mate tout de ses un mètre quatre-vingt-dix sans aucune retenue aucune. Et cela n'a rien à voir avec mon degré d'alcoolémie. C'est du bon sens à l'état pure. Ses iris couleur bleu gris, son nez droit et son sourire à faire damner un saint ... un corps herculéen qu'il entretient par une activité sportive intensive couplée à une hygiène de vie raisonnée, autant par envie personnelle que pour sa carrière professionnelle. Miam. Son corps est un outil de travail qu'il ne peut négliger. Une musculature dessinée mais pas à l'excès, et cette forme en V qui descend jusqu'à la lisière de son boxer ...

STOP STOP STOP Laura ! pesté-je dans ma tête. Mets tes hormones de côté cinq minutes et concentre-toi !

— Tu vas bien ?

— Ça dépend, on parle de quoi là ? De ma santé ou de ce que j'ai fait ?

Il me considère sans trop comprendre le but de ma question. Je développe donc ma pensée sans pour autant arrêter ma contemplation de son corps que j'ai tant envie de toucher de nouveau ...

Prends-toi ça la conscience ! Je suis une femme, je peux faire plusieurs choses à la fois !

- La gueule de bois et le mal de crâne qui va avec, les marteaux piqueurs en plein concert dans ma tête, je peux gérer. L'annoncer à mes parents et à ma famille, au monde entier dès notre retour à L.A, je peux gérer aussi. Les retombées médiatiques dont nous avons parlé, les éventuels paparazzi, je peux aussi gé ...

Mon mari me coupe, un bras tendu entre nous et une lueur d'inquiétude passant dans le regard :

— Pas éventuels ma chérie ! On peut garder ça secret encore un moment, je te l'ai dit, mais avec le risque que ça fuite et que tout nous échappe. On peut l'annoncer dès notre retour aussi si c'est toujours ce que tu souhaites, parce que je t'aime, tu es ma femme et je refuse que tu doives te cacher. Mais les paparazzi c'est une certitude autant que la Terre est ronde et qu'elle tourne autour du soleil. Ils seront ton ombre dès l'annonce. Ça va très probablement générer quelques soucis à ton bureau le temps que les choses se tassent, j'en suis désolé, mais il n'y a rien que je ne puisse faire pour t'éviter cette merde ! Ça va faire la une de la presse people et pas que. Certains fans vont probablement te jalouser, tu risques de recevoir des appels bizarres de haters et ...

- Scott ! Je sais déjà tout ça et je suis une grande fille. Je t'aime, et j'accepte tout en connaissance de cause. Je savais qui tu étais bien avant notre rencontre. Je sais dans quoi je me suis embarquée, ça ne me fait pas peur. C'est ton monde. Je t'accepte toi pleinement avec tous les petits désagréments parce que tu es ma meilleure récompense et je t'aime, essayé-je de le rassurer. Je suis prête à faire des concessions pour que cela fonctionne entre nous, pour que cela continue de marcher aussi bien que ces dernières semaines. Même si on va vivre sous les flashs. Même avec les paparazzi aux fesses !

Je marque une pause, positionne ma main gauche parée de mon alliance sertie de diamants sur son torse chaud en ancrant mes yeux dans les siens.

— J'aime mon boulot, je sais pourquoi je le fais. Le cabinet, c'est ma deuxième maison. Être avocate c'est l'une des choses que je faisais le mieux depuis mon diplôme. C'est ce que je suis ... ce que j'étais, me corrigé-je contre ses lèvres. Jusqu'à hier soir c'était une grande partie de ma vie. Aujourd'hui, je suis ta femme Scott et rien ne me comble plus de bonheur.

— Mais ?

— Mais...

Je détourne le regard sentant mes yeux me brûler les larmes pointant le bout de leur nez. Il me ramène à lui entre ses bras rassurants. Ma poitrine se serre dans un sanglot de culpabilité, et c'est là que mes vannes s'ouvrent :

— Mais je ne sais pas ce qu'il m'a pris hier soir !

— Attends là, ça veut dire quoi ça Laura ? Tu regrettes que l'on se soit mariés ?

L'air paniqué et peiné, il s'exclame en se détachant de moi et recule de quelques pas pour jauger ma réaction. Cette distance non-désirée me glace et fait grimper mon angoisse.

— Non pas du tout qu'est-ce que tu vas t'imaginer là !

Le pire ?

— Alors tu regrettes que l'on se soit mariés à Vegas entre deux portes ? Tu aurais voulu un mariage de princesse comme ceux que tu imaginais enfant ? Car ça n'est pas un problème Laura, on peut toujours faire une autre cérémonie à LA, tout ce que tu voudras ma chérie du mom ...

Je le dévisage ahurie qu'il ait mal interprété mes mots mais je tombe encore plus amoureuse de lui minute après minute.

— Scott arrête ! Tu divagues là ! Je ne parle pas de notre mariage voyons ! Bien sûr que non !

Mes tempes se rappellent à mon bon souvenir. La bille acide de mon estomac aussi.

— De quoi alors ?

— Tu ne te souviens pas de ce qu'il s'est passé hier après qu'on soit sorti de la chapelle ? Après le club ?

Un nuage d'interrogations passe dans ses pupilles circonspectes, mais rien n'altère sa beauté. Il réfléchit, se grattant le menton d'une de ses mains :

— Eh bien nous sommes retournés dans un club tous les quatre. On a bu quelques verres, on a discuté, ri, puis on a dansé ...

Oui effectivement.

— Et ... ? Tu as évoqué tes parents, c'est par rapport à eux ? Tu t'inquiètes encore de leur réaction? On en avait parlé et tu viens de dire que tu gérerais l'annonce de notre union alors ...

Je le vois fouiller de nouveau dans sa mémoire, ses yeux suivant le mouvement vif de son esprit qui cherche la réponse au problème quand tout à coup, il semble comprendre de quoi je parle, médusé. Eureka !

Enfin ! Il est beau et pas trop con celui-là ! me hurle cette saleté de conscience

— Oh Merde ... non ... Oh Merde ... Oh Merde ! C'est pas vrai ! Non ? Si, c'est vrai ? se met-t-il à faire les cent pas à me filer le mal de mer. Laura putain ! Dis-moi qu'on n'a pas laissé faire un truc pareil quand même ?!

— Ouais ... Comme tu dis ... Merde, je valide dépitée. Non seulement on a laissé faire, mais on a carrément tout fait pour qu'ils le fassent Scott !

Surtout moi.

Je soupire en passant mes dix doigts dans mes cheveux démêlés. Qu'est ce qui m'a pris de faire un truc pareil ? C'est la pire putain de chose que je n'ai jamais faite ! Je suis censée être raisonnée, la protéger et là j'ai fait tout le contraire ! J'ai foiré en beauté ...

Mes yeux s'embuent, je renifle et tremble sur place sans savoir quoi faire, cherchant comment solver le problème sans dégâts irréparables. Sauf que rien ne vient. La boule d'anxiété bien logée dans mon plexus bloque mes pensées rationnelles. Mon mari m'enlace. Son geste m'apaise instantanément.

— Calme toi mon cœur, on va lui expliquer, il n'y a pas mort d'homme non plus. C'est une adulte, nous sommes tous adultes, on va gérer ça et si ça se trouve tu t'inquiètes pour rien. Elle pourrait même en rire et lui aussi ... et tu te seras mise dans cet état pour ri...

— En rire ? le repoussé-je stupéfaite. Mais bon Dieu elle ne va pas rire du tout Scott ! Oh mon Dieu ! Elle risque de faire une crise de panique, tu t'en rends compte ? Je ne serai pas capable de la calmer ! Seul Eliott aurait pu ... Oh putain Scott qu'est-ce qu'on a fait ?

— Oui j'admets qu'avec ce que tu m'as raconté sur elle, tempère-t-il, il est possible que ta sœur ne saute pas de joie au plafond et qu'elle s'affole. Mais ce n'est qu'une éventualité mon amour. Pas la seule. Tu m'as dit qu'elle maîtrise mieux ses émotions maintenant ... Et c'est qui cet Eliott?

Je ne réponds rien. Mon esprit carbure pour envisager la suite.

— Laura arrête de t'agiter ! Tu n'es plus productive dans cet état. Viens t'asseoir...

Il désigne le double fauteuil crème face à la coiffeuse.

— Tu as raison. Je dois me calmer. Oui. Habillons-nous, grignotons quelque chose. Le ventre vide, je ne pourrai pas lui parler dis-je en me dirigeant vers mes affaires.

— Eliott ? revient-il à la charge l'air de rien.

— Eliott est... un ami. Seule sa présence l'apaisait et la calmait quand elle faisait une crise. Elle y est moins sujette maintenant, mais cela reste une possibilité qu'on ne peut pas exclure Scott, lui dis-je en me passant un coton humide sur le visage. Elle risque de flipper, de se sentir coupable par rapports aux parents, d'avoir bu aussi. Et pour le reste, elle va m'en vouloir à mort.

— Tu t'avances trop.

— Non. Quand elle va comprendre, ça risque d'être un choc terrible. Heureusement que je me souviens que nous l'avons raccompagnée dans sa chambre hier soir avant d'aller nous coucher. Enfin cette nuit. Parce que si en plus on l'avait laissée aux mains ...

— Waow stop ! Tu insinues quoi là Laura ? Il est réglo mon pote ! Tu te portes garante de ta sœur et moi de mon meilleur ami ! prend-il sa défense sous mon insinuation déplacée. C'est un mec, il peut être lourd comme tout le monde et j'avoue qu'il a eu sa période queutard tout comme moi, c'est d'ailleurs une info qu'on trouve sur le net, mais ce n'est pas un salaud Laura. Même bourré ! Il ne faut pas croire tout ce que les torchons people racontent, putain ! Je te l'ai déjà dit pourtant. Toutes les célébrités ne sont pas de profonds enfoirés qui sautent sur tout ce qui bouge merde !

— Excuse-moi mon cœur, je sais, tu as raison. Je le sais bien. Je ne voulais pas...

Il faut que je me calme. Que je réfléchisse. Je ne veux pas déclencher une dispute que je ne serai pas à même de contrôler. J'ai clairement abusé, de tout, et j'en paie le prix ce matin. Physiquement, mais surtout moralement. Je n'ai pas à m'en prendre à son meilleur ami.

Pour les pots cassés ... punaise, qu'est-ce que j'ai fait ?

Donc là c'est le moment de réfléchir Laura, concentre-toi !

Mais oui bien sûr ! On est sauvés ! Le pic de stress vient de congédier mon taux d'alcoolémie.

— Oh mon Dieu j'ai trouvé ! m'écrié-je en bondissant du siège. Scott ! Elle va me haïr pour l'avoir entraînée là-dedans, mais on peut tout faire annuler. On est à Vegas, nous avons vingt-quatre heures pour faire annuler l'union !

Bon au moins je sais maintenant comment régler ma connerie plus haute que la Tour Eiffel. Elle m'en voudra, c'est clair, et elle aura bien raison après tout, mais avec l'annulation tout va rentrer dans l'ordre.

Scott quitte la pièce se dirigeant vers le lit puis se saisit de sa montre posée sur sa table de chevet, fronce les sourcils. Son air désolé qu'il vient de plaquer sur son visage quand il se retourne vers moi ne me dit rien qui vaille. Mon rythme cardiaque pique un sprint, mes mains deviennent moites. Je sens déjà l'odeur du problème souffler son haleine fétide sous mes narines... comme si je n'en avais déjà pas assez.

— Humm Humm ... viens par-là ma chérie, tapote-t-il la couette.

Oh non. Quoi encore ? Je déteste définitivement la manière qu'il a de m'observer à cet instant.

— Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? Ne me dis pas que ce n'est pas la solution, parce que c'est la seule et unique Scott ...

— Je suis navré, vraiment mon amour, mais l'annulation cela ne va pas être possible. Tu vas devoir trouver autre chose Laura.

— Pourquoi ? Il est encore temps je te dis ! Et il est où le certificat de mariage d'ailleurs ? Je croyais l'avoir posé sur la table bas...

— Il est parti.

Sa phrase tranche la mienne comme un couperet décapite des têtes.

Parti, parti ... Parti ? Comment ça il est parti ? Il est dingue ou quoi ce type ?

Je suis officiellement arrivée en enfer !

Je fais de mon mieux pour ne pas suffoquer.

— Pardon ? lâché-je abasourdie Comment ça il est parti ? Où ça ? Mais il ne pouvait pas partir comme ça voyons ! C'est un cauchemar cette histoire... mais qu'est-ce qu'on a fait ?!

Je tourne en rond dans la pièce à la recherche de ce fichu certificat de mariage, les cils humides, prémices du torrent qui va m'inonder.

— Calme toi bon sang Laura ! Il avait un vol vers quatorze heures. Il est un peu plus de quinze heures. Il est rentré à Los Angeles, m'explique-t-il calmement en me prenant par les épaules. Il devait voir Joey. Je te l'avais dit rappelle-toi. C'est pour ça qu'il ne pouvait pas passer la journée avec nous aujourd'hui. Je vais tenter de le joindre pour éclaircir son départ qu'il aurait dû repousser, mais essaie de te calmer s'il te plaît. Nous mettre dans cet état ne nous aidera pas et tu le sais. C'est fait. Allons de l'avant. On ne refera pas le passé.

Il a raison mais ... Joey ? Joey ... « Agent » ... Ce mot tourne dans ma tête, et là, nouveau coup de massue ... son agent ! Oh non c'est pas vrai ! Moi qui croyais être au fond du trou, je dégringole encore. Lui. Oh mon dieu ! C'est dramatique. Pire que tout ... Plus d'échappatoire possible. J'attrape mon téléphone comme une furie sur le sofa. Pas de message de ma sœur ni d'appel, elle dort peut-être encore. Ou peut-être est-elle dans son bain. Ou alors pire ! Elle se souvient et est en train de faire une crise de panique toute seule dans sa chambre pendant que moi je suis là comme une conne à me demander comment me faire pardonner et arranger la situation ...

Se calmer. Respirer.

Non

Non

Non

Impossible.

Quand elle abuse de l'alcool elle fait une sorte de black-out le lendemain au réveil. Alors avec ce qu'elle a consommé ... je devrais avoir un peu de temps. J'espère. C'est pour cela qu'elle ne dépasse plus les quelques verres quand elle sort. Mais hier soir elle a indubitablement dépassé ses limites habituelles. Je l'ai fait boire d'abord deux verres pour qu'elle soit détendue, gaie. Objectif atteint haut la main ! Mais plus de quoi s'en réjouir ce matin ...

N'ayant pas l'alcool mauvais mais au contraire gaie, quand Livy s'enivre tout devient plus léger autour d'elle. J'ai fait en sorte qu'elle soit quand même en état d'être mon témoin. Consciente mais sans faire un scandale, ni apte à trop réfléchir à ce que j'allais faire- et lui faire faire en la prenant à témoin. Puis deux coupes de champagne pour fêter l'annonce -et pour qu'elle accepte mon idée -mais en restant suffisamment apte à aller jusqu'au bout ... Je voulais qu'elle lâche prise totalement pour une fois, qu'elle profite de la soirée sans se soucier de moi ou d'elle, des autres autours de nous. Qu'elle s'amuse comme une fille de notre âge. Comme avant. Qu'elle vive. Et c'est vrai que sur la piste de danse, elle s'est vraiment lâchée, comme avant. J'en ai eu les larmes aux yeux. De bonheur les larmes.

Mais je lui avais promis que je gérais.

Je me fous une claque mentale pour me remettre en selle. J'ai merdé, mais rien ne va se faire tout seul. En premier lieu, vérifier qu'elle va bien ... physiquement du moins. Je compose son numéro abrégé sur mon portable, elle décroche à la deuxième sonnerie.

— Laura ?

— Oui c'est moi. Je te réveille ? Tu as bien dormi ?

— Lauraaaaa ... me dit-elle à voix basse. Moins fort please. J'ai pris deux paracétamols tout à l'heure, mais punaise j'ai une gueule de bois monumentalement insupportable ! Je ne sais même plus à quand remonte ma dernière ... Ça fait un mal de chien de parler en plus. Je me suis pris le TGV ou quoi ?

Silence ... puis elle reprend la voix plus assurée :

— Et toi Princesse tu vas bien ?

Elle s'exprime en français depuis qu'elle a décroché, sa langue natale. Donc elle est encore un peu -beaucoup- à l'ouest, mais elle a l'air d'aller plutôt bien ceci-dit. Je lui fais donc la conversation en français moi aussi, pour ne pas trop la brusquer :

— Oui baby, plutôt bien. Je me suis réveillée il n'y a pas si longtemps, j'ai la tête dans un étau après vingt tours de grand huit, mais tu devais t'en douter...

— Oui, j'espérais bien ne pas être la seule à être dans cet état lamentable. Avale un ibuprofène. Tu as déjà pris ton petit-déjeuner ? Tu es présentable ?

C'est quoi cette question ?

— Eh bien non ... je veux dire ... pas encore ... heu ... tu veux le prendre avec nous ?

« Nous ». Je déglutis.

— Non Laura ! Je ne vais pas prendre un putain de petit déjeuner avec toi ! Avec vous ! hurle-t-elle dans le combiné. Je veux que tu m'expliques comment on en est arrivé là tout de suite !

Hey ! Pour quelqu'un qui a la gueule de bois et qui me demandait quasiment de chuchoter il n'y a pas une minute, je trouve qu'elle est en pleine forme finalement... C'est bien ma veine. J'entends un long soupire, elle continue plus posément :

— Je t'attends dans ma chambre Laura. Mais prends le temps de déjeuner avant. C'est pas comme si on allait être en retard quelque part...

Nouveau silence, mais elle ne raccroche pas.

— Au fait ... J'ai dû te le dire hier, mais ... Félicitations Princesse. Et tous mes vœux de bonheur !

Elle ne crie plus, son coup de colère a dû l'aider à dessoûler un peu. Elle est même enjouée.

Je ne réponds rien, je ne peux pas, mais renifle fortement me concentrant pour retenir mes sanglots.

— Laura, tu es ma meilleure amie. Je ne veux que le meilleur pour toi. Je veux que tu sois heureuse... mais tes cachotteries et ce stratagème-là, je ne comprends pas. Je ne t'en aurais pas empêchée tu sais ... soupire-t-elle à voix basse comme si elle se confessait. Tu vis ta vie comme tu l'entends, elle t'appartient. Mais se marier à Vegas, mince Laura ! geint-elle.

Je suis vraiment nulle... Je suis sûre qu'elle m'aurait accompagnée dans ce mariage en plus. Mais qu'est ce qui m'a pris bon sang ? Il faut quand même que je sache de quoi elle se souvient exactement, je dois savoir où je mets les pieds en allant la rejoindre ... Je ne suis pas très téméraire comme fille n'est-ce pas ?

— Tu... t'en souviens ?

— Oui je me souviens de certaines choses. Toi en train de dire « je le veux », est en haut de ma liste si tu veux tout savoir, énonce-t-elle avec une pointe de sarcasme. Bon à quoi ressemble ton mari en revanche j'ai du mal là, mais tu le connaissais de toute manière, il était avec nous juste avant au bar, j'ai tout bon pas vrai ?

Silence.

— Merde ! Attends attends ! déclare-t-elle totalement paniquée alors que je l'imagine sauter dans tous les sens. J'ai raison n'est-ce pas Laura ? Tu avais tout manigancé ? Tu le connaissais ce type? Punaise Laura dis-moi que tu le connaissais et que tu n'as pas voulu épouser le premier mec canon croisé dans un bar de Vegas sans que je ne m'en aperçoive s'il te plaît... Pitié Laura... tout mais pas ça !

C'est la merde...

— Livy ne t'inquiète pas, je le connais évidemment ! On se connaît. Je vais venir t'expliquer, lui assuré-je. Tu te souviens de quoi d'autre ?

— Hummm... eh bien... pour ce qui est de notre soirée, le resto, puis le bar. Des types qui nous rejoignent, certains que tu connaissais il me semble mais c'est assez flou. Et... une partie de la cérémonie dans une chapelle. Un night-club je crois, avec de la musique. Du piano ! Oui, il y avait un pianiste. On a dansé. Après, c'est un néant géant. Mon lit en me réveillant.

Pas forcément dans cet ordre, mais je vois que l'alcool n'a pas fait mentir ce que je pensais des effets qu'il a sur ma sœur.

— D'accord. Bon, j'arrive. Ne bouge pas Livy.

Je raccroche, prends une grande inspiration pour me donner du courage -comme si cela allait me sauver - me tourne vers mon merveilleux mari au corps de Dieu pour lui lance le plus sérieusement du monde :

— Il faut qu'on se mette d'accord maintenant sur ce que l'on va lui dire ou pas. Il va peut-être falloir y aller en plusieurs étapes. Ok ?

Il m'observe, hoche à tête et s'approche de moi pour me prendre dans ses bras.

— Mon cœur, tu n'es pas seule. Je suis avec toi. On a fait ça ensemble. On assumera ensemble, parce qu'on va construire notre avenir ensemble. Je suis là pour toi, mais je te promets que quoi qu'il arrive, je serai aussi là pour elle, qu'elle l'accepte ou pas. Même si je ne connais qu'en partie votre histoire, je sais que la merveilleuse personne que j'ai la chance d'avoir pour épousée hier soir, la magnifique femme que tu es là, énonce-t-il en pointant mon cœur, c'est aussi grâce à elle. Tu m'acceptes moi, entier, avec mon métier et mes pots de glue de paparazzi au cul, et moi je t'accepte entière, c'est-à-dire avec elle. Elles.

Un peu plus amoureuse chaque minute qui passe, je l'ai déjà dit ?

Il me donne une petite tape sur la fesse en me faisant un clin-d 'œil plein de promesses qui rallume aussitôt les braises de mon désir pour lui. Mais ce n'est pas le moment.

— Au fait, j'ai eu Hayden pendant que tu parlais à Livia. Allons-nous habiller, je vais te raconter ce qu'il m'a dit.

Il prend une pause et se gratte sans douceur le menton. TOC signe de nervosité chez lui.

— Enfin non assieds-toi, c'est mieux.

J'ai peur.

Je m'assieds sur notre lit, écoutant très attentivement tout ce qu'il me raconte. Une fois son discours terminé et après nous être mis d'accord sur la manière de procéder avec Livia, je m'habille puis avale rapidement de quoi me faire tenir debout. Nous nous dirigeons main dans la main vers la sortie de notre chambre. Cette porte, je ne peux m'empêcher de la voir comme le chemin de traverse qui sera indubitablement le sas vers un « après ». Après ce que j'ai fait. C'est l'arche qui mène vers l'Enfer. Le mien, c'est que la femme de ma vie se disloque sous mes yeux, encore une fois. Que les choses se répètent, et par ma faute aujourd'hui.

Je ferme les yeux. Je Prie. Un haut le cœur vient chatouiller mes organes. Mon pouls ne sait plus comment pulser. Déjà, nous sommes dans le couloir des vérités. Quelques pas de plus, je ralentis. Repassent devant mes yeux les réminiscences de notre soirée folle, les sons, les odeurs. Loin de la marche nuptiale, j'entends un requiem.

Voilà ... je vais devoir annoncer à ma petite sœur qu'elle aussi a dit « je le veux » il y a quelques heures à peine, à cause de moi. Il va également falloir lui annoncer le nom de celui à qui elle a dit ce « oui », ce petit mot de trois lettres qui a des conséquences que je n'avais pas envisagées sous l'effet de l'alcool... Je ne sais même pas ce qui va la faire paniquer le plus, et il est fort possible que je sois moi-même déjà à deux doigts de la crise de nerfs ...

Un sortilège pour que je puisse disparaître ?

Merlin l'enchanteur ?

Harry Potter ?

Quelqu'un ?

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