52 - Pari tenu. Partie II

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Hayden.

Alors qu'elle lui répondait, les doigts de Livia restent en suspension au-dessus de son écran tactile, puis, dans un mouvement d'une lenteur extrême et exaspérante mettant à mal ma patience, elle redresse son dos, se lève, se retourne me faisant face à travers la vitre.

Surprise !

Ou pas...

Je la fixe, un demi-sourire frondeur aux lèvres, mais mes yeux eux lui lancent un tout autre discours. Toi et moi, on a des choses à se dire...

— Hayden ? lis-je sur ses lèvres.

Je hoche simplement la tête, la rejoins sous l'abri en ne manquant pas d'empiéter sur son espace personnel pour faire se mélanger nos chaleurs et annonce d'emblée la couleur :

— Nous avons peu de temps et je te laisse le choix Trésor. Quelqu'un risque de me reconnaître et j'ai vu des paparazzi. Peter sait que je suis sorti, il ne doit pas être loin. Soit tu remontes dans avec moi, soit nous restons ici pour discuter. Mais tu risques de retrouver ta photo demain matin dans les tribunes people.

Elle me dévisage la mine féroce, se demandant probablement comment elle va se venger. J'ai parfaitement conscience d'aller trop loin, mais hors de question qu'elle aille dormir je ne sais où alors qu'il y a tout le confort ici. Elle empoigne l'anse de sa petite valise et repart devant d'un pas décidé. À quoi ? Certainement m'étriper proprement -ou pas- mais sans témoin.

Aucun de nous deux ne pipe mot jusqu'à ce que nous ne soyons enfin dans l'intimité de la chambre. Livia presse l'interrupteur, abandonne sa valise dans le vestibule, tout près de la porte, signe qu'elle n'a toujours pas l'intention de rester et que je ne suis qu'une embuche dans son parcours de fuite et s'avance vers le salon. Elle pivote vers moi, ses petites mains manucurées sur les hanches et me toise avant de lancer la première les hostilités d'une bataille que je refuse d'avance de perdre :

— C'est quoi le problème Miller ?

— Tu es partie Livia !

À ses yeux ahuris et à la colère qui monte encore d'un ton et d'un cran sur son beau visage, je vois que mon petit volcan va exploser. Elle perd son sang-froid et se met à vociférer :

— Mais tu te fous de moi là Hayden ! Je t'ai dit tout à l'heure que je ne serais plus là ce soir! Pas de prise de tête, pas d'attache pour PAS D EMMERDE, hurle-t-elle de plus belle en levant les mains au plafond pour brasser l'air qui nous entoure. Vous êtes cons à Hollywood ou bien ? Ne réponds pas Miller ! Question purement rhétorique à mon sens...

Elle fait un pas vers moi, puis deux, avant de me contourner simplement, direction dans le hall d'entrée.

Quoi ? Elle pense que c'est terminé ?

— Je suis peut-être con, madame Miller, mais tu es une jeune femme impolie en ce cas, répliqué-je calmement.

Livia stoppe net son évasion savamment orchestrée et reviens à la charge, se yeux coléreux se plantant dans les miens qui, alors qu'ils ne devraient se focaliser que sur l'instant, imaginent déjà une suite bien moins chastes, mais pourquoi pas toute aussi turbulente mais dans un corps à corps détonnant.

— T'as dit quoi là Hayden ?

Ses billes mes fusillent sans sommation. Si les tirs étaient à balles réelles, je serais déjà sur le carreau. La tension est palpable, Livia est remontée à bloc, prête au combat. Sa respiration se fait de plus en plus vive, sa poitrine se soulève rapidement sous sa chemise. Ce sera donc toujours ainsi entre nous ? Électrique ? Conflictuel ? Volcanique ? Putain, c'est quand même la meilleure rivalité de toute ma vie ! Rien qu'à ses baisers, je sais que ça vaut le coup de me prendre toutes ses piques dans la tronche, de subir son caractère. Elle ne se soumet pas. Je ne veux pas plier. C'est frustrant mais bordel, je ne voudrais être nulle part ailleurs.

— J'ai dit, je répète en souriant pour la narguer, que tu es une jeune femme impolie qui part sans dire au revoir. Et pour pallier ce manque d'éducation, je propose d'ajouter la règle six : dire au revoir avant de partir. Tu verras, ça n'écorchera pas ta jolie bouche.

Je vais la pousser dans ses retranchements, à mes risques et périls. Mais entre son poids plume et le mien qui n'est plus dans cette catégorie depuis mes quinze ans, j'ai un certain avantage non-négligeable. Ses yeux s'écarquillent un peu plus. Elle bouillonne mais supprime encore de la distance entre nous, ne laissant qu'un petit mètre entre notre bustes survoltés. Mes poumons perdent de leur air.

— Tu sais ce qu'elle te dit Hero, ma jolie bouche ?

Sans même m'accorder un délais de réponse, Livia vient coller nos corps l'un à l'autre. Une collision en douceur qui pourtant se traduit par un choc intense en moi. Ma peau s'échauffe, mes narines s'agrandissent pour aspirer plus d'oxygène et alimenter mon brasier, celui qui crie que je veux cette femme qui est la mienne mais qui refuse de s'accepter comme telle. Elle se hisse sur la pointe des pieds puisque malgré ses talons, il lui manque encore une dizaine de centimètres pour être à ma hauteur. Et presque contre mes lèvres, alors que nos souffles chauds se mélangent, elle murmure en souriant sardonique :

— D'aller te faire foutre, mister Hollywood.

Ne m'y attendant pas, j'en reste pantois, paralysé une seconde de trop. Aucune répartie ne me vient sous le coup de l'étonnement. Aucune femme ne joue d'habitude à ce jeu-là avec moi. Aucune femme que je veux ne m'envoie chier comme elle vient de le faire, avec son air félin, cette audace rutilante et cet aplomb plus qu'excitant qui me fait gonflé de plus en plus. Narquoise et victorieuse, elle n'en a pas encore fini avec moi. Toujours aussi proche de mes lèvres, nos nez se frôlant et attisant l'électricité qui grésille entre nos deux corps impatients -bon, surtout le mien-, elle prend appui sur mon torse, lentement, en articulant chaque mot :

— Je t'ai laissé un mot pour te remercier. Je t'ai prévenu cet après-midi que je ne dormirais pas ici ce soir. Et dans ma grande bonté pour que tu puisses organiser ton petit agenda de star planétaire sur la durée, je t'ai même averti que ça n'était pas la peine de te déplacer en Europe les trois prochaines semaines. Ainsi, de surcroit, je respecte la parole que je t'avais donnée de te tenir informé de mes projets privés. Donc maintenant en plus d'impolie, tu pourras rajouter à la liste de mes défauts que je suis une vilaine petite fille vulgaire si cela te chante, mais rassure toi beau gosse, ça ne m'empêchera pas de fermer l'œil cette nuit !

Un rire moqueur qu'elle lâche me dézingue. Comment fait-elle pour m'exciter à m'en donner une gaule aussi dure tout en m'envoyant chier putain ?

Elle est douée.

Livia se détache de moi, souriant résolument de toutes ses dents. Je vois ses iris scintillants qu'elle est fière d'elle, là. Elle se fout bien de ma gueule et sans aucune honte, la petite peste !

Les choses ont changé, estime-toi heureux.

— Livia, grogné-je à deux doigts de faire une connerie que j'ai juré de ne pas faire.

Au revoir, Hayden, énonce-t-elle en français, nos regards toujours magnétisés

Je me noie dans ses yeux magnifiques. Je perçois que quoi que moi je dise, quoi que je fasse, cette femme aura ma peau, c'est évident. Elle finit par me tourner le dos, toujours conquérante.

Si je la laisse partir ainsi elle gagne, et ma fierté n'aime pas perdre. D'un pas rapide, je m'élance vers elle ; la saisis pas la taille puis la soulève. D'abord surprise, elle souffle mais ne se débat pas. Je la plaque contre le mur près du lit , avide de ce qui va suivre. Livia enroule ses jambes autour de mon bassin en s'agrippant à mes épaules. Je soude nos bouches, l'embrasse à en perdre haleine. Un baiser langoureux, aussi puissant que vivifiant qui m'arrache des gémissements de plaisir. Nos langues poursuivent le combat entamé plus tôt par les mots. Elles s'enroulent et se repoussent, se cherchent, se titillent et se fuient, à l'instar de Livia et moi. Elle se font l'expression de ce que nous sommes : des aimants qui s'opposent et s'attirent à la fois, qui doivent s'apprivoiser, mais pas nécessairement dans la force.

Mon érection devient douloureuse, mon sexe bien trop pressuré dans mon pantalon. Malgré ma séance coquine plus tôt, il ne semble toujours pas rassasié d'elle ; et je le comprends. Il y a quelques jours encore, je pensais que l'avoir une unique fois était la clé pour récupérer la liberté de ma libido, mais c'est faux. C'était utopique. Il me faudra beaucoup plus pour être étanché d'elle . Si je peux l'être un jour .

Aucune femme encore n'avait déclenché une telle tornade en moi et pourtant, j'ai eu un paquet d'amantes entres les bras. Entre les coups d'un soir, les baises rapides n'importe où dans mes années débridées ou mes relations suivies des dernières années, il n'est même plus possible de comptabiliser le nombre de mes liaisons. À bientôt trente-deux ans, j'ai à peu près tout expérimenté sexuellement. Or ce soir, j'ai l'impression de ressentir une ferveur inédite rien qu'en embrassant cette petite bombe à retardement de vingt-cinq ans et qui d'après Laura, n'a pas du tout le même palmarès sexuel qu'elle. Livia serait bien plus sage que Laura, et cela m'arrange bien.

Penser que Livia aurait eu des dizaines et des dizaines d'amants avant moi me rendrait malade. Pas qu'elle n'en ait pas le droit, au contraire, je ne suis pas de ces hommes qui pensent que les femmes n'ont pas le droit d'avoir la même exacte attitude que nous, à savoir collectionner les conquêtes, nous avons tous une vie à vivre, mais imaginer qu'autant d'hommes eurent pu la toucher que de femmes que j'ai moi-même eues, ça me rendrait dingue de jalousie.

Ça commence mal Hayden.

Je sais, nous avons dit pas de jalousie. Mais ça ne se contrôle pas, alors que je ne l'ai moi-même techniquement pas encore eue, finalement.

Je relâche sommairement ma prise sur la nuque de Livia pour pouvoir reprendre ma respiration chancelante, mais repars illico à l'assaut de sa peau. J'embrasse ses joues, je mordille la ligne de son menton avant de descendre sur sa nuque remonte jusqu'à son oreille du bout de ma langue. Livia geint de contentement, farfouille dans mes cheveux auxquels elle s'agrippe. J'aime son goût. Elle sent le gel douche à la vanille et son parfum si entêtant.

Ma main droite court le long de son flanc, par-dessus son vêtement d'abord, puis s'aventure en dessous, pour sentir la douceur de sa peau. Je caresse son ventre, puis le creux de ses reins qui n'est pas collé au mur. Je la sens frémir sous mes doigts, son épiderme chaud se couvrants d'une nuée de frissons à mon contact. Sa langue s'en va en exploration dans ma nuque, mon membre frémit du courant électrique qui me perfore. Elle me lèche, je sens mon self-control sur le point de démissionner.

— Hayden... susurre-t-elle lascivement à mon oreille.

— Tu n'as qu'un mot à dire et j'arrête Livia. Un seul. Tu auras toujours le choix.

— Tu vas me supplier ?

Sa demande émise d'une voix éraillée trahit son degré d'excitation, faisant grimper le bien. Mais...la sale petite... !!! Arghh !! Elle n'est pas possible !!

— Non, je ne supplie pas, je lui réponds haletant et totalement au supplice de ma queue qui me hurle que si, là, c'est le moment de la supplier et limite, de tomber à genoux pour accélérer le temps si c'est métaphysiquement possible.

Livia pourlèche puis lacère mon menton de ses dents tandis que ses mains deviennent baladeuses ; plus enhardies. Elle les passe sous mon t-shirt mais reste à la lisière de mon pantalon, soudain pudique. Entre deux baisers bouillants, elle murmure :

— Eh bien moi, je pense que tu finiras par me supplier Hero. Et je suis une femme patiente, très très patiente parce que le sexe, je peux largement m'en passer. Je m'en passe d'ailleurs parfaitement, m'avoue-t-elle à mon plus grand étonnement. Mon corps est très capricieux et c'en devient frustrant pour moi de jouer à saute-mouton pour rien. Quitte à perdre cinq à dix minutes de mon précieux temps, je préfère encore chercher des recettes de cuisine sur internet que baiser, est-ce que tu vois, à quel point je peux m'en passer ?

Le sous-entendu de Laura il y a quelques semaines revient me fouetter : que sa sœur a besoin de trouver quelqu'un qui lui fasse prendre son pied car les derniers candidats au titre n'avaient pas réussi. Elle est pourtant réactive à mes caresses, à mes baisers, alors pourquoi ne pourrait-elle pas allait au bout de son plaisir ? Si ce n'est qu'elle n'a eu pour partenaire que des connards égoïstes centrés uniquement sur leur propre jouissance. Et puis cinq à dix minutes ? C'est à peine le temps que nous venons de passer à nous embrasser sans rien faire d'autre.

Elle me fait marcher, ça n'est pas possible autrement.

— Livia, tu te fous de moi là pas vrai ?

Je sonde des pupilles. Bon sang...

— À propos de quoi ?

Elle s'empresse de mordiller ma lèvre inférieur, ma verge durcit d'autant plus.

— De tout trésor.

— Non, je pensais chaque mot...réplique-t-elle sans cesser sa tâche sur ma peau râpeuse.

Elle se cale ensuite dans mon cou, m'octroie une ondulation du bassin qui me grille la tête, et entame sa petite mise au point de sa voix chaude et sensuelle qui m' exalte totalement. Chaque cellule de mon corps est au diapason au son de sa voix :

— Tu pensais que je te supplierais beau gosse, c'est ce que tu m'as dit hier parce que tu as l'habitude que les femmes tombent comme des mouches à tes pieds. Parce que tu dois avoir l'habitude que l'affaire soit déjà dans le sac avant même que tu n'aies eu besoin d'ouvrir ta jolie bouche pour draguer une nana. Parce que tu es plein d'assurance, beau à en crever et que tu le sais Hayden, tu en joues. Mais moi j'ai beau te trouver beau comme un Dieu Grec et être une de tes fans, j'ai beau avoir monté un petit stratagème pour que tu restes à distance parce oui, tu me fais de l'effet, je ne serai jamais une de ces midinettes-chaudasses qui sautent dans ton lit avec de l'élan parce que tu claques des doigts, c'est bien clair ?

—Très mais ...

Elle me suppliera.

— Moi je ne supplie pas Hero, j'ordonne, m'assène Livia contre mon oreille juste avant de saisir mon lobe.

Ma retenue me revient qu'elle se barre ...Putain ! Je suis presque certain que je pourrais jouir si je ne me contrôlais pas autant !

— Je ne te supplierai pas de me baiser Hero. Je t'ordonnerai d'aller plus vite ou plus fort, mais encore faut-il que ce soit bon...et je te l'ai dit, je ne suis pas comme les autres. Mon corps est lunatique, déréglé.

« Plus vite, plus fort », rejoue tout à coup ma tête. Je chasse rapidement le cliché.

Putain de merde, mais elle le fait exprès ou quoi de m'allumer comme ça ? Bien sûr qu'elle le fait exprès ! Elle veut me mettre à terre et gagner, c'est une joueuse.

— Livia ... grogné-je. Ne me cherche pas Trésor. Je ne te supplierai pas non plus.

À cet instant, je n'en suis plus vraiment certain, honnêtement.

Moi non plus ...

— Ok, dit-elle simplement. Lâche moi Hayden.

Quoi ??? Putain !!! Elle va vraiment me faire plier ? Ce petit volcan de vingt-cinq ans à peine !? Merde, non ...

Je la repose prestement au sol et recule d'un pas. J'en profite pour retirer ma ceinture, ouvrir le premier bouton de mon pantalon puis descendre un peu ma braguette, sans la quitter des yeux. Je suis beaucoup trop à l'étroit et c'est insupportable. Livia sourit à la vue de ce spectacle, se mort la lèvre inférieure. Ses yeux se font gourmands, sa langue navigue toute chasteté envolée. Je n'ose imaginer ce à quoi elle pense en me reluquant ainsi.

— Mila voulait te croquer, tu sais. Si elle était là, maintenant, elle n'aurait fait qu'une bouchée de toi, dit-elle songeuse. Ou peut-être faut-il plusieurs bouchées, tout bien réfléchi...

Comme tu dis ma belle ...

— C'est toi que je veux. Pas elle. Pas une autre. Pas une femme plus entreprenante qui aurait déjà craqué au premier baiser. C'est toi Livia que je veux.

Et tu n'imagines pas à quel point de me fais violence, là, pensé-je.

— Et moi j'ai envie d'un fondant au chocolat avec un cœur à la framboise et beaucoup, beaucoup de chantilly à la vanille, m'informe la peste voluptueusement et presque en gémissant tout en se léchant avidement les lèvres. Mais on n'a pas toujours ce qu'on veut beau gosse, ainsi va la vie.

Elle cale son index dans sa bouche entrouverte, puis décapite la brulure de l'atmosphère :

— Bon, c'était très sympa ces au revoir Miller, donc je signe pour la règle numéro six, ajoute-t-elle avec un clin d'œil et son merveilleux sourire lubrique.

Elle n'oserait quand même pas me laisser ainsi ? Si ? Après ce petit numéro d'allumeuse de l'enfer?

— Oh que si Hayden, répond Livia à ma question intérieure. Ta mère t'a fait des mains, de très belles mains d'ailleurs si tu veux mon avis, à la bonne taille pour ce que tu vas avoir à faire afin calmer tes ardeurs ce soir...

— Livia putain... Tu me rends fou ! Mes mains pourraient aussi te faire des choses très agréables tu sais Trésor ...

tsssss tsss tsss... pas de promesse que tu ne pourrais pas tenir, rétorque Livia un doigt en l'air comme une maitresse d'école face à sa classe.

Elle se retourne, ramasse ses escarpins tombés dans notre bataille langoureuse.

— J'entends ce discours à chaque fois avec les mecs tu sais. Paroles paroles ! Foouuu, souffle-t-elle théâtralement, c'est très lassant tu sais. C'est comme ... aller au resto pour manger un risotto et apprendre sur place qu'ils n'ont plus de riz...

— Trésor tu joues vraiment à un jeu dangereux là. Je ne sais pas avec quels abrutis tu as couché, mais ils n'étaient clairement ni à la hauteur de tes propres talents, ni à la hauteur de ton corps. Et ton corps Livia, il réagit au mien. Nos corps sont étrangement liés, connectés et il n'y a aucune raison pour que la partition qu'ils veulent jouer ensemble donne autre chose qu'une déflagration de plaisirs. Alors oublie un peu les minables d'avant, toi et moi, ça ne sera en rien comparable.

Aucune vantardise de ma part, je sais que nos anatomies feront des étincelles. Elles sont faites pour s'entendre, tout comme nos langues se comprennent déjà.

— Pourquoi tu es partie Livia ? Pourquoi tu ne veux pas dormir là ? Si tu ne veux pas que je te touche, je ne le ferai pas je te l'ai déjà dit.

Je veux l'entendre le dire. Je connais la réponse, une réponse qui encourage mon incendie.

— Pas de compte à rendre Hayden.

La peste !

— Tu me fuis Trésor ?

J'avance. Elle relève le menton.

— Prétentieux, riposte l'insolente.

— Tu me fuis parce que tu sais que tu vas craquer Livia.

— Je ne te supplierai pas H. Tu as lancé les hostilités toi-même. Tu t'es surestimé encore une fois et je t'assure que moi, je vais te faire tomber de ton piédestal Hayden Miller. Tu vas voir, il ne fait pas si froid que ça sur Terre avec nous autres, pauvres humains lambdas. Je ne supplierai ni Hayden, ni Hero, soyons clairs sur ça.

Arrête de me chauffer bébé...

— Oh que si !

— On parie ? me lance le volcan plein d'audace et toujours aussi joueuse, convaincue de remporter cette victoire comme si tout été déjà gravé.

Elle avance. Déclare clairement les règles du nouveau jeu :

— Si je te supplie de me baiser, je ferai ce que tu veux. Une fois. Où tu voudras. Quand tu voudras. Si tu me supplies en revanche, continue-t-elle féline en diable, tu feras ce que je veux. Où je voudrai et quand je le voudrai. Une fois. Seules nos limites respectives feront office de barrière. Qu'en penses-tu ?

Elle me défie du regard et je crève d'envie de me ruer sur sa bouche impertinente pour la faire taire. Dans ses yeux, je veux voir sa perdition remplacer la lueur téméraire et aguicheuse de celle qui va me faire interner. Je sais exactement ce qu'elle fait. Encore une fois, elle s'adresse directement à ma fierté masculine, à cette entité en moi qui exècre perdre, ne supporte pas de ne pas avoir le dernier mot. Car Livia m'a déjà cerné, comme percé à jour. Mais toujours pas dompté.

Elle tente de dresser un barrage invisible entre nous en mettant en place l'échiquier de nos retenues mutuelles. Je suis certain qu'il s'agit aussi d'une manière pour elle de se protéger, mais de quoi, de qui. De moi ? Je ne lui ferai pas de mal. Au contraire, mon but est tout autre.

A-t-elle peur de ne pas être à la hauteur ? Je sais qu'elle se dévalorise constamment, qu'elle ne semble pas avoir confiance en son corps, mais à sa façon de m'embrasser, de me branler dans la douche, je n'ai aucun doute quant à ses autres talents. Je suis empris à un conflit interne qui me scie en deux. J'ai besoin de toucher son corps sans entrave, de la sentir contre moi, sur moi, autour de moi. De l'entendre crier son extase. Je suis prêt à ne me focaliser que sur son plaisir à elle si cela me permet de la toucher et de l'entendre gémir à l'infini, de voir ses pupilles s'embraser, quitte à m'y perdre aussi.

Je pourrais rendre les armes tout de suite. À vrai dire, je suis quasiment déjà à genoux devant elle alors que Livia n'a même pas conscience que je vénère déjà sa beauté, son tempérament et son putain de foutu entêtement à me repousser alors qu'elle m'attire. C'est tellement nouveau pour moi, cette fraîcheur, cette authenticité, et la spontanéité qu'elle met dans nos échanges. Livia n'a rien d'une groupie, c'est une déesse que je veux posséder sans l'enchaîner. Je veux sa liberté autant que sa reddition, qu'elle me montre qui elle est quand elle accepte ce qu'elle est.

Je pourrais capituler. Pourtant mon égo me hurle de tenir bon, que je ne suis pas un homme qui plie devant un petit bout de femme et me rappelle que si elle agit ainsi, c'est uniquement pour ne pas perdre elle-même. C'est une fille intelligente, une femme intelligente. Si elle partait ce soir, c'est qu'elle avait besoin de cette distante entre nous pour ne pas céder à ses propres pulsions. Car je sais qu'elle a envie de moi. Son corps, ses seins tendus sous le tissu de son chemisier, ses pupilles dilatées, la couleur rosie de ses pommettes, l'ardeur qu'elle a mis dans nos baisers, la force de sa langue autour de la mienne et la vigueur de ses caresses m'envoient tous les signaux. Mais Livia a peur, je le sens.

Alors, juste pour cette fois, je laisse le bénéfice du doute à mon égo et rentre dans sa danse. Elle me suppliera, parce que quoi qu'elle m'ait dit, ce soir, elle a envie de moi. Si sa tête a peur et que je n'ai pas encore toutes les réponses, son corps, lui, n'a qu'une hâte : de redécouvrir des plaisirs que Livia pense ne plus pouvoir ressentir.

Je suis ton homme, bébé, ris-je silencieusement dans une promesse que lui hurlent mes yeux.

— Deal, madame Miller. Que le meilleur gagne.

Je suis dans la merde, et putain, j'aime ça !

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