53 : Echec et Mat

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Livia.

     J'avoue, c'est bas, mais je sais ce que je fais.

Tu crois ?

     Pour ma défense, je me sers des armes qu'il a mis à ma disposition : son foutu melon qu'il a à la place de la tête ! Il n'y en aurait pas de si gros dans tout Cavaillon !

Rien d'aussi sexy, c'est sûr.

     Sa vanité démesurée est bien mon meilleur arsenal pour le faire chuter. C'est elle qui l'a poussé à refuser que je ne puisse être attirée par lui. C'est elle qui lui fait croire qu'il peut tout avoir et que moi, je pourrais être à ses pieds juste pour ses putains de beaux yeux bleus qui me captivent, pour sa belle gueule, sa plastique plus qu'avantageuse et peut-être même, à cause de ce que j'ai à demi-découvert dans l'intimité de l'obscurité... sous la douche.

Ce sont déjà pas mal de bonnes raisons non ?

     Mais c'est bien mal me connaître que de préjuger que je serai la première à flancher. D'un autre côté, je ne me reconnais pas moi-même : qui est cette fille qui ose pousser un homme dans ses retranchements d'une telle manière ? Cet homme-là, en plus !

     Je n'avais jamais parlé à un homme ainsi -ni à une femme soit dit en passant. Le repoussant et l'attirant en même temps. Susurrer de telles trucs. Jamais. Non pas que je sois prude au lit, je n'ai rien contre les vulgarités pour pimenter la chose, mais là, nous n'avons encore rien fait. Nous jouons simplement. Mon instinct ne me permet pas de cogiter à mes répliques, tout sort naturellement de ma bouche. C'est son attitude qui enhardie la mienne. Et j'adore ce petit jeu, même s'il me fait renier mon départ. Parce que je le gagnerai.

     Je n'ai pas menti en affirmant que je pouvais attendre. J'en suis capable, même si ce sale traître de corps refuse de baisser sa température lorsqu'il est contre celui d'Hayden. Pourquoi me faire ce coup bas maintenant. Pourquoi avec lui ? Pourquoi avoir décidé de sortir de son hibernation ? Pourquoi lui bon sang !!?? On va tout compliqué...

Regarde-le un peu !

     J'aimais bien le sexe avant. Peut-être pas autant que ma meilleure amie ni que Mila, mais je n'ai jamais eu les mêmes amants qu'elles, donc... ceci doit expliquer cela. Mais j'appréciais. J'y prenais un certain plaisir, c'était pour moi un bon moyen d'évacuer toutes sortes de tensions. Aussi bon qu'une demi-heure de cardio et en ayant un peu de chance, un Happy-Ending sympa à l'issue d'une séance de jambes en l'air.

     Je n'ai pas été précoce dans les rapports intimes, ça a plutôt été le contraire mais j'avais des circonstances atténuantes, selon moi.

     En Islande, l'âge moyen du premier rapport sexuel se situe aux alentours des quinze ans et demi. Ils sont suivis par les Allemands, qui sautent le pas en moyenne avant leurs seize ans, puis par Britanniques, seize ans et demi. En France, nous perdons notre virginité à peu après nos dix-sept ans, alors qu'Aux États-Unis la moyenne est à seize virgule neuf ans. D'après mes recherches, j'aurais donc dû naitre quelque part en Asie, entre la Chine et l'Inde. Taiwan par exemple, dix-huit virgule neuf ans âge du premier rapport.

     Ma première fois , j'avais dix-neuf ans. Sympa, plaisant, mais pas transcendantale non plus. J'en garde néanmoins un bon souvenir car Julien était sympa, respectueux, à l'écoute, et peut être un peu trop d'ailleurs. Pas assez spontané mais j'ai aimé qu'il fasse attention à moi. Il n'était pas mon petit ami, je n'ai jamais aimé les étiquettes, mais nous étions amis en quelque sorte. Nous nous connaissions depuis de deux ans et un jour où l'autre, d'après Laura, ça devait arriver. Il jouait au chat, et moi j'étais la souris, pas vraiment consciente de l'être néanmoins. Oui, j'ai toujours un train de retard...

Ou quatre TVG.

     Nous avons renouvelé l'expérience plusieurs fois, mais, plus âgé, il recherchait une relation «normale » que je ne pouvais pas avoir. Mon plan ne prévoyait pas de relation stable avec qui que ce soit.

    Après lui, quelques autres ont suivi, mais je suis toujours restée libre.

     J'ai toujours su que filles ou mecs, pour moi, c'était du pareil au même. Je ne suis pas attirée que par un corps, un sexe, mais par une personne dans son entièreté, par ce qu'il ou elle dégage. Chez moi, l'alchimie ne demande pas de carte d'identité, le genre importe peu. Je me laisse porter par mon attraction. J'ai connu plus d'hommes que femmes, pas par choix, c'est ainsi. Pourtant, les femmes sont plus douces, plus tournées vers le plaisir de l'autre. Et qui connait mieux le corps féminin qu'une femme ?

     À l'exception de Julien, les autres hommes avec qui j'ai couché n'avaient dû que très peu entendre parler d'un principe de base peut être tabou pour eux : les préliminaires, pour les femmes du moins. Parce que soyons honnêtes, vous connaissez un homme qui refuse de se faire sucer ou toucher avant l'acte ? Ou même pendant ... Sans évoquer de faire l'amour, ce qui n'entre pas dans mes compétences, même pour baiser, il faut préparer le terrain ou à minima vérifier que tout est ok pour que la pénétration ne soit pas douloureuse. Je ne sais pas moi, souffler sur les braises ... Belle utopie avec certains mecs !

     Et puis mes partenaires semblaient convaincus qu'une bite est le seul ingrédient nécessaire à un orgasme féminin. C'est faux évidemment. Certaines femmes n'ont pas d'orgasme durant un coït mais peuvent en avoir par simple stimulation durant des préliminaires. D'autres ont besoin d'une stimulation clitoridienne. Enfin moi je pense qu'un bon cours d'éducation sexuelle en fin de terminale ne serait pas de trop. Il y a des hommes qui oublient même qu'une femme dispose d'un clitoris, comme si nous nous pouvions oublier qu'ils ont un pénis ! C'est désolant.

     Tout était à peu près normal, jusqu'à la grève. J'ai vraiment essayé de me réconcilier avec moi-même, avec mon corps, et je ne suis pas une fille avare pendant le sexe. J'aime faire plaisir, mais entre un mec qui prend et ne donne pas en retour et un corps en berne, comment voulez-vous que ça fonctionne ? C'est comme manger quand on sait pertinemment qu'on va vomir juste après : aucun intérêt. Alors j'ai laissé tomber.

     Je ne dis pas que je suis parfaite, loin de là, je n'ai jamais fait remplir un questionnaire de satisfaction après une partie de sexe, mais personne ne s'est jamais plaint. Je ne rivalise avec les performances de professionnelles, mais aucun homme n'est jamais parti insatisfait ou frustré. Tout bien réfléchi, les hommes jouissent toujours, les chanceux...

     En revanche, Hayden me fait peur. Je n'ai pas peur de lui mais moi, je suis moi, et lui ... il est ... lui. Quand nous nous embrassons, quand nous nous combattons ou quand nous discutons simplement, j'arrive presque à oublier le Hayden Miller public.

     Sous la douche, dans le noir, je l'empêchais de voir mon corps et surtout mon manque de confiance en moi, mais je m'empêchais aussi de le voir, d'une certaine manière. Je sais qu'avec Hayden, mon corps se réveille quand il me touche. Quand il m'embrasse, c'est un concert de sensations qui prend possession de moi. Alors même si je n'ai pas l'ambition d'arriver à l'orgasme, je pense que j'y prendrai un certain plaisir.

     Je pourrais lui donner ce qu'il veut maintenant, ou ce qu'il croit vouloir jusqu'à maintenant, il ne m'a vu qu'habillée et tout pourrait changer ensuite, mais j'ai un jeu à gagner et... à lui faire perdre.

     Pourtant, je bloque. Il y a un énorme fossé entre nos expériences, sans compté qu'il est plus âgé, aussi. Et par fossé, je n'imagine pas juste le grand Canyon avec une profondeur allant jusqu'à deux mille mètres, non. Moi, je suis plutôt sur l'idée la Fosse des Mariannes, là où se trouve plus profonde fosse océanique connue à ce jour : Le Deep Challenger. Près de onze mille mètres d'abysse dans l'océan Pacifique. Vous visualisez ce que je veux dire ?

     Je suis une fille butée, bornée, entêtée, qui accepte de perdre mais non sans mener bataille. Quelque chose en moi a décidé de relayer ma timidité devant le personnage Hayden Miller au second plan, ainsi que la pudeur qui s'est accrochée à moi il y a longtemps. Mais elle, c'est moi qui décide de la combattre. Mon corps m'appartient et je dois profiter de ma dernière ligne droite.

     Miller ne me suppliera peut-être pas ce soir, mais je pense pourvoir le mettre un peu au supplice, même si je n'ai pas le même corps de bombe que ses anciennes conquêtes. C'est plus ce que je porte que celle qui le porte qui le tentera, mais ce n'est pas grave. Ma vanité s'en remettra. Alors je me lance :

— Bien. Je vais rester ici. Mais je t'interdis de me toucher sans autorisation, c'est bien clair Hayden ? Quand tu me supplieras, tu pourras toucher.

— Oh Trésor, je te l'ai dit, ça n'arrivera pas, répond-il du tac-au-tac bien trop sûr de lui d'après moi.

On a pris les paris !

— Parfait, tu veux bien me prêter un autre t-shirt s'il te plait ?

     Je lâche ma demande en me mordillant la lèvre, mue d'une fausse pudeur.

     Hayden part dans le dressing, j'en profite pour ouvrir la couette que j'avais pliée et posée sur le canapé. Il revient, me tend un t-shirt blanc à col V, parfait. Je ne pense pas en avoir vraiment besoin tout de suite, mais sait-on jamais. S'il a autant de fierté que ce que je pense, ça ne sera pas aussi facile que prévu.

— Merci.

      Sans plus perdre de temps, je commence à déboutonner mon chemiser. Je ne le regarde sciemment et fais semblant de me concentrer sur ma tâche, mais je sens qu'il n'en revient pas. Son regard perçant brûle déjà ma peau.

— Putain Livia tu fais quoi là ?

      Sa voix enrouée le trahit déjà, et c'est mon entrejambes qui s'enflamme sous la puissance de son étranglement. Ma nuque me picote, mon bas-ventre est en feu se tortille. Je lui réponds sur le ton de l'évidence avec une innocence feinte en roulant exagérément des paupières :

— Je me mets en pyjama pour dormir. Je ne vais quand même pas dormir habillée, Hayden !

— Mais tu te fous vraiment de ma gueule en plus sale petite peste !

    Il fait un pas.

—Du calme Miller !

     Je tends un bras vers lui pour lui signifier de garder ses distances. Laura l'a peut-être un peu briefé à mon sujet, mais elle n'a alors pas assez insisté sur mon côté tête de con sudiste. Je repars à l'assaut dernier bouton de mon chemisier , le fais glisser de mes épaules à l'aide de mes pouces. Je le laisse tomber à terre, fixant fièrement mon attention sur le visage d'Hayden, totalement ahuri par mon attitude désinvolte ce soir, bien loin de celle que j'étais encore hier ; cette nuit.

— Livia ... siffle Cro-Magnon.

— Personne ne t'oblige à regarder si le spectacle ne te plait pas. Personne ne te demande de regarder tout court d'ailleurs, Miller. Va faire un tour sous la douche, ça t'occupera pendant que je me déshabille.

     À la bosse bien visible qui déforme son pantalon, je constate que mon soutien-gorge en demi-bustier ne le laisse pas indifférent. À armatures et en dentelle noire si fine qu'il en presque transparent, il s'arrête à mi-chemin entre mon estomac et mon nombril. Une très belle pièce de chez Victoria's Secret.

     Ses yeux sont rivés à ma poitrine galbée dont il peut voir mes mamelons, y compris leur couleur tant le tissu est fin. Mais là, je m'en fiche, trop obnubilée par mon coup de poker. Pour cette fois, je laisse le bénéfice du doute à mon corps, à ma silhouette si imparfaite. Cette bataille, j'ai besoin de la gagner. Hayden ne bouge pas, semblant bien ancré dans le sol. Je claque des doigts bruyamment devant ses yeux pour vérifier qu'il ne fait pas un AVC mais surtout, pour bien me moquer de sa posture. Bouche-Bée.

— Hayden ?

— Je sais ce que tu fais Livia, soupire-t-il les yeux dans les yeux.

     Tant mieux, je vais le voir lutter. Et je vais adorer...

— Cela me parait plutôt clair, je me déshabille, je viens de te le dire. Allez oust !

     Il ne bouge toujours pas. Je retire ma ceinture, fais sauter le bouton de mon jean, puis descends ma braguette dans un geste très alangui. Je suis folle !

— Livia bordel...

— Allez Cro-Magnon, t'en a vues d'autres des nanas en sous-vêtements, une pas plus tard que ce matin d'ailleurs. Ta julianne ! Bien foutue d'ailleurs, dommage qu'elle soit aussi folle, ça gâche le truc si tu veux mon avis. Mais je sais à présent que tu as ton assistante sous la main en cas de besoin urgent... ris-je narquoise.

— Mais je m'en branle de Julianne, putain Livia !

     Humm... il s'énerve... bien. Et subtil choix de vocabulaire. Très révélateur de son état. Donc la tension monte d'un cran en lui. Mes mains s'emparent de mon jean, j'entame de le faire glisser sur mes hanches que je balance outrageusement. Non, je ne me reconnais pas.

— Arrête ça Livia ! m'avertit-il en haussant le ton.

     Son timbre est de plus en plus rauque et vibrant...et c'est tout mon corps qui palpite, jusqu'à ma féminité qui pulse fort.

— Oh ça va, je te l'ai dit, si ce que tu vois ne te plait pas tu détournes les yeux ! Je n'ai jamais prétendu avoir un corps agréable à regarder.

     Avec lui non, mais il faut que je sois lucide pour une fois et que je baisse les barrières que j'ai forgées autour de moi. Les hommes ne sont pas indifférents. Pourtant j'ai un corps plutôt banal, que je dois apprendre à accepter, de nouveau. Cela fait partie de mes objectifs à court terme, j'y travaille.

     Je ne mesure qu'un mètre soixante-six, j'ai une poitrine somme toute classique, je fais un petit 85C, voire 90 quand je prends du poids. Mes hanches qui n'ont pas stoppé leur croissance à quatre-vingt-cinq centimètres de circonférence, et des fesses sont rebondies en bon ballons de basket. Pas du tout la taille mannequin de podium. Quoi que Kate Hupton est bien en formes elle, pas un sombre fil de fer affamé...

     Depuis hier soir j'ai bien conscience qu'Hayden est loin d'être indifférent à mes mensurations, toutefois loin de celles auxquelles il est habitué. Je le pousse toujours plus...

     D'un coup sec, je descends complètement mon jean, retire mes escarpins afin de faire passer mes chevilles et mes pieds. Mais aimant la cambrure de mes jambes et de mes reins en talons, je les renfile aussitôt. Je suis maintenant en sous-vêtements devant un Hayden scotché au regard fiévreux et très luxurieux.

     Jordan a raison, si j'étais sortie de ma bulle, j'aurais vu le regard d'Hayden sur moi. Enfin sur sa femme, qu'il pensait ne pas pouvoir avoir. Mais là, je la discerne : cette ombre de désir impérieux dans ses yeux fixant mon tangua taille basse à double lanière assorti à mon bustier, qui ne laisse aucune place à l'imagination quant à mon épilation brésilienne. Et ce que je vois dans ses iris me procure une sensation étrange de puissance.

     Je passe tout près de lui, le frôle négligemment pour aller récupérer ma valise. Je l'entends souffler tapageusement derrière moi -ou grogner, qui sait ?- , c'en est presque jouissif. Certaine qu'Hayden s'est retourné pour me suivre du regard car je sens un délicieux picotement dans mon dos, au lieu de me baisser en pliant les genoux, je garde les jambes bien droites mais légèrement écartées et me contente de baisser mon buste pour attraper la anse de ma valise. La danse m'a gardée souple, très souple. Et je permets à Hayden d'en profiter, visuellement du moins.

— Putain de merde Livia, tu vas me tuer là ! bougonne le grand frustré derrière moi.

     Bien. Je m'avance d'une case de plus vers la victoire on ne peut savoureuse dont je vais me régaler.

— Je n'en espère pas tant Miller, gloussé-je en le lorgnant cupidement. Je ne souhaite toujours pas avoir une horde de groupies mécontentes à mes trousses. Mais remarque sans toi dans le paysage, j'arriverai plus vite dans le lit de King Kong... Je suis sûre qu'il est très bien doté lui aussi, et Jess n'a pas tari d'éloges sur ses... descends-je mes mains vers mon tanga pour appuyer mes dires, enfin tu vois...

     Je suis une garce. Une vraie de vraie. J'ai dit « pas de jalousie » mais je le pousse puissamment pour le tester. Pour l'énerver. Hayden s'approche d'un pas supplémentaire en réponse à mon air mielleux. Nous ne sommes plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Je peux déjà sentir son souffle mentholé sur moi. Je lui souris telle une reine démoniaque se délectant de la douleur de son supplicié.

— Qu'est-ce que tu viens de dire ?

     Il avance.

— Tu as très bien entendu.

— Je t'ai dit que ça, c'est ma limite Livia ! anhèle-t-il à mon oreille d'un ton calmement effrayant.

Il n'est pas loin de craquer.

— Mais tu viens de dire que je vais te tuer H, donc après plus de petit arrangement entre nous. Plus de mariage non plus, tu vois... je lui réplique faussement ingénue avant de poser mes paumes sur son torse en marbre pour le faire se décaler. Allez, laisse-moi aller me coucher...

      Hayden me retient par le flanc, son contact me brûle, ma respiration se coupe et ma poitrine cherche plus de proximité avec son buste.

— Non, Trésor, glisse-t-il contre ma nuque qui crépite sous cet assaut délicieux.

     Hayden se redresse et d'un seul mouvement, se retrouve torse-nu. Je crois que j'ai ouvert la voie au strip-tease... Mais moi, je peux tenir.

     J'aurais pu faire -lui faire- beaucoup plus sous cette douche, mais là, maintenant, avec l'enjeu qui nous lie, j'ai une volonté de fer à toute épreuve. Je tourne les talons, éteins les lumières de la partie séjour dans laquelle je vais dormir. Seules les deux tables de chevet de sa chambre éclairent à présent la pièce. C'est plus intimiste, plus tamisé, et bien plus érotique ainsi.

— Nom de Dieu Livia, comment peut-on vouloir cacher un corps pareil ? Ça dépasse l'entendement ! Tu es superbe Livia, absolument magnifique...chacune de tes courbes est un appel au crime.

     Hayden halète en prononçant ses mots, ses yeux rivés à ma silhouette tout en retirant ses chaussures, son pantalon, puis ses chaussettes. Ses paroles font vibrer quelque chose en moi, mes jambes flageolent et je dois serrer les cuisses pour apaiser mon excitation. Pourtant, mon dernier amant avait prononcé à peu de choses près les mêmes mais l'effet lui, avait été bien différent.

     Il n'est plus qu'en boxer. Mes yeux dévalent sa carrure d'Apollon suivant la fine toison brune qui me guide jusqu'à son érection, qui est impressionnante. Je l'avais déjà remarquée sans réellement oser la fixer, mais j'ai dépassé le stade de la gêne au moment où j'ai empoigné Hayden cet après-midi pour le libérer de sa frustration. Mes deux mains n'étaient pas de trop dans la partie ni pour l'encercler ni pour préjuger de sa longueur. Mon ventre chevrote d'envie mais je suis aussi embrumée d'un voile d'appréhension.

     Il semble saisir mon trouble car il rit frugalement en se mordant la lèvre à son tour, porté par sa maintenant légendaire vanité masculine.

— Je sais être sauvage mais je peux aussi être très doux Livia. Les deux ne sont pas incompatibles. Tout est une question de dosage.

— Nous n'en sommes pas là, lui rappelé-je en détournant les yeux.

     Non, nous n'en sommes pas encore là, mais mon corps écoute et entend chacune de ses paroles qui m'atteignent et mettent un coup de fouet supplémentaire à ma libido pour la titiller un peu plus. Ma tête les enregistre en envoyant des impulsions électriques vers mon sexe trempé. Je me félicite mentalement d'avoir mis des sous-vêtements noirs...

— Et où en sommes-nous Trésor ?

— Moi personnellement, j'en suis à aller me coucher. Bonne nuit Hayden.

     Je me détourne de lui, marche vers le canapé qui sera ma couchette pour la nuit. Quoi que... peut-être pas. Hayden m' harponne par les hanches, me fait virevolter et tomber sur les fesses sur le sofa.

— Hey ! bramé-je surtout pour l'embêter. J'ai dit pas touche Cro-Magnon !

     Hayden s'agenouille devant moi et bon sang, cette vision est certainement l'une des plus érotiques de ma vie. Je suis sûre que là, j'ai gagné !

Et il a perdu.

—Tu vas me supplier ? Ça en prend bien le chemin en tout cas, le taquiné-je à voix basse et un grand sourire lauréat aux lèvres. Je peux prendre une photo souvenir s'il te...

— Bordel Livia tu ne te rends pas compte de l'effet que tu me fais là ? De la torture que tu m'infliges? C'est cruel Trésor !

     Il approche sa tête de mon ventre, souffle dessus créant un vide abyssal que j'ai besoin de combler. Mes muscles se contractent durement. Je manque d'air, mais je ne plie pas.

— Oh non Hero, je lui susurre en avançant mon visage vers son oreille. C'est jouissif. Je n'ai peut-être pas eu beaucoup d'orgasmes avec des hommes, mais je sais ce que c'est par d'autres moyens. Et te voir ainsi, agenouillé devant moi, ça l'est, Hero...

     Je ne sais pas d'où me vient cet aplomb -ni qui est cette personne qui parle sous mes traits-, mais je sais que c'est à ce moment précis qu'Hayden Miller rend les armes devant moi ; à mes pieds. Quant à moi, je sens que quelque chose s'est fissuré à l'intérieur, positivement. Je me sens forte. Une puissance que je n'avais encore jamais ressentie.

Livia 1 - Hayden 0.

— Je suis prêt à rester à genoux pour te montrer à quel point la situation va être jouissive, Trésor.

     Ne pas craquer avant qu'il se soit avoué vaincu Livia ! je m'encourage. Je veux l'entendre me supplier, mais ces mots m'amènent déjà aux portes de l'orgasme. Comment est-ce possible ?

— Dis-le Hayden. Dis-le et tu pourras me toucher. Me toucher comme tu le veux...dis-je presque plaintive tant je n'en peux plus de tenir bon sous son regard luxurieux qui me perce de la lame de l'érotisme.

      ÉCHEC ET MAT.

     Hayden remonte lentement jusqu'à mon visage pour arrimer son bleu au mien, m'arrachant une secousse interne, ses mains de parte et d'autre de mes cuisses frôlant ma peau moite en feu. Je compte à rebours les secondes qui me rapprochent d'une délivrance que je n'ai jamais autant souhaité de ma vie.

— Livia ... murmure lentement et contre mes lèvres le perdant le plus canon de la Terre. Je t'en supplie à genoux, laisse-moi te toucher. Tu as gagné. Tu avais déjà gagné avant même que l'on ne commence à jouer... J'ai envie de toi...

      La sensation de l'entendre me parler ainsi est absolument paradisiaque, sans nulle autre pareil. J'esquisse le sourire de victoire qui me revient de droit alors que je me consume déjà sous son regard:

— Accordé Hayden.

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