72 - Familles, ex, et prétendants. Partie I

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Livia.

 J'embrasse Emmy sur sa petite joue rebondie, lui signe qu'elle est très belle dans sa robe de princesse pailletée or et blanche et que j'adore son chignon de danseuse flou trop mignon sur la jolie tête blonde. Ravie, elle tourne sur elle-même en souriant. Je saisis la main qu'elle me tend et nous dirige vers Ava. Alors qu'elle l'a sous les yeux, j'attrape le plan de table et retiens mon souffle en attente du verdict.

— Livia ! Qu'est ce qui t'arrive mon bébé ?

— Excuse-moi Mams, je dois vérifier quelque chose s'il te plait.

     C'EST

     UN

     CAUCHEMAR.

     Je savais pour Hayden puisqu'il est le témoin de Scott. Je n'aurais donc pas dû avoir besoin du plan de table pour assembler les wagons. Non seulement Jamie, Zoey et Emmy sont bien là, sur la liste, mais également Jordan comme je le pressentais... ainsi que James et Helen Miller. Les parents Miller, au même endroit qu'Ava et Doug, et Katy. Et Josh. Ici.

     Les parents d'Hayden qui eux, savent ce qu'on a fait.

— Non mais ce n'est pas possible... haleté-je dépitée.

— Quoi mon bébé ? Il y a un problème ?

     Oui, un gros.

— Heu, non, rien.

— Qui est cette demoiselle ?

— C'est Emmy Miller, Moms, la nièce de Scott.

     J'avale la brique dans ma gorge et joue les interprètes pour Ava qui lui pose cent questions à la minute. Les premiers invités ponctuels commencent à arriver et je ne suis plus capable de me concentrer correctement sur mon tourment pendant plusieurs minutes. Quant à Laura, impossible de lui mettre la main dessus proprement afin de la kidnapper pour lui parler en privé. Une réunion de crise s'impose avant que je n'en fasse une, de crise.

     Mon esprit part dans tous les sens même si je fais de mon mieux pour rester focus sur Emmy. Un véritable labyrinthe se construit rapidement dans ma tête, je ne sais plus comment m'en sortir. Ça ne va pas du tout. Ils ne peuvent pas l'apprendre de cette manière, et pas de la bouche de quelqu'un d'autre que moi. Mais surtout, surtout pas ce soir, pas encore. Bientôt, dès que les papiers seront signés, je le leur dirai.

     Ce n'est plus qu'une question de jours, pour ne pas dire d'heures.

— Livia, ma chérie, je suis tellement heureuse de te voir !

     Je reconnais cette voix. Granny Sue, toujours aussi en forme malgré ses quatre-vingt-une bougies soufflées. Cette femme a l'allure et la grâce de Jane Fonda. Une véritable force de la nature. Elle se déplace sans aide, se tient droite comme une danseuse de ballet et a l'élégance et le port de tête d'une reine. Ai-je déjà parlé des gênes des McAlleigh ?

— Tu es magnifique ma petite fille, me dit-elle en m'embrassant sur les deux joues, à la française.

— Je le lui ai déjà dit maman tu penses bien, s'immisce Doug qui vient la saluer. Tu es très en beauté toi aussi.

     Doug est très proche de ses parents et du père d'Ava. Ils sont tous très proches les uns des autres d'ailleurs. Une famille unie comme on en voit dans les films.

— Livia, tu garderas une danse pour ton vieux grand-père n'est-ce pas ?

J'embrasse John qui m'enlace longuement entre ses bras chauds.

— Bien sur GranPa, toujours pour toi, tu le sais.

     Il peut même remplir mon carnet de bal fictif de son nom si cela m'évite de me mélanger aux autres. GrandPa John a d'autorité installé une tradition qui prévoit qu'il doit valser avec chacune de ses petites filles, à chaque occasion qui se présente. Je n'ai pas réussi à négocier un passe-droit, évidemment. Laura et Scott s'intègrent à la conversation, main dans la main et se dévorant des yeux toutes les quatre secondes. Elle fait les présentations, puis c'est Grand-père Henry qui débarque talonné par Jordan, ainsi que nos cousines, les jumelles Ashley et Hailey. Deux célestes brunes de vingt-sept ans qui vivent en Arizona. Nous nous sommes toujours bien entendues, et elles m'ont ouvert les bras avec bienveillances quand j'ai atterri dans leur famille déjà bien remplie.

     Nous discutons quelques minutes avant que Jamie, Zoey et leur petite tornade ne viennent à leur tour se présenter aux anciens. Emmy échange avec Laura puis s'exprime oralement du mieux qu'elle le peut. Nous sommes tous très fiers de cette petite guerrière qui a beaucoup à enseigner aux adultes, et elle nous le rend bien, par d'immenses sourires capables d'éclairer toute la pièce. Son petit air espiègle fait beaucoup parler, tant mieux, mieux vaut que ça jacasse sur elle que sur moi.

— Livia, tu viens danser avec moi ? me signe-t-elle tout à coup timide.

     Une musique d'ambiance résonne, un orchestre et une chanteuse ayant commencé à se faire entendre, placés sur une scène au fond de la salle. « Take my breath away ». Je ne sais pas si elle entend tout mais peu importe, du moment qu'elle semble heureuse.

— Bien sur ma chérie, viens.

     Je m'excuse et profite de l'idée pour m'éloigner du monde. Emmy, tu es parfaite !

     Je la soulève mes bras et nous dansons ainsi un long moment dans notre bulle de câlins, ses petits bras enroulés autour de ma nuque. À la troisième mélodie, sentant la fatigue revenir et son poids n'aidant pas, je la repose au sol. Je la fais tourner encore et encore pour la faire rire, comme si nous n'étions que toutes les deux. Je lui montre des pas de danse quand nous sommes interrompues par monsieur et madame Miller Séniors.

— Bonsoir Livia. Vous êtes ravissante, me salue monsieur Miller avant de m'embrasser sur la joue et soulever sa petite fille.

— Bonsoir Docteur Miller. Vous n'aviez rien à envier à vos fils, dis-je badine pour lui rendre son compliment.

— James ! Je vous l'ai déjà dit à Londres.

— Je ne vous promets rien, répliqué-je en caressant le visage d'Emmy qui veut revenir dans mes bras.

     Je lui signe que je dois aller saluer plusieurs personnes mais que je reviendrai la voir très vite.

— Bonsoir madame Miller.

     Elle me fait les gros yeux à son tour.

Pardon, Helen, me corrigé-je pour éviter la Troisième Guerre Mondiale.

     Qui pourrait bien avoir lieu si je ne parviens pas à les empêcher de s'approcher d'Ava et Doug.

— Bonsoir ma chérie, vous êtes radieuse. Avez-vous vu mon fils ?

— Lequel ?

     Je ne relève pas le petit surnom pour le moment. J'ai plus urgent.

     Celui que tu as épousé, nouille.

— Hayden, m'éclaire-t-elle un petit sourire en coin.

— Non désolée, je ne sais pas s'il est déjà arrivé.

     Nul besoin d'attendre bien longtemps. J'entends d'ici mes cousines s'émerveiller d'un « Whaouu mais il est vraiment là ! ». Mieux qu'un carillon au-dessus d'une porte, Ashley et Hailey !

— Il n'y avait qu'à demander, il semblerait que votre fils soit arrivé en fait, déclaré-je en roulant des paupières.

— Vous vous y ferez Livia, on s'y habitue vite vous verrez, me fait-elle me tapotant la main.

— À quoi ?

— À sa célébrité ma chérie, aux fans et tout ce qui va avec. Vous verrez, on n'y fait plus vraiment attention avec le temps. Mais Hero aussi va devoir s'habituer au regard des autres sur vous Livia.

— Ce sera certainement ça le plus dure, lui adjoint son mari, railleur.

      Hmmm. Bug système. Qu'est-ce qu'ils n'ont pas saisi dans l'information ?

— Helen... je... nous, bafouillé-je en cherchant comment dire la chose aimablement. Nous n'avons pas à nous habituer à quoi que ce soit, vous savez bien que nous allons divor...

— Oui, oui, nous verrons ça, lance-t-elle avec un geste de main pour balayer ma remarque.

     Dans mon angle mort, mes yeux perçoivent soudain trois silhouettes se rapprocher de nous.         Alerte rouge. Scott et Les Parents.

     Oh merde.

     Trouver quelque chose. Vite.

— Helen mes parents ne...

— Nous savons Livia, Hayden nous a prévenus intervient James. Ne vous inquiétez pas, nous ne leur dirons rien, soyez tranquille. Nous allons suivre les ordres, notre fils a été très clair à ce sujet.

     Merci. Sauvée.

     Il méritera amplement ce que j'ai préparé. Enfin, s'il est d'accord.

— Merci... soupiré soulagée juste avant qu'ils n'arrivent à notre hauteur.

     Je vous laisse faire connaissance, je vais rejoindre une amie, m'excusé-je en repérant Jessica.

— Livia Guapa ! Tu es parfaite Livy !

— Et toi tu es ... extraordinaire dans cette robe Jess, elle était faite pour toi !

     Je la fais tournoyer sur elle-même, elle est vraiment sublime. Son teint matte et doré se marie merveilleusement avec sa tenue immaculée. Ce serait bien que King Kong fasse un certain rapprochement, tout comme Josh, d'ailleurs. J'ai du taff.

— Elle est divine oui, la complimente Nick les yeux saturés d'étoiles. Bonsoir Livia, tu es aussi magnifique, ajoute-t-il en se penchant pour embrasser ma joue.

— Tu n'es pas mal du tout non plus King Kong. Tu portes très bien le smoking.

     Monsieur Terminator s'est glissé dans un costume noir satiné et une chemise blanche, sur mesure selon moi, vu sa carrure. Et il n'a pas négligé la cravate. Comme quoi, le smoking, ça vous change un homme. Nick est déjà sacrément beau, mais ce soir, il est carrément séduisant. C'est qu'elle va devoir le surveiller, son nounours, la jolie brune.

— Je verrais bien un nœud papillon le jour de votre mariage, dis-je narquoise avec un clin d'œil à l'attention de Nick qui... rougit.

     King Kong rougit ! Il s'empourpre, même ! Jess me rend discrètement mon clin d'œil, comprenant pourquoi j'ai sauté à pieds-joints dans le plat.

— Le mariage de qui ? s'enquiert la voix que je reconnaitrais même dans une foule enflammée.

— De ces deux-là. Tu ne trouves pas qu'ils feraient un joli couple de mariés ?

     Jess sourit de toutes ses dents, ravie de ma deuxième flèche dégainée. Dos à moi, je ne l'ai pas encore vu. Pourtant, ma peau est couverte de frissons et une douce chaleur à laquelle je suis maintenant habituée s'est emparée de mon échine. Son odeur masculine emplit déjà mes poumons, et, lorsque mes yeux se posent sur lui, c'est l'explosion dans mon cerveau. Deuxième court-circuit de la soirée en moins de dix minutes.

     Bon sang ! Il est à tomber, voire à s'enterrer. Pantalon de costume noir, chemise blanche cintrée dont le dernier bouton est ouvert pour nous offrir une vision paradisiaque sur son torse ambré, veste de smoking et nœud papillon... nonchalamment dénoué qui pend autour de son cou. C'est permis, d'être aussi sexy ? Ses cheveux sont coiffés-décoiffés et ondulent légèrement en haut de son crâne. Son éternelle petite mèche rebelle dans laquelle on a toutes envie de passer les doigts nous fait de l'œil. Je me mords durement la langue pour ne pas oublier ...de respirer, je crois. Et ne pas dire une ânerie, poussée par ce traite de corps, cette saleté de conscience, ou une libido qui s'étire après une courte sieste.

— Quand vous aurez fini de vous bouffer des yeux tous les deux, surtout faites-nous signe, s'amuse Nick.

     Oups, grillée. Je suis de moins en moins discrète, visiblement. Je pique un fard, ce qui fait pouffer Hayden dont l'égo doit faire un triple salto. Il se penche vers moi pour déposer un baiser sur mon front.

— Tu es splendide Trésor, me murmure-t-il ensuite à l'oreille.

— Livyyyyy ! s'écrient de concert Hailey et Ashley derrière moi.

Bébé, prononce la première en français avec son accent anglophone, tu es incroyable dans cette robe. C'est tellement romantique, Cameron va en tomber à la renverse.

     C'est officiel. Achevez-moi.

     Je vais les tuer.

...

     Punaise de punaise, Cameron est là?

     Evidemment, que Cameron est ici ! Mais dans quel monde je vis ?

     Hayden me jette furtivement un regard enquêteur, et moi je souffle en entendant ce nom. J'ai pourtant regardé le plan de table, mais trop obnubilée à rechercher le nom des Miller, je n'ai pas fait attention à celui de Beckett.

— Bonsoir, je suis Ashley Hullington, et elle c'est ma sœur Hailey. Nous sommes les cousines de Livy, Laura et Kate, se présente-t-elle en serrant la main de Nick, Jess... Et Hayden. Enchantée de faire votre connaissance. À tous.

     Bin voyons ! Surtout celle de H, oui.

— Heureux de faire votre connaissance mesdemoiselles, leur répond Hayden, jovial.

     Jessica leur demande d'où elles viennent, Hayden en profite pour me glisser dans ma nuque :

— N'oublie pas que tu es ma femme Trésor, alors par pitié, ne m'abandonne pas lâchement comme à Londres.

— Comme si cela te déplaisait de plaire et d'être le centre d'attention Hollywood, pauvre chou, répliqué-je frondeuse en replaçant mes cheveux pour camoufler ma chair de poule.

— Je ne veux être que le tien Livia.

     Il murmure lascivement pour toute réponse de sa voix basse et suave. La surface de mon épiderme crépite de plus belle, mon bas-ventre s'allume et se tortille. S'il fait ça toute la soirée, je suis mal barrée, et mes sous-vêtements bons pour un super-essorage.

     Saleté d'hormones.

Certainement, aussi.

— C'est quoi ces messes basses ? s'enquiert Ashley qui a les yeux partout

— Des messes basses de témoins, curieuse !

     Et c'est parti sur la séance questions à Hayden, mais aussi Nick, qui semble également intriguer nos cousines par sa carrure, ce qui n'échappe pas à ma belle copine, qui pourtant ne montre aucun signe de jalousie -pour le moment à mon avis. Hayden explique que King Kong est son ami et son garde du corps. Je vois bien dans les yeux d'Ashley qu'elle garderait bien le corps d'Hayden elle aussi. Et sans rechigner sur les heures supplémentaires, cela va sans dire.

— Vous êtes en couple Hayden ? l'interroge Ashley qui n'a pas froid aux yeux.

     En même temps, il fait chaud, en Arizona.

     Nick et Jess paraissent impatients d'entendre la réponse et moi je fais les gros yeux à Jessica qui n'est pas loin du fou rire apparemment.

— Tout dépend de que vous entendez par couple.

     Il ne peut pas dire qu'il est marié pour le moment. Je sais qu'il ne dira pas non qu'il est célibataire puisqu'il a un rôle à jouer et qu'il ne se considère pas ainsi à cause de ses croyances religieuses. Alors j'espère qu'il va dire qu'il est hmmm... et bien quelque chose mais je ne sais pas quoi, à vrai dire

Question épineuse.

     Qu'il sort avec quelqu'un mais qu'il préfère rester discret sur sa vie privée car qu'elle ne soit pas étalée dans la presse ? C'est bien ça, non ? Pas de place au doute, surtout pour Jess et Nick qui le scrutent avec minuties, des radars à la places des pupilles, sourires en coin aux lèvres, l'air de dire «vas-y Miller, accouche, on attend que ça».

— Je suis... hésite-t-il, actuellement dans une relation dont l'étiquette est parfois un peu floue pour le moment. Mais je suis fidèle et exclusif, donc oui, je suis en quelque sorte en couple, je suppose.

     Espèce de sale gosse, pesté-je silencieusement.

     Jess plisse les yeux en scrutant Hayden, tentant de lire entre les lignes et entendre entre les mots, puis elle déporte son attention sur ma petite personne. Moi je suis parfaitement impassible, mais je vois dans ses billes sombres qu'elle pense avoir obtenu quelque chose de lui qu'elle n'a pas eu de moi hier. La réponse à sa question sur notre relation.

     Or, non. Il n'y a rien de flou. Nous sommes amis, on s'envoie en l'air sans rien de plus, et nous allons divorcer en amis, remettre le train sur les bons rails. Tout est on ne peut plus limpide entre nous.

     Au moins ça, me direz-vous.

— Bon les filles, si vous avez fini la foire aux questions, allons voir Granny, elle voulait nous voir toutes les cinq.

     Je pivote vers les autres :

—Excusez-nous mais mieux vaut qu'on expédie cette tâche tout de suite -oui, au moins, c'est fait. Allez-vous installer, leur proposé-je, le champagne et le vin sont déjà sur votre table, et un serveur viendra vous proposer autre chose. Jess, je te rejoins dans dix minutes, j'ai quelque chose à te montrer.

Claro Guapa. (bien sûr, ma belle )

— Ah donc là que tu te cachais Sweety ! m'interpelle Cameron tandis que mes cousines et moi allions prendre congé Hayden, Nick et Jess.

     Oh non. Pas.maintenant

— Salut Cameron, lui dis-je tandis qu'il m'enlace et dépose un baiser sur ma joue.

— Bonsoir Cam ! lui lancent mes cousines en chœur.

— Salut les filles, vous êtes toujours aussi belles vous deux, mais je n'ai toujours d'yeux que pour elle, vous le savez.

     Quel charmeur, celui-là !

     Jess pouffe, Nick le considère des pieds à la pointe des cheveux, Hailey et Ashley ricannent de me voir virer coquelicot. Je sais que mes joues s'échauffent, je le sens. Qu'est-ce que j'ai fait à l'univers pour mériter un truc pareil ? Ah oui, je l'ai.

     Je lève les yeux au ciel. Pitié, sortez-moi de là. Elle est où Laura ? Je vais l'assassiner elle aussi. Tout ça c'est sa faute avec ses idées à la noix. Elle ne pouvait pas simplement me dispenser de ça, sérieusement ? Et puis avoir voulu me caser lui, non mais je vous jure ! Quand je vous dis qu'elle m'aura tout fait cette peste, pourvu qu'elle me cloue sur le sol américain !

     Loupé.

     Oui, loupé. Rien ne me retiendra ici. Je vais rentrer en France, lundi, un point c'est tout. Elle ne pourra pas inventer autre chose dans quinze jours. La prochaine fois, c'est son mariage fin juillet, et basta !

— Oui, on le sait Cam. La Terre entière sait que Livy est ton crush.

     Elles abusent.

Si peu.

— Pfff, vous dites n'importe quoi les jumelles ! râlé-je exaspérée.

     Je n'ai rien contre Cam. Il est un bel homme, le meilleur ami de Kate depuis le bac à sable, comme un frère pour Laura et elle. Il a sa propre boîte d'évènementiel depuis bientôt dix ans et prend évidemment part à l'organisation du mariage du couple Hartley. Grand, châtain, les yeux verts perçants, une silhouette élancée et une belle gueule d'ange à qui on donnerait le bon dieu sans confession, comme quelqu'un que je connais et dont le parfum ne quitte plus mes narines. Il plait aux femmes et lui aussi est conscient de son pouvoir de séduction.

     Sauf sur moi. Même si je le trouve vraiment très séduisant, il reste l'ami de Kate et Laura et je n'ai jamais vu autre chose en lui. Un ami au physique attrayant, certes, mais un ami quand même. Si je n'ai jamais voulu avoir de relation avec personne, ce n'est certainement pas avec un proche de Laura que j'allais faire une entorse à mon règlement.

     Cam a trente-trois ans et une petite fille « tombée du ciel un beau matin » il y a sept ans, qu'une de ses ex-petites-amies lui a fait dans le dos. Littéralement et volontairement, pensant le garder ainsi dans ses filets. Mais quand il a mis fin à leur relation avant même de ne s'avoir qu'elle était enceinte, Molly, son ex, a d'abord pensé se venger en lui cachant sa grossesse et pouvoir le récupérer en lui annonçant un beau jour la naissance « leur fille ». Ce qui n'a pas fonctionné du tout. Après un test de paternité qui a confirmé la filiation et voyant que Cameron et elle ne formerait jamais la famille dont elle avait rêvée, Molly a disparu de la circulation en abandonnant Roxy -Roxanne de son vrai prénom- au bureau à l'agence. Elle n'est jamais revenue.

     Donc oui, Cam est un bel homme, un excellent père dévoué et un bon parti, mais pas pour moi. Je ne suis pas la chaussure faite pour son pied. Le petit hic, c'est que depuis que Laura a essayé de nous matcher lui et moi il y a quatre ans, à l'occasion de mes vingt-et-un ans, lui suggérant aussi de m'épouser pour que je vive aux États-Unis, il revient à la charge à chaque fois qu'il me voit. Merci, mais non merci.

     Bien sûr, je suis flattée de l'attention qu'il me porte, mais bon, il ne faut pas abuser. Et puis merde, j'en ai déjà un de mari dont j'essaie de me débarrasser le plus vite possible, ce n'est pas pour en prendre un deuxième dans la foulée. Et puis j'aime bien les enfants, mais c'est comme les animaux : c'est super chez les autres. Moi, je n'en aurai pas. Ni enfant ni chien. Roxy aura un jour une merveilleuse maman pour s'occuper d'elle comme elle le mérite, mais même si je l'aime beaucoup, ce n'est pas un rôle pour moi.

    Je le saisis doucement par le bras pour l'entrainer avec moi vers Granny et lui réexplique :

— Cameron, je n'ai pas changé d'avis tu sais. Alors va jouer les séducteurs avec tes admiratrices là-bas, j'ajoute en pointant du doigts un groupe de jeunes femmes qui doivent être des invitées de Scott et le suivent des yeux. Il y a quelqu'un quelque part qui n'attend que toi, mais ce...hésité-je.

— Mais ? me stoppe-t-il curieux.

     J'allais lui servir mon refrain habituel, que je ne suis pas faite pour l'amour, les sentiments, les relations suivies etc. etc., mais l'image d'Hayden s'imposant devant mes yeux vient de me couper l'herbe sous le pied. Si lui ne peut pas dire qu'il est célibataire pour rester dans son rôle de faux mari, je ne peux pas non-plus sortir ma rengaine bien huilée à Cameron.

— Je suis désolée Cam, c'est juste non avec moi. Notre amitié me convient, je ne nous imagine pas autrement. Allez, file, je finis en lui tapotant une fesse, va trouver la perle rare !

— Nous en reparlerons Livy.

     Oui, dans une autre vie.

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