71- Temps et cadeaux. Partie II

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Livia.

— OH MON DIEU Laura ! Tu es divine ma beauté !!!

     Kate se met à hurler dès que la reine de la soirée entre dans notre champ de vision. Je ne peux pas la contredire cela-dit, car elle est extraordinaire, rayonnante de bonheur. Tel qu'elle doit être.

— Absolument magnifique Princesse, j'acquiesce.

     Laura porte une longue robe à bretelles spaghetti, à l'instar de celle que j'ai choisie, qui lui arrive quasiment aux talons. Son très long jupon fait de plusieurs couches de tulles blancs et or donnent du volume comme une robe de princesse de conte de fée. Il est fendu sur toute sa longueur de la jambe droite pour un côté sexy, et le haut, lui, accueille un décolleté en V qui dévale jusqu'à son nombril. Granny Sue va en faire une attaque, minimum !

— Dis-moi Laura, tu comptes récupérer plus vite l'héritage de qui ce soir ? Celui de ton mari ou de Granny ?

— Tu m'enlèves les mots de la bouche Katie ! ris-je. Je pensais exactement la même chose !

— Oui bon toi Livy Baby, tu n'as peut-être pas encore enfilé ta robe mais rien qu'à voir ta coiffure et ton maquillage, une fois habillée je pourrai en dire autant à ton sujet.

     Je hausse les épaules et file me regarder dans un miroir.

— Je vous avais dit que le maquillage n'était pas assez discret ! J'aurais pu me maquiller seule. Rappelez la maquilleuse ou passez-moi une lingette que j'enlève toute cette chose qu'elle a mis sur mes yeux, c'est beaucoup trop voyant !

— Livy, arrête tes bêtises ! me gronde ma meilleure amie. Ton maquillage est parfait Baby, ça met tes yeux en valeur ainsi que ton teint qui est simplement parfait.

— Et ce n'est pas du tout vulgaire, c'est plutôt exactement ce qu'il te fallait, ajoute Katy pas disposée à m'aider sur ce coup.

— C'est peut-être un petit peu plus tapageur que ce que tu portes d'habitude, mais il me semble que l'occasion en vaut la peine, alors fais un effort, accepte d'être canon une fois dans ta vie et tout ira bien !

— Je ne suis pas canon, marmonné-je. Vous, vous l'êtes, c'est dans les gênes McAlleigh. Personne ne peut rivaliser avec vous.

     Et loin de moi cette envie. Moins on me voit, mieux je me porte.

     Je m'inspecte de nouveau dans le miroir et soupire. Bon d'accord, en toute honnêteté, le maquillage n'est pas horrible, il est même plutôt pas mal. Ok, très bien en réalité. Je ne ressemble pas à un camion volé le soir de Noël, mais la maquilleuse a posé un fard à paupière Golden Rose sur mes paupières avec quelques paillettes or, et j'ai l'impression que je ne suis qu'un regard ; exactement ce que je veux éviter. Pour le reste, elle a habillé mes lèvres d'un rouge à lèvres rose nude et m'a fait un contouring discret, avec quelques touches d'highlighter plutôt bien placées, en particulier sur le haut de mes lèvres. Et mon bleu est totalement invisible, j'ai gardé la référence du fond de teint. C'est très romantique comme maquillage, j'ai presque l'air d'une poupée aux grands yeux ainsi.

     Idée !

— Mes lentilles ! je m'écrie en m'élançant vers mon sac.

— N'y pense même pas Honey, m'intercepte Kate. Nous avons toutes les trois les yeux bleus et j'aimerais que ma petite sœur ne me renie pas, ce soir. Viens plutôt par-là que je reprenne la tension.

     ARGH ! Famille de dictateurs !

Ou de personnes pleines de bon sens, corrige ma conscience jamais en sourdine mais avec un esprit de contradiction hors du commun.

— Neuf-sept à peine, annonce Docteur Katy. C'est bas Livia. Tu dors assez ? Tu te sens fatiguée aujourd'hui ?

     Reprends-la dans la soirée, elle sera plus haute... me dis-je.

— On va peut-être attendre lundi pour la consultation ok ?

— Livia, réponds à la question. Tu as mal ?

     Mais ils se sont passés le mot ou quoi ? Non, avec ce que j'ai pris, on pourrait me retirer l'appendice sans anesthésie.

— Je dors oui, comme tout le monde, parfois bien, parfois moins bien, éludé-je.

     « Et j'ai dormi moins de deux heures entre jeudi et vendredi car Hayden a une libido dithyrambique qui nourrit la mienne et nous n'avons arrêté de baiser qu'une fois les limites de mon corps atteintes... ». Voilà une part de l'explication, qui restera dans les méandres de ma tête.

— Tu fais des cauchemars ?

     Ma salive fait une fausse route et mon cœur cesse de battre. Elle a... quoi ?!

— Pas maintenant Kate, s'il le plait. Pas aujourd'hui, je lui murmure le cœur serré.

— D'accord Livy. Lundi.

     Je m'installe sur le tabouret molletonné de la coiffeuse. Kate vient caresser mes cheveux et m'observe affectueusement à travers le miroir ovale. Je savoure ses gestes même si je devrais la repousser. Juste quelques secondes, pour me sentir moins seule. Juste aujourd'hui, parce que mes émotions débordent à cause d'un possible bouillonnement et dérèglement hormonal dû au traitement. Mes paupières se ferment, mon cuir chevelu frissonne, puis tout s'arrête. Fin de la pause.

— Allez hop, on enfile nos robes et on descend rejoindre papa et maman ! Joshua ne devrait pas tarder.

     Dix minutes plus tard, nous sommes toutes les trois prêtes.

    Hissée sur de magnifiques escarpins dorés, Kate a passé une robe blanche en satin, mi-longue et près du corps, à bretelles torsadées. Elle met parfaitement en valeur sa silhouette sculptée et la cambrure de ses reins. Tous comme les miens, ses longs cheveux blonds ondulés sont détachés, mais une petite barrette Chloé ornée de cristaux vient donner un petit plus à son style chic pour tenir une mèche tressée en épi sur le côté. Laura, Kate et moi en portons toutes les trois une. Un cadeau que nous ont offert Les Parents tout à l'heure.

    Thème de la journée, donc, et des dépenses inutiles.

— Kate tu es ... sensationnelle, exhalé-je. Ce soir on va perdre Granny Sue, vous en êtes conscientes? Quant à Josh, il va en tomber à la renverse ! Garde ton stéthoscope sur toi, ça vaut mieux...

— C'était le but, me répond l'ainée avec un clin d'œil. Qu'il tombe à genoux !

     J'ai bien une méthode qui fonctionne si elle veut, mais pas en rapport avec une bague de fiançailles à l'issue. Des orgasmes, en revanche. Pleins.

— Attends Katy, tu veux dire que tu serais enfin prête à te faire passer la bague au doigt ? l'interroge Laura émue.

— Je crois bien, oui.

— Bon Livy, nous avons donc une mission, s'agite ma meilleure amie. Faire comprendre subtilement à Josh qu'il devrait passer chez un bijoutier... et que Kate ferait une mariée phénoménale !

     Elle est tellement excitée qu'elle crie et applaudit comme une folle furieuse. Je suis aussi dingue qu'elle, de l'aimer, n'est-ce pas ?

Même sans ça.

     Je tire mentalement la langue à ma conscience la rabat-joie.

— Oui mais pour la subtilité, laisse faire Livy Princesse, tu n'as pas hérité de ce gène-ci, se moque Kate avec une grimace.

     Je plussoie. Laura et subtilité sont des antonymes en lettres majuscules. Laura marmonne dans sa barbe qu' être « l'enfant du milieu, c'est pas si cool » et tout un tas de conneries auxquelles elle-seule croit.

— Avant que j'oublie voici vos badges pour vos chambres.

     Oui, car Scott a vu les choses en grand. Il a réservé plusieurs chambres pour leurs invités, même nous qui vivons à Los Angeles. Je ne dormirai peut-être pas ici, mais en cas de coup de fatigue, je pourrai toujours venir me planquer ici au calme. Et ça arrange aussi mes affaires, d'avoir un coin loin de la salle de réception. Pour plusieurs raisons. Reste à voir si j'irai au bout du projet ; ou pas.

     Ma montre indique dix-huit heures quarante-sept lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur le dernier étage du resort, où se déroulera la soirée. La vue sur la ville est incroyable, le ciel a déjà revêtu un camaïeu de rose et violets annonçant la fin de journée.

     La vaste salle a été décorée selon les désirs de Laura. Plusieurs tables rondes nappées de blanc sur lesquelles trônent des bougies de toutes tailles dans des photophores, des fleurs disposées partout dans la pièce, au sol, dans des cache-pots hauts sur pieds, sur les tables et même suspendues, tels des luminaires. Des roses blanches et rose, des pivoines et des lys aux effluves qui embaument délicieusement l'endroit. La décoration de table est dans le thème également. C'est superbe, très romantique. Et ce n'est rien comparé à ce que nous avons prévu pour le mariage. Les préparatifs vont bon train et même à distance je participe. Ce ne sont pas les idées qui manquent.

— Ava, les filles sont là ! tonne la voix de Doug lorsqu'il nous aperçoit.

     Il s'approche de nous, le regard rempli d'une pointe d'admiration et de fierté très paternelle, les bras grands ouverts.

— Vous êtes magnifiques mes filles. Je suis si fier de vous.

     Paps nous enlace tour à tour, avant de se faire piquer la place par Ava.

— Mes bébés ! Oh non, je vais pleurer alors que ça n'a même pas commencé.

— Maman j'ai trente-deux ans, se plaint Kate. Et je t'assure qu'aucune de nous trois n'est plus un bébé, plaisante-t-elle en nous lançant un clin d'œil, ce qui ne fait pas rire sa mère qui réplique aussitôt sur le ton du sermon.

— Tu seras toujours mon bébé, Dr Kate Meghan Myranda McAlleigh. Et vous deux aussi, alors laissez-moi un peu dans ma bulle de fierté de maman, ce n'est pas tous les jours que j'ai mes trois filles réunies au même endroit.

Tu le sens, le pic ?

     Comment je t'endors, toi ?

     Ceci-dit, Ava n'a pas tort, mais je me passerai donc de tout commentaire aujourd'hui.

— Vous êtes superbes, laissez-moi prendre une photo, après nous reverrons une dernière fois le plan de table pour vérifier qu'il n'y a pas de coquille.

     Une fois la photo -enfin la séance photos- des filles McAlleigh dans l'appareil, une voix s'élève dernière nous en m'envoie dans la figure que si, il y a coquille :

— Je peux vous prendre tous ensemble, si vous le souhaitez.

     Quoi ? Qu'est-ce qu'il fait ici lui ?

À ton avis ? Une pétanque ?

— Jamie ! Mon frère! réplique la voix de Scott qui nous rejoint.

     Scott se charge de faire les présentations, me donnant un sursis pour tout remettre en place dans ma tête. Jamie nous sert ensuite de photographe pour quelques clichés tous les cinq, puis six quand Scott s'ajoute au groupe. Je tente de fuir, mais peine perdue, je me fais mitrailler par toutes les paires d'yeux. Je fais un effort surhumain pour sourire mais à cet instant, mon estomac est totalement retourné comme après trop de tours de grand huit. L'angoisse me gagne en même temps qu'une bouffée de chaleur, ça ne va pas du tout.

     Ava et Doug ne savent rien pour Hayden et moi, je n'ai pas encore osé le leur dire et je sais que Laura n'en ferait rien sciemment mais sur un trop plein de champagne, sait-on jamais. Scott me prend dans ses bras m'embrasse le front, sa barbe de plusieurs jours me chatouillant l'épiderme me déride un peu.

— Tu es radieuse Livy, j'en connais un qui ne va pas s'en remettre, me glisse-t-il à l'oreille. Fais-lui-en baver.

     Je me fige, relève mon visage vers le sien et le questionne du regard, même si je sais parfaitement de qui il parle. Il ajoute plus bas, en me regardant droit dans les yeux :

—C'est un homme bien Livy, un ami sincère et fidèle, ne vous faites pas de mal.

     C'est déjà arrivé et non, nous ne nous faisons pas de mal. Ou un mal délicieux dont je ne suis pas encore totalement remise, et avec en tête un truc qui ferait bondir un ecclésiastique. Je n'ai pas le temps de lui répondre quoi que ce soit car quelque chose tire sur ma robe. Je me retourne et regarde l'objet du délit... Un petit quelqu'un. Emmy ?

OH

MY

GOD

     C'est pire que ce que je croyais.

     Jamie et Emmy, donc Zoey ne doit pas être loin. Par extension Jordan sera là aussi, je ne sais pas comment j'ai pu occulter cette information. Avec toutes les langues présentes, et bien plus que les cinq au courant prévues initialement au compteur en nous comptant Hollywood et moi, c'est la cata potentielle qui se peint sous mes yeux et compresse mes poumons en feu.

     Le plan de table, vite, avant que je ne fasse un malaise sur le carreau et me retrouve encore dans une ambulance. Pire scénario, ce n'est pas possible.

Tout est toujours possible, Livia.

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