67 - Intrus. Partie II

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Livia.

Hayden est déjà attablé sur une chaise haute, absorbé par la lecture de ce qui semble être un script. Je jette un regard circulaire aux alentours. La cuisine est grande et claire, ouverte sur le séjour plus vaste que le palais des glaces à Versailles. Enfin non évidemment, mais l'espace et la hauteur sous plafond donnent bien cette sensation de superficie phénoménale.

— Où est Jane ?

Hayden me répond la tête toujours plongée dans son document :

— Chez elle certainement, pourquoi ? Tu as besoin de quelque chose ?

— Heu... non.

— C'est moi qui ai préparé ça Trésor. Je sais quand même sortir de la nourriture du frigo, faire couler du café et griller du pain tu sais. Je sais même me faire à manger tout seul, pour info... C'est dingue hein ? plaisante-t-il avec sarcasme comprenant où je voulais en venir en cherchant sa tante.

Je m'assieds, gênée.

— Pardon, j'ai peut-être quelques aprioris stupides, avoué-je honteuse à demi-mots.

Il suspend sa lecture et lève les yeux vers moi, me dévisage plusieurs secondes puis m'inspecte de la tête aux pieds, me balayant avec une lenteur frustrante qui suspend mon souffle à son inspection.

— Tu es magnifique Livia.

Je vois bien qu'il est sincère et d'une certaine manière, son compliment me fait plaisir. Mais il me rappelle aussi que nous n'avons pas terminé notre conversation.

— Tu n'es pas mal non plus Miller, dis-je. Même dans cette tenue.

Il est même bien plus que pas mal en réalité, mais il faut ménager son égo sensible qui se nourrit à coups de compliments. Il y aura bien quelques femmes pour lui rappeler à quel point Sa Seigneurie est séduisant dans la journée, aucun doute là-dessus.

J'ai à peine posé les yeux sur lui que ma peau s'enflamme déjà et mon entrejambes me hurle que je suis bien trop habillée pour son dessein. Si quelqu'un veut visiter les chutes du Niagara version Livia Gardini, c'est dans mon tanga que ça se passe...

— Apparemment, tu me trouves bien plus que pas mal Trésor, réplique-t-il de sa voix suave caractéristique d'un état peu religieux.

— Pardon ?

Il se lève, fait pivoter mon siège et s'installe entre mes jambes qu'il écarte des siennes. Il me domine de sa hauteur et vient murmurer à mon oreille tout en caressant mes bras du revers de ses doigts :

— Tes seins pointent Livia. Je ne vois que ça. Ta tenue est parfaite, mais j'espère être le seul à te mettre dans cet état Trésor, sinon, tu ne sors pas d'ici comme ça.

Son ton est ferme et catégorique sur la fin. Du Hayden Dominant tout craché et je ne sais pas pourquoi, ça m'émoustille bien plus que cela ne le devrait. Si je déteste recevoir des ordres, en revanche, j'adore jouer. Alors jouons !

— J'ai des yeux pour regarder Miller, et si j'arrive à contrôler mes émotions quand cela est nécessaire, et tu as d'ailleurs eu un aperçu de mes talents, je lui souffle lascive à mon tour, j'ai peu d'emprise sur les réactions de mon corps. Comme s'il avait une vie à part entière. Et des hommes séduisants, il y en a à la pelle dans la ville où la beauté est un culte. Mais promis, même si je mouille d'envie pour un autre, tu es pour le moment le seul à pouvoir en profiter, Hayden.

— Livia, grogne Cro-Magnon en agrippant mon lobe.

Une myriades de frissons se répand vite sur mon épiderme affamé. J'apprends à profiter de ses sensations inédites. J'inspire par la bouche avec un espoir de discrétion pour ne pas amplifier le trouble qui m'assaille et glorifier la star qui apprécie bien trop l'effet qu'il me fait.

Allez, je vais faire ma B.A. de la journée, je m'en remettrai et en même temps, je vais lui asséner le coup de grâce, pour en revenir à nos moutons. Joueuse, je poursuis sur le même ton en posant mes mains sur ses abdominaux :

— Mais je suis une fille sympa et honnête, alors je vais t'avouer autre chose : aucun homme ne m'avait jamais fait mouillée comme toi Hero, aucun. Et peut-être même aucune femme. Ta vanité est toujours sauve Hollywood. Mais je suis un cas à part, mon corps était capricieux et tu as réussi à débloquer quelque chose. Ou peut-être est-ce simplement le fruit du hasard que ça soit arrivé avec toi, mais le prochain te remerciera je pense, soit en sûr, j'ajoute sincère. Je ne négligerai pas ton implication dans ce miracle luxurieux.

Enfin j'ai espoir que ce soit le cas, s'il doit y avoir un après lui. Mais c'est un autre problème.

Oui, un problème, peste la saleté dans ma tête.

— Le prochain quoi, Livia ? gronde le beau gosse.

—Tu le sais très bien H.

Son visage se colle presque au mien. Hayden arrime son regard voilé dans mes yeux impatients de décrypter sa réaction. Je sais que j'ai encore gagné. Son désir est palpable, tout comme autre chose, qui ressemble vaguement à une forme la jalousie purement masculine et toujours étroitement liée à sa fameuse vanité. Alors je rebondis sur ce fait pour rependre où nous en étions, en prenant un air victorieux et fier, sans remonter à la surface de ses iris bleus qui ont pris une teinte nuit captivante.

— Échec et Mat, encore...

Je mordille le carré de sa mâchoire rugueuse, il grogne d'un son guttural à faire s'affoler l'échelle de Richter. Intérieurement, je jubile de ma victoire et trésaille d'une nuée de petites bêtes trop agitées dans mon bas-ventre. Ce n'est pas le moment de se noyer dans les flots de ma libido.

— Ne te glisse plus dans mon lit la nuit Hayden. Ça ne fait pas partie du deal, mais je peux ajouter une règle numéro sept si tu veux.

Je ne veux pas ce genre de relation. Jamais. Je ne suis jamais sortie avec personne et ce n'est certainement pas aujourd'hui que ça va commencer, maintenant ; avec lui. Je suis toujours restée libre, célibataire et sans aucune entrave sentimentale. Je ne m'attache pas, c'est ma règle personnelle numéro une, et son manager ne s'est pas dérangé hier soir pour me faire le topo de ma petite condition de gamine qu'il croit un peu trop ambitieuse, me prêtant un plan que je n'ai clairement pas concernant son célèbre et richissime poulain. Ce qui me conforte dans l'application de ma règle numéro une bis -créé et édifiée spécialement pour lui- : Hayden Miller fait figure d'exception car il a su réanimer un corps en léthargie, mais il ne sera que celle-ci. Pas de passe-droit pour sa majesté au physique d'Adonis.

— Donc, si nous avions couché ensemble, j'aurais pu dormir avec toi sans problème, c'est ça ?

— Je suppose oui.

— En ce cas, je peux réparer cette vilaine lacune dès maintenant pour remettre le compteur de cette nuit à zéro, Trésor.

Sans autre discussion, Hayden s'empare de mes lèvres et m'offre l'un des baisers les plus enflammés que nous ayons eu à ce jour. Il me hisse par les hanches sur le plan de travail vide de tout encombrement un peu plus loin, frotte sa dure érection sur mon pubis qui accepte gracieusement ce contact, ce qui m'arrache un gémissement absorbée par sa bouche. Notre étreinte langoureuse se prolonge alors que je sais que nous ne devrions pas. Pas après ce que je viens de lui dire. Mais ma volonté joue ce match contre moi.

Mon corps est déjà en feu, ma tête bouillonne ayant oublié la migraine qui l'emplissait, mon ventre se tort de désir pour répondre à son membre aussi solide que le marbre froid sur lequel je suis maintenant allongée. Il ondule du bassin, s'amuse avec mon clitoris à travers le tissu de mon pantalon fluide. Nos deux intimités palpitent l'une contre l'autre et je suis obligée d'agripper ses cheveux pour m' éviter une chute pourtant impossible.

L'intégralité de ma peau est recouverte de chair de poule alors que je me sens proche de la fusion nucléaire. Mon corps n'a plus une once de pondération. Je geins, il en fait autant. Sa langue n'a de cesse de s'enrouler autour de la mienne, lui parle et ses mains sont partout entre mon buste et le haut de mes hanches qui se meuvent sous lui. Mes doigts griffent la base de sa nuque. Il halète contre mes lèvres mais ne nous séparons pas.

Nous restons ainsi longtemps, trop longtemps pour que ce soit raisonnable. Son poids se fait plus imposant, ses caresses moins chastes. Mon esprit s'évade pour laisser mon corps guider ses penchants mais je le rattrape, consciente que nous pourrions déraper :

— Hayden, je dois travailler... je susurre contre sa bouche que je lèche par instinct quand nous reprenons à peine de l'oxygène pour nos poumons pantelants.

— Oui et moi aussi, tonne trop soudainement une voix masculine derrière nous interrompant notre enlacement. Et j'aimerais bien déjeuner sans visionner un film porno les enfants. Non pas que je sois le premier des chastes, mais je ne verrai plus jamais cette cuisine de la même manière d'ailleurs, raille l'intrus qui vient de nous surprendre dans une position équivoque que nous n'allons pas pouvoir justifier par une petite entourloupe.

Non, il n'a pas glissé sur toi.

Je me pétrifie, interdite. Qu'est-ce qu'il fait ici ?Et depuis quand ?

— En tout cas vous êtes en forme, cela fait plaisir à voir. Tu te sens mieux Livy ? Tu as bien dormi d'après ce que j'ai pu constater en tout cas, enfin, vous avez bien dormi, insiste-t-il taquin.

Quoi ?

Quoi ???

QUOIII ???

Je n'ose plus bouger d'un nano millimètre, les deux mains sur mon visage. Je suis collée au torse d'Hayden qui m'enlace toujours comme si je pouvais fusionner avec lui et embrasse mon crâne. Je le sens sourire contre mes cheveux mais ne vois pas ses yeux. Contrairement à lui, je suis dos à l'intrus indiscret qui à l'air de s'amuser de la situation.

— Eh bien alors vous deux, vous avez perdu vos langues ? ironise le plaisantin. Elles semblaient pourtant très bien fonctionner depuis plusieurs minutes. J'ai hésité à rester dans le séjour mais l'occasion était trop belle et j'avais faim, enfin, pas de la même chose que vous apparemment, cela-dit.

Putain, grillés et en beauté ! Je ne savais pas qu'il avait passé la nuit ici lui. Hayden retire mes mains puis dépose un baiser appuyé sur mes lèvres, alors que je suis toujours horrifiée.

— Ne vous inquiétez pas, je ne dirai rien, je le savais déjà de toute façon. Vous êtes mignons comme tout.

Non, on n'est pas mignons ! Il m'a pris pour un chaton ?

Une chatte.

Super, merci de ton aide lexicale.

Ensuite, il entre dans mon champ de vision et pousse Hayden d'un coup d'épaule, puis vient à son tour embrasser mon front. En riant, il énonce :

— Bonjour Livy. Tu es très en beauté ce matin. Quant à toi p'tit frère, j'ai toujours su que le rouge à lèvres t'irait bien. Une photo souvenir ?

Non !

—Jordan ... bougonne Hayden à son ainé en attrapant un rouleau de sopalin.

— Allez Livia, ne fais pas cette tête horrifiée ma belle ! Je le savais et je pense que je l'ai même su avant qu'il ne se passe quoi que ce soit entre vous deux, alors ne t'inquiète pas, votre secret est bien gardé avec moi.

Je hausse un sourcil peu croyant dans ses mots.

— Promis juré cette fois ! lève-t-il la main comme pour prêter serment. Cependant, fermez les portes à clé si vous ne voulez pas que d'autres vous surprennent au lit.

— Quoi ? je m'étrangle. Tu n'as...

— Je me suis levé très tôt, j'avais un appel à passer à six heures trente et je voulais voir si tout allait bien pour toi Livy. Quand je suis entré dans ta chambre, tu, enfin vous, se corrige-t-il, dormiez paisiblement et... très enlacés.

Il lance un clin d'œil à son frère. Je veux disparaitre.

— Très beau tableau, au passage, ajoute-t-il goguenard.

C'est pas vrai.

—Punaise Hayden je vais te faire la peau ! lui asséné-je d'un regard noir. C'est une marque de fabrique chez vous les Miller de venir dans ma chambre quand je dors ou quoi ? Y'a un précepte que j'ignore ?

— Ça va Trésor, c'est juste Jordy et nous n'avons fait que dormir cette fois. Il n'aurait rien vu d'autre cette nuit, Un café Jordy ?

Plus serein que lui alors que son frère nous a doublement choppé, c'est impossible. Ou alors il joue la comédie. Je n'oublie pas à qui j'ai affaire.

— Oui s'il te plait. Long.

Je les regarde tour à tour, ahurie, comme si je venais d'atterrir dans une dimension parallèle, et c'est peut-être un peu le cas. Ce monde est le leur, pas le mien. Je suis l'éphémère dans leur paysage, la fille de passage dans cet épisode hors de ma normalité, de leur existence mouvementée. Un grain de sable qu'il faut intégrer, dans la parenthèse inopinée, jusqu'à pouvoir souffler la poussière et reprendre le cours de nos vies respectives. Je suis l'imprévue d'Hayden Miller autant qu'il est le mien, mais il nous faut conjuguer le problème et y faire face ensemble avant de le solver, et de retrouver nos chemins parallèles, pas faits pour se croiser. Cette embuche est un raté notoire dans la partition, une incohérence spatio-temporelle que devrait étudier la NASA.

Je descends de mon perchoir et retourne terminer mon petit déjeuner car mine de rien, j'ai faim; et pas que d'Hayden. J'ai d'autres besoins bien plus vitaux.

Une fois pleinement restaurée -goinfrée- et sans leur avoir décroché un mot, dans mon monde et voulant toujours trouver la formule d'invisibilité ou d'effacement de mémoire, je débarrasse et remplis le lave-vaisselle.

— Midi et quart, ça ira Livy ? me demande Jordan avant que je ne quitte la pièce. Italien ?

Mon appétit s'ouvre rien que d'y penser. Pizza, pâtes...mozzarella...

— Oui, parfait. N'oublie pas de m'envoyer l'adresse. À tout à l'heure, dis-je d'un geste de la main pour les saluer tous les deux.

Pourquoi??? Pourquoi rien ne peut être simple pour une fois ?

Parce que la vie est ainsi, Livia.

Elle va devoir s'adapter à moi, alors.

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