62- Grandes surfaces, surprises et gros doutes. Partie II

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Livia.

— Évidemment, mais en ce cas où vis-tu mon bébé ?

— Chez un ami de Laura qui est en déplacement. Pratique.

Je prends le parti de rester évasive tout en continuant de savourer mon blanc de poulet nappé de son jus de cuisson, comme si cela allait suffire à mettre fin à cette discussion qui à présent, sent le savon bien glissant sur une pente à cinquante pour cent.

Pauvre folle que je suis !

— Quel ami ? Tony ? Cameron ?

Oui, Tony et moi sommes toujours en contact, mais non, il ne s'agit pas de lui. Quant à Cameron, perdu.

— Chez Hayden, les informe leur fille.

Elle balance l'information comme si de rien n'était, prenant le même itinéraire nonchalant que moi comme couverture de la supercherie. Finalement, elle sait peut-être un peu jouer, la petite avocate.

Hayden ? Hayden qui ? la consulte Doug qui a pourtant très bien compris de qui elle parle, loin d'être aussi ignare qu'elle semble le croire.

Son regard bleu-vert se fait plus dur. Il est avocat, un excellent avocat. Un ténor réputé au-delà des frontières de Californie, on ne la lui fait pas à lui !

— Hayden Miller, Paps. Je suis chez Hayden Miller depuis mon arrivée.

Je ne lui fais pas l'affront de lui expliquer le lien entre son beau-fils et lui.

Deux beaux-fils.

Va mourir, toi.

— Attends un peu que je reprenne ce que vous magouillez toutes les deux, déclare Ava les yeux en balle de golf, la bouche en O et son index voguant de Laura à moi en yoyo. Toi, Livia McAlleigh, qui ne supportes pas les richesses, les grandes maisons et le mode de vie californien-huppé des beaux quartiers, toi qui vis depuis neuf ans dans ta province française, qui refuses même l'argent de tes parents et de ta famille alors même qu'il te revient de droit, tu es en train de nous raconter que tu es allée t'installer chez... Hayden Miller ?

Oui, dis comme ça, je comprends que le doute soit plus que raisonnable. Mais cette fois, je n'y suis pour presque rien. Laura a tout manigancé et... et bordel, ça recommence !

Et tu as dit oui.

C'est un cercle sans fin !

— Vous vous êtes disputées c'est ça ? attaque Doug de sa voix la plus grave qu'il a en stock. Laura qu'est-ce que tu as encore fait à ta sœur ?

Waouh, on se calme, la Guerre Froide est terminée depuis des lustres.

— Mais rien du tout ! s'offusque Laura en balançant sa serviette sur la table. Pourquoi vous pensez toujours que j'ai fait quelque chose à la fin ?

Parce que c'est le cas punaise !!! je me hurle mentalement.

Bon, je me passe de tout commentaire puisque je prendrai l'entière responsabilité de ma situation, mais je l'ai quand même pensé un bref instant : c'est sa faute à elle, aussi ! Cette fille a un réel problème, et il va falloir que je le règle !

— Bon, ça suffit ! m'exclamé-je clairement. Je suis venue pour passer un bon moment avec vous, pas pour rendre des comptes sur ce qui n'a pas lieu d'être un sujet de discussion et encore moins de discorde. Laura et moi ne nous sommes pas disputées Paps, pas du tout. Je ne vais pas vous mentir et vous le savez très bien, leur maison est grande, mais même dans mille mètres carrés, même un aveugle saurait que Laura serait sur mes talons. Vous vouliez que je vienne ? Je suis là.

Pure vérité. La planète entière est consciente que c'est un pot de glue.

— Et soyons clairs puisque nous en sommes aux mises au point, je ne suis pas dupe, déclaré-je en regardant ma meilleure amie avec qui je n'ai pas encore eu cette conversation en privée. Je sais très bien que cette histoire de dîner-fiançailles-post-mariage, mimé-je les guillemets, n'est pas qu'une histoire de rencontre ultra-importante, vous auriez pu faire autrement. Je ne suis pas née de la dernière pluie vous savez, mais nous y reviendrons.

— Baby attends.

— Non Laura. Donc, je loge provisoirement chez Hayden Miller, oui. Nous nous entendons plutôt bien, je l'ai rencontré à Vegas, puis il était avec Scott à Paris et à Londres. Il est sympa -pas que mais je ne dirai rien de plus- il a lui aussi une grande villa et surtout, il sera en déplacement la moitié de la semaine. D'ailleurs il est parti hier matin si j'ai bien compris, mais je dormais encore. Je ne l'ai vu que quinze minutes quand je suis arrivée chez lui avant d'aller directement me coucher.

— Mais qu'est-ce que tu vas faire là... débute Ava perplexe.

— La compagne de son garde du corps et ami, Jessica, passe la journée avec moi demain et la tante d'Hayden gère sa propriété, alors je ne suis pas vraiment seule mais je suis indépendante. Donc maintenant, si vous le voulez bien, on change de sujet. On a fait le tour du truc.

Les parents m'observent avec une attention plus que soutenue malgré ma demande de laisser couler. Je sais exactement à quoi ils pensent : peuvent-ils faire confiance à un homme qu'ils n'ont jamais rencontré ? Évidemment qu'ils le peuvent. Laura n'aurait jamais accepté que j'aille squatter chez lui si elle avait eu le moindre doute et moi j'ai confiance en lui. Et de toute façon nous avons déjà couché ensemble. Mais je ne vais pas le leur dire non plus. Ni à eux, ni à elle.

— Bien ma chérie, tu as raison restons-en là pour le moment, continue plus calmement Doug. Alors dis-nous, jusqu' à quand as-tu prévu de rester à Los Angeles ? Tu repars après le dîner du seize ou tu resteras quelques jours supplémentaires ?

Bonne question.

Très bonne question, confirme ma conscience toujours de ce monde.

— Pour être honnête avec toi Paps je ne sais pas encore, je n'ai pas pris mon billet de retour et je comptais déjà rester toute la semaine puisque le dîner est samedi soir. J'envisage de repartir courant de la semaine prochaine.

— Tu as dû prendre des vacances à la dernière minute ? semble-t-il tout à coup s'inquiéter.

C'est bien le moment d'y penser, oui...

— Non, pas de congé. Je me suis organisée avec Mila. Il faut par contre que j'avance sur les dossiers en cours même à distance. Et puis je me sentais beaucoup trop fatiguée pour ne faire le déplacement que sur une toute petite durée, mens-je à moitié, c'est pour ça que je suis arrivé dimanche – Big mensonge, pardon.

— Combien de temps peux-tu rester avant de rentrer en France ? s'enquiert Ava en piquant dans ses légumes.

En France ou sur la Lune, pensé-je très fort.

— Huit ou dix jours, réponds-je sans la regarder.

— C'est très bien mon bébé, sourit-elle ravie. Profites-en pour te reposer quand même un peu et puisque tu es là, j'aimerais que tu prennes rendez-vous avec ta sœur. Elle pourra te recevoir dans le cabinet privé de Stacy, nous en avons déjà discuté.

Oui, tout le monde en a discuté, j'ai bien compris !

—Ne t'inquiète pas Moms, j'avais bien prévu une consulte avec Kate, la rassuré-je. Je pensais le faire la semaine prochaine avant de rentrer. J'aurai quasiment terminé mon traitement et elle pourra me faire les examens nécessaires. Cela m'évitera d'attendre la mi-juin.

— Mi-juin ? répète Doug.

— Oui, les joies du système Français Paps. Avoir un rendez-vous avec un gynéco là-bas, même en s'y prenant très à l'avance, c'est la croix et la bannière. Mais je n'annulerai pas pour autant mon rendez-vous avec mon médecin, je leur indique. Même si j'ai plus confiance en Kate qu'en n'importe qui, mais si je rate le rendez-vous, il risque de ne plus vouloir me suivre ou alors je ne serai plus prioritaire quand j'aurai besoin de le voir en urgence. Et peu de praticiens prennent des nouveaux patients. Bref, c'est une galère sans nom.

— Oui Livy tu as raison, fais au mieux, mais comme je te l'ai dit je serais rassurée si nous avions l'avis de ta sœur.

Ava est pédiatre, mais c'est une maman angoissée quand il s'agit de nos santés. Quant à Doug, je n'en parle même pas. Il a beau renvoyer l'image du patriarche respecté et craint de l'extérieur, il est toujours le plus inquiet des deux parents et un père dévoué. Rien ne compte plus que sa famille.

Le reste de la soirée se déroule sans accroc, et naturellement les discussions s'orientent vers la préparation du mariage et tous les rendez-vous avec l'équipe des wedding planners. Ô joie...

Au moins à Vegas, tu n'as pas eu ce problème...

***

— Livy ? On t'a perdue Baby ? Ça va ?

Ma meilleure amie me sort de mon souvenir. La chaleur m'endort, il faut que je me bouge un peu.

— Oui, oui.

En réalité, un pic de douleur rayonne dans mon bas-ventre depuis une bonne demi-heure, mais c'est supportable ; ou pas. Il faudrait que je me lève pour voir. Les filles parlent de la soirée qui s'annonce : nous sortons avec des amies de Laura et Jess dans un club en vogue de la cité des anges.

Vers seize heures, alors que nous sommes toutes les trois bercées par le calme de la brise chaude et du son des vaguelettes de la piscine de vingt mètres de longueur, en train de bronzer sur de très confortables bains de soleil, Jess se lève en tapant dans ses mains et propose une séance sportive pour nous faire bouger un peu.

— Tu veux faire quoi ? la questionne Laura pas contre l'idée. Pas des abdos en tout cas !

Elle déteste ça, son sport favori étant celui qui se pratique à deux, avec un homme, et nue.

J'adhère à la proposition j'ai besoin de me muscler, et je compte bien profiter de la salle de sport dès demain matin.

— Cours de danse ?

Jessica est une danseuse, une vraie de vraie. Elle cogère un studio en ville, avec deux amies à elle. Mais elle a pris une année sabbatique il y a trois mois pour profiter de Nick, et partir plus régulièrement en déplacement avec Hayden et lui, voir du pays, ou plus, comme en venant à Londres. Elle est spécialisée en chorégraphies latines mais est passée par le conservatoire de danse classique. Elle a également suivi une formation en street dance il y a six ans pour parfaire son parcourt d'enseignante.

Laura aime aussi danser : elle a été cheerleader pendant huit ans, tout comme Kate avant elle, et a fait de la danse contemporaine. Elle continue toujours aujourd'hui. Elle a un autre passe-temps que le shopping, oui ! Quant à moi, j'ai fait de la danse classique de mes six à mes quinze ans, et je fais du street dance avec Mila depuis quatre ans. Alors à nous trois, ça devrait donner quelque chose se sympa. Laura se lève d'un bond, prête à se trémousser.

— Super !

— Ok pour moi aussi, réponds-je à la brune, mais il faut qu'on s'habille ? J'ai chaud. Si je me mets en jogging c'est la mort assurée, je vous préviens !

— Non pas la peine Livy. On est entre nous, on va continuer de bronzer en maillot.

— Super, alors ça me va. Je vais d'abord me chercher un truc à grignoter avant, vous voulez quoi?

— Rien, répondent les filles en cœur, peu étonnées que je pense encore à manger.

— Comme vous voulez ! Je vais ramener des bouteilles d'eau.

— Baby tu es certaine que ça va ? m'interroge ma meilleure amie, un air soucieux sur le visage alors qu'elle pose une main sur mon front.

— Oui pourquoi ?

— Ton hypoglycémie m'inquiète, c'est de pire en pire, il faut que tu ailles voir Kate.

Elle a raison, je sais qu'elle se fait du souci et les parents aussi. J'aurais déjà dû faire des examens plus approfondis à vrai dire, je sais qu'il y a eu un cas de leucémie du coté de mon père. Mais ça me fait peur, alors j'ai repoussé ça. J'ai encore des choses à faire avant de me confronter à cette éventualité. Pourtant, je vais devoir m'y coller et me prendre par la main, et autant passer par Kate.

— Promis, je me ferai prescrire une prise de sang par Katy la semaine prochaine, ne t'inquiète pas.

J'ai promis, alors elle sait que ça y est, c'est acté, je ferai ce que j'ai dit. Satisfaite, elle me caresse tendrement les cheveux et m'embrasse sur le front. Mais je reste convaincue que c'est la faute du traitement. Je ne me suis vraiment pas assez reposée ces derniers mois, j'ai tiré sur la corde malgré l'usure et j'avais besoin de lever le pied. C'est juste le contrecoup de tout, ça ira vite mieux. Un tout d'envergure : mon corps fatigue aussi de mes soucis psychiques.

Oui, ça ira vite mieux, je n'ai pas besoin d'une emmerde de plus en ce moment.

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