25- Le Deal, partie II

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Livia.

— Vous... quoi ? Pas de divorce ?

     Mes yeux vont divorcer eux, pour de bon, tout de suite, de mon crâne.

— Il y a deux scénarios possibles.

— Lesquels ?

— Le premier, les médias finissent par avoir vent d'une manière ou d'une autre notre mariage, et il sera toujours temps de déclarer que nous venons tout juste de nous séparer. Da,s ce cas, nous ferons la une partout pour nous être mariés secrètement.

— Mais la presse s'acharnera à découvrir comment tout s'est déroulé à Vegas, suppose Laura. C'est toujours comme ça n'est-ce pas ?

     Scott adjoint :

— Ne te fais pas de souci Livy. Si ça arrive, vous n'aurez pas plus d'une poignée d'heures pour réagir et tenter de les contrer, mais c'est déjà pas mal. Il faudra naturellement tout anticiper en amont, dit-il à l'attention d'Hayden. Il se peut même que lorsque la première publication paraîtra, les journalistes aient déjà mené une enquête plus minutieuse que le FBI.

     Merveilleux ... Alors pourquoi tout ce bazar si de toute façon, tapage médiatique il y aura ? Ah oui, la réputation.

Tu vois quand tu veux.

— La deuxième ? demandé-je.

     Hayden m'épie, passe une main sur son visage fatigué -mais au combien sexy.

— Nous avons de la chance, personne ne découvre rien, et nous attendons.

— Et on attend quoi, au juste ?

     Il sait que le Père-Noël n'existe pas ?

— Le jour où nous, toi et moi Livia, déciderons que c'est le bon moment, nous rédigerons conjointement un communiqué indiquant que nous étions mariés et que malheureusement, comme dans trop d'unions, cela n'a pas fonctionné entre nous. Qu'ainsi nous avons choisi de reprendre nos routes. C'est la meilleure solution.

Ils plaisantent là, n'est-ce pas ? Il y a une caméra cachée dans la pièce, je mettrais à main à couper. Je les regarde tous un à un, comme s'ils avaient trois têtes, à la limite de l'apoplexie. C'est juste une hallu auditive. Rien n'est réel. Je me pince.

     Aïe.

     Soupire las intérieur au milieu du chaos. Tout va bien se passer, on va trouver un truc, n'importe quoi, ça va s'arranger, et vite !

— Vous êtes tous d'accord avec ça ? les consulté-je tous abasourdie.

— Oui, concordent-ils d'une unique voix.

     Je me hisse sur mes jambes nerveuses, ne tenant plus en place mais me concentrant pour ne pas qu'elles flanchent. Mes yeux survolent la pièce pour échapper aux inquisitions. À tout ça. Un tableau de la Provence décore un mur, près de la fenêtre ouverte. Un champ de lavande en fleur, une fine ligne de coquelicots et la Sainte Victoire en fond. C'est beau, apaisant. Je m'en approche, les effluves fleuris m'inondent de plaisir quand je ferme les yeux. C'est là-bas que je devrais être. 

     J'y serai ce soir, je passerai à la savonnerie pour me faire un panier. J'adore l'odeur du pain de savon Rose de Grace. Ils vendent aussi des petits sacs de lavande pour parfumer les dressings et tiroirs, comme en faisait ma grand-mère quand j'étais enfant, et des bougies artisanales. Je m'enfermerai avec toutes ces odeurs, loin d'ici...

— Livy, tu n'es plus avec nous là, m'interpelle ma toujours meilleure amie.

     Je retourne à mon fauteuil sans m'y asseoir, en appui sur le dossier.

— Donc ce que vous me proposez, abrégé-je, c'est qu'afin d'éviter de passer pour une espèce de groupie sans cervelle qui épouse une star alors que ladite star ne connait pas la groupie et me taper la honte internationale, c'est le cas de le dire, ris-je amère, ou d'expliquer la vérité, que nous étions ce soir-là deux adultes enivrés qui ce qui se sont laissés embobiner par les talents d'oratrices d'une jeune avocate à l'imagination débordante...

— Livy ... réprouve vexée l'avocate en question.

— ... pour qu'il n'y ait pas répercussions négatives sur la carrière d'Hayden Miller, et que je ne me prenne pas la presse mondiale en pleine face telle une voiture sans frein qui percuterait un mur à trois cents kilomètre heure, c'est de mentir à la planète entière, c'est bien ça ?

— Oui baby, oui, soupire Laura.

     Ma voix monte dans les aigus malgré moi :

— De faire croire que nous nous étions mariés sciemment, parce qu'on était, genre, ENSEMBLE, dis-je en nous pointant du doigt à tour de rôle, lui et moi. C'est bien cela votre idée de génie, celle qui va sauver nos honneurs ?

— À peu de choses près c'est cela, admet Hayden.

     La crise de nerfs me lorgne, et finit par me gagner. Je pars dans un fou rire carillonnant. Je vais aller immédiatement me faire interner dans l'hôpital psy le plus proche. Ils vont me rendre folle !

— Et à quatre cerveaux car je compte King Kong, déclaré-je entre deux éclats de rire, vous vous êtes sérieusement dit que cela pouvait fonctionner ? Pour de vrai ?

— Oui ! grince mon avocate pas du tout d'humeur à me rejoindre.

— Non mais attendez, vous me faites une blague là, ce n'est pas possible. Elle est où la caméra ?

     Je scrute le plafond, les décos.

— Je suis très sérieux Livia. Et bien sûr que cela pourrait marcher. Il faut juste que ce soit nous qui l'annoncions en premier, mais pas maintenant. Nous avons fait signer des accords de confidentialité au pasteur. Nick ne dira rien. Les autres gars ne sont pas au courant. Évidemment, plus il y a de personnes dans la confidence, plus les risques augmentent. Il faut nous en tenir à notre groupe, rien de plus.

— Alors là, aucun risque que je parle de cette histoire lamentable, croyez-moi ! Ni même que je n'aille crier sur les toits que je me suis mariée avec vous ! Mais cela revient tout de même à mentir à ma famille. Leur cacher une bêtise est une chose, leur faire croire que j'étais en couple avec ... vous, c'est carrément un autre niveau ! Vous vous rendez compte de ce que vous dites ou pas ? C'est du délire ! En couple avec Hayden Miller ! N'importe quoi ...

—Pourquoi ? se renfrogne-t-il, tu as un problème avec moi ?

     Oulala, mais c'est qu'il s'offusque Hollywood !

— Je vous ai vexé ou je rêve là ?

— Bien sûr que tu m'as vexé !

— Non mais alors là, je n'en reviens pas ! Vous ne voyez pas le problème plus large que le Texas ? Et je vous assure qu'il ne vient pas de vous !

— Livia, perd patience Laura en tapant à plat main sur la table, ça suffit ! Ne dis pas un truc pareil, là c'est ta sœur qui te prévient !

     Elle se met debout, pose son index sur mon sternum et s'écrie sans prévenir, autoritaire comme Doug dans ses emportements pleins de l'éloquence qu'habille si bien :

— Ne te lance pas sur cette piste, je te l'interdis ! Je peux accepter ta colère, ta tristesse, ta rancœur envers moi, et toutes tes larmes à cause de cette situation qui te dépasse si tu veux, mais ça Livia, je ne l'accepterai pas ! C'est ma limite et tu le sais !

— Qu'est-ce qu'il se passe ? s'interroge Hayden.

     Il se redresse sur sa chaise, très surpris de notre tapage, alors que Laura avait bien introduit cet échange en stipulant que nous sommes « des adultes et que tout doit se passer dans le calme ».

Loupé.

     Scott vient se positionner derrière son ami, posant ses mains de parte et d'autre de ses épaules.

— Ne t'en mêle pas Hayden.

— Si, bien sûr que si ! Si ce n'est pas moi le problème, c'est quoi ? Je veux savoir Livia.

     Et moi je veux pouvoir remonter le temps...

     Il recommence avec ses « Livia fais ce que je te dis ». Christian Grey sors de ce corps !

— Mais vous pensez qu'on va pouvoir faire croire que vous et moi, nous étions en couple ? Vous êtes gravement atteint ma parole !

— Bien sûr !

— Pardon, je vous assure que je vous respecte Hayden, mais vous êtes tombé sur la tête ou quoi? Mauvaise chute pendant une cascade récemment peut-être ? dis-je sarcastique.

— Livia ça suffit !

     Laura m'attrape rudement par le poignet, me fait pivoter vers elle :

Tu arrêtes ça immédiatement Livia !

— Mais non ! Ouvrez les yeux un peu bon sang ! Vous me faites peur !

— Livy tais-toi, c'est mon dernier avertissement ou on sort ! Il n'y a pas de raison que les gens doutent de la véracité de ce couple. Deux adultes, majeurs, consentants. Pas de problème, siffle-t-elle. C'est ton mari, tu es sa...

     STOP ! Voilà, on la perd !

     Mari ? Ce type n'est pas mon mari ! Si ? Non non et non ! C'est simplement le mec avec qui je suis mariée à la va-vite. Y'a bien une différence non ? Ça doit bien être précisé dans un guide ou un manuel de Droit quelconque ? Dans une Constitution ? Ce n'est carrément pas le même projet de vie! Et un mari n'a jamais fait partie de mes projets de vie ! Ni même un petit ami officiel, c'est dire !

     Je ne me peux m'empêcher de protester, mes paroles s'échappant de ma bouche avant que je n'aie pu la boucler.

— L'homme que j'ai épousé.

— Pardon ? se fige Laura étonnée alors que je suis sûre qu'elle a compris.

— Évite le mot mari devant moi, je n'ai pas de mari.

     Je me permets un regard vers Hayden qui étrangement, lui, n'a pas l'air ravi de recadrage de vocabulaire. Ses mâchoires sont crispées, il a croisé les bras sur son torse, signe qu'il prend ses distances avec ce que je viens de corriger. Bon après tout, il a bien le droit de penser ce qu'il veut, nous sommes dans un pays libre ! Je suppose que nos convictions personnelles n'ont pas à être identiques juste parce nous avons signé un papier !

     Mais quel papier de merde bon sang !

—Bon, Livia, c'est quoi ton problème à la fin ? Nous pouvons en discuter et trouver une solution, propose Hayden sur les nerfs.

Je lui tourne le dos et continue en français, m'adressant exclusivement à Laura, calmement, mais fermement, qui me répond elle aussi en français.

— Vous vous foutez de moi ? Il a un glaucome ou quoi ? Et toi, si j'étais toi grande sœur, je ne monterais pas sur mes grands chevaux ! Clairement aujourd'hui, ce n'est pas le jour Laura. Comment voulez-vous que les gens croient une seule putain de petite seconde qu'Hayden ait voulu être en couple avec moi ? Sous GHB peut-être oui, et encore ! À la rigueur, si on dit qu'il camé pendant deux mois, ça peut marcher ! Mais il n'y a pas d'autre explication ... Merde Laura ! regarde-le lui et regarde-moi ! Tu ne vois pas comme un truc qui ne fonctionne pas ? genre Lui et moi sur le même tableau ? Toi et Scott, vous allez parfaitement bien ensemble, et toi, tu es ... toi ! Tu es américaine, tu vis à L.A, tu es belle, intelligente, sur de toi, et tu as un super boulot ! Tes parents sont riches, ça ne choquer personne que vous soyez ensemble ! Ouvre les yeux ! Vous me faites peur !

— C'est toi qui m'effraies Baby ! contrattaque ma meilleure amie. Comme tu l'as souligné, nous sommes quatre. Quatre, Livia. Quatre adultes et aucun de nous n'a soulevé une telle connerie ! C'est dans ta tête encore une fois !

— Non !

— Si ! Et puis oublie la position sociale, tu vois bien qu'il n'en a rien à faire de ça Livia ! Et nos parents Livy. Nous sommes sur un pied d'égalité toutes les trois, il n'y a jamais eu de différences!

— Ok, ce n'est pas le sujet, là, Princesse.

— Tu as raison. Le voici : tu es belle Livia. Le problème, c'est que tu ne veux pas le voir. Tu refuses l'évidence : tu es magnifique ma chérie, se rapproche-t-elle de moi en remettant une de mes mèches derrière mon oreille, profitant de mon trouble. Physiquement et intérieurement. Tu es une belle personne, une belle âme. Meurtrie mais si belle. Arrête de te rabaisser sans cesse, s'il te ...

     Mes yeux s'humidifient. Ce n'est pas le moment de pleurer. Pas que cette merde n'est pas une bonne raison, mais pas le moment.

—Tais-toi Laura ... murmuré-je en détournant mon corps pour que les autres se retrouvent tous dos à moi.

— Non, il faut que tu cesses de te déprécier comme ça !

— C'est bon, articulé-je en essuyant les larmes qui ont roulé sur mes joues, ok. Je n'ai jamais dit que j'étais laide non plus. Je sais que je n'ai pas un physique ingrat, ça m'a assez coûté. C'est juste ... ça ne marchera pas. On va droit dans le mur...

     Je chuchote en me tournant vers Hayden :

— Mais Laura, lui avec moi, qui croirait un truc pareil ? Je veux bien que tout ne soit pas vrai dans la presse people et loin de moi l'idée de le juger, chacun vit sa vie quand il l'entend, mais il ne s'affiche qu'avec des femmes sublimes Laura ! Elles pourraient toutes postuler pour défiler sur les podiums ... Enfin, en même temps qui l'en blâmerait ?

— Tu délires baby, arrête ça !

Des femmes Laura ! Moi j'ai vingt-cinq piges ! Il a quoi lui, la trentaine ?!

     Ok, je sais exactement quel âge il a, et elle sait que je sais.

— Tu vas vraiment me sortir l'excuse de l'âge maintenant ? Franchement, tu t'enfonces ma fille ! Scott a trente-trois ans, six de plus que moi je te signale.

Touchée-coulée, Livia.

     Oui, mais je suis bien trop lancée pour me stopper en marche :

— Vous les américaines vous faites plus matures ! Regarde Blake Lively ! J'ai l'impression qu'elle a vingt-six ans depuis ses dix-neuf ans ! Moi je suis ...moi, une pré-ado, comparée à toutes ses filles, Laura ! Regarde-moi ! Lui c'est un homme, assuré-je comme un et un font deux. Un homme qui sort avec des femmes, voyons ! Mais réveille-toi punaise ! Personne ne gobera ce canulard, jamais !

— Tu es une jeune femme Livia, en aucun cas une pré-ado intervient Scott lui aussi en français en me prenant dans ses bras. Ta sœur a raison, navré de te le dire. Tu te fais de fausses idées.

     J'écarquille grands mes yeux. Il répète lentement, ses mains ancrées à mes avant-bras en accrochant nos deux regards :

— Tu n'as rien d'une enfant même si on t'appelle Baby. Quand je te regarde, et ma chérie ne le prends pas mal, je ne vois pas une ado Livy. Je vois une jeune femme, une très belle femme, je te le jure. Tu n'as rien à envier aux mannequins retouchées des magazines.

     Il m'embrasse le crâne et me berce de longues secondes. Sa chaleur m'englobe, refait monter mes larmes. D'habitude, je n'aime pas qu'on me touche, mais avec Scott, je ne me sens pas gênée.

— Bon, relance Hayden frustré et les maxillaires contractées, c'est bien beau votre aparté en français, mais on peut enfin savoir ce qui se passe ou on dort là ?

     Il est en colère. D'accord, nous les avons complètement snobés en parlant une autre langue entre nous.

— Ok, continué-je en anglais, Hayden, ce n'est pas crédible. Pas du tout. Ce scénario ne va pas fonctionner. Admettons que nous attendions quelques semaines, que nous ayons ce luxe. Ma vie est ici, je travaille cinq à six jours par semaine, j'ai des activités. Je ne vis pas en ermite même si je ne suis pas socialement très intégrée, énoncé-je avec sincérité. Vous, vous vivez aux États-Unis. Vous êtes un personnage public, vous êtes photographié, filmé, épié et j'en passe. Les journalistes, les paparazzi, nos amis, nos familles ! Ils vont bien vite se rendre compte de la supercherie tellement c'est grossier !

— C'est vrai qu'elle n'a pas tort sur ce coup la petite chose, m'accorde Nick.

     Je l'avais presque oublié lui.

— King Kong, la petite chose, elle va s'énerver ... lui dis-je en haussant le ton, vexée à mon tour.

— Ne l'appelle pas comme ça Nick ! vocifère Hayden entre ses dents.

     Oh ! Aujourd'hui il prend quand même un peu mon parti, pensé-je. Comme quoi, tout arrive.

Retiens bien ça, Livia.

— Ok pardon, n'empêche qu'elle n'a pas tort.

— Relation à distance, rétorque Hayden désinvolte.

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