16- Entre filles ... ou presque

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Livia.

— Bon sang Laura ! m'estomaqué-je en bouchant mes oreilles. Je t'ai dit d'arrêter de faire ça, JE.NE.VEUX. RIEN.SAVOIR !

Je détache bien chaque mot. Elle sourit de plus belle, m'éblouissant de sa dentition en haussant les épaules.

—Tu en as déjà trop dit hier. Et je croyais que tu étais fatiguée !

— Oh Livy Baby, je veux juste que tu ne manques pas d'idées le jour où ... enfin tu vois quoi, termine-t-elle d'une petite voix.

C'est une blague ? Oh My Gosh ! elle a osé me dire un truc pareil, la garce !

— Je ne suis pas sûre de vouloir voir quoi que ce soit Laura ! m'insurgé-je agacée. Et c'est comme la bicyclette il me semble, ça ne s'oublie pas. Et pas en si peu de temps en plus.

— Une bicyclette ? C'est un VTT qu'il te faut Baby, pas une bicyclette voyons... et il serait peut-être temps que tu montes en gamme. Je ne sais pas moi, une moto, une grosse sportive nerveuse tu vois le genre ?

HELP ! Sortez-moi de là.

Laisse-là parler !

Heureusement dès le début de notre échange, les Terminators de sont éloignés de plusieurs mètres, nous octroyant l'intimité nécessaire pour discuter. Bénis soient ces demi-dieux !

— Laura je te préviens, tu oublies immédiatement toutes les questions que tu as en tête. Je les vois défiler à la surface de tes prunelles avares d'infos. C'est NON, nous n'aurons pas cette conversation !

Faisant fi de ma protestation, elle s'entête et poursuit comme si j'avais crié dans un trou noir :

— Combien de temps ?

Question épineuse-vénéneuse.

Je détourne le regard dans la direction opposée. Elle m'attrape par l'épaule, décidée à me tirer les vers du nez :

— C'était quand ton dernier tour de bicyclette ?

— Ce ne sont pas tes affaires.

— Quand Livia ! Une semaine ? Un mois ? plus ?

— Une semaine ? la repoussé-je. Non mais tu t'écoutes !

Elle écarquille grand les yeux. Très grand. Elle ne voit vraiment pas où est le problème ? Bon j'avoue, elle m'arrange bien cette excuse. Au moins j'ai par sa faute un très bon argument à avancer pour ma défense à l'accusation inquisitrice de cette casse-pieds trop curieuse.

— Écoute Princesse, il est absolument hors de question que qui que ce soit pose ses mains sur moi tant que tu n'auras pas réglé mon statut marital, grincé-je à voix basse en me rapprochant d'elle les yeux plissés. Ou du moins tant que tu n'as pas déposé ma demande de divorce. Pigé Maître ?

— Oh ... ooooooh !!!

— Oui comme tu dis !

Mais rien ne la déstabilise celle-là !

— Ok ... plus d'un mois si je comprends bien ? Et soyons claires, je ne parle pas du tripotage de collégiens dans les toilettes. Je parle de la totale là, baby. Du genre entrée-plat-dessert et digestif si prolongations.

Prolongations ? Jamais entendu parler.

Moi non plus. Elle peut définir ?

Bon finalement il va bien falloir se débarrasser du sujet irascible si je veux être tranquille jusqu'à la fin des temps.

Amen, soupiré-je intérieurement tout en me massant les tempes, sans cesser de marcher. J'accélère même le pas pour instaurer une distance encore plus vitalement sécuritaire entre nous et les montagnes de muscles qui doivent avoir l'ouïe fine, pour ne rien arranger à ce cauchemardesque interrogatoire en public.

— Oui plus d'un mois. Plus de deux mois. Plus de trois. Satisfaite ? Je n'ai ni le temps ni l'envie. J'ai déjà assez perdu de temps comme ça pour tout te dire ! J'ai mieux à faire.

Elle stoppe nette notre avancée, me retenant par l'avant-bras. Laura me fixe les yeux mi-clos et semble réfléchir à s'il est prudent d'aller plus loin dans son investigation ou si elle doit en rester là. Et clairement, elle doit en rester là ! Mais c'est bien mal la connaître, la Miss détective.

— Livia, c'est quand la dernière fois que tu as joui ? Je veux dire, que quelqu'un t'a fait jouir ? sort-elle de but en blanc.

Je ... cette femme m'épuise. Je ne me hasarde pas à lui renvoyer sa question d'un revers de langue, me doutant qu'elle répondrait « il y a quelques heures ».

Voire moins.

Je n'aime pas parlé de ma vie intime, inexistante de surcroit. Autoritaire jusque dans ses battements de cils, elle patiente les poings sur les hanches. Mon corps se crispe jusqu'à la racine de mes cheveux quand un frisson le fait trembler. Donc là c'est le moment où je vire cramoisie. Alors quand ? Avant la sortie de l'IPhone 3 je crois ... Mais je ne peux pas le dire, si ?

Non.

— Fin de la discussion Laura.

— Livy.

Nous sommes en plein milieu d'un boulevard parisien très passant. Pas le lieu idéal mais bon ... tant pis.

— Avant ! C'était AVANT ! hurlé-je presque en me frottant le visage. Tu es contente ? Tu l'as ta réponse ! Tu veux jouer cartes sur tables ? Allons-y gaiement ! débordante de sarcasme en levant les bras en l'air. Tu veux savoir quand c'était la dernière fois que j'ai pris mon pieds autrement qu'en me vernissant les ongles ?

Elle hoche la tête, pas impressionnée, connaissant par cœur tous mes stratagèmes pour la faire renoncer. Ok !

— Je crois que la dernière fois que j'ai grimpé au rideau, ton truc entrée-plat-dessert au menu, c'était après avoir fêté mes vingt et un ans. Ensuite, je suis tombée sur des mecs BCBG au lit, ou des machos. Expériences passables mais pas inoubliables pour un sou !

Elle semble boire mes paroles, attentive, alors je continue :

— Puisque je ne suis pas foutue de comprendre quand il est temps d'arrêter la casse, je suis remontée en scelle, mais ça tu le sais déjà. Quelle.belle.idée.de.merde ! Alors faisons les comptes Princesse...

Je prends ma mine qui indique je suis en pleine réflexion, échauffant ensuite faussement mes phalanges.

— Homme ?

— Homme, validé-je.

— Je t'écoute.

Nerveuse, je pivote d'un quart de tour pour vérifier la position des gladiateurs. Ils se sont eux aussi arrêtés contre un bâtiment et ne peuvent pas nous entendre d'où ils sont. Les bruits de moteurs, de klaxons et des discussions environnantes nous couvriraient de toute façon même s'ils étaient trois mètres plus près. Paris ne dort jamais, c'est bien connu.

— Ces douze derniers mois, j'ai eu deux types trop sûrs d'eux.

— C'est-à-dire ?

Je souffle déjà bruyamment d'une irritation flamboyante, remonte mes cheveux sur ma nuque puis les fais passer sur mon épaule gauche.

– Laisse-moi parler ou tu n'auras rien !

Elle me présente ses paumes. Bien. Enfin non, mais je fais avec ce que j'ai.

— Ce genre d'individus qui savent quoi te dire pour te mettre l'eau à la bouche, connaissent la recette et les ingrédients du plat par cœur, pour reprendre ta joute culinaire, mais une fois devant les fourneaux, mettent tout dans la même casserole en étant fichus d'oublier des éléments essentiels ! Et je ne demande pas un plat compliqué en plus tu vois !

Même pas un orgasme, mais juste un peu de plaisir. Apparemment, ce n'est pas dans leurs compétences.

— Détaille Baby.

— Comme tu veux. Tu vois, quand tu commandes une cuisson à point et que le gars te file du tartare, tu comprendras que ça me laisse perplexe, énonce-je mes yeux arrimés aux siens. Vive l'écœurement ! J'en ai marre des types qui ne connaissent pas l'esprit d'équipe mais se la jouent plutôt perso. Le dernier en date, je continue voyant qu'elle retient presque sa respiration, c'était un mec très sympa que j'avais rencontré lors d'une sortie entre amis chez Mila.

— Quand ?

— Il y a cinq mois environ, réponds-je exaspérée et peu enclin à me remémoré cet abruti. Bien sous tous rapports à première vue. Physique agréable, avec de l'humour et en prime de la conversation !

— Bien, tu aimes les gens qui savent parler d'autre chose que de match de foot ou de Xbox, commente-t-elle.

— En effet, il avait déjà un point pour son esprit. Il m'a proposé que l'on se revoit. Je me suis dit « pourquoi pas ? ». Le week-end suivant, nous nous sommes revus avec Mila et son copain de l'époque. Au moment de nous quitter, on s'est embrassés rapidement.

— Et ? s'impatiente la mégère.

— Je n'ai pas vibré mais il était vraiment pas mal physiquement. Le baiser était agréable contrairement au précédent qui bâclait le truc et avait clairement autre chose à faire qu'une inspection de mes amygdales.

— Oh Livy, épargne-moi...

— Tu plaisantes ? m'étranglé-je stupéfiée. Avec tout ce que tu me racontes toi ? C'est l'hôpital qui se fout de la ch..

— Ok stop ! Continue !

Bien essayé...

— Alors ... J'ai accepté de le revoir. En tête à tête, je lui précise avant qu'elle ne pose la question.

Laura m'écoute toujours consciencieusement.

— Je me sentais en confiance avec lui, Mila le connaissait et m'en avait dit du bien. Je n'ai pas vibré mais je ne voulais pas être super exigeante non plus. Il avait déjà plein de qualités. Tu vois? Et puis je ne cherche pas l'amour, juste quelqu'un de sympa avec qui discuté et passer du bon temps.

— Oui ça, je sais, mais ça viendra Livy, souffle-t-elle en me souriant.

Non, ça ne viendra pas. Ce n'est pas dans mes projets.

— En milieu de semaine, il m'a invité à dîner, et là, on a glissé sur une pente savonneuse qu'il n'a pas cessé d'arroser. Il m'a beaucoup beaucoup beaucoup parlé de lui Laura. De sa famille, de ses sœurs, des voyages qu'il avait déjà faits, ceux à venir ... Il m'a tellement parlé de lui que je pourrais devenir sa biographe officielle! ris-je ironique. J'ai vu à quel point il aimait s'entendre parler. Mais comme je l'ai dit, il avait plein de qualités. Alors pour le type de relation que je veux, c'était bien.

— Où est le mais ?

— Patience mon Jedi. À la fin du repas, il m'a proposé de venir boire un verre chez lui le lendemain. Je te passe les détails, je vais aller droit au but : je n'ai rien ressenti, nada. Électrocardiogramme plat.

— Oh Li...

— J'ai simplement couché avec lui pour voir si ce serait différent, Laura, tu comprends ? Différent avec un mec qui remplissait presque toutes les cases. La seule chose qui m'a excitée, et désolée pour lui, c'était l'éventualité même minime que peut-être cette fois, je prendrais du plaisir. Mais rien du tout. Et c'était archi nul en plus ! Et pour couronner le tout, il m'a dit juste après s'est retiré « j'ai hâte de te présenter à mes sœurs et à mes parents ce week-end, ils vont t'adorer !», mimé-je les guillemet et avec une voix nasillarde et niaise. Douche froide !

— Tu lui avais dit que ...

— Évidemment ! Je lui avais bien expliqué quel type de relation je voulais et il était d'accord !

D'accord pour te sauter, surtout.

Elle assimile mes paroles, le regard vague comme si elle s'imaginait la scène.

— Alors tu vois Laura, déjà avant, ce n'était pas franchement le feu d'artifices même un quatorze juillet et pourtant, j'ai eu plusieurs aventures. Donc maintenant, comment ça pourrait l'être ? Mon corps a rendu les armes il y a longtemps ! crié-je soudain les bras tremblants, oubliant du lieu de cette conversation forcée.

— Waouh Ok Livy !

Laura me coupe en me prenant dans les bras pour me calmer alors que je m'agitais dans tous les sens sur ce trottoir.

— Ton blocage ne vient pas de ton corps Livia, il vient de là, dit-elle en pointant ma tête de son index manucuré. Le problème est là-dedans. Ton corps n'a jamais été le problème, jamais. Alors peut-être qu'il y a quelques années tu n'étais tombée que sur des types inexpérimentés, oui. Peut-être que c'est toujours le cas aujourd'hui, ou que les hommes avec qui tu as couché ces derniers mois ne pensaient qu'à leur propre plaisir. Ce sont malheureusement des choses qui arrivent, Livia.

— Pas à toi.

— Ne te compare pas, gronde-t-elle à mes oreilles.

Comment le pourrais-je ? Nous n'avons rien de comparable, elle est moi. Laura est vive, joyeuse, heureuse de vivre, toujours de bonne humeur et veut continuellement voir le verre à moitié plein pour ne pas tomber dans le négativisme. Moi, je suis... moi. Avec mon passé, mes bagages émotionnels surchargés, mes poids, mes tous. Je suis le problème, pas la solution. Je vis avec ça ; et je fais ce que j'ai à faire. Elle continue :

— Mais ce n'est pas ton corps, moi j'en suis convaincue Baby. C'est sûrement eux, vu ce que tu me racontes, mais ta tête y est aussi pour beaucoup. Ce n'est pas ton corps qui bloque Livia. C'est toi qui refuses de le laisser gérer.

— Je...je ne sais pas.

—Moi je le sais, réplique-t-elle doucement, ses mains enserrant mon dos. Tu as déjà fait d'énormes progrès, ne t'arrêtes pas en si bon chemin.

J'inspire à fond, me gorgeant de son odeur analgésique pour ma poitrine qui se comprime.

—Tu as fait la paix avec ton corps Livia ! Mais ne laisse pas ce que ce connard t'a dit assiéger ton mental : TU n'as JAMAIS été le problème. Ton corps n'était pas le problème. Ce type étais un malade. Il n'a pas supporté que tu ne veuilles pas de lui. Toutes les saloperies qu'il t'a dites et écrites, tu dois les oublier. Il a voulu briser ton estime. Te briser pour que plus jamais tu n'ailles vers un homme.

— Je sais, reniflé-je dans son cou.

—Tu as choisi d'être plus forte Livia ! TU as choisi de surmonter cette épreuve. Alors ne t'arrête pas de remonter vers la surface, sinon, il aura gagné.

— Je sais.

— Alors tu sais, Mila et moi avons plein de prétendants à te présenter ...

De ses pouces, elle essuie des larmes qui ont coulé sur mes joues sans que je ne m'en aperçoive. Je me redresse, me file une gifle mentale puis affirme :

— Il ne gagnera pas.

Non, je nous l'ai promis. Requinquée, une lueur malicieuse se fraye un chemin sous mon crâne. Une idée qui va peut-être la booster à secouer les détectives pour qu'ils avancent plus vite dans leurs recherches.

Vilaine Livia.

J' exprime mon plan démoniaque qui me permettra en plus, de lui faire montrer que tout va bien, qu'elle veut s'occuper de son mari et ne plus se soucier de moi :

— Quand nous aurons déposé la demande de divorce, je te promets que j'accepterai de rencontrer un ou deux de vos prétendants. Par contre, je te préviens, ma vie est ici Laura, ne cherche plus à me caser avec des idées à la con, je ne le supporterai pas. Tu as bien compris cette fois ?

Elle rumine, roule des paupières, mais cède en me tendant la main pour sceller ce pacte :

— Marché conclu ! Et pas d'entourloupe, je m'en souviendrai !

— Dit la fille qui m'a bourrée à Las Vegas pour aller se marier à la sauvette avec une star de cinéma mondialement connu, puis m'a dégoté un pauvre type pas dans un meilleur état que moi pour qu'il me passe la bague au doigt ...

Non mais je vous jure, cette fille va me tuer !

Till Death Do Us Part, pensé-je en entrant dans le gros SUV qui nous réceptionne.

***

Cinq heures plus tard et des dizaines de milliers d'euros en moins sur le compte de son Scott, nous sortons enfin de chez Valentino, les bras chargés de sacs. Les plus gros paquets seront livrés directement à l'hôtel en fin de journée. Je ne sais pas qu'elle est la taille du dressing de Laura chez Scott, mais quoi qu'il arrive, il va falloir doubler la surface. Et elle n'a pas fini !

Achevez-moi.

Attention, je suis une fille et j'adore le shopping, mais une heure trente dans une boutique aussi ordonnée qu'un musée un jour de grand nettoyage, ça me déprime.

Je la suis en espérant que mon calvaire touche bientôt à sa fin. Heureusement pour moi, Laura a tenu à commencer son après-midi shopping par l'achat de Lingerie. Donc avant qu'elle ne se mette à dévaliser les boutiques de haute-couture de l'avenue la plus célèbre de Paris, nous avons fait une razzia chez Aubade et Victoria's Secret, pour ne citer que ces deux-là.

Et oui cette fois, je dis bien nous, car je plaide coupable des quatre membres : j'ai une passion débordante pour les dessous. C'est mon péché mignon. Pour le plaisir de mes yeux avares de petits déshabillés plus ou moins sages. Laura partage ce penchant avec moi, et vu toutes les magnifiques pièces sur lesquelles elle a jeté son dévolu, il est fort possible que son mari lui offre très bientôt une nouvelle session shopping, de lingerie fine.

À présent, elle s'apprête à braquer Chanel, et de manière parfaitement légale. Quant à moi, comme d'habitude, je fais tache dans le décor. Toutes les vendeuses sont tirées à quatre épingles, sortant tout droit d'un magazine de mode, plus belles les unes que les autres. Clairement, oui, j'ai l'air d'un tronc mort au milieu d'un champ de lavandes. Une grosse tache de cambouis sur un sol en marbre.

Nous sommes déjà en avril et l'adage « en avril ne te découvre pas d'un fil » ne fonctionne pas pour cette journée chaude. Enfin, en ce qui concerne la température du moins. Car même si Laura a raison, je me sens mieux dans ma peau, je ne suis pas encore prête à me trimballer en mini-jupe ou tenue ultra moulante. Il faut savoir doser. Je me fais déjà violence les soirs de sortie avec ma copine Mila pour ne pas avoir l'air d'un sac à patates à côté d'elle, mais en pleine journée pour aller faire du shopping et me balader dans un musée, j'opte pour du confortable mignon.

Ce matin, j'ai enfilé ma longue robe bohème d'un beau turquoise clair, parsemée de toutes petites fleurs blanches qui lui apportent un côté frais et estival. Elle a des manches chauves-souris trois-quarts, un joli décolleté en V qui plonge entre mes seins et est cintrée au niveau de l'estomac. D'après la vendeuse de la boutique où je l'ai achetée, ce serait un crime de gâcher un tel décolleté en portant un débardeur par-dessous. Mais avec un simple soutient gorge et à cause de mon 90C bien rempli, il serait bien trop révélateur. J'ai donc opté pour un bustier en satin et dentelle.

Pour être à l'aise, je porte des petites chaussures en toiles blanches. Un avant-gout de l'été.

Par conséquent, évidemment, à coté de ma meilleure amie qui porte elle ses habituels talons à semelles rouges -très belle paire de sandales ouvertes avec un gros nœud à la cheville d'ailleurs- et une combipantalon noire ultra- canon sur elle, je suis comme en décalage, de douze ou treize heures.

Pour la énième fois de la journée, je m'installe donc directement sur l'un des canapés mis à disposition pour la clientèle -les maris, quoi- en attendant que Laura me fasse un défilé privé. Au bout de quelques minutes, tandis que je suis tranquillement installée en train d'échanger des SMS avec Mila pour passer le temps, elle revient vers moi les bras chargés de fringues que la vendeuse s'est empressée de lui proposer imaginant sûrement la généreuse commission qu'elle allait avoir grâce à ma meilleure amie.

— Essaie ça Livy !

Elle me désigne une tenue sur un cintre qui doit valoir cent euros au bas mot. Je jette un œil rapide à Laura mais ne m'attarde pas sur la robe.

— Non.

— Elle ne te plait pas ? s'étonne-t-elle sa ligne de sourcils froncée. C'est tout à fait ton style pourtant. Et regarde elle a un bustier !

Si elle prononce le mot magique alors ... je peux au moins la regarder...

Assurément, elle est superbe. Une petite robe noire, style patineuse mais mi-longue, avec un jupon évasé en dentelle, une doublure que je devine couleur chair pour que la robe ne soit pas transparente. Un bustier noir sans bretelle, en dentelle également et doublé de la même couleur que le jupon. Les armatures sont verticales et donnent un côté très sensuel à la tenue.

—C'est aussi ton style Princesse. Prends-la si elle te plaît.

Je me replonge dans ma conversation. Ou je voulais.

— Livia essaie là s'il te plait ! Le rendu serait dingue sur toi !

— Mince Laura, je t'ai dit non !

Je n'ose même pas imaginer son prix. Bon si, j'imagine : au moins un nombre à quatre chiffres. Comme elle me connait, elle comprend vite pourquoi je ne l'essaierai pas.

— Si c'est pour le prix, je te l'offre.

Elle m'agace, je sens poindre la dispute.

— C'est absolument hors de question ! Tu ne m'offres pas cette robe. Passe à autre chose !

À l'instant où je termine ma phrase, je remarque que les deux conseillère en face de moi se figent, bouches ouvertes jusqu'au sol, les yeux vers l'entrée. Un grand sourire éclaire le visage radieux de ma meilleure amie et son regard enthousiaste se fixe sur une chose derrière moi, tout comme celui des deux pimbêches statufiées.

Ou plutôt ... sur quelqu'un.

Je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir qui est là, l'information est déjà arrivée jusqu'à mon cerveau. Laura sautille comme ... eh bien comme une Laura devant une boutique de luxe alors qu'elle a en main la carte de crédit de son mari, et s'écrie euphorique, la moue béate :

— Mon chéri ! Dis-lui toi que tu es d'accord pour lui offrir cette robe ! Cette tête de mule refuse de m'écouter !

La garce ! Non mais je rêve ! JE.RÊVE !

Je passe une main devant mes paupières et secoue ma tête de dépit ... et de contrariété, il faut bien se l'avouer.

— Scott, ça vaut pour toi aussi, je t'interdis de m'acheter cette ...

Je pivote pour les fustiger visuellement de mon regard assassin, mais passe moi aussi en mode sculpture de bronze. Ma respiration se bloque, mon cœur stoppe sa course.

Reste comme ça que j'ai le temps de reluquer ...

Scott n'est pas seul.

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