51 - S'éloigner. Partie II

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Livia.

 Vingt-deux heures quarante-cinq passées. Valise bouclée après avoir utilisé une dernière fois la salle de bains. Un long soupir de soulagement m'échappe : fin du week-end.

Je me suis échappée il y une bonne heure. J'avais besoin d'un antidouleur et je n'en avais plus dans mon sac. Pas de vilain mensonge ici, une pure vérité qui m'a servi à rentrer tranquillement et seule à leur hôtel. Je ne me plains pas, mes maux m'ont permis de m'enfuir, la mère d'Hayden ayant passé bien trop de temps à mon goût à me sourire étrangement. Gentiment bien sûr, c'est une femme avenante avec qui j'ai aimé discuter immobilier et déco intérieure, mais les coups d'œil réguliers et appuyés que je l'ai vu jeter à son fils puis à moi, comme si elle essayait de valider une théorie conspirationniste, m'ont malaisée.

Heureusement Hayden s'est tenu loin de moi toute la soirée et n'a eu aucune parole ni geste tendancieux. C'est plutôt moi qui me suis cachée derrière lui dès notre arrivée, instinctivement, et qui ai mis du temps à lui lâcher la main. Mais vu le brouhaha et les discussions qui ont dû occuper les yeux de tous et chacun, c'est passé crème comme une lettre à la poste -un jour de non-grêve, évidemment.

Monsieur Miller est également un homme fort sympathique. Je suis certaine qu'il s'entendra très bien avec Ava et Doug. Entre passionnés de médecine et de pédiatrie, les McAlleigh et les Miller auront de quoi discuter...

Mon manteau sur le dos, je récupère mon sac à main, attrape mon stylo feutre et le bloc note de l'hôtel, puis laisse un petit mot à Hayden sur le lit avant de quitter sa suite.

Merci pour l'hospitalité Hollywood.

Je pars en week-end samedi prochain et je ne pense pas être sur Paris le week-end suivant, ni le suivant d'ailleurs... tu peux donc remplir ton agenda Miller.

Bon retour aux US.

Livia G.

 Voilà, une bonne chose de faite.

Dans le grand hall, je me rends compte que je dois remettre mon badge pour la chambre à la réception. Je n'ai pas -encore- prévenu Laura que je partais ce soir, voulant éviter une discussion, ou deux. Sur ce que nous avons mis en suspens plus tôt, et mon départ ce soir. S'il le faut, je jouerai au silence radio le temps nécessaire pour qu'elle comprenne que j'étais sérieuse. Et je compte bien parler à Scott pour qu'il s'attèle lui aussi de la raisonner.

Mon tour arrive, une jeune femme me salue :

— Bonsoir mademoiselle, en quoi puis-je vous être utile ?

Ils doivent l'avoir tatouée sur une partir du corps, cette phrase.

— Bonsoir, je viens simplement vous déposer ce badge.

— Très bien mademoiselle, quel numéro de suite s'il vous plait ?

Elle me regarde en pianotant en même temps sur son écran tactile, sans pour autant saisir la carte que je lui tends. Mon rythme cardiaque monte dans les tours.

Malaise en vue. Mayday !

Merde !

Je ne vais quand même pas lui répondre « celle d'Hayden Miller ». Plutôt mourir. Je reste muette, incapable de dire quoi que ce soit quand une voix masculine me sort de l'embarras :

— Ce ne sera pas la peine, je récupère ma clé, merci Livia, lance mon sauveur qui a entendu mon désarroi.

Merci Sven ! Attendez, il y a comme un truc, là. Je regarde partout autour de nous. Rien.

— Très bien alors, bonne soirée messieurs-dames, nous gratifie l'hôtesse pour accueillir le couple derrière nous.

Je me décale, pique un fard monumental en tendant la carte magnétique à Sven.

— Ne faites pas cette tête Livia, je suis discret, pas malvoyant. Je vous ai vu rentrer dans la suite de monsieur Miller tout à l'heure.

— Non nous ne...

— Ce ne sont pas mes affaires, me coupe-t-il gentiment. Je vous dis simplement que je vous ai vu entrer dans sa suite. Je n'insinue rien de plus mademoiselle Gardini. Mais nous ne sommes pas aveugles vous savez, nous sommes formés à tout voir et tout interpréter pour mieux anticiper les possibles dangers. Quoi qu'il en soit, notre mission s'arrête à cela. Ce que monsieur Miller fait et avec qui ne nous regarde pas.

— D'accord, merci, chuchoté-je en remontant mon regard vers le sien.

Cela n'enlève rien au gênant de la situation, cela-dit. Mais j'apprécie l'effort qu'il fait pour me détendre. Encore plus quand il a la gentillesse de me prévenir, ayant donc «anticipé» ma fuite :

— Si vous comptiez quitter les lieux rapidement sans l'avoir préalablement mis au courant, je vous conseille de faire vite, ils ne devraient pas tarder.

Bordel, c'est presque si je n'ai pas envie de l'embrasser, le Termi !

Interdit, Livia !

Rabat-joie...

— Merci pour l'info Sven, c'est sympa de votre part. Mais faites bien attention à ma sœur, le préviens-je, je n'ai pas changé d'avis sur sa sécurité. À bientôt, mais pas trop quand même, et pensez à ma photo ok ? souris-je de toutes mes dents.

— À bientôt Livia, me salue-t-elle d'un hochement de tête.

Je me rue à l'extérieur comme si j'avais le diable aux trousses. Je déverrouille mon téléphone avec l'idée de réserver un vol sur l'application. J'ai un message de Mila, le dernier il y a à peine cinq minutes et deux sms d'autres amis qui veulent prévoir un Afterwork dans la semaine. Je longe le côté gauche de l'hôtel jusqu'à investir un abri bus en verre et m'installe sur le banc pour mes besognes.

{ C'est ok alors ? Tu m'embarques avec toi la prochaine fois ? J'ai acheté de la lingerie trop canon ! Idéal pour le sexe … Oh attends, tu crois qu'il a une copine ? Tu peux lui poser la question stp ? }

C'est... elle parle d'Hayden là ?

Non du Prince William, cruche !

{ Pour qui as-tu acheté de la lingerie ? De qui tu parles Mila ? D'Hayden Miller ? }

Réponse immédiate :

{Bin oui ma blonde ! J'ai vu une photo de lui et ton beauff dans Cosmo pour des caleçons, tout à l'heure. Je le croquerai bien de partout moi le Hayden ... miam ... ! Bon, demande-lui s’il a quelqu'un Livy ! Tu serais un amour }

Achevez-moi ! Elle est folle. J’ai l’air d’être un amour, sérieux ? Elle me prend pour Minnie ?

{Je ne demande rien du tout Mila. Ce ne sont pas mes affaires. Demande-le-lui toi-même tiens, ça t’occupera deux minutes, mais évite Google Traduction STP, tu serais capable de lui demander un truc salace ma vieille ... LOL }

{Comment on dit Pipe en anglais Miss Translation ? MDR }

{Sérieusement, faut que tu voies la campagne !!! C'est trop HOT Livy !! Attends je t'envoie une capture d'écran, les boxers ont l'air vachement bien remplis en plus si tu vois ce que je veux dire ... Elle doit bien s'amuser ta sœur :'p Mais Hayden aussi semble très bien doté ... Tu crois que c'est truqué ?}

{Laura pourrait prévoir une activité piscine à son mariage, non ? Pour que je vérifie de plus près... Enfin tu vois quoi… Y’a du gros poisson là-dedans}

Je m'étouffe en lisant son message. Bordel, c'est contagieux ce dont elle souffre ou pas ?

— Merde mais elle est folle ! m'exclamé-je pour moi-même.

Non pas la peine... je verrai la campagne assez tôt dans un catalogue... ou sur un panneau publicitaire... et mes mains ont une «petite» idée en ce qui concerne le contenu dudit boxer. Il fallait au moins les deux mains. Ne plus y penser, Livy ! je me fustige.

...mais je ne peux pas le lui dire.

{Ne m'envoie rien du tout ! T'es barge ma pauvre fille ! Trouve-toi une cure de désintoxe et vite

...

...

PLUS VITE MILA ! }

{Livy t'abuse là ! }

{??? }

{Hayden a répondu à mes questions !}

{Mila de quoi parles-tu là ? Tu as bu ? Tu es avec qui ??? }

Elle m'envoie une capture d'écran d'une conversation. Je me sens devenir livide, et en manque de salive.

{Bonsoir Mila. Pour répondre à ta question, je n'ai pas de « petite amie » mais je vois quelqu'un. Merci pour la campagne, promis, je te ferai passer une photo dédicacée de Scott et moi ... Et non, ce n'est pas truqué... Du tout.}

C'est quoi ce bordel ?

{Mila je ne comprends pas ! Comment c'est possible ?! }

Toutes sortes de scénarios se percutent dans ma tête, mes yeux eux-mêmes ont du mal à suivre la vélocité des images qui se succèdent. Il trace mon ... Oh... Non... Oh Oh !

Oh Oh Oh Oh Oh Oh !

Je me fige tel un arrêt sur image, mon cœur en fait autant et un froid polaire s'infiltre en moi. Non... puis ma peau se couvre de frissons chauds tout à coup. Je sais. Il est forcément là...

Je me tourne, lentement, pour tomber nez à nez non pas avec une cloison de verre toute propre, mais un Hayden mi-figue mi-raisin, son téléphone dans une main. Mi- amusé, mi- en colère, pour être exacte. Il plante son regard tempétueux dans le mien. J'ai chaud, je crois, en tout cas, mon corps tremble de la menace silencieuse.

Eh Merde.

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