29 - Langue de Mila.

13 minutes de lecture

22 avril.


Livia.

— Bien, nous en avons fini pour aujourd'hui. Je vous remercie de votre présence et compte sur vous pour informer vos collègues absents des informations importantes dans l'attente qu'un mail récapitulatif vous soit transmis dans les jours à venir. En particulier les nouveaux processus qui entreront en vigueur dès la semaine prochaine. N'hésitez pas à nous faire part des difficultés que vous pourriez rencontrer dans les jours à venir. Nous sommes ouverts à toutes remarques. Pour ceux qui le souhaitent, une collation sous forme de buffet est disponible en salle de réunion 3.

     Le directeur d'exploitation SUD, monsieur Hayrault, un grand type toujours en smoking trois pièces, termine son discours et nous libère enfin de cette douloureuse. Douloureuse chaise. J'ai mal au dos.

Mila a passé la moitié de la réunion à m'envoyer des textos pour se plaindre de l'odeur de son voisin, qui visiblement est en rade de déodorant ; et peut-être bien de savon. Bon appétit bien sûr...

Ou pas.

     Comment peut-on transpirer à huit heures quarante-cinq du matin ? Il a dû venir ici en courant, ce n'est pas possible autrement. Il pleut et il fait « environ moins douze mille dehors » si j'en crois Mila la marseillaise. Plutôt un petit dix degrés en ressenti à cause du mistral qui s'est joint à la fête.

     Nous nous levons pour prendre congés de nos collègues. Nous avons un rendez-vous dans moins de trente minutes.

— Mademoiselle Montenegro, puis-je vous voir un instant s'il vous plait ? nous intercepte Monsieur Hayrault. Mademoiselle Gardini, restez également.

      Mila affiche son plus beau sourire de circonstance et m'attrape par le bras. Je réfléchis rapidement : non, on a crié sur personne dernièrement, pas de plainte de clients non plus, au contraire.

Sur ta sœur, mais il ne peut pas le savoir.

— Bien entendu monsieur, mais nous avons un rendez-vous, le prévient ma collègue histoire que nous n'y passions pas la journée.

     Il est gentil mais en bon sudiste qui a passé la soixantaine, il a toujours beaucoup de choses à raconter !

— Non ne vous faites pas de mouron mademoiselle Monténégro. J'ai déjà assez bavardé ! J'aurais aimé si vous le permettez, vérifier avec vous une information que j'ai entendue il y a quelques jours.

—Je vous écoute, l'encourage-t-elle.

— Il semblerait que vous, Mila, avez pour projet de vous absenter trois à quatre semaines cet été. Quant à vous mademoiselle Gardini, j'ai entendu dire que vous alliez probablement prendre un long congé.

     Il est sérieux ? Il veut parler de nos vacances ? Qu'est-ce que cela peut bien lui faire ?

— De folles rumeurs vont jusqu'à dire que vous vous rendez, dit-il en fixant Mila, aux États-Unis pour le mariage d'une célébrité. Vous savez, je ne suis pas le genre de personne qui suit les potins, j'ai bien d'autres choses à faire. Mais le chahut enfle et certains de vos collègues se posent des questions, enfin jalousent serait le terme exact. Alors ce n'est sûrement qu'un énième bruit de couloir vous concernant mademoiselle Monténégro, le téléphone arabe fonctionne bien dans notre beau département et vos exploits commerciaux de ces derniers mois, qui sont remarquables au passage, ne font que donner du grain aux mauvais moulins à paroles qui rôdent.

Alors là, c'est pas bon.

     J'offre mon regard noir à ma collègue.

     Laura l'a évidemment invitée à son remariage, prévu la troisième semaine de juillet. Elle ne devait en parler à personne, car personne ne doit faire le lien entre Scott & Laura Hartley et moi.

     Il y a un an et demi, Mila a eu une histoire plutôt sérieuse avec une célébrité locale. Un comédien marseillais qui joue dans une série à succès. Leur relation n'a duré que sept mois mais ils sont restés en très bons termes et se voient de temps à autre. Depuis toutes les raisons sont bonnes pour dire que les prospects qui demandent à travailler avec elle le font uniquement parce qu'ils l'ont vue en photos dans un ou deux magazines.

— Certaines langues de vipères disent que votre promotion ...

Quelle promotion ? le coupe Mila sèchement. Nous n'avons pas eu de promotion monsieur. Paris est un fonctionnement différent et l'avons acquis par la force notre travail et la reconnaissance de nos clie ...

— Je le sais bien Mila. Et je vous assure que je vais mettre les choses aux claires Il est hors de question que des tirs au flanc se permettent de colporter ce genre de bêtises à tout vent. Pas ici ! Mais avant de mettre les points sur les i, j'ai besoin d'avoir une vision d'ensemble vous comprenez ? Donc, je reprends si vous me le permettez.

— Oui monsieur, pardonnez-moi.

— Vous êtes tout excusée.

     Il poursuit en prenant appui au bureau derrière lui.

— Il se dit donc que cette « promotion », pour reprendre leurs termes, qui n'en est pas une puisque votre statut n'a pas changé, a un rapport avec cette célébrité mystère.

— C'est ridicule ! pesté-je.

— Nous savons tous qu'il n'en est rien, et comme je vous l'ai dit, je vais m'occuper de mes équipes, puisqu'il s'agit de salariés et non de vos collègues indépendants, je voulais vous le préciser. Mais j'ai besoin de savoir si au moins cette histoire de mariage de célébrité est vraie et si ces sombres idiots ont fait le lien avec votre rattachement à un deuxième centre régional pour discréditer votre travail, ou encore si tout cela n'est qu'un ramassis d'inepties. Dans tous les cas, je ne les paie pas pour raconter la vie des autres. S'ils veulent conter quelque chose, qu'ils se fassent embaucher chez Canat !

      Je voudrais éclater de rire, mais je suis trop en colère. Mais à qui elle a parlé de ça ? Mila elle, rit à a boutade du grand chef.

— En ce qui vous concerne, j'ai entendu dire que vous seriez aussi de ce voyage, imaginaire ou pas.

      Mon cœur sursaute. Je pivote vers elle. Putain je vais la tuer ! Elle regarde la lèvre pincée entre ses dents, à la foi désolée et suppliante. Suppliante de ne pas lui faire de mal, et de la laisser en vie. Sur ses deux jambes, et avec ses deux bras intacts.

L'espoir fait vivre ...

     Qu'est-ce que je peux répondre à ça ? Si je lui dis non, que je ne connais pas de célébrité, c'est dangereux car si dans un mois ou deux il apprend mon divorce d'Hayden Miller, il saura que je lui ai menti.

Pas S'IL apprend. il VA l'appendre.

     Fait chier ! Même les Inuits au Pôle Nord vont en entendre parler, j'en suis sûre !

C'est ça d'être mariée à Hayden Miller Livia !

     Punaise j'aurais mieux fait de me casser les deux chevilles quand j'ai pris cet avion pour Las Vegas.

     Si je lui dis oui, il y a un risque que ça jase et que tout le monde veuille savoir de qui il s'agit. Mais de toute façon dans peu de temps, on saura pour Hayden Miller... et moi. Et c'est moi qui serai la cible des langues de putes ... heu de vipères, pardon. Enfin non, c'est qu'il y a un ramassis de putes ici, un proxénète y perdrait ses billets !

     Un divorce privé, c'est trop demandé ?

Avec Hayden Miller comme mari ? Oui.

     Bon il y a peut-être un avantage à tirer de cette situation pourrie : il faut rendre mon union à Hayden plausible si on ne veut pas être démasqués dès l'annonce du divorce. Et Scott est le meilleur ami de mon « très futur ex-époux très célèbre».

Et ultra canon ! ajoute ma conscience sous le charme du beau brun, en tenant des poster à son effigie.

     Même de le penser, ça m'écorche de cerveau ! Et si la presse vient à interroger les langues de vipères qui bossent ici pour avoir des infos sur moi, elles pourront au moins balancer que je suis effectivement allée aux USA à plusieurs reprises ces derniers mois, et à Paris, en même temps qu'Hayden.

Ma binôme ne dit toujours rien. Donc elle nous fout dans la mouise et elle attend qui moi je nous sorte de là ? Elle abuse là !

— L'information n'aurait pas dû fuiter monsieur, déclaré-je en mitraillant Mila, mais nous nous rendrons effectivement aux États-Unis pour assister à un mariage cet été.

— Une célébrité ?

— Oui monsieur.

— Puis-je avoir son nom, demande-t-il avec un sourire curieux aux lèvres.

     Je croyais qu'il n'aimait pas les potins, lui ?

— Non monsieur, désolée. C'est une information privée, et j'espère que mademoiselle Monténégro ne l'a pas révélée en ouvrant sa grande bouche.

— Je comprends mais puis-je en savoir un peu plus ?

— Si vous m'assurez que ce que je vais vous dire restera strictement confidentiel et entre nous, je peux. Mais je ne vous donnerai pas le nom de la célébrité en question.

— Vous avez ma parole.

— Ma meilleure amie vit à Los Angeles et elle a épousé un artiste très connu. Ils ont prévu de se renouveler leur engagement dans le courant de l'été. Mila la connaissant depuis plusieurs années, elle sera du voyage avec moi. Mais que le bruit circule que c'est moi qui l'accompagne et non pas le contraire ne me pose aucun problème. Je ne tiens pas à être questionnée sur mes liens avec cet artiste.

— Je comprends, se frotte-t-il le menton.

— Mila sait très bien se défendre auprès de ses détracteurs et après tout, c'est elle qui n'a pas tenu sa langue. Je n'ai pas à assumer les conséquences de la bouche de concierge de ma collègue.

     Le bonhomme se met à rire franchement, tandis que Mila se renfrogne. Je vous jure, il me faut une patience digne d'un Saint pour ne tuer personne !

— Très bien. Je vais donc m'occuper de tout cela. Une dernière chose, mesdemoiselles.

— Oui Monsieur ?

— Savez-vous quelles seront les dates de vos congés exactement ?

     Il plaisante, là ? Indépendantes cela ne lui dit plus rien d'un coup ?

— Pour ma part, je pense que ce sera tout le mois de juillet, comme tous les ans. Pourquoi ?

— Et vous mademoiselle Gardini ? Serez-vous des nôtres en juillet ?

— Pourquoi cette question ? je rétorque pour toute réponse, sur la défensive.

Attends autant il t'invite sur son yacht ! Il est pas mal son fils en plus ...

— Eh bien, énonce-t-il gêné, vous avez fait un début d'année très prometteur, vos parrainages ont fait doubler vos Ventes Acceptées ces cinq derniers mois par rapport à la même période l'année dernière. Et vous aviez déjà l'an dernier deux ventes de plus que la moyenne régionale. Il serait dommage de ralentir sur cette lancée...

     Putain mais en fait il pense à son chiffre d'affaires en ce moment, ou j'hallucine ? Il a vu une licorne magique toute rose et douce en se levant ce matin ?

     Mila comprend la colère sous-jacente qui me fait bouillir, l'étonnement qui me traverse et me laisse répondre :

— J'avais effectivement pensé prendre plusieurs semaines initialement, car il s'avère que depuis que j'ai intégré votre groupe il y a presque deux ans et demi, je ne me suis autorisée que peu de de congés en comparaison de mes collègues. Moitié moins, en somme. Et trop peu au regard du travail que j'abats. Alors je vais peut-être prendre un repos bien mérité cet été monsieur, en effet.

— Je vois.

— Et avec tout le respect que je vous dois, je vous rappelle que nous sommes Mila et moi partenaires commerciaux du groupe et non salariées. Si nous voulons être la moitié de l'année en congé, c'est nous que cela regarde. Nous sommes des sociétés mandatées.

     Il ne semble pas ébranlé par mes dires :

— Bien sur vous avez totalement raison, mais je prêche pour ma paroisse, les ventes salariales sont plutôt faibles ces derniers temps en raison d'un turn-over en fin d'année et je compte beaucoup sur vous tous, mes partenaires commerciaux ! Et maintenant, vous avez une assistante qui elle, est bien salariée du groupe, il ne faut pas qu'elle se tourne les pouces pendant que vous, vous ne serez pas là.

     Il est mignon, il est gentil, il ne sent pas encore le sapin ... rester calme et polie, il ne va pas payer les pots casser pour les autres, y compris Laura.

— Cette question a déjà été abordée avec les P-DG monsieur. Et ce fonctionnement, c'est le siège général qui nous l'a proposé, ainsi que l'intégration d'une assistante à l'équipe que nous formons Mila et moi. Si nous n'avons pas besoin d'elle lors de nos absences , Naïs optimisera son temps en assistant soit le Gestionnaire Principale soit Pauline Daunieux qui a son agence près du domicile de Naïs.

— D'accord, vous avez tout prévu.

— En effet, et dernière chose. En ce qui concerne vos agents salariés, ce n'est pas à nous, agents indépendants, de travailler toute l'année en quasi non-stop pour combler les ventes qu'ils ne font pas. Si certains passaient un peu moins de temps dans les restos ou au golf, peut-être que les ventes seraient meilleures. Et ça, c'est du véridique, pas du potin !

     Ses yeux s'écarquillent mais il reste silencieux. Il n'a pas l'habitude que je monte sur mes grands chevaux. D'habitude c'est Mila qui s'en charge. Moi, je fais mon job, je ne suis pas ici pour me faire des copines ou des potes, ni venir tailler bavette à la machine à café. Je viens très rarement dans le bâtiment administratif, me contentant de celui de la gestion, des dessinateurs et du service travaux.

    L'agence dans laquelle Mila et moi avons nos bureaux est en ville, à l'extérieur du site régional. Et je ne passe jamais dans l'agence des salariés, le domaine d'expo. Puisque personne ne dit rien, je continue :

— Pardonnez-moi, ce n'est pas du tout mon genre de dire ce genre de choses monsieur, mais si certains passaient plus de temps à chercher des partenaires fonciers, des prospects et des nouveaux dossiers, à démarcher des agences immobilières, passaient un peu moins de temps à fureter qui fait quoi et qui dit quoi, leurs ventes seraient bien meilleures. Sur ce, excusez-nous, mais nous allons réellement être en retard.

— Je vous en prie. Oubliez ma remarque, elle était déplacée. Je n'ai rien à redire sur votre organisation. Bonne journée mesdemoiselles.

— Bonne journée monsieur, dis-je en lui serrant la main.

Mila fait de même et nous quittons les lieux, en courant entre la sortie et sa voiture pour ne pas nous tremper.

     Une fois installées dans la voiture de Mila avec laquelle nous avons fait le trajet en co-voiturage ce matin, je ne lui laisse pas le temps de démarrer avant de lui poser la question, car je bous jusqu'aux orteils :

— À qui en as-tu parlé ?

     Elle essaie de fusionner avec son siège, comme si cela pouvait la faire disparaitre.

— Livia je suis désolée, je ne sais pas ce qui m'a pris ! J'te jure !

      L'art de répondre à côté by Mila Monténegro ! Elle a dû prendre des cours auprès de Laura.

— À.qui.en.as-tu.parlé. Mila !? articulé-je.

— À Sophie.

Une des secrétaires de direction.

Ouais, à tout PACA quoi !

   T'as tout compris la voix !

— Mais tu es folle ? Elle est copine avec toutes les commères des bouches du Rhône ! Et tous les salariés du domaine expo ! je m'emporte. Qu'est ce qui t'a pris d'aller lui dire ça ?

     Elle s'agite face au volant :

— La semaine dernière je suis allée déposer une demande de remise commerciale pour un client. Tu la connais, elle peut plus me blairer depuis que je suis sortie avec Jeremy parce que c'est son personnage préféré dans la série. Jalouse la pétasse !

— Abrège Mila pitié, dis-je en levant les yeux au ciel.

— Quand je suis entrée dans son bureau, je l'ai saluée. Note que malgré le fait que ce soit une vraie conne, je reste polie au boulot, je ne veux pas avoir de problèmes ici. Je lui ai expliqué pourquoi je venais, elle a pris mon dossier, qu'évidemment j'avais aussi envoyé par mail à l'adresse de M. Hayrault sur laquelle elle n'a pas d'accès.

— Mila ...

— Oui, bon. Quand j'ai tourné les talons pour quitter son bureau, je lui ai même souhaité une bonne journée, sans aucune hypocrisie aucune, je t'assure Livy ! Et cette conne, elle a osé me dire : «Mila arrête de te prendre pour une star parce que tu connais UN mec qui est un peu connu. T'es personne et tout le monde sait que si ça marche pour toi, c'est parce que tu bosses avec Livia et que tu t'es faite sautée par Jeremy Klein. Tu connais un mec célèbre et tu te prends pour une princesse, redescends sur terre t'es pitoyable comme nana », la refait Mila avec une voix nasillarde au possible.

     Comme celle de Sophie quoi !

— Elle a osé te dire ça sur son lieu de travail ? Elle est folle !

— C'est une cagole marseillaise Livy ! Ça m'a mise trop en colère, alors le seul truc que j'ai trouvé à dire, c'est que Jerem' n'est pas la seule célébrité que je connais, ce qui est vrai puisqu'il m'a présenté une partie des comédiens de la série...

— Et ?

— Et elle m'a répondu « c'est bien ce que je dis. Tu connais deux marseillais et tu te prends pour Julia Roberts ».

      Ok, c'est une pétasse.

— Et je t'assure Livia, je ne sais pas ce qui m'a pris, je lui ai envoyé dans les dents «pour ton info, j'en connais d'autres des célébrités. Et cet été, je vais même à son mariage. Une super Mega Star américaine. Promis, je prendrai une photo exprès pour toi. Et autant, tu auras même une photo de lui, moi et sa fiancée avant le mariage si j'arrive à les voir avant ! » Ça lui a cloué le bec à la morue défraîchie ! Si t'avais vu sa tronche de Merlan frit de cette conne !

Calme, Livia.

    Putain de merde... Moi aussi elle m'a cloué ! Elle croit vraiment qu'elle va prendre une photo avec Laura et Scott ? Je n'en peux plus de cette fille, elle me fatigue. Mais j'avoue, la Sophie ça a dû la scotcher sur son fauteuil de sorcière !

Qu'elle s'étouffe avec le rouleau de scotch la morue !

— Pardon Livia.

     Au point où j'en suis ...

— C'est bon, roule, lui dis-je. Nous sommes en retard. J'appelle le client pour le prévenir et nous excuser.

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