59 - Welcome to California.

16 minutes de lecture

Livia.


Treize heures quinze heure locale indique l'horloge numérique du hall -et huit mètres de cernes plus tard-, je récupère enfin mes valises sur le tapis roulant puis me souviens soudain que mon téléphone est lui, le chanceux, en plein dodo au fond de mon sac à main. Jess, à qui j'ai demandé si dans sa grande bonté, elle accepterait de venir me récupérer ici, ne devrait plus tarder. Nous nous étions mises d'accord sur treize heures trente minimum pour qu'elle n'ait pas à m'attendre trop longtemps si les bagages venaient à tarder ou si le vol prenait du retard.

 Non, je n'ai pas demandé à ma meilleure amie de jouer les taxis. Je lui ai même interdit de s'approcher de cet aéroport.

 Je rentrerai à la maison, chez Ava et Doug j'entends, demain soir si je suis sortie de l'hibernation que j'ai prévue, ou mardi soir. J'ai réservé une chambre d'hôtel pour cette nuit, pour commencer ma cure de repos paisiblement. J'ai besoin de récupérer, pas d'avoir Laura sur le dos. Littéralement, puisqu'elle dormirait avec moi, ma main à couper ! Les deux, même ! Et si vraiment Ava et Doug se montraient trop... attentifs à ma petite personne qui n'a plus vécu avec les parents depuis des années –hors vacances éclairs–, je pourrai toujours aller squatter chez Katy et Joshua; c'est mon plan B, mon plan de repli.

 Je passe au Starbucks pour un triple expresso très sucré –oui je vais aller me coucher, mais il faut tenir debout jusqu'à là– et m'installe tranquillement dans le hall d'entrée, sur un fauteuil peu confortable. Je me languis d'un lit, voire d'une moquette, du moment que je finis allongée rapidement.

 Je lui envoie tout de même un message pour lui dire que j'ai bien débarqué à l'heure et récupéré mes affaires, puis ferme les yeux pour une micro-sieste utile le temps qu'elle arrive sur le parking du dépose-minute et me donne le numéro de l'allée où je devrai la rejoindre. Un soupire de prélassement passe mes lèvres quand une voix réjouie sonne l'annulation de ma détente express :

— ¡ Hola Guapa !

— Hey mais tu es déjà là ? je me lève surprise de la trouver devant moi et en avance.

— Si señorita ! J'avais trop hâte de te revoir Livy, me répond la belle hispanique, et je suis ravie que tu aies pensé à moi !

 Elle me lance un clin d'œil jovial avant de me serrer dans ses bras avec une bise claquante sur ma joue droite.

— Merci d'être venue Jess, je sais que j'aurais pu prendre un taxi mais...

— Arrête tes bêtises Livy ! Je ne travaille pas et je t'assure que je suis très contente qu'on passe un moment seule à seule. N'y vois rien de déplacé hein ! blague-t-elle, mais sans ta sœur, sans les garçons. Entre copines quoi !

 Sans elle, oui.

 Je n'ai pas eu énormément de contacts avec Laura depuis deux semaines mais j'ai beaucoup discuté avec Jessica en revanche, car elle m'a juré dès le premier message qu'elle m'a envoyé après mon retour de Londres qu'elle ne répèterait jamais rien à Laura ; qu'elle ne lui servirait pas de taupe. Qu'elle avait simplement envie d'avoir une amie supplémentaire, certaine que nous étions faites pour nous entendre. Et c'est le cas.

 Je n'aime pas agrandir mon cercle et je sais que ce n'est pas le moment de le faire, mais j'ai vraiment bien accroché avec elle à Londres. Une passion commune pour la danse, en plus de celle de rembarrer Hayden Miller, ça aide... Et maintenant que je suis ici, je me dis que c'était la bonne décision tout compte fait, alors que j'en ai douté, de ma décision d'avoir gardé le contact et appris à nous connaître via les réseaux sociaux. Je me sentirai moins seule ici, et je devais me rendre en République Dominicaine dans les six semaines à venir. Peut-être pourra-t-elle venir avec moi ?

— Moi aussi je suis contente Jess, lui assuré-je en entamant la marche. Tu as des choses de prévues cette semaine ?

— J'ai des projets pour meubler mon temps, mais rien de gravé dans la pierre.

 Nous quittons le hall climatisé pour l'extérieur. Je suis toujours choquée par la chaleur sèche de L.A. Ici, pas de Mistral mais une moiteur déjà lourde en mai couplée à une une brise tiède qui vient caresser mon visage fatigué. J'inspire l'air californien du bout du monde, à plein poumons. Même les odeurs de carburants polluants ont un parfum d'apaisement. L'accalmie n'a pas pris place à cent pour cent en moi, mais une part de mon agitation et de mon anxiété est restée en France, sur le tarmac. Je ne suis pas guérie de mes peurs mais plus sereine qu'il y a quarante-huit heures, lorsque ma boîte aux lettres est devenue la pire des messagères, ramenant au présent une ombre que je pensais encore un peu pouvoir garder au passé.

—Viens Livy, ma voiture est là-bas, me dit-elle en attrapant une de mes deux énormes valises.

— Waouh ! Le tout nouveau Range Rover ! m'écrié-je souriante. J'a.dore cette voiture. C'est la première fois que je la vois de si près. Elle est... SUPERBE Jess !

— Cadeau d'anniversaire pour mes trente et un ans, en février.

— Eh bien dis-moi, Nick est super généreux, et amoureux !

— Ce n'est pas Nick, rit-elle en secouant la tête tandis que je charge mes bagages dans cet immense coffre, mais il a aussi été très généreux effectivement ! Il m'a offert une semaine de vacances aux Maldives dans un Palace, le tout nouvel IPhone et le nouveau Mac pro, et une super séance shopping !

 Double waouh. Il n'y a pas que ma meilleure amie qui a trouvé sa perle rare. Derrière la toison brune de King Kong se cache un amoureux transi, donc. La brute serait-elle un gros nounours avec un cœur guimauve à la fraise ?

Oui et elle crache des paillettes quand elle hurle, Livia, se moque ma conscience me rappelons à son bon souvenir.

— Effectivement, il est très très généreux ton gorille Jess ! lui lancé-je ravie pour elle qui a l'air folle amoureuse de lui.

 C'est tout juste si des cœurs ne prennent pas la place de ses pupilles lorsqu'elle parle de lui. C'est écrit sur son front en lettres majuscules.

 Sitôt installée dans l'habitacle qui sent effectivement le neuf, je boucle ma ceinture et repose mollement ma tête sur le fauteuil en cuir crème. Je lui dicte l'adresse de l'hôtel qu'elle entre dans son GPS, juste pour avoir l'œil sur la situation du trafic en temps réel. C'est un hôtel connu à L.A et plutôt bien placé. Si je fais attention à mes dépenses, encore plus maintenant que j'ai explosé mon budget du mois avec ce billet de dernière minute, j'ai banni l'idée d'un motel à moindre coût avec des murs en papier mâché et une douche hideuse à l'eau trouble qui vous laisse perplexe quant à sa provenance. Il me faut du calme et de l'insonorisation, la clim, et un lit douillet à la literie datant d'après ma naissance et de préférence, après celle de la petite Emmy -et de l'eau aseptisée, aussi.

 Au moment où elle va pour ouvrir sa bouche pulpeuse en démarrant, son téléphone se met à sonner dans le méga vide-objets entre nous. J'ai le temps de voir que c'est un appel de Nick, Jess lève les yeux au plafond et excédée, toute trace de son euphorie d'il y a une minute, lui répond.

— Mi cariño ?

 Je n'entends pas la réponse de Nick, faute au poste radio s'est enclenché en même temps que le contact. Pourtant, se lit sur ses traits plissés qu'elle aurait préféré ne pas prendre cet appel.

— C'est Non Nick ! Non et non, oublie ! Demain si tu veux mais là tu sais que je suis avec...

 Jessica coule sur moi un regard indéchiffrable en m'inspectant du buste aux cheveux puis ferme les yeux, le coude appuyé contre sa portière. J'en profite pour me regarder rapidement dans le petit miroir du pare-soleil : rien de glorieux, c'était prévisible. Pour renflouer mes caisses, je pourrais parfaitement lui demander de me déposer à Hollywood Studios, il doit bien y avoir une série post-apocalyptique qui recrute en ce moment, ou un truc avec plein de zombies cadavériques.

 J'ai beau avoir pris des couleurs vendredi en bronzant un long moment sur mon transat, ce qu'il s'est passé ensuite a annulé les bienfaits du soleil sur ma peau. Même le bleu de mes yeux a terni, et leur blanc est à présent nervuré de lignes rouges à cause du manque de sommeil, renforçant ainsi le violacé de mes cernes. Un peintre aurait voulu représenter le camaïeu du surmenage physique et émotionnel et celui de l'épuisement sur un seul visage qu'il n'aurait pas fait mieux que ce je vois dans mon reflet. Je suis un linge fragile délavé qui est resté trop longtemps dans l'eau chaude et dont l'essorage a été violent. Je ne ressemble plus à rien, d'humain, en tout cas. Je souffle de désespoir quand elle soupire, lasse, puis réitère :

— Non.

— ...

— Mais tu ne peux pas le faire toi-même ?

— ...

 Voulant me soustraire à mon image repoussante, je referme le rétro des vérités et pivote vers elle. Jess rouvre les yeux, parait me sonder de nouveau.

— Attends mi Cariño.

— Livy, Nick veut que je passe quelque part, maintenant, m'informe la brunette visiblement irritée et gênée de devoir me demander une permission dont elle n'a pas besoin, est-ce que...

 Je suis crevée, oui, mais plus à demi-heure ou une heure près pour faire connaissance avec un lit. Et puis j'aime bien discuter avec Jess, et elle a eu la gentillesse de venir jusqu'à LAX pour moi. Je dormirai quand je serai morte... apparemment.

Esprit glauque, le retour en force.

— Pas de problème, nous aurons plus de temps pour discuter aujourd'hui, mais arrête-toi dans une pharmacie avant s'il te plait, si cela ne te dérange pas.

 Elle opine.

— Ok Nick, lui annonce-t-elle durement, mais je vous préviens, nous allons avoir une petite discussion tout à l'heure. Je vous aime mais il n'y a pas écrit larbin sur mon front, ne l'oubliez pas ! C'est bon, j'arrive.

 Sur ce, elle raccroche, sors du parking et s'engage sur la voie rapide, reprenant sourire aux lèvres comme si rien ne s'était passé notre discussion où nous l'avions mise en pause avant d'être dérangées par son amoureux :

— Donc je te disais, cette merveille, c'est un cadeau... fait-elle durer le suspense... un cadeau d'Hayden !

 Ah oui, quand même. Lui aussi ne compte pas ses billets verts.

— C'est vraiment un très beau cadeau Jess.

— Oui je n'arrêtais pas de vanter à Nick la beauté de cette merveille. Et bim ! s'exclame-t-elle sans quitter la route des yeux. À mon anniversaire, elle était devant la maison emballée dans un gros nœud rouge.

 Je siffle d'admiration. Si Scott est aussi philanthrope que son meilleur ami, Laura est une reine au milieu des reines.

— Il a voulu se faire pardonner de tous les déplacements qu'il a dû faire l'an passé et auquel Nick l'a accompagné.

— Il a dû en faire beaucoup alors, plaisanté-je en fermant mes paupières lourdes, la fatigue m'assaillissant soudainement avec sa copine qui grignote mon ventre.

— Oui, enfin, je sais très bien que c'est Nick qui veut continuer à gérer lui-même la protection d'Hayden et ne pas déléguer la direction de cette équipe de sécurité. Ils sont comme des frères depuis des années, unis comme les doigts de la main. Je ne suis pas une femme vénale tu sais, ajoute-t-elle comme pour se défendre, mais si Hayden veut m'offrir des cadeaux, je peux aisément lui trouver des raisons de se faire pardonner chaque jour, d'ailleurs j'en ai une en tête, là.

 Ah bon ? Qu'est-ce qu'il lui a fait ?

 Je n'ai pas le temps de lui poser la question puisqu'elle se gare déjà devant une pharmacie, juste à côté d'un Target. Trop cool !

 Mon compte en banque lui n'est pas du même avis. Bon, on n'a qu'une vie !

***


 Des antidouleurs en masse et deux trois petites courses plus tard pour avoir de quoi grignoter à l'hôtel -ok et maintenant car j'ai faim et des petites mouches noires brouillent ma vue- nous repartons. Bercée par la route et la musique latine en fond sonore, je ne me sens pas m'endormir.

 Quand je me réveille en sursaut mon cœur martelant ma cage thoracique, je suis toujours dans la voiture, mais Jess elle, n'y est plus. J'ai un instant du mal à me situer les premières secondes, toujours épuisée et éblouie mais par la luminosité trop vive de l'après-midi. Je ne vois pas grand-chose mais j'entends au loin les éclats de voix de Jessica et de Nick, sans réussir à saisir ce qu'ils se disent depuis mon cocon. Mes yeux s'habituent doucement. Je ne sais pas ce qui se passe, mais Jess n'est plus radieuse de bonheur face à la montagne de muscles qui se dresse devant elle, les bras croisées et le visage fermée à son engueulade.

 J'arrive à attraper mes lunettes de soleil dans mon sac à main à mes pieds, mon dos m'avertit en craquant qu'il n'était pas d'accord avec cette contorsion, à l'instar de la migraine fulgurante qui s'empare de mon crâne, me donnant la nausée. J'ai besoin de sentir l'air frais, vite.

 Je sors et découvre que je suis devant une immense maison au gabarit très américain, devant laquelle quatre autres véhicules sont stationnés. Derrière moi au loin, au bout d'une longue allée pavée qui descend vers la rue d'où nous avons dû arriver, un colossal portail électrique gris anthracite qui ne laisse passer aucun regard curieux. L'allée longue phénoménalement longue mais aussi large qu'une avenue est bordée de palmiers et autres belles plantes colorées. La pelouse semble taillée au millimètre.

 Sur la gauche, entre le portail et moi, trône un deuxième pavillon qui doit avoisiner les cent cinquante mètres carrés au bas mot et à vue d'œil. Une bastide moderne au crépis blanc et menuiseries anthracites, habillée d'un porche en pierre et surmontée d'une toiture mi- traditionnelle, mi- terrasse. Architecture intéressante pour mon regard intéressé.

 Plus haut, à une quinzaine de mètres d'où Jessica m'a laissée et stationné sa voiture adorée, siège ce qui doit être la demeure principale. Et là, même moi qui suis dans la construction, je n'ai pas les mots pour décrire ce que je vois. C'est... sensationnel !

 Une façade à plusieurs tons qui s'épousent dans l'harmonie : blanc, sable, mais aussi bois somptueux grâce à des bardages ici et là. Elle est grandiose, imposante sans donner un sentiment de lourdeur. De « trop ». La porte d'entrée mi-bois mi- alu doit pouvoir laisser passer un véhicule. Le porche sortant, lui, pourrait recevoir deux fois la surface de ma chambre. Un bâtiment sur au moins deux niveaux, mais je ne vois que cette partie-ci.

 Cela me fait penser à un style Hacienda tout en étant très modernisé. C'est fabuleux et captivant architecturalement. Exactement le genre de villa que Laura affectionne, immense, alliant modernité et cachet de l'ancien. Mais de ce que je vois la construction est récente, même si l'aspect de base à dû être emprunté à l'antan. Bravo à l'architecte en tout cas, c'est splendide et bien pensé pour lier deux époques sans qu'aucune des deux ne marche sur les pieds de l'autre. C'est hétérogène et le tout ne jure pas avec le cadre verdoyant si avec l'environnement On voit souvent sur les réseaux d'immenses villas qui font « mastodontes » dans le paysage et ça gâche tout. Ce n'est clairement pas le cas ici.

 Sur la droite, un triple garage en L deux fois plus grand que ma maison provinciale me dit bonjour.

 Y'a la place.

 Sortant de ma contemplation, je n'entends plus les exclamations de Nick et Jess.

La tempête est donc passée, pensé-je en contournant la voiture.

 L'air extérieur m'a fait du bien. J'ouvre le coffre, attrape une plaquette que je viens d'acheter, les autres étant à l'abris au fin fond d'une des valises, puis retourne m'asseoir dans la voiture. Moins de deux minutes plus tard, alors que je me tartine les lèvres du bout de l'index de baume hydratant à la noix de coco après avoir remis un peu d'ordre dans mes cheveux et sur mes yeux, je vois Jess revenir à toute allure. Elle s'engouffre ici bien trop rapidement pour que cela n'induise rien de suspect, puis enclenche la fermeture centralisée, rouge et essoufflée. Vu sa mine contrariée, aucune possibilité qu'elle sorte d'un moment coquin -et rapide- d'avec son gorille.

Sauf si King Kong se l'ait joué Speedy Gonzales.

 Lucky Luke...

— Livia, pardon, je ne savais pas ce qu'ils mijotaient, je n'y suis pour rien je t'assure ! On s'en va.

 Elle démarre, le frein à mains électriques se déverrouille.

— Jess de quoi tu parles ? demandé-je pas rassurée.

 Si c'est Laura, je jure que même si je l'aime à en crever, je l'étrangle !

Mais tu lui feras du bouche-à-bouche... suppose la folle en haut.

 Évidemment, mais le tout, c'est qu'elle ait peur !

 Jessica démarre et passe la marche arrière, mais je perçois aussitôt une large carrure se poster derrière la Range Rover. Nick et son regard de tueur à gages en mission. Je valide donc définitivement mon idée : pas de plan baise express pour se réconcilier tout à l'heure, et la tempête vient de muer en tornade, voire en ouragan. Jess jure entre ses dents en espagnol, et rien qui se rapproche de près ou de loin du champ lexical de l'amour...

— Bon qu'est ce qui se passe Jess ? je la requestionne doucement -parce que clairement, j'ai le cœur entre deux modes. Tu t'es disputée avec Brutus ? Je vous ai entendus, enfin j'ai entendu vos voix, tout va bien ? Tu veux que j'aille lui...

 L'empêcher de se faire écraser, quoi.

Tu crois que c'est possible ? Tu as vu l'engin ? Fous-toi des lunettes !

— Je vais le tuer Livy, lo juro, jure-t-elle dans sa langue en faisant un signe de croix, je ne vais pas laisser passer ça !

— Mais quoi Jess ? Qu'est-ce qu'il a fait et en quoi cela me concerne ?

 Ses mains quittent le volant. Nick pose les siennes à plat sur la vitre arrière, sans bouger. C'est qu'il fait peur le Terminator ! Tu parles d'une arrivée dans le calme, toi !

— Tu es sûre que tu veux savoir Livia ?

 À vrai dire, j'ai comme un doute raisonnable, là tout de suite, mais bon. J'ai dû être courageuse dans une autre vie, alors...

— Oui, dis-moi.

— Ok.

 Elle coupe le contact, déverrouille les portières et me lance :

— Viens avec moi. Et toi, ajoute-t-elle avec véhémence à l'attention de son compagnon, tu la laisses tranquille ! Tu vas me le payer et je vais te filer une nouvelle définition du mot ceinture, tu m'en diras tes nouvelles, traidor ! ( traitre )

 Quoi ? Bon je suis curieuse, alors je la suis comme son ombre et m'avance vers l'entrée.

— Bonjour Livia, me salue Nick avec un sourire sympathique et un signe de tête, penaud.

 Ok, ça pue.

— Salut King Kong. Tu sais mettre de l'ambiance toi, souris-je frondeuse, profitant de la situation inédite.

— On est où là Jess ? m'enquière-je anxieusement en me collant à elle.

 Nous passons la porte et entrons dans un hall d'entrée qui ferait pleurer le mot « vaste », donnant sur un double escalier magnifique aux marches en béton blanc, bardées de bois clair. Si toute la villa est ainsi, ça doit être quelque chose ! Le sol est également jonché d'un parquet en bois massif blond et le haut plafond offre une impression de liberté.

— Chez quelqu'un que tu connais Livy, m'annonce sobrement Jess qui me guinde avec une attention qui fait grimper d'un cran mon stress.

 Comment ça ?

 J'ai déjà vu la villa de Scott -et Laura- en photo et visio, et elle ne ressemble pas à ça, enfin je n'ai pas vu toutes les pièces non plus, mais ma meilleure amie serait déjà sur mes talons si j'étais chez elle. Je suis crevée, j'ai mal, et pas la tête à jouer aux devinettes. Ma poitrine se compresse, je ne me sens pas bien. Jess s'en aperçoit et esquisse un sourire qui se veut rassurant, me prend par la main.

— Viens. On part quand tu veux Livia, ok ?

 Nous avançons vers le séjour aux baies vitrées démesurées, qui s'ouvrent sur un patio et une piscine à débordement à faire pâlir un bassin olympique au J.O. Au loin, je distingue un jardin spectaculaire et un pool house d'hiver.

 Mais on est où, bordel ? Je ne sais pas pourquoi, la fatigue, les tensions des deux derniers jours et mon angoisse, mêlés au très long trajet pour arriver ici, mais malgré la présence de Jess -et de King Kong- je ne suis pas rassurée et je commence bêtement à trembloter d'appréhension.

 C'est totalement irrationnel, il ne peut rien m'arriver, Nick est là, à quelques pas derrière nous à peine. C'est dans ma tête, tout ça.

Nick ? Attendez... Qu'est-ce qu'il fait là, Nick ?

Devine. Si Nick alors...

 Non... encore ?

 Je me tourne vers Jess qui examine toujours ma réaction et l'interroge, dépitée mais perceptiblement soulagée de cette réponse dont je me persuade seule en passant une main sur mon visage. Car ça y est, j'ai compris.

— Il est où ?

 Ce n'est pas elle qui me répond mais une voix masculine suave et chaude que je reconnaitrais entre mille :

— Je suis là. Bonjour Livia.

 Je pivote lentement en direction de la voix sur ma droite et oui, il est là. Les mains dans les poches, il me fixe avec un air doux et victorieux à la fois, toujours aussi beau -et présomptueux.

 Hayden.

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