20- Révélations

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Hayden.

Des coups timides portés à ma porte interrompent ce charmant échange.

Lorsque je l'ouvre, je ne suis pas surpris de trouver Livia dans le couloir, mais étonné de la voir presque contre la porte d'en face, se tortillant la bouche et les doigts, toujours cet air nerveux sur le visage. Elle regarde dans ma direction mais ne pose pas ses yeux sur moi, évitant de confronter nos regards. Maintenant encore, lorsque je la dévore des yeux sans qu'elle ne remarque mon intérêt, mon corps réagit à sa présence. Toujours ce courant qui me traverse de bas en haut et me hérisse les poils. Ma nuque me picote, mes mains me démangent. J'ai envie de la prendre dans les bras, de sentir son odeur, son goût...

Ça va on ne te dérange pas ?

Il faut que je me ressaisisse, mais mes neurones ont d'autres projets ! Je la détaille rapidement et le plus discrètement possible. Elle a effectivement changé de tenue : une chemise en tissu fluide vert d'eau dont elle a remonté les manches aux coudes, a laissé ouvert les deux premiers boutons, et fait rentrer le bas dans son pantalon noir, qu'elle a sûrement choisi un peu ample aux hanches pour cacher ses formes féminines... Elle est plus grande que cet après-midi, sur des escarpins noirs à talon pour la soirée.

Elle a pris le métro en talons ? J'ai envie d'aller me taper la tête contre le mur, je suis déjà sur les nerfs, on a pas commencé.

Non, elle a marché pied-nu Sherlock.

Ses cheveux sont toujours lâchés en cascade ondulée et ses sublimes yeux turquoise mis en valeur par un peu de mascara noir et une légère touche de fard à paupières bronze, accentuant l'intensité de regard. Ses lèvres sont à présent colorées d'un rose foncé. Lèvres que j'ai envie d'embrasser, de lécher, de mordiller ...et tellement d'autres choses inavouables encore.

Comme cet après-midi, sa tenue n'est pas moulante. Elle suggère plus qu'elle ne montre. J'aurais aimé qu'elle porte une jupe, ou un slim, un haut plus ajusté pour avoir une idée plus nette de ce qu'elle dissimule derrière ce besoin de se cacher, mais j'y vois déjà plus clair que lorsqu'elle portait sa robe bohème tout à l'heure. Et déjà, rien qu'avec sa robe large, elle était bandante, ultra-excitante, alors là ...

J'ai du mal à déglutir, et me décale pour la laisser entrer. Elle s'avance, toujours en regardant ses pieds puis s'excuse :

— Pardon, je suis allée frapper à la porte de Laura et Scott mais un groom m'a dit qu'ils étaient sortis. Je suis redescendue à la réception me doutant qu'ils seraient ici, mais ils n'ont pas voulu me donner votre numéro de suite. Question d'anonymat sans doute... souffle-t-elle en haussant les épaules. Enfin je comprends, je ne suis personne moi pour vous ...

Putain, si elle savait qui elle est pour moi, surtout !

— J'allais remonter pour vous attendre devant leur chambre quand j'ai croisé trois Terminators. Ils ont bien voulu me renseigner, ils sont sympas, vraiment. Bon je leur dois des pâtisseries, poursuit-elle sur sa lancée en gagnant enfin en assurance, que j'ai d'ailleurs déjà commandées et qui leur seront livrées demain matin, mais c'est de bonne guerre non ?

Elle dit tout cela d'une traite quasiment sans reprendre sa respiration. Donc elle est encore mal à l'aise avec moi, ou stressée, ou les deux, mais moins en parlant de la pluie et du beau temps. C'est mal barré. Elle finit par tourner son beau visage vers le mien. Nos regards s'agrippent. Je ne la touche pas, mais ce simple contact oculaire m'électrise tout entier.

Attendez une minute ...

— Attends, Livia, ils t'ont demandé des pâtisseries en échange d'une info ?

S'ils ont fait ça, je les vire, je les démembre et je balance leurs corps dans la Seine !

Ce n'est pas un peu radical ?

Absolument pas !

Elle rompt une fois de plus notre lien, comme si soutenir mon regard lui coutait. Je ne suis quand même pas si terrible ? Je lui fais peur ? Ou alors je ne lui plais pas ?

On ne peut pas plaire à tout le monde !

Ou alors les deux lourdauds de Vegas avaient raison ? Elle est gay ?

Désespérant, tu ne trouverais pas un alligator dans un bac à glaçons.

Je remplis mes poumons d'une grande goulée d'air et me rends compte que son passage a laissé sa trace olfactive dans le couloir. Une odeur que ma mémoire reconnait instantanément : boisée et vanillé. Cet effluve qui m'avait marqué à Vegas, c'était la sienne. Coupée dans son élan par mon interrogation brutale, elle stoppe ses pas, se retourne toujours me regarder et roule des paupières tout en mordillant sa lèvre inférieure de sa dent. Si elle continue, je ne vais plus pouvoir me retenir de me jeter sur elle.

Calme tes ardeurs ! Laura a bien dit qu'on ne joue pas avec sa sœur !

Ce n'est pas elle, c'est juste ma libido qui dérape en fanfare.

— Non ils ne m'ont pas fait du racket si c'est à cela que vous pensez. C'est moi qui suis allée vers eux et qui leur ai dit que s'ils contribuaient à mon enquête, je saurais les remercier à la française m'indique-t-elle. Je ne les connaissais pas moi ces Terminators là et j'avais besoin d'une réponse, alors je me suis dit qu'en les amadouant un peu, ils seraient peut-être aussi gentils que les sexy T0 et T1. Et bon, c'est une vérité universelle que les hommes peuvent être achetés avec de la nourriture. Quoi ?

Je la fixe, assommé.

— Hey ! Ne me regardez pas comme ça, je ne leur ai pas proposé une pipe mais des pâtisseries ! Merde...putain, pardon, c'est sorti tout seul !

Elle vire cramoisi en se cachant la bouche de ses deux petites mains, ne sait plus où se mettre. On avance, enfin je crois.

Laura et Scott qui viennent de nous rejoindre dans le corridor de la suite ont tout entendu. Ils sont pliés de rire. Bon sang ! Si elle commence à dire des mots comme ça devant moi, je suis foutu !

— C'est qui les sexy T0 et T1 ?

Scott m'enlève les mots de la bouche, merci mon frère !

— Heu j'ai dit ça moi ?

— Oui tu l'as dit, affirme Laura.

— Merde c'est pas ma soirée décidément !

Oh bordel de merde, elle n'a encore rien vu ...

— Livia, c'est qui ? insiste sa sœur.

— C'est Sven et Aaron.

— Et tu les trouves sexy ? persiste Scott les yeux rieurs.

— Pas vous ? J'ai l'impression qu'ils ont été recrutés dans une agence de mannequin ces deux-là! Ils pourraient poser dans le catalogue des Dieux du stade !

— Oui à dire vrai je suis d'accord avec toi Livy, ils sont plutôt super alléchants et ...

— Quoi ?! s'insurge la mari de l'année. C'est quoi cette histoire Laura ?

Bon, il a l'air jaloux comme un poux le Scotty !

Comme s'il n'y avait que lui ...

— Oh ça va ! J'ai des yeux quand même, mais ne t'inquiète pas en ce qui concerne ma bouche, les pipes c'est que pour toi mon chéri ! lui lance-t-elle avant de lui rouler une pelle monumentale.

— Mince Laura tu ne sais pas te tenir deux secondes ? T'es qu'une débauchée ! Tiens-toi bien !

— Dit celle qui a parlé de fellation la première ...

Putain. C'est mort ...

Ou très vivant bien au contraire.

— Ok je plaide coupable, admet-elle en baissant les yeux.

— Donc si je résume, synthétise mon pote qui ne perd pas le Nord, Sven et Aaron ils sont sexy et alléchants ?

Les deux filles acquiescent souriantes en hochant vivement la tête. Génial ... On va devoir recruter des vieux rondouillards. Nick pourrait nous trouver ça...

— Ne t'inquiète pas mon chéri, toi tu es hors catégorie ! Tu es le roi des canons alléchants ! Et je sais que Livia a déjà vu plus beaux spécimen aussi, hein Honey ?

Livia, les joues rougies, lui répond un timide « oui » en français en la fusillant tandis que Laura lui tire la langue.

— Bon les filles, si on ne monte pas tout de suite dîner, ça risque d'être froid, et j'ai la dalle !

Dans l'ascenseur, son parfum est partout sur moi. J'ai deux étages pour faire descendre la pression ... et ma trique d'enfer.

***

Le repas terminé et débarrassé, les discussions et l'ambiance en général sont plus apaisée. Livia s'est peu à peu détendue et semble plus à l'aise en ma présence, mais j'ai toujours l'impression qu'elle restreint au maximum nos contacts visuels.

Laura a beaucoup parlé, certainement pour que Livia participe et ne se mette pas en retrait. Des deux cabinets de son père, de son enfance, de ses études partagées entre Boston et Paris. Nous pouvions facilement lire la fierté dans les yeux de Livia, et l'amour qu'elle lui porte. L'avocate a même fini par avouer sa passion pour ...le Karaoké.

Scott a raconté aux filles pourquoi il avait voulu devenir acteur. La galère des auditions quand on débute, mais aussi certaines de nos incartades d'il y a quelques années dont bien entendu, elles étaient au fait ; à mon grand désarroi, mais en même temps, savoir qu'elles suivent nos carrières depuis longtemps toutes les deux, c'est glorifiant. Elles ont ri, j'ai adoré ce chant.

Surtout d'entendre la pire anecdote, la fameuse, quand Scott a bécoté une fille qu'il avait rencontrée lors d'une soirée trop arrosée. Je l'avais prévenu qu'il ne fallait pas qu'ils aillent chez lui, ni ailleurs, mais il était persuadé que je lui disais ça pour me la faire moi. Alors je l'ai laissé faire. Le problème c'est que si moi j'ai lâché l'affaire, plusieurs potes et curieux eux ont pris des photos et des vidéos de Scott en train de rouler des pèlles magistrales à la demoiselle.

Et devinez quoi ? Ce con l'a ramenée chez lui, s'est laissé déshabillé, touché. Je passe les détails... au moment de rendre la pareille à la demoiselle pour la remercier de ses attentions de folie... je vous le donne dans le mille ... Il s'est avéré que la fille était en fait ... un mec ! Joey a fait des pieds et des mains pour éviter que les photos volées ne soient diffusées partout.

D'où sa paranoïa.

Pour ma part, Laura m'a interrogé sur mon choix de carrière, ma famille. Livia elle, s'est en particulier intéressée à comment j'accepte et choisi mes rôles, ce qui change des questions bateau qu'on me pose d'ordinaire. Puis elle a voulu savoir comment nous faisions pour vivre sous les projecteurs constamment, si nous arrivions néanmoins à avoir une vie à peu près normale. Au moins une question à laquelle j'ai pu répondre sans qu'elle ne défile ses billes des miennes :

— Ce n'est pas toujours évident, si on le veut, on arrive à avoir une vie de famille plus ou moins normale oui. Si tu veux savoir si on peut aller faire nos courses dans un supermarché : oui . Il y aura toujours quelques paparazzi à la sortie mais c'est possible. Tout est question d'organisation.

— On voit beaucoup de photos volées dans les restos.

— Oui, c'est vrai, et même à l'intérieur, ça peut être malaisant, il faut apprendre à s'y habituer. Les gens te regardent, prennent des photos. Certains fans respectent scrupuleusement notre vie privée, mais d'autres ne peuvent s'empêcher de nous solliciter même s'ils voient que nous sommes en famille, entre amis.

— Je vois.

— Quelque part, c'est difficile de dire non à son public. Si l'on en est là aujourd'hui, c'est aussi grâce à eux. On leur appartient un peu, alors il faut savoir donner quelques minutes de son temps quand c'est possible. Et pour les paparazzi, tout est question de dosage. Ils cherchent parfois à nous faire sortir de nos gongs pour avoir une photo vendeuse, puis nous attaquent en justice parce qu'on s'est défendus. Il ne faut pas rentrer dans leur jeu. Il faut leur montrer que quoi qu'ils disent, cela ne nous atteint pas, se blinder les yeux et les oreilles. Et les gardes du corps savent les gérer et les tenir à distance quand c'est nécessaire.

 Livia elle, n'a pas été très loquace, Laura a raison. Elle nous a exposé ce qu'elle fait dans la vie, qu'elle vit sur Paris deux semaines par mois pour son travail dans l'immobilier depuis quelques mois et que le reste du temps elle habite dans le sud de la France. Mais je ne sais toujours pas comment les filles se sont rencontrées, ni quel lien les unis au-delà de l'amitié.

Après s'être levée pour nous préparer des cafés et les avoir déposés devant nous, Laura s'éclipse et revient un dossier à main. C'est donc le moment .... Une large boule de stress de loge dans mon abdomen, mes paumes transpirent soudain comme si la température de la pièce venait subitement de prendre vingt degrés... Livia regarde la pochette, perceptiblement inquiète, parait vouloir fusionner avec le tissu du fauteuil pour disparaître mais ne dit rien.

Laura ouvre la difficile discussion de la révélation- ou boîte de Pandore-, jugeant que nos cafés sont de la déco, ou sentant que c'est le moment opportun :

— Livy , j'y ai beaucoup réfléchi et j'en suis venue à l'irréfutable conclusion qu'il n'y aurait jamais ni un lieu adéquat ni un moment parfait pour cette conversation, alors nous allons l'avoir maintenant, et ici.

— De quoi tu parles Laura ? grince-t-elle sur la défensive, après nous avoir jetés un coup d'œil affolé à Scott et moi.

Mauvaise idée ... très mauvaise idée.

— De ton mariage, et ... de ton divorce.

Laura a perdu de son assurance, et de sa voix dans la bataille qui n'a pas commencé. Livia manque de s'étouffer sous le coup de la stupeur et mitraille sa sœur du regard. Elle se lève de sa chaise, son attention entièrement braquée sur elle, se rapprochant avec une lenteur inquiétante jusqu'à se planter face à elle. Elle se met à lui parler en français tandis que Laura ne se défait pas de son anglais, en gesticulant :

— Non je ne me fous pas de ta gueule Livia ! Et Non, nous n'avons pas besoin d'être en privé, ce que nous dirons ne sortira pas d'ici. Nous étions tous à Vegas je te rappelle ! Ne sois pas si pudique !

Le ton monte et Livia repasse à l'anglais, furax et tremblante de colère :

— Bin oui vas-y enfonce le couteau ! Qu'est-ce que je t'ai fait, bon sang Laura ? Ce n'est déjà pas assez humiliant de s'être mariée à un inconnu à Las Vegas devant ton mari et lui, dit-elle me désignant, alors que j'étais saoule, en plus on va faire étalage du divorce devant eux !? Et devant Hayden ? Quelle journée merveilleuse ! Décidément j'ai bien fait de me lever ce matin, putain de merde ! Tu sais quoi ? Je m'en vais ! Appelle-moi quand tu auras retrouvé la raison ma vieille !

Livia en rogne. Act II. Mais même fougueuse, elle est magnifique. Son nez se retrousse, ses yeux se plissent et je n'ai qu'une envie, l'embrasser pour la faire taire, m'emparer de sa langue, caresser sa peau...

Grave. Grave. Grave, mon pauvre vieux.

— Livia, calme-toi s'interpose Scott pour qu'elle ne fuit pas.

Il l'enlace, tamponne son front de baisers.

— Personne ne te juge ici. Ni moi, ni Hayden. Encore moins Hayden à vrai dire, Livy.

— Il a raison Livia, nous avons tous fait nos conneries, interviens-je en renfort. Ce serait hypocrite de ma part de te juger.

Je vais rester évasif pour le moment. Livia se rassied, soupire bruyamment, tapote une partition de ses ongles sur la table en verre. Scott et Laura reprennent place. Moi je suis toujours cloué à mon siège. Elle prend ensuite une grande inspiration et demande en montrant le dossier:

— Dois-je comprendre que tu as déjà retrouvé le type avec lequel je me suis mariée ?

Le type. Ça part mal. Scott est moi nous fixons, nous comprenons. Ça ne va pas être simple comme une lettre à la poste.

— Oui

— Est-ce que tu lui as parlé ?

— Bien entendu Honey.

— Pas très expansive Maître Hartley, râle-t-elle, dubitative. Je t'ai connue plus bavarde. Donc...

Elle sur le ralenti la cadence sur le Maitre, assurément pour faire comprendre à sa sœur qu'elle veut avoir affaire à son avocate. Je ne la sens pas cette annonce. Je ne peux m'empêcher de guetter les réactions physiques et faciale de Livia tout en gigotant moi-même sur ma chaise. Scott a lui aussi les yeux rivés sur elle aussi, surveillant le moindre signe de panique. Livia coule sur moi un regard las alors qu'elle voudrait que je sois partout, sauf ici. Elle est songeuse. Ses sourcils se froncent et elle se tord les lèvres de gauche à droite, les mord sans douceur. Elle retourne la tête dans la direction de sa sœur et tente de nouveau :

— Pardon mais vraiment, pourrions-nous avoir cette discussion toutes les deux ?

— Livia , comme je viens de te le dire nous étions présents tous les quatre. Scott et Hayden sont dans le même radeau que nous. Il n'y a rien qu'ils ne sachent. Ab.so.lu.ment rien, Baby.

Le ton de Laura est calme, pourtant la tension dans sa voix n'échapperait pas à un sourd.

— D'accord pour Scott c'est ton mari, mais Hayden, je ne pense pas qu'il ait besoin d'assister à cela, argumente-t-elle inquiète sans me lâcher. Non content d'avoir assister à ça, tu veux en plus lui imposer d'entendre parler d'un type qu'il ne verra jamais de sa vie et de mon divorce ?

— C'est ça Baby.

— Hayden Miller Laura ! Redescends sur Terre un peu merde ! Ok, tu es sur ton nuage tout beau et tout rose, et je t'aime, je suis ravie pour toi, pour vous, mais là, tu as perdu la tête ! Ça ne le concerne pas ! Pourquoi veux-tu l'embêter avec ce truc ? Tu es devenue cinglée ou quoi ?

M'embêter ? Et qu'est-ce qu'elle a avec moi à la fin ? Mon statut a vraiment l'air de la déranger, tout comme l'idée même d'une vie avec une célébrité, d'après ce que j'ai compris tout à l'heure. Les gardes du corps l'angoissent, les paparazzi, n'en parlons pas, elle a blêmi comme un linge blanc, sans savoir qu'elle allait devoir vivre elle aussi sous les projecteurs. Je ne veux pas qu'elle se sente piégée, mais on ne peut plus reculer, nous n'avons pas le choix.

Laura se frotte les mains l'une contre l'autre, je suis sûre qu'elle prie en silence.

— Livia je suis tellement désolée, j'espère que tu me pardonneras. Je t'aime tellement tu sais ...

Livia se décompose à vue d'œil, chancelle assise.

— Oh Laura non ! Merde ! Qu'est-ce que tu as encore fait ? Je te préviens, évite de faire déborder le vase cette fois ! Qu'est-ce qui se passe encore ?

Elle crie en se levant brusquement, renversant sa chaise qui s'écrase au sol dans un bruit sourd. Scott secoue sa tête mimant un « non » pour que Laura n'aille pas plus loin ce soir, que l'on reporte tout ça, mais nous savons tous que c'est trop tard. Quelques larmes commencent à perler sur les joues de Laura. Scott s'en aperçoit aussi et va pour se lever, mais Laura qui est déjà debout prête à affronter sa sœur tend la main vers lui pour lui sommer de ne pas d'intervenir.

— Pardon Livy, pardon ... J'aurais dû ... je t'ai ...

Les filles se toisent, immobiles. Livia cherche la réponse dans les pupilles de sa sœur, qui essuie ses larmes de ses doigts. Je vois Livia se tendre de plus en plus, ses mains tremblent perceptiblement. Elle recule.

— Laura ? Laura !

— Je n'ai pas eu besoin de le chercher.

— Qui ça ? De chercher qui ? De qui tu parles ?

Incrédule, j'ai l'impression que son cerveau lutte pour ne pas voir l'évidence.

— De ton mari Livia. Je n'ai pas eu à enquêter. À le chercher.

— L'homme avec lequel je me suis mariée, la corrige-t-elle fermement en grinçant. Je n'ai pas de mari. Je n'en aurai jamais !

Si, elle en a bien un. J'ai même un certificat qui le prouve. Le mot «mari» l'indispose aussi, donc. Je n'ose pas imaginer ce qu'il va se passer quand elle va comprendre que le mari dont parle Laura, c'est moi. Sa négation est poignardante, mais je préfère ne pas y songer.

— Comment ça tu n'as pas eu besoin de le chercher Laura ? Explique-toi tout de suite ! Et donne-moi ce dossier ...

Prise de secousses, Livia commence à hyperventiler. Sa cage thoracique se soulève de plus en plus vite, elle se frotte les yeux, la nuque et ne tient plus en place dans la pièce. J'ai eu le temps de faire moi aussi des recherches sur l'anxiété, et là, je sais déjà comment ça va finir.

Mal.

Oui, alors que normalement, une autre femme serait au septième ciel qu'il lui arrive un truc pareil, celle-là va se mettre dans un état qui n'approche pas le bonheur.

— Tu es partie d'un principe, et ni Scott ni moi ne t'avons contredit puisque tu ne voulais rien savoir sur l'identité de l'homme que tu as épousé Livia ! Tu as insisté pour ne rien savoir ! se défend déjà Laura voulant se rapprocher de sa sœur. Tu étais en état de choc, nous n'avons pas voulu en rajouter.

— Quel principe ? contre-attaque-t-elle.

— Que tu avais épousé un type quelconque, un mec bourré que j'avais dégoté au club. Un anonyme pour reprendre tes propres mots.

— Oui et alors ? Il est où le problème ?

— Livia, dans la mesure où nous nous trouvions dans un club ultra-select, je n'aurais jamais pu te trouver un type anonyme, un mec banal. Un «Monsieur tout le monde» là-bas ... seuls les gros portefeuilles et les célébrités y ont leurs entrées, tente-t-elle de lui expliquer paisiblement.

— Ok ... donc ça n'est pas là-bas que tu repéré ce type, c'est ça ? Tu l'as rabattu dans la rue ? Ne me dis pas que tu as payé ce type Laura !

La chute va faire mal. Elle ne veut pas comprendre. Pourtant tout est clair, sous ses yeux. JE suis sous ses yeux. Mais je ne reste muet et spectateur, comme me l'a demandé Laura quand nous avons préparé cette révélation.

— Non, c'est bien au club que ça s'est décidé. Ensuite nous sommes retournés à la chapelle, tous les quatre Livia. Tous les quatre, je te l'ai déjà dit. Scott, Hayden, toi et Moi Baby. Et tu t'es mariée. Tu comprends ?

Livia ne dit rien. J'ai la sensation que tout à coup, elle est très loin de nous. En état de choc. Son cerveau doit être en train de remettre tous les éléments à leur place, pour lui dessiner un tableau qu'elle refusait catégoriquement de regarder. Je sens son trouble, en moi, je ressens ses tremblements, chaque spasme qui la traverse, et les échos sont déstabilisants, même pour moi.

— Livia ? Livy ?

Scott, qui s'était rassis, se redresse pour se rapprocher d'elle. Elle a un mouvement de recul à son contact et sursaute en poussant un petit cri. Elle fait un pas en arrière, un autre, barrant l'espace qui nous sépare tous en tendant les deux bras tremblants tendus devant elle. Elle essaie de tranquilliser sa respiration en inspirant et expirant lentement, plusieurs fois, les yeux fermés.

Laura veut la rejoindre mais abdique.

— Livia, si Hayden est là, à Paris, dans cet hôtel, dans cette suite ce soir et qu'il t'a dit tout à l'heure qu'il ne te jugeait pas, c'est parce qu'il était là, dans la chapelle ...

Elle recommence à hyperventiler, ses mains et des bras s'agitent le long de son corps flageolent.

— Oh mon Dieu ! panique-t-elle horrifiée.

— Livy, l'appelle Scott.

— Non ! Non non non non ... , répète-t-elle dans sa langue. Pas ça...

Elle se reprend difficilement, inspire et souffle, le regard dans le vide. Nous lui laissons quelques secondes, de l'espace, aussi.

— Je ... c'est pas vrai ...

— Oh Livy...

— Tais-toi, Laura, pitié, tais-toi... Est-ce que vous êtes en train d'essayer de me dire qu'Hayden et moi, nous nous sommes mariés ? Que c'était lui, à Vegas ? Que nous sommes mariés ? lance-t-elle d'une voix à peine audible sur la fin tant elle peine à respirer.

Je me lève à mon tour, attiré par sa détresse que je voudrais détruire d'un geste. Je la rejoins, me positionne face à elle, mais sans empiéter sur son espace vital. Elle porte des mains frissonnantes sur sa bouche, me fixe en faisant non de sa tête. Je pourrais m'excuser, mais je n'en ferai rien. Les faits sont les faits, nous sommes mariés depuis trois semaines.

— Oui Livia, nous sommes bel et bien mariés toi et moi, annoncé-je de ma voix la plus douce. C'était moi.

— Oh mon Dieu ... je suis... désolée...pardon... souffle-t-elle perdue en me regardant, des larmes silencieuses coulant au coin de ses yeux épouvantés de la nouvelle, avant de se ruer tel un courant d'air vers la sortie, me laissant frappé par son angoisse.

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