18 - Deux Stars et un King Kong

16 minutes de lecture

Livia.

Après nous avoir servi nos boissons, j'ai bien cru que la groupie allait réussir l'exploit de prendre racine dans le marbre. Elle est restée à proximité très immédiate de nous, espérant sans doute que ma meilleure amie reprenne le chemin des cabines d'essayage rapidement ...

Tu crois ?

Non. Je flaire surtout qu'elle essayait d'attirer l'attention d'Hayden Miller, la star officiellement célibataire du duo hollywoodien, dans l'expectative de vivre un conte de fée qui n'existe que dans les bouquins, et les films. Je n'ai qu'une hâte, c'est sortir d'ici et me retrouver dans la voiture avec Laura. Seules. Sans aucun Terminator avec nous. Je bouillonne depuis qu'ils ont tous répondu positif à ma question « Tu dis que c'est la seconde fois que nous nous rencontrons ? C'était lui ton témoin? ».

Le monde entier a dû en parler ! Comment a-t-elle pu me cacher un truc aussi énorme !? Hayden Miller ! Oh my God ! Comment ai-je pu oublier que j'ai passé une soirée avec ce mec ? Hayden Miller ! Est-ce que je peux m'auto-faire un procès pour n'avoir aucun souvenir de ça ?

Indices : bourrée, ivre , saoule ?

Saleté de petite peste toujours là pour m'enfoncer, rendors-toi !

Si j'avais gardé mes deux appli de News people, je l'aurais su ! Merde et re-merde ! Voilà ce c'est de vivre dans ma bubulle !

À mon départ de Vegas, dans le hall de l'aéroport, Laura m'a demandé de désinstaller mes applications, ou de ne pas les consulter en désactivant les alertes. Selon elle, la déflagration médiatique allait être gigantesque et la presse risquait de dire tout et n'importe quoi sur elle, Scott. Eux. « Tout pour faire vendre ». Alors pour que je ne puisse pas tomber sur des horreurs infondées ou des articles erronés qui me mettraient dans une colère noire, elle m'a fait promettre de m'en tenir éloignée quelques temps.

Je rentre tard du bureau, de mes activités ou de nos Afterworks avec Mila. Le soir j'aime lire avant l'extinction des feux quand je ne suis pas trop crevée ; des romans ou... la presse people. Ou encore, je me fais des marathons de rattrapage de mes séries. Je n'achète jamais de journaux papier, petit geste écolo. Sans mes applis, je vis en autarcie. Elle le savait !

En plus, peu de personnes pouvaient faire le lien entre Laura et moi pour entamer un harcèlement, et de ce que j'en sais, elle et Scott ont été plutôt expansifs pour que leurs familles ne soient pas traquées de questions. À part Mila que j'avais mise au courant avant la publication de l'annonce du mariage, personne ne m'a sollicitée sur ça.

L'avantage certain de vivre sur deux continents différents et de n'avoir presque personne ici.

Quant à Mila, tout ce qu'elle aurait besoin de savoir allait paraître dans les interviews. Elle savait je ne raconterais rien de plus. Évidemment elle ne sait ni que j'étais bourrée, ni que je me suis mariée, ni que je ne me souviens pas de ma fin de soirée. Bon sang, c'est un cauchemar ! J'ai passé une soirée à Vegas avec Hayden Miller et j'étais tellement à l'ouest de l'ouest que je ne m'en souviens pas !

Lui doit se souvenir ...

 Oh.My.Godness !!!

La honte, ce n'est pas possible... Et puis elle n'aurait pu me prévenir que Scott viendrait avec lui, histoire que je me prépare psychologiquement ! Depuis quand elle fait autant de secret, cette fille?

L'hôpital qui se fout de la charité !

Lorsque mes yeux se sont posés sur lui et que j'ai réalisé qui j'avais en face de moi, j'ai expérimenté un bug complet de mon système interne. Une véritable apoplexie, pendant un temps qui m'a paru une éternité, minimum.

Hayden Miller, merde ! J'ai réussi à me faire à l'idée que ma meilleure amie a épousé Scott Hartley, mais je n'avais pas envisagé que cela impliquerait qu'elle côtoie plein d'autres stars.

Hayden Miller !

Donc, à son mariage 2.0, il y aura sûrement plein de célébrités. Oh mon dieu, Oh mon dieu, Oh mon dieu ! Comment je vais survivre à ça, moi ? Y serai-je, au moins ? Peut-être pas...

Il faut que je trouve quelque chose pour y échapper, une excuse. Après tout, j'ai assisté au mariage 1.0 , le deuxième round, c'est surtout pour les absents avec un peu de chance, elle va comprendre que c'est trop pour moi, et elle acceptera que Kate soit son témoin pour la deuxième cérémonie. Et puis soyons logique, au milieu de tous ces gens, je vais encore faire nuage gris dans le ciel bleu. Elle n'a pas besoin de ça. Ça va aller...

Oui, ça va marcher. Je vais prévoir tout mon argumentaire, telle une présentation bien préparée pour le boulot.

Tu rêves !

Bien sûr que je rêve ! On parle de Laura ! La femme la plus têtue que la Terre ait jamais porté !!! Mais j'ai le droit de garder espoir, non ?

Je vais lui expliquer que je ne peux pas, tout simplement. Scott ok, il est là, je peux faire avec. Mais des dizaines de célébrités en même temps ? Non. Je vais tout gâcher, les photos seront moches, les gens vont se demander d'où je sors, ou plutôt de quelle campagne je sors. Demain, oui, demain je lui en parle.

Hayden Miller. Hayden Miller. Hayden Miller !!!

La caméra ne lui rend pas justice. Les campagnes de pub qu'il a faites ces dix dernières années ne lui rendent pas justice non plus, même sur des panneaux de huit mètres de haut. Ce mec est canon, avec un grand C. Ça devrait être interdit d'être aussi bien attirant. Une beauté absolument insolente.

C'est d'abord son regard qui m'a subjugué, en dehors du fait que sa présence avait envahi tout l'espace, n'empêchant de mouvoir mon corps empoté. Un regard profond, quasi-ensorcelant. Des yeux en amande, bleu lagon avec des nuances plus foncées. Je les connais par cœur parce que je connais la célébrité. Laura et moi l'avons tellement détaillé depuis des années, en bonnes petites idoles que nous sommes ... Il est fascinant de beauté. Je suis certaine que se plonger dans des sphères comme celles-là, c'est se perdre à jamais. Il s'en dégage quelque chose de presque mystérieux, avec une pointe de malice, et d'arrogance, aussi. Son regard respire l'assurance du type qui sait qu'il est séduisant.

Il a un nez droit bien proportionné, mais une légère bosselure à peine visible rend l'imperfection encore plus parfaite sur lui. Une mâchoire anguleuse très masculine, ombrée par une barbe de deux ou trois jours. Ses lèvres sont pleines, gourmandes et terriblement sexy, sans être trop charnues. Sa peau bronzée souligne outrageusement la couleur céruléenne de ses yeux. Des cheveux, châtain, courts sur les côtés et un peu plus long sur le dessus avec quelques hasardeuses ondulations, dont une mèche rebelle qui cherche à s'échapper sur son front. Il est grand, plus d'un mètre quatre-vingt-cinq pour ce qu'en disait Google.

Une carrure élancée et athlétique, un peu comme celle de Scott. Sous sa veste sportwear bleu marine qu'il a laissée ouverte, il porte un sweet-shirt ou t-shirt, blanc et très ajusté faisant ressortir son torse et le dessin d'une musculature digne d'une gravure.

Tout en lui est ... absolument insolent. Indécent. Magnétique. Ce mec est beau à couper le souffle. Et c'est exactement ce qu'il m'est arrivé lorsque je l'ai vu, immédiatement reconnu. Je l'ai vu lui. Pas son nom ni son statut : juste lui. Et mon cerveau a pendant quelques secondes complètement oublié comment ne pas me laisser m'asphyxier.

Ensuite, quand il a serré la main, j'ai senti la foudre traverser mon épine dorsale. Tout en moi s'est embrasé : ma nuque, ma poitrine, mon ventre, mes cuisses, mes reins. Et quand il a déposé un léger baiser sur ma peau, mes neurones ont grillé dans un court-circuit grisant. Un délicieux frisson torride a pris possession de mon corps, avant que l'endroit où il venait de poser ses lèvres ne prenne feu dans un embrasement qui a réveillé quelques fuites inopportunes chez moi. Fuites que je n'avais en plus que peu eu dans toute ma vie. Mais mon épiderme, brûlant d'un désir inhabituel et déplacé, en redemandait, comme déjà en manque d'une drogue trop addictive qui m'est pourtant inconnu : lui.

Et bien sûr, mon corps, ce sale traite fourbe, a choisi ce jour pour se remettre en marche après une hibernation à laquelle je m'étais habituée. Pour cet humain-là !

S'il ne se réveille pas pour lui, il dormira pour l'éternité ma grande ...

Oui, pas faux. Donc Hayden Miller a réussi à débloquer un truc. A trouvé sans le chercher le bouton « On » en un seul regard. Si le prochain mec avec qui je couche arrive enfin à me faire prendre mon pied, il faudra que je remercie le meilleur ami de Scott. Sans lui dire pourquoi évidemment, mais quand même. Cela méritera amplement des remerciements.

J'ai plein d'idées moi !

Toi tu la fermes ! Ce type c'est NON en gros, en gras, en lettres capitales et lumineuses compris ?

Ma meilleure amie vient de régler ses achats et me rejoint à la sortie. Hayden et Scott la suivent de près ; et pas qu'eux ... Il faut que je me débarrasse du Terminator Sven et du Terminator Aaron. Et j'espère qu'elle n'a pas prévu d'aller gambader ailleurs. Dans le cas contraire, je simule un malaise ! Oui, je sais faire ça.

Petit rire démoniaque intérieur.

Mais ... Bon sang mais ils se sont multipliés ou quoi ? Toute une horde de Terminators est là, en faction, mais je ne me décourage pas. Elle, elle vient avec moi, et c'est tout !

— Tu rentres à ton hôtel ? tenté-je pleine d'espoirs sur un ton ingénu.

Les trois américains se regardent et hochent la tête.

— Oui, acquiesce simplement Laura en me tirant par le coude jusqu'à la voiture devant laquelle nous attendent nos deux T.

Il faut que je m'affranchisse d'eux, mais aussi des deux célébrités derrière moi si je veux pouvoir avoir une discussion en toute intimité. Je me tourne vers Scott et affiche mon plus beau sourire avec en prime mon regard de biche qui veux dire « je suis toute gentille et je veux quelque chose » - et je compte bien l'obtenir.

— Scott, vous rentrez et prenez autre voiture ?

— C'est qui « vous » ? demande-t-il suspicieux.

— Eh bien toi et lui, rétorqué-je en pointant Hayden ... et aussi ... ces deux-là et tous les autres, ajouté-je en englobant tous les molosses autour de nous. Ok ? Merci !

Scott me fixe, stupéfait. Hayden me dévisage cherchant probablement l'embrouille et Laura, prenant son air le plus penaud qu'elle a en stock, se décale à pas de fourmi pour aller se cacher derrière son mari. Quelle trouillarde cette fille ! Mais je ne lâche rien, et la retient part le bras.

À ma grande -et déplaisante- surprise, la réponse ne vient pas d'eux mais d'un Terminator que je n'avais encore jamais vu : encore plus baraqué que Sven et Aaron, qui n'ont pourtant pas grand-chose à envier ni à des combattants MMA, ni à certains catcheurs de la WWE. Ce type est juste immense ! Une montagne géante ! Il fait facilement plus d'un mètre quatre-vingt-quinze. Parfait mélange entre un catcheur comme The Rock, un basketteur et un rugbyman néo-zélandais. À côté de lui, mes deux montagnes blonde et rousse ressemblent à des petites collines, voire à des vallons.

— Alors là ma petite demoiselle, c'est hors de question ! grogne-t-il de sa grosse voix patibulaire, grave et menaçante.

Je suis sur la défensive mais je le scrute de toute ma petite hauteur en croisant mes bras sur ma poitrine pour paraître plus impressionnante -comme si cela pouvait marcher face à lui ! Comme si quoi que ce soit pouvait impressionner ce type ! Il a un air sévère sur le visage, prêt à débuter la joute verbale et à avoir le dernier mot.

Perdre ok, mais jamais sans m'être battue !

Du coin de l'œil, je vois les deux stars rire dans leurs barbes de la situation, pas prêts à me soutenir, donc. Alors là, les gars ... Je prends sur moi car ce type, il est gigantesque et je ne suis pas suicidaire, mais hors de question qu'il pense que je vais m'écraser devant sa gueule d'ours en colère!

Ma petite ? Vous savez ce qu'elle vous dit la petite ?

— J'ai hâte d'entendre ça, raille-t-il en prenant la même pose que moi, qui avouons-le sur lui, a un réel effet qui doit être risible sur moi.

Mais je persiste et signe :

— Elle vous dit que sauf erreur, ce n'est pas à vous qu'elle a posé la question musclor ! À moins que vous ne vous appeliez Scott vous aussi ? Non parce que même si c'est le cas, vous vous doutez bien que ce n'est pas à vous que je m'adressais !

Personne n'intervient, mais le groupe entier a les yeux braqués sur moi, je le sais, je le sens. Ceux de la barraque à frites vont quitter leurs orbites, tout en suintant d'une colère d'ahurissement qui le rend muet. Engaillardie par ce petit excès de confiance qui vient de se répandre dans mes veines, certainement aidée par la colère sous-jassante qui n'attend que d'être avec ma meilleure amie pour éclater, je continue :

— Je prends votre silence pour un «non». À moins que Terminator ait soudainement perdu sa langue de grizzli ? Il n'a peut-être pas l'habitude que qui que ce soit s'oppose à lui ?

Sven et Aaron ne contiennent plus leur débordante hilarité, bientôt suivi d'Hayden, Scott, Laura ... et quelques-uns des autres T.

— Termina ... quoi ? s'étrangle le colosse.

— Terminator, King Kong ! Vous savez qui c'est quand même, rassurez-moi ? C'est votre surnom à vous les molosses. Il va falloir vous y faire, dis-je comme si c'était l'évidence même sans bouger d'un pouce. Je le trouve très bien moi ce petit nom. Bodyguard, ça fait très années 90 vous ne trouvez pas ? me moqué-je ouvertement avec mon air de peste assumé. Et Kevin Cosner à côté de vous il a l'air d'un éphèbe ! Remarquez, je pense que pour vous, je vais garder King Kong ! Vous avez l'air aussi caractériel et de mauvais poil que lui !

— Oh putain ! s'écrie Hayden dans mon dos. Nick ! Si tu voyais ta tête mon vieux! Jessica n'aurait pas dit mieux ! Moi je valide le surnom King Kong et je te baptise à l'eau de mes larmes ! Ce sera ton nouveau nom de code Papa ours !

Crise de fou-rire généralisée en plein milieu d'une des avenues les plus connues de la planète, mais King Kong lui, il n'a pas l'air content. Pas content du tout le double K. C'est qu'il aurait presque de la fumée qui lui sortirait des orifices du visage !

— Le prochain qui moufte je le vire ! lance-t-il rouge de colère à ses compagnons, les avisant de ses gros doigts.

Donc lui c'est Terminator en chef ... Ok, je note. Sa majesté des gorilles, quoi.

Même sans noter, vu sa carrure on ne peut que le savoir !

— Et vous ma petite, vous allez voir de quel bois il se chauffe le King Kong quand on se fout de lui ! Vous montez dans cette voiture avec Mme Hartley et plus vite que ça ! ordonne-t-il son index trop près de moi.

Il rêve éveillé ce mec ! Il me prend pour qui, lui ?

Et toi tu débloques Livia ! Regarde la taille de ce type !

— SINON QUOI ?

— Pardon ?

— Livy Baby... veut s'immiscer Laura comme on approche d'un animal enragé.

—J'ai dit SINON QUOI ? Et puis le mot magique, votre maman ne vous l'a jamais enseigné ? Je vais vous l'apprendre moi, tiens ! Et comme c'est mon jour de bonté, en deux langues en plus, cadeau de la maison : PLEASE , S'IL VOUS PLAIT en français parce que mince alors, vous êtes en France ici Barracuda !

Ok j'abuse. Je ne suis plus dans mon état normal. Je suis en colère. Jamais je n'aurais osé me confronter à un type comme lui sans qu'il y ait un vrai danger pour Laura, mais tout ça, c'est juste une accumulation en trop peu de temps pour moi. Pas qu'aujourd'hui, depuis trois semaines, et probablement pas que, mais là, il est devant moi, et il va faire les frais du geyser qui se prépare en moi.

Les risées des stars repartent de plus belle, et moi, ce type me fait voir rouge, littéralement.

— Livia, on s'en fiche qu'ils soient avec nous. Monte s'il te plait Baby, allez...

Je sais très bien qu'elle a compris mon insistance à vouloir être seule avec elle. Mais raté ma grande, cette discussion nous l'aurons, et sans eux ! C'est une promesse que je me fais tant le sujet me semble vital, et je tiens toutes mes promesses. Toutes. Quoi qu'il m'en coûte.

Même un prix trop élevé.

Je la regarde, lui souris de toutes mes dents et lui explique en français, le plus calmement possible et à voix basse, pour qu'elle comprenne qu'il vaut mieux pour elle qu'elle ne s'enfonce pas plus :

— Laura, si tu crois que tu vas t'en sortir comme ça tu rêves. On va avoir une petite conversation en privé toi et moi, madame Mc Alleigh-Hartley. Alors tu vas soit monter dans cette Putain.De.Voiture SANS Tic et Tac collés à ton string, soit tu vas prendre le métro, un taxi, ou un Uber avec moi. Même un bus m'ira très bien ! Mais là tout de suite Laura, je te déconseille ne serait-ce que d'envisager de me faire faire autre chose que ce que MOI je veux. Pigé ?

— Livy...

— Tu me prends pour une idiote depuis trois semaines et j'ai l'impression que tu me files les informations au compte-goutte. Je ne te reconnais plus ! Alors s'il te plait Monte.Dans.Cette.Voiture .Tout.De.Suite ! finis-je en sifflant entre mes lèvres pincées.

Je lui indique le véhicule de mon bras fléchi. Laura s'exécute, Terminator un et deux s'avancent vers nous encouragés par King-Kong. Je pivote vivement pour leur faire face, à tous les trois, et les défie avec un regard mauvais de killeuse, en anglais cette fois :

— Vous, je vous préviens, le premier qui s'approche de cette voiture va le regretter ! Si vous croyez que vous me faites peur, vous vous mettez de doigt dans l'œil jusqu'à la clavicule les gars!

Bon en vrai, j'ai un peu peur. Mais je suis bonne comédienne, l'expérience est mon meilleur CV dans ce domaine.

— Je veux parler à ma meilleure amie en privé. Et pour être sûre qu'il n'y ait aucun quiproquo entre nous, privé, cela veut dire SANS vous. Et King-King, ajouté-je en ne toisant plus que lui, ne pensez même pas à me faire rentrer dans cette voiture de force. Ou je hurle au kidnapping !

— Bah voyons ! vocifère-t-il abrupte.

— Alors à moins que sa majesté King-Kong n'ait une immunité diplomatique, et visiblement la diplomatie, c'est un terme inconnu pour vous, vous allez avoir des problèmes ! J'accepte un chauffeur, un qui ne parle pas français bien évidemment, je ne suis pas stupide même si je suis blonde ! Et pas d'entourloupe ! Et ni Sven ni Aaron. Je sais qu'ils comprennent un peu la langue de Molière.

— Mai...

Mes bras ballottent en brassant l'air, c'est ça où je tente de l'égorger avec mes ongles. Bien ancré dans le bitume du trottoir, il ne fait pas cas de mes gestes, tout juste si ça lui tire un rictus moqueur que je veux lui arracher.

— Et pas vous non plus King Kong ! je lui précise à toutes fins utiles, au cas où sa tête aurait une idée de merde. On risquerait de se sauter à la gorge ... Un accident de travail que vous auriez pu éviter en plus, ce serait si dommage ...

Et une mort douloureuse pour toi, surtout.

— Je suis à bout de souffle d'un tel élan d'emportement que je n'ai pas l'habitude d'avoir, le rythme cardiaque en totale perdition et les mains moites à la hauteur des percussions de marteau qui jouent sur mes tempes, mais pas mécontente de ma répartie.

— C'est bon laisse les faire, lance Hayden à son garde du corps

— Bordel Hayden mais t'as perdu la tête ? Mme Hartley doit ...

— Je crois que ma femme ne risque rien entre ici et l'hôtel. Enfin, rien de plus que ... elle, rit-Scott en me prenant dans ses bras. Ne sois pas trop dure avec elle Livy, me réclame-t -il à l'oreille en embrassant le sommet de mon crâne.

Puis il ajoute à l'attention de King-Kong :

— De toute façon Nick, leur voiture sera escortée devant et derrière.

Alors il abdique. J'AI GAGNÉ !

— Oui, abdique King-Kong, tu as trouvé plus fort que toi.

Je marmonne dans ma barbe en français, fière d'avoir une fois de plus tenue ma promesse, et il ne pouvait pas en être autrement.

Hayden, qui m'a entendu à et dû comprendre même sans traduction que je me moquais du malotru, sourit lui aussi dans sous cape, en toussotant pour étouffer son rire naissant. Nos regards se croisent et s'accrochent furtivement. Je cesse de respirer sous le choc de cette confrontation qui n'a rien d'une bataille, avec la sensation qu'il me sonde en quête de quelque chose, puis je me détourne, mal à l'aise de cette inquisition, ou silencieuse conversation dont ici, je n'ai pas le décodeur. Je prends aussi une grande inspiration pour calmer mon attraction envers lui, observe une dernière fois les Champs Élysées et l'Arc de Triomphe pointant majestueusement plus haut. Le bruit de la circulation, les odeurs, ma concentration se pose sur tout pour l'oublier lui et ce qu'il a créé, puis je monte enfin dans la voiture.

Merde il est vraiment vraiment vraiment beau ce mec !

CANONISSIME !

Je suis sûre qu'il me prend pour une folle. Mais tant pis ! King Kong n'avait qu'à pas me chauffer ! Un Terminator que je ne connais pas s'avance et prend la place du chauffeur.

Au moment de fermer la porte du SUV, je considère King Kong et lui tire la langue. Oui, je sais, c'est puéril, mais bordel, ça fait un bien fou !

Très mature comme réaction Livia !

Il me fixe bouche bée à travers la vitre, avant de s'éloigner en maugréant quelque chose que je n'entends pas de l'habitacle. Mais ça ne doit ni être galant, ni reluisant pour ma petite personne. Je me tourne vers ma meilleure amie et lui octroie avec un sourire satanique :

— À nous deux, madame Hartley, vile traîtresse de mon cœur !

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