50 - Les liens.

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[Petite note : « Héro » en anglais [prononcé Hieurow / Hirow], comme vous devez vous en douter, signifie « Héros » en français. Bonne lecture.]

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Hayden.

— Où as-tu appris à signer Livy ? Est-ce que c'est ta sœur qui t'a embrigadée dans cet apprentissage? Jamie m'obligeait toujours à faire plein de trucs que lui aimait quand nous étions gosses.

— Hey Jordy ! Tu étais bien content de me suivre de partout je te signale, espèce de merdeux ingrat !

     Laura et Livia échangent un hochement de tête de connivence, et c'est la femme de mon meilleur ami qui répond à sa place, peut-être parce que la mienne n'est pas à l'aise du plan foireux de ma mère :

— Écoute Jordan, entonne-t-elle gaiment mue d'un sourire franc, tu ne connais pas encore beaucoup ma sœur, mais tu apprendras vite qu'il est très difficile de contraindre Livia à quoi que ce soit. La seule chose à laquelle j'ai réussi à la convertir en l'y trainant quasiment de force, c'est aux soirée karaoké. Mon péché mignon ! Je voulais que nous ayons un rituel bien à nous. Enfin, en dehors du shopping je veux dire, blague la jolie blonde. Ses oui sont pour moi, note-le-toi quelque-part !

     On voit ce que cela a donné, en effet. Moi aussi, j'ai obtenu son « oui ». Le plus important de sa vie, une acceptation que je n'aurais pas eu de son plein gré, sans l'alcool et le stratagème de sa sœur, mais le résultat est là. Nous sommes mariés.

     Livia roule des paupières, soupire longuement, avant de glousser puis se redresse plus droite qu'elle ne l'était. Elle place ses mains à plat sur ses genoux après avoir lissé trois fois  son jean parfaitement repassé. Tous les regards convergent vers elle, pourtant, elle fait mine de ne pas en être perturbée. Or, je sais que la vérité est toute autre, j'ai commencé à la cerner en guettant ses tocs qu'elle ne peut mettre sous clé. Elle se braque vers mon frère pour lui poursuivre elle-même l'explication qu'il attend, et nous avec, je dois bien l'avouer :

— Mon grand-père paternel a eu une maladie infantile à l'âge adulte et il est devenu mal entendant. Il a donc dû apprendre à signer pour communiquer. Tout comme ma grand-mère avec qui il était déjà marié, puis mon père enfant. Je crois que je signais avant de dire mon premier mot, d'ailleurs. J'ai également suivi un cursus langues des signes en option au lycée, afin d'avoir des points supplémentaires pour le baccalauréat, ainsi que dans mes études supérieures, bien que mon grand-père nous ait quittés l'année où Laura a vécu avec nous.

     Emmy se déplace dans ma ligne de mire. 

     J'aperçois qu'elle signe un truc à Livia et Laura, ravie de trouver des personnes avec qui discuter, mais sans la vision rayon X de Superman, je ne déchiffre pas quoi. J'en profite pour jeter un coup d'œil circulaire à l'assemblée, puis reviens sur ma mère qui évite délibérément et consciencieusement mon regard. Je vois des milliers de questions passer dans les yeux de Jamie, lui ordonne de l'index de ne pas prendre la suite de l'interrogatoire de Jordan, avant de faire la même chose à l'attention de ma mère dont les doigts trépignent de tout ce qu'elle voudrait savoir. J'espère qu'ils vont tenir leurs langues et s'abstenir de les ennuyer avec leur curiosité maladive, histoire de ne pas allonger la liste bien fournie de leurs méfaits du jour. Laura prend la suite :

— J'ai entamé mon instruction quand j'ai décidé d'aller vivre en France l'année scolaire suivante, chez Livia. Durant un an.

— C'était quand ? s'informe Jessica à qui j'aurais dû offrir le même avertissement visuel qu'aux autres.

     Heureusement, Nick se charge de la réprimander.

— J'avais quinze ans et mes parents m'ont dit qu'ils ne m'y autoriseraient qu'à condition que je sois capable de communiquer un minimum avec son grand-père, Matéo. À vrai dire, leur intention était surtout de me décourager, mais rien n'y a fait ! s'exclame-t-elle. Moi, je voulais rencontrer Livia, coûte que coûte. J'ai gagné mon billet d'avion en travaillant dur pour emmagasiner un maximum de vocabulaire en peu de temps, nous apprend-elle fièrement en attrapant la main de sa sœur avant de déposer un baiser sur sa tempe.

     Ma filleule s'est assise sur sa mère, assagie. Elle entend certaines paroles, mais probablement pas l'intégralité de notre conversation. Pourtant, nous constatons tous qu'elle s'intéresse à ce qu'il se passe ici. Elle a même lâché ses deux babies.

— Maman Non !

     Jamie, qui a dû s'apercevoir qu'elle ne va pas tenir sa langue, se range de mon côté -ou alors est-ce la crainte de la dispute qui se profile. Je respecte mon frère, mais là, il mérite une raclée pour sa traitrise. Si mes parents ont débarqué, même sans les prévenir, il était toujours temps de m'en avertir pour que j'avise avec ma femme.

— C'est bon Helen, vous pouvez poser votre question, déclare Laura qui joue les arbitres.

     Elle n'a pas abandonné toujours la main de sa sœur, la lui caresse. J'observe Livia dont le regard n'a cessé d'être fuyant. Elle ne le pose que sur la petite tête blonde d'Emmy, avec un air doux qui m'émeut. J'aimerais entendre ce à quoi elle pense, mais sans le savoir, je sens cependant qu'elle n'est pas à l'aise. Du tout. Ses chevilles ne tiennent pas en place, ses lèvres se meuvent sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche pulpeuse sans être charnue. Juste ce qu'il faut pour que nos baisers passionnés réveillent en moi une envie dithyrambique de souder nos langues à l'infini. Bref...

     Je préfèrerais qu'elle soit près de moi et pas si loin, mais je ne peux décemment pas la rejoindre. D'une, ce serait avouer qu'il y a autre chose entre nous que notre mariage à tout le monde, et de deux, elle a été formelle sur les termes de notre relation. Et même si nous avons décidé d'être amis, ma mère ne raterait rien du spectacle. Ce serait la foire aux questions plus indiscrètes les unes que les autres et allusions non-dissimulées jusqu'à la fin de l'année au moins.

     Que sommes-nous, finalement ? Des amis améliorés ? Amis avec «options facultatives à utiliser en cas de forte envie» ?

Tu as déjà la réponse.

— Humm, eh bien évidemment, des questions, nous devons tous en avoir mais je ne sais pas trop comment les formuler sans risquer de paraître envahissante... intrusive ou... de vous gêner.

— Maman tu es intrusive ! lui riposté-je rudement. Sinon tu ne serais pas là mais à New-York !

— Hero Hayden William Miller ! s'insurge ma mère une nouvelle fois en me donnant une tape derrière la tête.

— Hero... c'est bon, me formule Livia dans un demi-sourire qui m'apaise de mes craintes sur son état psychologique.

     Ma mère me mitraille mais un rictus se dessine sur son visage. Il signifie que plus tôt que tard, j'aurai le droit à des centaines de questions.

     Rares sont les personnes qui m'appellent encore Hero. Même mes parents utilisent principalement Hayden. Mes frères eux, m'ont quasiment toujours appelé Hayden car Hero selon eux, ça les rabaissait, eux. N'importe quoi ! C'est pour cette raison que j'ai choisi mon deuxième prénom en Pseudonyme pour ma carrière. J'y étais déjà habitué avec les deux jaloux qui me servent d'ainés. Je suis connu en tant qu'Hayden Miller, seuls les membres de ma famille très proche, ainsi que quelques amis d'enfance, utilisent encore mon nom de baptême.

     Les nouvelles personnes que je rencontre s'en tiennent à mon nom de scène. Mais pour Livia, je ne suis pas juste la star de cinéma, Hayden, je suis aussi Hero, et j'aime bien ça. Qu'une femme voie au-delà de mon métier et de ma popularité, qu'elle ne s'encombre pas d'un faux protocole qui l'obligerait à m'interpeller sous mon pseudo, même s'il est aussi ce que je suis. Livia s'en moque, ou alors, elle ne se pose même pas la question. Elle voit en moi deux entités et parle à l'une en l'autre en fonction des situations. Peut-être inconsciemment, mais peu importe. Le subconscient révèle souvent plus que les actes réfléchis.

     Laura, les sourcils dressés, se trouve aussi saisie que ma mère, alors qu'elle l'a déjà entendu prononcer mon prénom tout à l'heure sur le trajet. À moins qu'elle n'ait pas fait attention. Mais Laura connait sa sœur par cœur, et je ne suis certainement pas le seul qui vais avoir le droit à un interrogatoire en bonne et due forme.

     Sauf que le volcan ne va pas se laisser faire compte tenu du fait que sa vie privée est et doit rester « privée ».

— Vous êtes sœurs donc, reprend ma mère après un éclaircissement de voix. Des demi-sœurs ? Je veux dire, vous Laura, avant de prendre le nom de famille de Scott, vous vous appeliez McAlleigh c'est bien cela ? Mais ce n'est pas le nom que nous a donné Hero quand il nous a annoncés son ... mariage, énonce-t-elle après une hésitation, à son père et moi.

     Son intonation qui se veut la plus douce possible tranche avec l'intrusivité de son interrogation.

     Toujours les pieds dans le plat.

Droit au but.

     Laura sollicite silencieusement l'autorisation à sa sœur qui acquiesce en s'enfonçant anxieusement dans le canapé, comme pour se dérober au présent, encore. Ma mère va m'entendre, et aucun océan ne nous séparera assez pour sauver ses oreilles !

— Livia n'est pas ma demi-sœur, non, sans vouloir vous offenser Helen. Je sais que pour certaines personnes, les liens du sang priment, mais pour nous, ce n'est pas le cas. Pour moi Livy est ma sœur, même si nous ne partageons pas le même ADN. Nous n'avons pas d'aïeuls en commun, mais ce n'est pas un problème.

     Ok, bon là c'est limpide. J'avais supposé que peut-être le père de Laura était aussi celui de Livia, et que c'est pour cette raison que Laura avait voulu partir en France rencontrer Livia, puisque Scott m'a quand même expliqué quelques petites choses, mais sans entrer dans les détails. Il voulait que les révélations viennent des filles, ou de Livia elle-même. J'avais donc tort.

     J'ai appris par Jordan qui a reçu par Maître Hartley les états civils complets de ma femme ainsi que plusieurs infos à son sujet, que sa mère était américaine et son père français. J'avais donc supposé que peut-être, son père l'avait reconnue mais n'en était pas le géniteur, sans réussir à trouver une solution plausible au fait que Kate soit l'ainée. J'avais envisagé une breve séparation après la naissance de Laura, mais rien de bien concret.

— Elle est ma sœur, accentue-t-elle en la regardant affectueusement, c'est tout. Et pour mes parents, nos parents, Livia est leur fille autant que Kate et moi. Ils ne font aucune différence. Pour toute notre famille, Livia est ma sœur et personne ne remet en question notre parenté à cause d'une généalogie qui sort de l'ordinaire.

     Laura réitère une question silencieuse. Une sorte de télépathie semble s'être mise en place entre elles, donnant plus de poids à ce qui les unie. Livia opine une fois de plus, les lèvres pincées et le regard qui dévale sur ses mains mobiles.

— Mes parents ont adopté Livia après...

    Laura se tait soudain. Elle fixe sa sœur qui vient de clore les paupières et semble tenter de respirer calmement pour ne pas craquer. Ses jambes s'agitent perceptiblement.

     Scott nous a dit qu'elle n'en parlait jamais, à part à Jordan ce matin. À présent, cela doit être trop dur pour elle devant toute cette audience qu'elle n'a pas choisie. Ces personnes qu'elle ne connait pas et qui cherchent déjà à fouiller son histoire familiale douloureuse.

— Allez, ça suffit ! grondé-je à bout de patience. Livia, nous n'avons pas à...

— C'est bon Hero, me coupe-t-elle aimablement en rouvrant les yeux.

     Nos deux regards s'agrippent instantanément, comme aimantés. Ma respiration se perd une seconde.

— Vas-y Laura. Mais évite de diverger par pitié, articule-t-elle doucement en levant les yeux au plafond.

     Elle veut bien que sa sœur raconte, mais ne veut ou ne peut pas l'exprimer elle-même, ni qu'elle aille sur un sentier interdit.

— Oui Honey, bien sûr. Donc, mes parents ont adopté Livy il y a neuf ans, un peu moins d'un an après ... heu ... l'accident, bafouille-t-elle avec une pudeur que je ne lui connaissais pas.

— Mais vous vous connaissiez donc avant ? questionne Zoey, je veux dire avant...l'accident, mais pas depuis votre enfance donc si je comprends bien. Quand tu dis que tu as voulu partir en France, c'était pour la rencontrer, vous étiez correspondante peut-être ?

     Laura retrousse son nez, réfléchit et semble chercher comment expliquer la suite alors que nous sommes tous là, assoiffés de la moindre de ses paroles pour étancher notre soif de savoir qui nous permettra nul doute de mieux cerner Livia :

— Non. Nous... je n'avais pas rencontré Livia et nous n'étions pas correspondantes. Mais je savais qui elle était avant d'aller en France effectivement, depuis plusieurs mois mais pas plus car...

— Ava et Doug McAlleigh sont mon parrain et ma marraine, intervient Livia à la rescousse de sa sœur qui tenter vouloir éviter pas faire de gaffe -domaine dans lequel elle excelle- à cours de mots. Ils étaient, mon parrain et ma marraine avant de devenir mes parents, corrige-t-elle à l'attention de sa sœur qui plisse les yeux de la négation qu'elle entend.

— Je préfère ça, sourit l'avocate.

— Mais comme l'a dit Laura, je n'ai pas besoin de lien de sang. Elle est ma meilleure amie... et ma sœur, s'empresse-t-elle d'ajouter quand Laura fronce les sourcils, aux aguets de tout. Laura est ma sœur et je n'ai pas besoin qu'un juge ait validé cet état de fait. Elle l'était déjà devenue lorsqu'elle s'est installée chez moi.

— Pardon, s'immisce doucement Zoey, j'ai du mal à suivre. Les parents de Laura sont tes parrain et marraine, mais tu ne connaissais pas Laura ?

— C'est un peu ... compliqué, oui, admet Livia avec une moue perplexe. Pour ma part, je connaissais Ava et Doug. Les premières quatorze premières années de ma vie, ils étaient venus me rendre visite ils étaient de passage en France. Je les avais aussi au téléphone au moins une fois par mois. Je connaissais à travers eux Laura et Kate, mais le contraire n'est pas vrai. Ma... ma mère leur donnait régulièrement des nouvelles, ce qui m'étonne encore aujourd'hui quand on sait quelle femme occupée elle était et qu'elle a tout fait pour réduire nos contacts, termine-t-elle sur un ton qui n'est pas empathique du tout.

— Alors comment les choses se sont-elles emboitées ? demande mon père.

— Un jour à Thanksgiving alors que nous étions à une réunion de famille au Texas, sorte de cousinade géante, explique Laura, durant une conversation ma grand-mère maternelle a demandé à ma mère comment allait Vic, la mère de Livia, précise-t-elle. Pour Victoria, nous savions qui elle était, donc rien d'inhabituel jusqu'à là. Puis elle a demandé à maman des nouvelles de sa «filleule», Livia et si elle avait des photos récentes à lui montrer de ce je cite «merveilleux petit trésor future briseuse de cœurs», dit-elle en rigolant, avec un coup d'épaule à sa sœur qui s'empourpre, et que cela n'amuse guère d'être le centre de l'attention.

     Comme si elle pouvait être autre chose. Elle a vraiment un problème avec sa beauté. J'ai quand même bien trouvé le surnom de Livia. Trésor.

— Là, je ne vous raconte pas le choc, mais surtout le froid polaire que ça a jeté entre mes parents et Kate et moi.

— J'imagine, acquiesce Scott. C'est rude comme découverte.

— Abrupte, lui adjoint Nick taciturne, qui parle peu mais réagit quand les choses le méritent à ses yeux.

— Vous n'imaginez même pas ! Kate, qui avait déjà vingt ans et aucune idée de la cachoterie, a failli tomber de sa chaise en comprenant que nos parents avaient une filleule dont ils ne nous avaient jamais parlé et qu'en plus, ils étaient en contact avec elle. Moi qui avais toujours rêvé d'une petite sœur, j'ai appris que j'aurais pu avoir une camarade de jeux ! s'exclame-t-elle agitée comme si elle revivait la scène. Puis j'ai déchanté quand ont nous a expliqué que Livia était Française.

— Et donc vos mères étaient... s'attèle à supposer Jamie qui oublie de se taire.

— Victoria et ma mère étaient amies depuis leur enfance, termine Laura. Vic a quitté les Etats-Unis suite à une rupture avec sa propre famille lorsqu'elle avait vingt ans et est partie s'installer en France où elle a poursuivi ses études, s'est mariée et est devenue mère à son tour. Sa vie était en France. Elle n'est jamais revenue mais n'a pas coupé le cordon avec ma mère.

— Qui est devenue la marraine de Livia, conclue Jordan. Et ton père son parrain. Elle n'a pas coupé les ponts avec tes parents, donc. Elle a conservé ce lien avec son passé.

Les filles se lancent un regard furtif.

— Non. Pour ce que j'en sais, elles étaient vraiment très proches, de la même manière que Livia et moi le sommes aujourd'hui. Elles s'étaient faites des promesses d'enfants qu'elles ont tenté tant bien que mal de respecter malgré les milliers de kilomètres qui les ont séparées. Les promesses, en plus de leur amitié, sont le lien qui les ont gardées unies durant plus de vingt ans, jusqu'à ce que...

— ...jusqu'à ce que la mort les sépare irrémédiablement, souffle Livia dont les yeux s'embrument. Excusez-moi.

     Elle farfouille dans son sac, en sort un mouchoir qu'elle tamponne sur ses paupières humides. Nous lui donnons un répit et je m'apprête à sonner la fin de l'inquisition quand Zoey lance :

— Livia, nous sommes tous désolés, vraiment. On n'imagine pas ce que cela doit être de perdre son père et sa mère si jeune.

— Merci...souffle-t-elle en regardant ses pieds.

     Laura se penche à son oreille pour lui murmurer quelque chose. Zoey continue :

— Pour en revenir à plus léger, tu as voulu la rencontrer. Et cela a fini par arriver.

— Oui, lui répond Laura enjouée. Quand maman nous a montré des photos d'elle qu'elle avait sur son portable, il... c'est peut-être étrange ce que je vais dire, mais quelque chose s'est passé en moi. Vous voyez les coups de foudre qu'on nous montre à la télévision ? demande-t-elle en nous scrutant les uns après les autres tandis que nous acquiesçons, ce moment précis où les héros savent en un regard, en une seconde qu'ils sont faits l'un pour l'autre ?

— Oui, nous accordons nous d'une seule voix.

— Eh bien moi, j'ai eu un coup de foudre pour ma sœur ! Je l'ai aimée instantanément, dit-elle emplie d'émotion et les larmes aux yeux, les mains sur sa poitrine. J'ai été foudroyée par l'amour et j'ai compris, ajoute-t-elle d'une voix vibrante, que je n'étais vraiment pas complète. J'avais fait le deuil de mon caprice d'une petite sœur depuis longtemps bien entendu, mais j'avais toujours eu l'impression d'un vide, enfin, pas si petit que cela finalement. Je l'ai compris ce jour-là.

— C'est très beau, déclare Zoey bouleversée elle aussi par l'histoire.

     Je saisis mieux l'amour de Laura pour sa sœur, cette évidence qu'elle ressent pour elle, et pourquoi Scott dit qu'elle ne s'en remettra pas s'il arrivait quoi que ce soit à Livia.

— Livia est l'amour de ma vie, conclue-t-elle assurée en essuyant ses larmes.

— C'est Scott l'amour de ta vie Laura, riposte ma belle blonde qui roule des yeux en soupirant. Tu es tellement émotive comme nana...

     Elle lui file un coup d'épaule, pour détendre l'atmosphère.

— Ah merci Livy Baby ! s'exclame Scott les bras levés. Un instant je me suis demandé si j'existais encore, moi !

     Le rire nous gagne tous face aux mimiques d'enfant boudeur de Scotty. Livia signe à Emmy que Scott a eu peur que Laura ne l'aime plus car parfois « les hommes sont de faibles petits cœurs tout mous qui jouent les gros durs, comme le Mammouth dans l'âge de glace ».

— Tu as un amoureux toi Livia ? lui signe ma nièce.

     Laura me jette un regard rapide, un avertissement pour que je me souvienne bien de tout ce qu'elle m'a dit, et repose ses yeux sur Emmy.

     C'est vrai que je dois bien garder en tête, si je veux atteindre les quarante ans un jour, que si je couche avec Livia, je ne dois pas faire n'importe quoi. Mais Livia et moi avons posé les bases et les limites : amis avant tout. Pour le reste si nous passons le cap -qui selon moi est dépassé depuis la douche- pas d'engagement, pas d'entrave, pas de compte à se rendre...

Et beaucoup d'espoirs de garder ce cap.

     Moi qui n'ambitionnais que de coucher rien qu'une fois avec elle pour m'exorciser de son emprise, j'ai su à l'instant où j'ai posé mes lèvres sur elle hier soir que je ne pourrai assurément pas me contenter d'un one-shot. C'est dans cette optique que je n'ai à aucun moment évoquer un coup d'un soir ni une unique nuit dans nos règles. J'ai volontairement laissé ouverte au pluri-occasions.

     Zoey explique à sa fille en signant et toujours à voix haute avec elle :

— Emmy, toutes les filles n'ont pas un amoureux ma chérie.

— Oui, lui adjoint Livia, regarde Rebelle, elle n'a pas de Prince. La Reine des Neiges ou Vaiana non plus !

      La petite tornade semble perplexe mais opine. Je ne peux rien dire, je préfère que ma filleule prenne son temps pour se trouver un prince...

— Allez Emmy, va t'amuser dans ta chambre et laisse les adultes ensemble, lui ordonne ma belle-sœur.

      Ma nièce s'empare de ses poupées puis part en courant sans se faire prier vers l'escalier qui mène à l'étage.

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