60 - La coloc. Partie II

8 minutes de lecture

Hayden.

Je la guide jusqu'à la salle de projection où Jane est partie regarder un film. En vraie cinéphile elle aime particulièrement cette pièce d'une cinquantaine de mètres carrés, feutrés et aux énormes fauteuils cinéma. Elle en profite donc un maximum quand elle n'a rien d'autre à faire. Les dimanches surtout.

Nous traversons tout le séjour vers la gauche et empruntons le large corridor qui mène aussi à un salon de détente, une salle de bains, une chambre d'amis du rez-de-chaussée que j'ai convertie en salle de jeux pour Emmy. Plus au fond se trouve l'un des deux espaces bien-être de la maison, l'autre étant à l'étage.

— C'est très grand, s'étonne Livia à voix basse, comme pour elle-même.

Et elle n'a vu que le hall, ce couloir et le séjour.

– Oui, Jane te la fera visiter entièrement demain si tu le souhaites et évidemment tu peux aller où tu veux Livia. Dans la dépendance devant laquelle tu as dû passer en arrivant il y a deux logements ainsi que les locaux de l'équipe de sécurité quand ils sont ici, elle a son propre jardin sans vis-à-vis avec ici. Tu peux donc profiter du parc, de la piscine et du pool house, personne ne te verra. Si pour une raison ou pour une autre l'un des employés avait besoin de te parler, tu seras prévenue de son arrivée via les haut-parleurs qui sont disséminés un peu partout dans la maison.

Je lis sa question sur ses beaux yeux fatigués.

— Il y a des caméras, mais Jane te montrera exactement où elles sont positionnées. Il n'y en a pas dans les chambres, ni dans les salles de bains et elles ne fonctionnent et n'enregistrent que sur demande. Il y a un code à composer sur des Pad que tu trouveras dans les pièces dotées de équipées de vidéo surveillance. Les équipes de sécurité sont rarement sur la propriété. Je n'ai pas besoin de garde du corps chez moi sauf soirée exceptionnelle. Le seul qui vienne régulièrement, pour ne pas dire tous les jours, c'est Nick puisqu'il est aussi mon ami, et de temps à autre Sam pour vérifier le bon fonctionnement des équipements de sécurité. Jane t'expliquera pour les alarmes. Ah Jo. aussi a ses entrées, mais il ne viendra pas jusqu'à ta chambre.

Nous passons la lourde porte de la salle de ciné. Jane est devant une énième comédie romantique.

— Tante Jane ?

Elle se tourne vers nous aussitôt et jette un coup d'œil intrigué et peu discret sur Livia qui s'en rend compte et, en bonne timide lorsqu'elle elle n'est ni attaquée par King Kong ni par un abruti dans un bar, tente de se cacher derrière moi, comme chez mes parents. Jane se lève et nous rejoint plus vite que son ombre. Je me tourne, Livia balaie rapidement la pièce de ses yeux stupéfaits. Sa sœur m'avait prévenu. Ici, c'est l'emblème du « trop » pour Livia qui aime la sobriété et les petites maisons intimistes.

— Bonjour, l'apostrophe ma tante, je suis Jane, ravie de faire votre connaissance Livia.

Comme je l'ai expliqué à ma femme, Jane, pour le moment, croit que je vais héberger Livia pour laisser de l'espace et de l'intimité à Scott et Laura. Pour le moment, car vu sa mine suspicieuse, ça ne va pas durer.

Et ça commence, maintenant.

Les deux femmes se serrent la main, Jane sourit franchement à Livia puis me dévisage moi, le nez retroussé, le même faciès que ma mère avant elle. Voilà, son questionnement intérieur est en marche.

— Bien, Tante Jane, Livia a eu une longue journée, je vais lui montrer sa chambre. Je ne la verrai peut-être pas demain et je ne rentre que mercredi après-midi. Tu voudras bien lui faire visiter la propriété, lui donner tous les codes dont elle aura besoin et les clés de la voiture ? Tu as bien ton permis ici Livia ?

— Oui Miller, roule-t-elle des yeux au plafond, mais je n'ai pas besoin d'une voiture. J'ai mon petit SUV chez Ava et Doug ou je prendrai les transports en commun, ce n'est pas un problème.

Les transports en commun ? Alors que j'ai trois voitures ?

Ok... du calme, sinon elle va piquer une crise.

— Comme tu veux, mais tu peux prendre la mienne si tu en as besoin, ok ?

J'ai prévenu mon assureur, donc elle est couverte.

— Ok

— Allez viens.

Nous parcourons le couloir en sens inverse, puis le séjour, le hall, et une autre coursive jusqu'à la chambre de Livia, de l'autre côté de la maison, aile est. Elle sera au calme et aura un accès sur le jardin et la piscine. J'ouvre la porte, la laisse me précéder. Elle scrute la pièce, puis me regarde abasourdie.

— Heu Hayden... c'est une chambre d'amis ça ?

J'opine.

— Mais c'est immense, souffle-t-elle.

— C'est plutôt grand oui. L'architecte pensait qu'une suite parentale au rez-de-chaussée serait une bonne idée. Il y en a une autre à l'étage, la mienne, et six autres chambres plus petites, plus une qui est une salle de jeux pour Emmy en face du ciné. Tu as une salle de bains ici, lui indiqué-je en ouvrant une porte à galandage, et le dressing est là.

— Oh mince ! Ce dressing est aussi grand que ma chambre chez moi.

Là, elle est émerveillée, oubliant un instant même l'existence du mot sommeil. Laura a fait à peu près la même tête d'ailleurs.

—Oui, et ta sœur t'a amené quelques affaires et des chaussures. Le grand tapis, les coussins, la parure de lit et tous les produits d'hygiène et de beauté dans la salle de bains, c'est ta sœur qui s'en est chargé.

Oui, Laura a vu les choses en grand pour qu'elle se sente bien. Livia soupire comprenant l'entrain de son ainée dans les préparatifs, pas étonnée néanmoins de l'attitude de Laura. Je comprends pourquoi Livia dit que sa sœur la couve trop, mais il y a quand même quelque chose qui me tracasse, Laura et Scott semblaient étranges hier. Surtout Scott.

— Cette femme est bonne à enfermer, bredouille-t-elle.

— Elle t'aime.

— Je sais.

— Je vais récupérer tes affaires et avertir Jess que tu restes. Mais elle va probablement venir vérifier par elle-même que je ne t'ai pas séquestrée et menottée.

Je ris mais je le pense vraiment. Une infime lueur traverse les prunelles de ma femme, j'espère qu'elle pense à la même chose que moi mais avec elle, le doute est permis.

—Ok, pas de soucis mais moi je vais me coucher, désolée Hayden. Extinction des feux.

— Ne t'excuse pas Trésor, lui dis-je en l'embrassant sur la tempe, si je ne te croise pas demain nous nous verrons mercredi d'accord ? Si tu as besoin de quoi que ce soit, Jane est là. Elle te donnera son numéro, tu ne dois pas hésiter à t'en servir. Scott part avec moi, c'est pour le boulot, mais je serai toujours joignable. Là encore, tu n'hésites pas ok ? Jour et nuit Livia.

Mon regard se veut soutenu pour qu'elle intègre bien qu'elle ne me dérangera pas.

— Oui Hero ! J'ai compris. Je suis crevée, pas débile, râle-t-elle en français.

— Bonne nuit Trésor.

— Merci. Bon voyage Hayden.

Elle me tourne le dos et se jette sur le lit. Je sors et vais récupérer ses affaires dans la bagnole de Jess puis passe à la dépendance où les deux amoureux sont en train... de se peloter pour ne pas changer. Moi qui suis retourner dans les bras de l'abstinence depuis quinze jours, ça m'agace de les voir ainsi l'un sur l'autre. Je me râcle la gorge, ils se dessoudent, pas gênés pour autant ? J'informe Jess que Livia reste ici et comme prévu, elle prévoit de filer vers la villa vérifier que tout va bien, mais prend le temps de me balancer :

— Je vais m'assurer que tu ne l'as ni enfermée, ni attachée à ton lit, espèce de psychopathe !

Bonne idée ! Je la garde. Jess doit avoir perçu mes pensées salaces car elle se stoppe net devant moi et me largue goguenarde :

— Toi, tu as vraiment de la chance qu'elle soit ta femme tu sais !?

Chance ? répété-je surpris, feintant l'incompréhension.

— Ne me prends pas pour une idiote. Soit c'est déjà arrivé, soit ça va arriver et tu le sais Hayden chéri... Donc oui, chance. Je certaine qu'elle est géniale au lit. Elle a ce truc dans ses yeux, claque-t-elle des doigts.

Elle est sérieuse dans ses dires mais en même temps, elle guette la moindre de mes réactions faciales pour dénicher un quelconque indice d'un rapprochement dont elle ne serait pas au courant. Jess veut savoir par curiosité mal placée, d'abord, mais également éventuellement pour que je confirme ses doutes sur les prouesses de Livia. Et ô oui ! elle est fantastique de naturel et se donne pleinement, autant qu'elle donne ; sans honte. Dans mes bras, sur moi, sous moi ou moi en elle, elle était entière, sans faux-semblant. Notre alchimie est extraordinaire. Mais je garde ces infos pour moi, égoïstement autant que par pudeur. Livia lui dira ce qu'elle voudra bien qu'elle sache.

Rien, donc, se pavane ma conscience.

Sans rien articuler de plus elle nous quitte et part en courant chez moi.

Une quinzaine de minutes plus tard, et après m'être pris un savon par Jess sur mes « méthodes » à son retour, je repasse par la chambre de Livia. Jess lui a déposé ses deux valises et son sac à main tout à l'heure.

 Elle dort à poings fermés, sur le flanc gauche, une jambe en équerre et un bras sur ses yeux. Ses longs cheveux blonds s'étalent en couronne autour de sa tête dessinant le tableau d'une quiétude apaisante pour elle comme pour moi. Je craignais le pire, et une dispute volcanique sitôt je lui aurai dévoilé mes intentions de l'avoir ici. Je ne me leurre pas, son état m'a été d'un grand secours mais je reste sur mes garde pour la suite. C'était un peu trop facile et même si j'ai confiance en elle, que je ne pense pas qu'elle changera d'avis dès son réveil demain, je préfère ne pas crier victoire trop vite.

L'ours dort mais n'est pas mort.

Un coup d'œil circulaire avant de tourner les talons. Elle a tiré les rideaux bleu canard qu'a installés Laura, sans fermer les volets roulants, laissant un trait de lumière baigner la pièce. Elle est en t-shirt et shorty blanc... mon t-shirt ! celui qu'elle m'a piqué à Londres, et la voir le porter, probablement pour me narguer sachant que j'allais repasser ici, ça me fait un effet... étrange. Je m'approche d'elle et vais déposer un ultime baiser sur ses cheveux qui sentent toujours aussi bon la noix de coco.

Sur l'une des tables de nuit, elle mis en charge son téléphone, et posé deux boites de médicaments, dont une que je ne connais pas. Je note le nom dans le bloc note de mon smartphone. Je demanderai à mes parents s'ils connaissent. Je soupçonne ce que c'est l'ayant entendu parler de ses problèmes médicaux, mais je veux être sûr qu'elle suit le traitement adéquat et j'ai confiance en mes parents pour me donner un avis éclairé ; mon père en particulier pourra répondre à mes questions.

Je la laisse à ses rêves, espérant que s'ils lui portent conseil, ils ne me desserviront pas.

Annotations

Vous aimez lire Line P_auteure ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0