17 - Mieux qu'un souvenir

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Hayden.

Arrivé ce matin sur Paris, le décalage horaire m'affecte bien que j'aie dormi une grande partie du vol. Le reste du temps, je me suis demandé si nous n'allions pas faire une grosse connerie. Après tout, cela fait trois semaines que je suis marié et rien n'a fuité nulle part.

La première partie de la stratégie de Laura a plutôt bien fonctionné : il fallait que l'attention soit portée sur elle et Scott le plus longtemps possible, sans omettre pour autant ma part. J'ai dû assumer publiquement mon rôle de témoin, afin d'éteindre le moindre incendie qui aurait pu être allumé sur ma présence là-bas. J'ai quand même croisé pas mal de monde. Je me suis adonné à de multiples déclarations et ai même publié un message de félicitations officielles sur les réseaux, étalant que j'étais fier d'avoir assisté à ce moment particulier de la vie de mon meilleur ami. Et que je leur souhaitais tout le bonheur du monde, bien entendu. Personne n'a fouillé plus loin. Rien ne pressait à la seconde, en somme.

Toutefois, la petite blonde au regard vif n'était pas de cet avis. Pour elle, sa sœur doit savoir. « Elle a le droit de savoir, et pas par les médias » ; cela va sans dire. Elle n'a pas tout à fait tort. Elle ne peut pas prendre le risque que la vérité éclate un beau matin et que Livia l'apprenne de cette manière, si violemment. Nous comptions encore sur la probabilité qu'elle retrouve les souvenirs qui lui font défaut, mais rien n'est revenu. La jeune mariée toute en assurance est ainsi restée sur sa décision de départ : profiter de ce voyage pour passer du temps avec Livia, et lui révéler l'identité de celui qu'elle a épousé : moi.

J'avoue platement avoir essayé de l'en dissuader pour gagner du temps, mais elle a invoqué, à juste titre, que le fait de dévoiler mon nom à sa sœur ne signifiait pas que l'affaire allait éclater au grand jour pour autant. Elle pense qu'il faut que Livia soit au courant pour que l'on discute tous ensemble de la marche à suivre, au cas où les médias découvriraient ce qu'il se passe avant même que nous ne demandions le divorce. Elle m'a néanmoins promis de tenter de convaincre sa sœur de patienter une poignée de semaines supplémentaires avant que nous ne lancions la procédure administrative... et le déchainement médiatique.

Alors me voici.

Et pourquoi tu es là, toi ?

Originellement, nous avions convenu que seuls Laura et Scotty feraient ce déplacement, mon pote refusant radicalement que sa femme soit la seule à assumer la situation. Et à supporter l'hypothétique colère de Livia. Ou même qu'elle soit seule si Livia venait à paniquer. À la réflexion, il m'a paru légitime que je vienne moi aussi. Après tout, je suis autant concerné qu'eux, si ce n'est plus. Il sera aussi plus simple que nous soyons tous réunis pour préparer de la suite. Et à vrai dire, je ne voulais surtout pas que Livia puisse s'imaginer que je suis le genre de gars qui n'assume pas ses actes et qui laisse aux autres le bon soin de tout gérer à sa place.

Oui c'est surtout la raison principale ...

Oui ... je voulais faire connaissance avec elle. La revoir. Sans qu'elle ne soit sous l'effet de l'alcool, de la fatigue, du décalage horaire etc. Bien que nous nous soyons déjà rencontrés à Vegas et que nous ayons discuté une partie de la soirée, elle, elle ne s'en rappelle pas. Et même s'il nous faudra divorcer et que ce mariage n'en est pas un à ses yeux, j'ai compris que de par le mariage de Scott et Laura, nous serons amenés à nous revoir, quoi qu'il arrive.

— Elles sont sur les champs Élysées, m'informe Scott pour me sortir de mes songes.

— Nick ? Chanel, c'est bon pour toi ?

— Pas de problème, nous y serons dans cinq minutes. Mais pour l'amour de Dieu, mettez vos casquettes cette fois en sortant de la bagnole ! Évitez de vous faire repérer en sortant de cette voiture !

Nous avons déjeuné ensemble ce midi puis sommes partis faire plusieurs achats aux quatre coin de la capitale française. Il est vrai qu'il y a eu deux ou trois cohues, mais nos deux équipes de sécurité sont là pour veiller au grain.

— Oui mon commandant ! lançons-nous-en même en faisant un salut militaire.

Nick, Sam et deux autres gardes de corps ont fait le déplacement avec moi. Scott a lui aussi quatre agents, plus deux assignés à la sécurité de sa femme. Tous les hommes sont en civil pour ne pas trop attirer l'attention. Les rares occasions où nous arrivons à passer incognitos, ce n'est pas pour se faire repérer à cause de notre escorte !

— Chanel ! sifflé-je éberlué en lui donnant un coup de coude. Eh bien mon pote, tu la gâtes ta femme dis-moi !

— Oui, et dans bien des domaines si tu vois ce que je veux dire, me répond-il avec un clin d'œil goguenard.

Oui je vois ... Il a une vie nocturne surbookée, et une vie sexuelle plus qu'épanoui depuis qu'il a rencontré sa femme.

Nous aurions pu attendre les filles à l'hôtel, mais d'une part, Scott voulait vite retrouver sa dulcinée, et d'autre part, les rejoindre en plein shopping paraîtra bien moins cérémonieux que de simplement se retrouver pour dîner et débiter ce que nous avons à dire. Et puis, cela me permettra d'observer Livia au naturel, dans un autre contexte que celui d'une discussion informative.

Nos casquettes et lunettes de soleil en place, profils bas, nous cheminons vers l'enseigne à une trentaine de mètres, précédés et suivis de plusieurs agents. Seul Nick qui rentrera avec nous, les autres savent ce qu'ils ont à faire.

À travers les grands vitrage et avant même de renter, nous repérons immédiatement Laura et Livia, encadrées de deux femmes portant un monticule de vêtements. Laura est debout face à nous, une robe noire en main qu'elle brandit vers sa sœur, tandis que Livia de dos, est assise sur un sofa, secouant vivement de la tête.

— Ça a l'air tendu non ?

Scott se marre et se frotte sa barbe de quatre jours.

— Tu parles ! Laura doit encore être en train d'essayer de convaincre sa sœur d'acheter quelque chose.

— Comment ça ? Laura a besoin l'aval de Livia ?

— Mais non crétin ! Laura veut que sa sœur se fasse plaisir. Elle m'a envoyé des dizaines de textos pour se plaindre que Livy avait refusé ne serait-ce que d'essayer une paire de chaussures. Mais elle ne perd pas espoir. C'est une obstinée ma femme, raille-t-il fièrement de l'entêtement de sa dulciné.

— Peut-être simplement qu'elle ne trouve rien qui lui plaise, je ne vois pas où est le problème.

— Oh mec tu me fais peur là ! T'en connais beaucoup des nanas qui ne trouveraient rien qui à leur goût dans toutes ces boutiques ? désigne-t-il celles qui meublent l'avenue. Faut faire ton éducation c'est pas possible !

Non, a bien y réfléchir, je n'en connais pas. Ce qui ne répond pas à ma propre question.

— Si elle avait trouvé son bonheur, elle l'aurait acheté non ?

Question rhétorique Sherlock.

— Elle n'a pas les mêmes moyens que Laura. Et elle refuse qu'elle paie pour elle.

Oui c'est vrai que Laura m'a expliqué que Livia ne loge pas dans le même hôtel qu'eux -que nous- à cause de prix. Et qu'elle a refusé que Scott et elle l'invitent.

— Oh les gars vous pioncez ou quoi ? s'impatiente Nick.

Nous pénétrons dans le magasin climatisé en silence, appréciant le souffle frais la journée étant plutôt lourde pour un mois d'avril, nous rapprochant lentement des filles, et interceptons leur conversation :

— Livia essaie là s'il te plait ! Le rendu serait dingue sur toi !

— Mince Laura, je t'ai dit non !

— Si c'est pour le prix, je te l'offre.

Livia se redresse, furibonde, toujours dos à nous mais de biais, pointant un doigt raidi en direction son ainé :

— C'est absolument hors de question ! Tu ne m'offres cette robe. Passe à autre chose !

À mi-distance d'elles, nous retirons nos couvre-chefs, lunettes sombres et recoiffons un peu nos tignasses comme nous le pouvons. Évidemment, cela prend moins de deux secondes et demi aux hôtesses pour nous reconnaître. Elles nous fixent, bouche bée. Pourtant elles doivent en voir passer des célébrités dans le coin !

Oui mais Scott Hartley et Hayden Miller en même temps ?

Juste.

Laura s'avance vers nous, saute dans les bras de mon pote qui la réceptionne par un baiser enflammé, peu gêné d'avoir des spectateurs, spectatrices, qui aimeraient nul doute être à la place de la blondinette.

— Mon chéri ! Dis-lui toi que tu es d'accord pour lui offrir cette robe ! Cette tête de mule ne veut rien entendre, elle me fatigue !

Piquée au vif par cette remarque avisée et incisive d'une vérité en laquelle Laura droit croire dur comme fer, Livia se retourne en tempêtant, yeux plissés et regard qui flingue vers sa sœur et Scott, coupable du feu qui l'anime :

— Scott, ça vaut pour toi aussi, je t'interdis de m'acheter cette ...

Si ses yeux étaient des mitraillettes, ils seraient à terre dans une mare de sang.

Putain ses yeux ! J'en perds mon souffle dont la cadence se disloque en même temps que celle de l'organe dans ma poitrine qui ne pompe plus rien. D'un bleu presque turquoise saisissant, mouchetés de taches d'or. Lorsque j'ai revue Laura à L.A j'ai compris tout de suite que ce n'étaient ses iris à elle que je distinguais dans mes flashs. J'ai maintenant la preuve que ce sont ceux de Livia qui me hantent depuis Vegas. Je croyais me rappeler de ses traits devenus plus nets au fil du temps dans ma mémoire, mais quand je la découvre, là, devant moi, figée d'hébétude, j'en ai des frissons sur tout le corps.

J'avais tort. Mes souvenirs sommaires ne lui rendaient pas justice. Je me rappelais d'une belle jeune femme, blonde tout comme sa meilleure amie, mais ... Putain ! Elle est divine. Divinement belle ! Mes réminiscences n'étaient que de pales imitations de sa beauté. C'est électrisant. Foudroyant.

C'est reparti.

Je ne distingue pas son corps et ne peux pas en apprécier les proportions car camouflé dans une longue robe en accord quasi-parfait avec ses yeux, mais bon sang, rien que son visage, ça valait mille fois le déplacement depuis Los Angeles !

Ça le reprend ... On se calme Hayden !

Elle a la peau dorée par le soleil, pas orange-marron comme certaines filles qui passent leur temps dans les cabines UV ou sous le jet d'auto-bronzant tous les quinze jours. Cela fait d'autant plus ressortir ses billes tropicales. Un petit nez droit, les belles pommettes hautes au tracé fin, de magnifiques lèvres colorées du rouge mat. Appétissantes. Avec son mascara noir qui accentue son regard lumineux, je pense que ce sont les seules touches de maquillage qu'elle porte. Et elle n'a pas besoin de plus. Son naturel est son plus bel atout.

Laura est sur talons hauts aujourd'hui, mais je pense que sans, elles doivent faire à peu près la même taille. Dommage qu'elle soit cachée sous tout ce tissu ...

Plus je la détaille, plus je frémis de contentement. Une douce chaleur parcourt mon corps de bas en haut et mes tripes se tordent dans un ballet électrique agréable. Je me rends soudain compte que je retenais mon souffle, littéralement. J'essaie de prendre une grande inspiration discrètement, pour que personne ne remarque mon trouble, mais aussi pour tenter de maitriser le début de contentement que mon anatomie veut exprimer sans mon accord, dans mon jean. Il ne manquerait plus que j'ai une érection en plein milieu de chez Chanel ! Ça ferait mauvais genre ...

Comment se fait -il que mon corps réagisse autant alors que je ne vois presque rien du sien ? Presque, car son décolleté bordel, je suis certain que tous les mecs doivent faire la queue pour y mettre leurs nez. Voire plus ...

Il est bandant. Ni plus ni moins. Sa peau est relativement cachée, mais tout est suggéré, ce qui est bien plus sensuel.

Eh bin dis donc Hayden !

Qu'est ce qui m'arrive ?

Lorsque je reviens à moi, Livia se tient toujours là, au même endroit, en arrêt sur image, étonnée de ce qu'elle voit. Sans aucun doute possible, elle ne s'attendait pas à ce que Scott soit accompagné ; et pas de moi.

—Tout va bien Livy ? l'interroge Scott pour lui faire quitter sa torpeur.

Laura elle, ne dit rien. Elle me regarde, moi, puis sa sœur, à plusieurs reprises, son visage oscillant et ne sachant pas sur qui s'arrêter. Elle nous a prévenus qu'elle craignait qu'à ma vue, les souvenirs de sa sœur ne réapparaissent d'un coup sec.

Scott s'approche d'elle, la prend dans ses bras pour une longue accolade. Il embrasse le sommet du crâne en signe de salut. Elle répond à son étreinte, et se met même sur la pointe des pieds pour déposer un chaste baiser sur la joue.

Je suis jaloux de cette joue ... Merde mais qu'est-ce que j'ai aujourd'hui !?

La fatigue, oui, ce doit être la fatigue.

Ok, je me mens méchamment.

Livia m'observe avec une attention difficilement dissimulable, penchant légèrement sa tête vers la droite, sûrement en pleine réflexion. Se demande-t-elle si elle rêve ? À la pression dans mon entrejambe, moi, je sais que je suis bien éveillé.

Bon au moins, elle ne joue pas la fan hystérique, elle ne hurle pas mon prénom en sautant au plafond en me suppliant pour un autographe sur un sein.

Comme si tu lui dirais non, à elle ...

Laura m'a dit que Livia sait parfaitement qui j'étais. Pas le mec qu'elle a épousé bien sûr, mais qu'elle connait l'acteur, le personnage public. Hayden Miller. Qu'elles ont vu la quasi-totalité de mes films ensemble, et que Livia était une grande fan de la série qui m'a lancé. Je ne peux pas dire que ma vanité n'a pas apprécié la remarque. Apprendre qu'elles apprécient mon travail est valorisant.

Laura prend sa sœur toujours muette par les épaules et nous conduit vers une zone d'attente un peu plus en retrait. Elle fait signe aux deux vendeuses médusées de nous laisser seuls un moment.

— Livy, je ne sais pas s'il est nécessaire de présenter mon pote, mais on va faire les choses correctement ... Donc pour la deuxième fois, plaisante Scott un trémolo nerveux, et ce sera sûrement la bonne cette fois-ci, voici Hayden, mon meilleur ami.

Il me tape l'épaule pour appuyer sa présentation. Livia opine du chef d'abord, puis, réalisant vraiment ce qu'il se passe ici, secoue sa tête de droite à gauche tout en se tapotant le front avec ses doigts, comme si elle jouait une mélodie. Elle hoquette discrètement émettant quelques petits sons au passage, pose deux doigts sur ses lèvres au dessin parfait, nous considère tour à tour avant qu'un sourire gêné ne fende son visage. Mais même embarrassé, son sourire est magnifique.

Puis, j'entends le son de sa voix mélodieuse mais hésitante :

— Ok ... Tu dis que c'est la seconde fois que nous nous rencontrons ? C'était donc lui ton témoin ... c'est ça ?

Nous hochons tous la tête pour valider sa supposition. Ses traits se tendent.

— Génial, et donc aucun de vous deux, les accuse-t-elle, n'a jugé utile de m'exposer cette information depuis trois semaines ?

Ils se regardent, Laura lui répond avec un air diabolique que je lui reconnais :

— Mais Livy Baby, tu ne nous as JAMAIS demandé qui avait servi de témoin à Scott je te signale !

— Pas faux. Ça ne m'a jamais traversé l'esprit à vrai dire, mais quand même ! C'est plus gros que ta propension à dépenser sans compter Laura !

Elle s'avance alors vers moi et me tend sa main droite. Elle semble penaude, toujours aussi timide qu'à Vegas. D'habitude, les femmes que je rencontre se montrent sûres d'elles, voire beaucoup trop. J'apprécie d'autant plus cette marque de pudeur chez Livia, même si une part de moi voudrait qu'elle soit plus à l'aise en ma présence. Je ne mords pas.

— Bon eh bien alors heu ... enchantée de vous rencontrer Hayden ... de nouveau, du coup.

Vous ?

Pas d'erreur donc. Dans mes souvenirs que j'ai de Vegas, elle me vouvoyait. De même avec les deux lourdauds. Ça les excistait encore plus, comme si c'était possible.

J'attrape sa main et au moment où nos peaux entrent en contact, je suis traversé par un nouveau courant ardent de part en part. Des doigts à l'épine dorsale. Aucune cellule de mon corps n'est épargnée par ce choc, brutal, brûlant. Nos regards se croisent, s'accrochent, je me demande si elle aussi, elle l'a senti ce délicieux flot entre nous. Je garde sa paume chaude dans la mienne plus que de raison, avec l'intention de cacher au mieux ce chamboulement qui m'assaille. Ensuite, sans que j'aie eu le temps de le décider de quoi que ce soit, mon corps, ce vil renégat, choisit pour moi. Ma main porte la sienne à ma bouche, et j'y dépose un baiser.

Jordan sors de ce corps.

— Ravi de te rencontrer de nouveau, Livia, dis-je en lui rendant son bien, le premier étonné ce de qu'il vient de se passer.

C'était quoi ça ?

C'était bon !

Oui c'était bien trop bon, et court ! Sa peau douce a le goût de la vanille.

Interrompant notre moment, une chargée de clientèle se racle la gorge en s'approchant de nous à pas de chat :

— Messieurs-dames, veuillez m'excuser, peut-on vous proposer quelque chose à boire ? Un rafraîchissement ? Un café ? Du champagne ?

Si elle nous propose du champagne, c'est que Laura a déjà dû jeter son dévolu sur plusieurs pièces de leur collection exclusive. Et quand on parle du loup ...

— Je reprendrais bien du champagne s'il vous plait !

Reprendrais ? Eh bin, il doit sacrement être amoureux mon pote !

 D'où son mariage, oui...

— Un café pour moi s'il vous plaît, réponds-je en la gratifiant de mon plus beau sourire made in Hollywood.

— De même s'il vous plaît, concorde Scott.

— Mademoiselle ?

Madame ! ne puis-je m'empêcher de la rabrouer mentalement.

Madame ?

Livia lui répond en français, la femme repart aussitôt.

À peine la quadra perchée sur des talons vertigineux a-t-elle tourné les talons que Livia et Laura reprennent leur dispute là où elles l'avaient laissée avant notre interruption, mais en français cette fois. Manifestement, Livia ne souhaite pas que Scott et moi comprenions ce qu'elle raconte à sa sœur. Les filles s'agitent, Laura est excédée, ses mains volent dans tous les sens, Livia sur les nerfs, tout aussi contrariée. Nous assistons à la scène, amusés de voir leur interaction, celle d'une fratrie à l'instar de la nôtre, bien que je ne sache toujours pas exactement ce qui a fait basculer leur lien de meilleures amies à sœurs. Car Laura y tient, Livia est sa sœur, elle réfute toute autre appellation.

Mon pote me donne un léger de coude dans le flanc, me lance avec un mouvement de mentons vers les filles :

— Tu paries sur qui toi ?

— Du peu que je connais ta femme, j'aurais tendance à parier sur elle. Mais je ne connais pas Livia, donc difficile à dire finalement.

Sans plus de pronostics, Livia nous interrompt en se positionnant devant Scott, bras croisés sur sa poitrine qui remonte, prenant encore plus de place dans son décolleté plongeant. Elle le toise de sa petite taille, plisse ses beaux yeux malicieux dans une aura guerrière qui m'émoustille trop, et se décide à s'exprimer en anglais :

— Toi, je te préviens, ne t'avise même pas d'envisager obéir à Laura !

— Ou sinon ? rit-il.

— Oh crois-moi mon grand, tu n'as pas envie de le savoir. Même tes Terminators n'ont pas envie de savoir ce que je leur ferais s'ils font mal leur job avec Laura ...

La femme de Scott ne parait pas étonnée des dires de sa sœur, soupire en levant le nez au plafond tapissé de spots encastrés, déridée. Nous, c'est tout le contraire. Je vois d'ici que Scott a le même raisonnement que moi, autant sur le qualificatif que ce qu'il sous-entend.

MES QUOI ? rétorque-t-il incrédule, les yeux aussi grands que des soucoupes.

— Tes ter.mi.na.tors ! articule-t-elle lentement. Sven et Aaron, les gardes du corps !

Elle cible des doigts les deux agents qui se tiennent dans un coin à l'entrée de la boutique.

J'ai compris ce que j'ai compris ?

Je crois bien ...

— Sven et Aaron ? Attends Livy, ne me dit pas que tu es allée leur parler ?

— Bien sûr que si ! Pourquoi ? Ils sont punis ? s'interloque-t-elle sourcils froncés.

Je retiens difficilement mon hilarité. Elle a du répondant aujourd'hui la petite bombe ! Plus qu'à Vegas.

— Quand ?

Elle roule des yeux -l'insolente- et relate avec nonchalance :

— Ce matin, quand je suis arrivée à votre Hôtel et que j'attendais Laura sur le trottoir. Ils étaient là, j'étais là, je suis allée me présenter, tu vois ? J'ai fait la fille polie ! Deux jours qu'ils nous collent aux talons, et à peine un petit hochement de tête pour me saluer ! Je voulais qu'ils sachent que je ne mords pas ... quoi que ... ajoute-t-elle en faisant mine de réfléchir, la moue espiègle et le regard sur Laura.

— Dis plutôt que tu es allée mener une enquête oui ! Tu ne peux pas t'en empêcher Livy ! C'est plus fort que toi ! J'en étais sûre !

— Et alors ? On est dans un pays libre il me semble ! C'est quoi le problème ?

Scott éclate d'un rire communicatif en se tenant les côtes. Ok, je la préfère clairement comme ça, moins sur la défensive, plus détendue.

— Livy t'es pas croyable ! Tu es vraiment allée discuter avec mes gardes du corps ? Tu t'es frottée aux deux montagnes bodybuildées ?

Elle acquiesce de la tête se triturant la lèvre inférieure, en fixant imprudemment lesdites montagnes qui se rendent compte de notre attention sur eux.

— Oui bon, pour des Terminators, ils sont plutôt sympas tu sais ! Bonne surprise !

Des Terminators, elle a de l'humour cette fille, y'a pas à dire ! Et une répartie piquante intéressante.

Et elle est canon Hayden.

— Mon amour, je peux t'assurer qu'elle a fait bien plus que leur taper la discute, ma Rocky. Je la connais par cœur, certifie Laura un sourire narquois en coin, elle a au moins du leur promettre l'émasculation s'il m'arrive quelque chose ! Minimum !

Livia se détourne de nous et se dirige vers les Terminators.

Elle ne fait que quelques pas avant de pivoter son visage vers nous, haussant les épaules pour nous jeter sa vérité :

— Espérons qu'aucun d'entre nous, eux y compris, n'ait JAMAIS besoin de découvrir ce que j'ai promis. Jamais. Car je tiens toujours mes promesses. Toujours.

Elle lance un clin d'œil taquin à Scott qui le lui rend, puis s'en va réellement discuter avec Aaron et Sven, nous plantant là. Une voix en moi souffle sur le ton de l'évidence qu'elle fuit.

Merde alors ! Je l'observe. Même de dos, elle est magnifique. Même sans rien voir de courbes, elle est belle. Ses cheveux, blond foncé à la racine et californien sur les longueurs, glissent en cascade épaisse jusqu'à ses omoplates, se balançant au rythme de ses pas, et mouvements de nuque.

— Ferme la bouche mec ! me glisse mon pote en se foutant de moi. Je te l'ai déjà dit à Vegas, cette fille est différente...

Pas moyen de baver en paix ou quoi ?

Différente... Putain de bordel de merde. Je m'attendais à tout, sauf à ça !

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